‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 98 sur 175 · hiver (décembre, janvier, février · texte numérisé non relu

hiver (décembre, janvier, février

D'après les tables dressées par l'auteur, dans cinq années sur neuf, c'est le mois de novembre qui a été le plus chargé, dans trois années, le mois d'octobre, et dans une année, le mois de juin. Le niveau le plus bas fut atteint trois fois en avril, deux fois en mars, une fois en février, et une fois en juin.

ICTÈHE, rLKlJRl'jSlK, PNEUMONIES ET IlIfUMATISME

Sur tous les tracés, et sur ceux qui sont construits avec les cliilinK respectifs de chaque auuée, et sur celui qui représente la marche auuudl,. (lu rhumatisme pour l'ensemble des neuf années, l'ascension se dessiuo toujours dés le commencement de l'été, s'interrompt temporairement eu août, et continue ensuite jusqu'à la fin de l'automne qui marque le fastigium. Puis survient assez brusquement le déclin, qui se prolonge à travors les mois de décembre, janvier et février, où le tracé atteint son niveau le plus bas, pour s'y maintenir jusqu'en juin suivant.

Cette répartition diffère quelque peu de celle qu'ont notée H.vvgauth, FuLLER et HiRscu. Elle est surtout en désaccord avec celle de M. Biîsmiîr (Paris), puisqu'elle dépouille l'été de l'influence prépondérante que lui assigne cet observateur.

Il est vraisemblable que ces divergences, abstraction faite des écails qui sont à attribuer au manque d'uniformité des nomenclatures, résultent de la différence des temps et des lieux auxquels se rapportent les observations. Peut-être des causes purement artificielles n'y sont-elles pas restées non plus étrangères.

Il ne faut pas perdre de vue en effet, que les statistiques usuelles, et notamment celles qui ont été produites plus haut, proviennent des hôpitaux, et qu'à ce titre elles ne se rapportent qu'à une fraction de la population ; d'autre part, les chiffres absolus qui représentent les admissions, ne tiennent pas compte des fluctuations subies par cette dernière. Sans vouloir exagérer les erreurs que ces imperfections introduisent dans les appréciations, nous estimons cependant qu'elles ne constituent pas des quantités négligeables.

Les observations faites dans les milieux militaires ne sont pas passibles de ce reproche. L'homogénéité de ces vastes agglomérations constitue un incontestable élément de précision pour l'établissement de la morbidité ; et, grâce à la connaissance exacte de leur effectif, la statistique est à même d'exprimer celle-ci, non par le chiffre absolu des malades traités, mais par le rapport de ces derniers à l'ensemble de la population qui les fournit.

Recueillis dans des conditions propres à assurer aux résultats une exactitude plus grande, les documents militaires sont peut-être à même de compléter ou d'amender ceux qui proviennent des hôpitaux civils ou de la pratique particulière.

Etudiant la marche mensuelle du rhumatisme pendant les années 1884- 1890 dans notre armée stationnée à l'intérieur, nous nous sommes assuré que les recrudescences annuelles de cette maladie ont lieu, non pas eu été, mais dans les derniers mois de l'hiver et dans le commencement du printemps. L'ascension débute en novembre ou décembre, continue saus interruption jusqu'en mars ou avril qui marquent le fastigium. Puis, vers le

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mois de mai s'ouvre une période de déclin, qui s'arrête généralement en aoiU. Aoilt, septembre, octobre, et môme novembre, présentent le niveau le plus bas, traversé seulement par des oscillations insignifiantes. Pendant toute cette période, le rbumatisme est au moins deux fois moins fréquent qu'à la fin de l'hiver et au printemps. (Voy. le tracé n^'

L'évolution saisonnière et la prédominance hiverno-vernale ressortont de la façon la plus nette de notre diagramme. Seule l'année 1888 fait exception à la règle; extrêmement féconde en rhumatismes, elle se distingue des autres par deux maxima, dont l'un correspond à l'hiver (jaa vier), et l'autre à l'été (juillet).

