‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 105 sur 195 · NOVEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE

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Pour la garnison de Paris, les oscillations saisonnières du niveau des malades sont minimes, on le voit, et motivées tout aussi bien par des circonstances étrangères aux conditions de milieu, comme arrivée de nouveaux régiments, appel de recrues à différents intervalles, que par les variations hygiéniques de ce milieu ; ces variations sont réelles pourtant et se traduisent par le changement de physionomie des maladies suivant les saisons ; mais elles n'ont, à aucune période de l'année, l'intensité voulue pour diviser cette année en / deux périodes : la période épidémique ou de grande morbidité, la période de calme ou intercalaire.

A Rome, au contraire, ces variations du milieu influençaient notre armée comme la population civile, au double point de vue du mode et du chiffre de la morbidité ; aussi voit-on le chiffre minimum : 196 malades, coïncider avec le 1" juin, la période des maxima de la morbidité nosocomiale commençant brusquement le 1" août et atteignant son fastigium le 1" septembre (époque du mouvement maximum : 754 malades).

n en est de même en Algérie ; c'est à la veille de l'explosion épidémique que les populations nosocomiales sont réduites à leur minimum; des hôpitaux, qui en hiver renfermeront 40 malades en auront plus de 400 en été. Sur toutes les autres stations du littoral méditerranéen, il n'est pas rare non plus que le chiffre moyen des malades, pendant les mois d'août et de septembre, dépasse, ^dans la même proportion, les chiffres des mois de mai et de juin. C'est la confirmation de l'aphorisme cî'I-Iippocrate • « Le printemps est h saison la plus salubre de l'année, l'automne en est la plus meurtrière. « Mais c'est le renversement complet de ce qu'on observe en nos climats : preuve nouvelle de

-i-SS ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES EN GÉNÉRAL.

l'impossibilité de généraliser une doctrine des constitutions médicales saisonnières (Voy. p. 49).

Si nous descendons davantage encore vers le sud, nous voyons se confirmer cette prédominance des maladies pendant les mois les plus chauds de l'année; on sait combien est redoutée, dans la zone intertropicale, la période de l'hivernage qui, astronomiquement, correspond à l'été de nos pays.

A chaque degré de plus vers l'équateur, la période saisonnière de morbidité prend un accroissement plus considérable au détriment de la période de sanLé; certains climats ne deviennent abordables à l'homme que pendant une fraction très-restreinte de chaque annuité.

La prédominance de la mortalité en été dans les climats chauds dépend de deux influences principales : 1° influence atmosphérique directe dont la résultante pathologique principale est l'atteinte du tube intestinal (dysenterie et catarrhe intestinal des pays chauds); 2° influence tellurique dont l'énergie va également en augmentant à mesure qu'on se rapproche de l'équateur, et qui, à mesure aussi qu'on descend vers des climats plus chauds, iroîive des foyers originels de plus en plus considérables, car les marafis proprement dits sont de moins en moins nécessaires à sa produc-"" tion (1).

La diminution de la mortalité automnale dans nos pays, sa persistance dans les pays chauds où elle domine encore, comme aux premiers temps de la médecine, dépendent en première ligne, suivant nous, de la ténacité et de l'intensité de ces deux influences, dont la seconde est bien plus difficile à combattre et à annihiler dans les climats chauds que dans les nôtres.

3° Climats excessifs de la zone tempérée. Ce n'est pas seulement dans les climats froids et chauds que l'on constate une modification profonde des rapports qui, en nos pays, existent entre les saisons et les maladies : dans certaines régions de la zone tempérée elle-même, qui subissent à leur maximum les oscillations saisonnières, ce qui leur a valu le nom de climats excessifs, se produit une modification remarquable à d'autres titres.

L'extrémité occidentale de l'Europe, ce prolongement péninsulaire de l'Asie, doit à son voisinage de l'Océan une constance relative et une douceur exceptionnelle de température. Le thermomètre y descend rarement à 0°, la neige y tient peu; c'est le type

; (1) Voy. p. 226 et 262.

des climats maritimes. Si l'on s'avance vers l'Orient, on verra au contraire s'accroître singulièrement les différences saisonnières de la température. On connaît les va-rialions extrêmes des saisons en Turquie, dans la Russie méridionale, en Perse, et surtout en Chine ; là sont les types des climats excessifs, des climats continentaux (p. 219). Quelquefois ces changements de constitution saisonnière s'accomplissentplus rapidement. II suffit de citer Madrid, dont l'élévation sur un plateau élevé nous explique les violentes oscillations de température, oscillations inconnues sur le littoral de la péninsule; de citer la Norvège, dont la côte occidentale jouit d'un hiver si doux, tandis qu'à quelques lieues vers l'intérieur, au delà des montagnes, on trouve les rigueurs des climats excessifs.

