AU POINT DE VUE ÉTIOLOGIQUE
An point de vue étiologique, on a atlribu6 aux grandes épidémies des conditions génératrices d'une nature absolument différente, par son obscurité, de celles des petites épidémies, conditions placées, pour les premières seulement, au-dessus de toute tentative d'analyse, tandis que la pathogénie des petites épidémies serait à la portée de l'entendement humain.
Certainement la plupart des maladies vulgaires, dans leurs renforcements épidémiques, se multiplient avec une rapidité bien moindre que les maladies pestilentielles, que le choléra, la peste, la fièvre jaune; quand ces maladies vulgaires sont contagieuses, on suit plus iacilement, pas à pas, à la piste, leurs transmissions successives; si elles atteignent quelques individus au centre d'une agglomération humaine, le mal se propage autour du premier cas, rayonnant en tous sens, rappelant à l'esprit la ride qui, à la surface de l'eau, va s'éloignant régulièrement en formant un cercle de plus en plus grand autour du point frappé. La cause de la propagation, la contagion, apparaît ici indéniable par la lenteur et la continuité de la marche du mal; l'étiologie de l'affection est dès lors établie en môme temps que sa dépendance des communications humaines; tandis que, par l'instantanéité de leurs attaques, la vivacité de leur marche, les maladies pestilentielles déroutent tout d'abord qui veut en suivre la trace.
L'instantanéité et la presque simultanéité des atteintes au moment où le mal pénètre dans une agglomération humaine, semblent indiquer, pour les grandes épidémies, une diffusion plus considérable de la cause morbide dans le milieu où vit cette population. La dernière épidémie de choléra à Paris (septembre 1873) est, à cet égard, fort remarquable. Des quartiers éloignés de la ville furent frappés presque en même temps, et il semble difficile de demander à des conditions de contact successif ou de voisinage très-proche la raison d'atteintes aussi disséminées.
Ajoutons, à ces différences d'allures, la ressemblance incontestable que certaines maladies vulgaires, en devenant épidémiques, conservent avec les maladies habituelles de la localité où elles se développent, et qui paraît indiquer la persistance des causes pathogéniques ordinaires à cette localité.
Mais pénétrons plus avant dans l'analyse des faits, et voyons jusqu'à quel point ces différences étiologiques méritent de constituer une barrière absolue entre les grandes et les petites épidémies.
COMPARAISON DES DIVERSES MALADIES ÉPIDÉMIQUES. n
En quoi l'étiologie du choléra, par exemple, est-elle plus obscure en quoi son apparition est-elle plus étrange, sauf les dimensionsdu théâtre envahi, que celles de maintes maladies vulgaires auxquelles les limites de leur expansion a valu le titre de petites épidémies? La coqueluche, la diphthérie sont-elles beaucoup plus explicables?
Que serait-ce si nous parlions des petites épidémies accidentelles ? Malgré les travaux remarquables publiés sur plusieurs de ces dernières affections, sur l'acrodynie, par exemple, sur la méningite cérébro-spinale, qui oserait affirmer que leur pathogénie soit plus nettement démontrée aujourd'hui que celle du choléra, de la fièvre jaune? Ces deux dernières maladies n'onl-elles pas chacune un berceau d'endémicité? c'est-à-dire que si, à leur apparition chez nous, elles paraissent nouvelles en raison de leur provenance exotique, elles ne le sont nullement pour les populations indigènes des pays dont elles sont originelles. Dans les limites de ce berceau, le choléra et la fièvre jaune sont des maladies certainement moins accidentelles, moins étranges que, chez nous, la méningite cérébro-spinale et l'acrodynie.