Les observations faites dans l'armée prussienne concordent avec les nôtres. On peut s'assurer, d'après les tracés consignés dans les rapports sanitaires de 1867 à 1888 (7), que dans le Nord de l'Allemagne, comme sous notre climat, le rhumatisme augmente vers la fin de l'année, atteint son apogée au cœur de l'hiver, s'y maintient jusqu'en juin, et' décline ensuite pour atteindre en juillet ou août son minimum qu'il conserve jusqu'en novembre. La seule différence à relever entre cette évolution et celle du rhumatisme dans l'armée française, c'est que sur le territoire de la Prusse, la période d'évolution proprement dite est un peu plus longue que sur le nôtre; elle commence plus tôt, dès le mois d'oçtobre, et ne se termine guère que dans le mois d'août de l'année suivante.

Enfin, pour prendre un exemple à l'autre extrême de nos climats, jetons les yeux sur le tracé de l'Algérie et de la Tunisie. (Voy. fig. 13.) Nous constatons qu'il est sensiblement parallèle à celui de la France; tout au plus, y note-t-on qu'il est un peu plus irrégulier que ce dernier, et que les écarts entre les maxima et les minima sont proportionuellemeiit moins étendus que de ce côté-ci de la Méditerranée.

Cette uniformité dans l'évolution annuelle du rhumatisme sous les climats les plus divers, la constante prédilection de cette affection pour la même saison, témoignent assurément de l'importance des facteurs météoriques dans sa genèse. Sans doute, sa marche est sujette à des variations plus ou moins sensibles d'une localité à l'autre. Mais, quelque étendues que puissent être celles-ci, elles ne sauraient prévaloir contre les résultats des observations d'ensemble qui désignent au nord, au centre de l'Europe, et jusque dans le bassin de la Méditerranée, la saison froide, humide, marquée par de brusques transitions de l'état atmosphérique, comme la plus favorable au développement de cette maladie.

Il est difficile de préciser la part d'influence qui revient à chacune de ces qualités de l'atmosphère. Les recherches n'ont pas été suffisamment poursuivies dans ce sens, ou elles n'ont abouti qu'à des résultats contradictoires. C'est ainsi que Gadbet, ayant constaté l'accroissement durhuma-

tisme de juin à janvier, dénie au Iroid et à la chalenr, considères d une '^nière absolue, toute intervention dans sa genèse, conclusion qui est en contradiction formelle avec les observations relevées dans 1 ^rmée

En opposition avec G.u.bet, qui a saisi une certaine corrélation entre la période des pluies et celle de la fréquence du rhumatisme articulaire aigu, LiEFSEN a constaté à Kiel que l'abaissement notable du niveau de 1 eau tombée semblait favoriser le développement de cette affection, que son ascension aidée d'une température moyenne relativement élevée paraissait au contraire l'entraver. Quant à l'élévation absolue de la température moyenne ou aux variations de la température, elles n'exerceraient, selon ce médecin, aucune influence sur son apparition (8).

D'après les observations faites par Herscii à la clinique de Wurzbourg pendant les années 1876-1884, la fréquence mensuelle du rhumatisme pendant cette période a été en raison inverse de la quantité d'eau tombée et de la température moyenne du mois correspondant, avec cette reserve cependant que l'eiïet de ces influences météoriques ne s'est fait sentir qu'au bout de quelques semaines. Le môme médecin, ayant établi comparativement les courbes des observations météoriques relevées à Hanovre pendant la période 1873-1887, et celle de la fréquence du rhumatisme dans le même intervalle, n'a découvert entre les premières et la seconde aucune relation d'une portée générale. Il a constaté toutefois que certains mois, notés pour le chiffre exceptionnellement élevé des rhumatisants, avaient succédé immédiatement à une période marquée par la faible hauteur de la colonne d'eau tombée et une température relativement basse, tandis qu'une constitution atmosphérique inverse avait précédé les mois qui s'écartaient de la normale par la rareté de l'affection (9).

