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II. — Eau et Aliments

Le rôle de l'eau dans la propagation des épidémies, et principalement de celles qui exercent les plus grands ravages, telles que la fièvre typhoïde et le choléra, est admis depuis longtemps, et fondé sur des preuves épidémiologiques indiscutables. Les nombreuses analyses bactériologiques faites dans ces dernières années, notamment au Val-de-Gràce, ont démontré la réalité du transfert des germes pathogènes par l'eau, du moins de celui de la dothiénentérie.

L'eau est plus riche en bactéries que l'air parce que les microorganismes y sont à l'abri de l'influence nocive que la dessiccation exerce sur eux. Il est peu probable que ce milieu soit favorable à leur multiplication ; ils peuvent du moins s'y conserver vivants pendant assez longtemps, ainsi qu'en témoignent les recherches de Wolfuiigel et Riedel, et celles plus récentes et plus complètes de Straus et Dubarry (3).

Mais l'eau n'est pas seule en cause. De nombreux faits produits dans ces dernières années dénoncent certains aliments comme des réceptacles ou des véhicules de germes pathogènes très redoutables. La viande et le lait fournis par les animaux tuberculeux sont, malgré des expériences nombreuses et contradictoires, tenus justement pour suspects. Le lait de certaines vaches malades a été accusé dans ces derniers temps en Angleterre (Klein) et en France (Picheney) d'entraîner un microbe qui donnerait la scarlatine. Toutefois l'origine bovine de cette aflection est loin d'être prouvée.

C'est avec plus de fondement qu'on a accusé le lait mélange avec de l'eau de consommation impure ou reçu dans des vases nettoyés avec elle, de transmettre fi l'occasion le bacille typhique ou cholérique.

Eufin en tout temps et en tous lieux, les aliments animaux et végétaux peuvent être dangereux par les germes qu'ils supportent ou qu'ils reçoivent de l'atmosphère ambiante.

m. — Sol.

Le sol semble devoir être le milieu le plus riche en bactéries, puisqu'il est le réceptacle naturel de celles qui sont contenues dans l'air, l'eau, les matières fécales et les cadavres, et parce que, grâce à sa richesse en matières organiques, il offre les conditions les plus favorables à leur conservation et à leur multiplication. Elles peuvent d'ailleurs s'y soustraire facilement à l'action de la lumière, qui est pour elles un puissant agent de destruction, et les espèces pour lesquelles l'oxygène est nuisible, les anaérobies, trouvent à s'y mettre à l'abri du contact de l'air, en se réfugiant à une certaine profondeur.

Toutefois les recherches de Fraenkel (4) ont démontré que le nombre des microorganismes va en décroissant à mesure qu'on s'éloigne de la surface, et qu'au delà de un mètre, un mètre cinquante de profondeur, ils deviennent extrêmement rares.

La détermination des microorganismes dans le sol présente de grandes difficultés techniques. Néanmoins M. Pasteur y [a démontré l'existence de la bactéridie charbonneuse et du vibrion septique, Nicolaier celle du bacille tétanique, enfm Tryde et Salomonsen ont trouvé le bacille typhique dans le sol d'une caserne de Copenhague.

Les recherches de Pasteur, Duglaux, Fernbacu (S), ont démontré que, bien que se développant dans la couche du sol la plus riche en germes, les végétaux n'en contiennent cependant jamais, et que par conséquent les chances de communication des maladies infectieuses par leur intermédiaire, doivent être extrêmement rares et tout à fait fortuites.

Au sol, il y a lieu de rattacher nos habitations qui éventuellement deviennent les plus dangereux des foyers d'infection. Les planchers, les boiseries, les poussières, les tentures, la literie, les vêtements et surtout les latrines et les fumiers, recèlent souvent les germes des maladies les plus graves, telles que les fièvres éruptives, la tuberculose, la diphtérie, la fièvre typhoïde, la pneumonie et même le tétanos (6).

Il est à peine besoin d'ajouter que les microbes du sol et des surfaces de nos habitations pénètrent dans l'organisme par l'intermédiaire de l'eau de consommation, des poussières soulevées dans l'air respiré, ou enfin des aliments sur lesquels ces poussières viennent à se déposer.

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