AU POINT DE VUE SYMPTOMATIQUÈ
Même différence pour la symptomatologie : les petites épidémies n'offriraient rien d'étrange; les grandes épidémies différeraient absolument, au contraire, des affections communes ; aussi « toute épidémie vraie porterait avec elle un cachet dont elle ne se séparerait jamais, et qui ne tromperait pas l'œil exercé du médecin.
« L'excessive gravité des symptômes serait attestée par ce fait trop certain que l'art qui les combat avoue son impuissance absolue. Cette résistance aux méthodes et aux remèdes serait un trait caractéristique. »
Or, les grandes épidémies de notre époque : choléra fièvre jaune, peste, présentent-elles, avec les maladies vulgaires des pays qu elles envahissent, une différence aussi complète qu'on l'a prétendu, différence qu'on ne rencontrerait pas entre ces dernières aflections et les petites épidémies? Nous avouons que nous trouvons au contraire infiniment plus de ressemblance entre le cho- \tv^ Indien et le choléra Noslras, dont les symptômes réciproques, quoi que 1 on ait dit, offrent tant de similitude, qu'entre telle petite epiaéraie, la méningite cérébro-spinale, par exemple, et n'im-
porte laquelle des maladies vulgaires. La fièvre jaune, de son côté, n'esl-elle pas représentée, soit dans son foyer natal, soit dans certains climats oh elle ne pénètre que par importation, par les formes bilieuses, ictéro-hémorrhagiques de l'impaludisme? Il n'est pas jusqu'à la peste dont les éruptions et les bubons constituent cependant un caractère tout spécial, qui n'ait, à sa période de début, au stade d'algidité, quelque ressemblance avec certains types de fièvre pernicieuse, spécialement avec la fièvre algide.
Il est, du reste, non moins remarquable de voir certaines affections vulgaires prendre, au moment de leurs renforcements épidémiques, des caractères symptomatiques et pronostiques qui altèrent leur physionomie ordinaire et les éloignent, elles aussi, du tableau pathologique habituel à, telle ou telle localité.
La scarlatine tuant, à la fin du siècle dernier, quarante mille individus en Bavière; la variole, qui vient de s'appesantir sur le monde entier avec une gravité plus grande que le choléra, enlevant à Paris, en 1870, quarante fois plus de victimes que cette dernière maladie n'en a enlevé en 1873, faisant même aux Indes une redoutable concurrence au fléau du Gange (1), ne prennent-elles pas, dans leurs expansions pandémiques, une physionomie qui les éloigne de celle des affections vulgaires? Cette transformation de la variole habituelle en véritable peste noire, comme nous l'avons vu surtout en 1870, n'est-elle pas la preuve que nos maladies ordinaires peuvent elles-mêmes revêtir un caractère incontestable de gravité qui en fait de tout autres affections, et les transforme en types réellement étranges comme les grandes épidémies?