Si EDLEFSiiiN et Hinscn considèrent la pluie comme un facteur important dans l'étiologie du rhumatisme, Port est disposé à attribuer une influence toute spéciale, à Munich du moins, à la violence du vent mesurée à l'anémomètre. En prenant la moyenne mensuelle de la force du vent, et jîelle du nombre des rhumatisants pour la période 1872-1873, 1886-1887, ce médecin a constaté que le mois le plus chargé de ces derniers à Munich, lut celui où les courants atmosphériques ont présenté leur plus grande violence. Mais il est obligé de reconnaître que le parallélisme n'est plus aussi complet sur les courbes dressées pour cliaque année en particulier.

Il résulte de ces données divergentes ou contradictoires, que dans l'état actuel de nos connaissances, il est impossible d'apprécier le rôle précis dévolu à chacun des facteurs météoriques dans la genèse du rhumatisme. Nous devons, eu attendant des recherches plus complètes, nous contenter des résultats qui expriment leur action combinée.

ICTÈRE, PLEURÉSIE, PNEUMOiNIES ET RHUMATISME

B. Le rhumatisme articulaire épidémique. Évolution du rhumatisme articulaire aigu à travers les années. — ludépendamment de ces recrudescences saisonnières, il y a des années qui sont particulièrement fécondes en arthrites rhumatismales. Celles-ci apparaissent avec une fréquence insolite, notamment parmi les agglomérations forcées de subir les vicissitudes météoriques de la saison de prédilection de cette maladie comme ce fut le cas de l'armée anglaise dans ses campagnes de Flandre et de Hollande au milieu du dernier siècle. Mais ces poussées accidentelles n'évoluent point à la façon des épidémies proprement dites; elles n'ont ni leur ampleur, ni la régularité cyclique de leur marche, ni cette cohésion intime et étroite, qui, dans une épidémie de fièvre typhoïde ou de dysenterie, confond ensemble tous les faits dans une origine commune. L'observation moderne nie les épidémies de rhumatisme. Les épisodes mentionnés sous ce titre au siècle dernier par Lancisi, Stoll, Mertens, Stork, réunissent probablement des affections diverses. A cette époque, où la nosographie de la grippe n'était pas encore assise sur des bases solides, il n'était guère possible de ne pas confondre les manifestations rhumatismales du printemps avec les phénomènes rhumatoïdes si communs dans certaines épidémies d'influenza (Besnier).

Toutefois, à défaut d'épidémies proprement dites, le rhumatisme peut subir à travers les années des oscillations qui sont certainement indépendantes des influences atmosphériques, et qui témoignent de la complexité des facteurs actionnés dans sa genèse.

Un coup d'œil jeté sur le tracé de la marche du rhumatisme dans notre armée, montre un accroissement lent de cette affection de 1884 à 1889 sur l'étendue de notre territoire. (Voy. fig. 13.)

Mais nulle part cette marche ascendante n'est mieux dessinée que dans l'armée prussienne et bavaroise. Le tracé ci-joint (v. fig. 14) se rapportant à la première, montre que depuis 1867 jusqu'en 1889, date de la dernière statistique publiée, le rhumatisme articulaire aigu est devenu d'année en année plus fréquent.

Il a plus que doublé dans cette période de vingt ans, sans que l'on ail pu en accuser nulle part quelque changement dans la constitution atmos phérique. Dans plusieurs garnisons, on signale d'une façon toute spéciale cette progression ininterrompue. Dans les principales villes de la Bavière, et notamment à Muniph, la fréquence croissante du rhumatisme de 1872 à 1887 a frappé tous les médecins militaires (Port) ; à Hanovre, elle a quintuplé dans cet intervalle.

Ce mouvement ascensionuel, se poursuivant pendant de longues années sur de si vastes étendues de territoire, doit nécessairement être attribué à une cause générale. Quelle est-elle? On ne peut faire à son

DU lUlUMATISME ARTICULAIUE AIGU

sujet que des conjectures, et mieux vaut avouer notre ignorance que de commettre des hypothèses sans fondement précis.

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