Mêmes différences thermiques des saisons dans la zone tempérée du nouveau monde. Tandis que sur la côte occidentale de l'Amérique du Nord, les moyennes de température saisonnière varient relativement peu, que cette variation n'est que de.^" à San Francisco, de 13° à Vancouver (Jules Rochard), la côte orientale est soumise à une amplitude excessive d'oscillations thermiques, A Washington la différence des températures moyennes des sa.îsons s'élève à +20°; à Québec, elle atteint -f 33°. A New- York, '/'hiver est plus froid qu'à Vienne, l'été est plus chaud qu'à Rome (1).

De là des changements importants dans la marche annuelle de la mortalité et de la morbidité; nous constatons ce fait d'une manière très-accentuée dans certaines villes du littoral atlantique des Étals-Unis, à une latitude correspondante à celle du littoral de la Méditerranée. A Philadelphie, par exemple, les chiffres maxima de morbidité et de mortalité correspondent, d'une manière conslante, avec l'époque des grandes chaleurs; la situation de cette ville sur la limite orientale d'un vaste continent donne à son climat les attributs des climats excessifs, et les influences saisonnières, celles surtout de la saison chaude, y sont portées à leur maximum.

Grâce aux documents publiés chaque année par W. H. Ford, secrétaire du bureau d'hygiène de Philadelphie, nous voyons qu'en cette ville la mortalité annuelle prédomine pendant l'été, et que l'ordre des saisons doit y être ainsi établi d'après la fréquence des décès : clé, hiver, automne, prmtemjjs.

Cet ordre de succession des saisons est basé sur quatorze années

(1) Jules Rochard, art. Climats du Nouveau Dict. de méd. et de c/iir. pratiques. Paris, 1868, tome VIII, p. 48.

d'observation (1861 à 1874); il y a plus, durant ces quatorze années, c'est le mois de juilletqui, à Philadelphie, a été constamment le plus chargé de décès.

Si l'on examine le tableau de la page 417, on voit cette prédominance de la mortalité estivale accusée pour l'année 1875 par la prédominance, en cette ville, du chiffre des décès pendant le 3° trimestre de cette année.

Ce tableau démontre qu'il en est de môme pour la plus grande ville du littoral atlantique des États-Unis, pour New-York; ici la mortalité pendant le 3'' trimestre, pour l'année 187o, l'emporte encore plus notablement sur celle des autres trimestres.

L'analyse des causes de décès nous permet de déterminer le genre d'affections dont la fréquence en été modifie ainsi, sur le littoral oriental de l'Amérique du Nord, l'évolution de la mortalité annuelle ; ce sont les affections intestinales, affections essentiellement saisonnières, constituées spécialement par le choléra estival et la diarrhée infantile (Voy. livre IV).

4° Conclusions. — Dans les climats tempérés, il existe une certaine pondération dans les variations saisonnières du nombre des malades et des morts. Il n'en est pas ainsi dans les régions où se prononce la prédominance d'une saison, comme dans les climats chauds et dans les climats froids : cette période, que ce soit l'hiver \ ou l'été , y acquiert une influence telle qu'elle concentre la grande majorité des faits morbides ; les influences météoriques arrivent alors à leur maximum d'intensité; elles impressionnent l'organisme avec une énergie qu'on ne leur voit pas dans la zone tempérée (Voy. p. 192).

Cette saison devient la saison morbide par excellence : la saison endémo-épidémique; relativement, les autres périodes de l'année constituent des périodes de calme. Aussi, dans ces cUmats extrêmes, l'année se divise-t-elle au point de vue médical, en deux phases principales : phase des maladies, phase intercalaire.

En outre, dans les zones chaude et froide, on ne voit pas, comme dans la nôtre, telle saison mettre Qn aux maladies de la saison précédente pour y substituer les siennes. On n'y assiste pas à cette succession incessante, sur un même théâtre, de climats variés et transitoires dont les réapparitions périodiques constituent l'attribut spécial de nos pays. Ici seulement se manifeste, dans toute sa variété, l'évolution des maladies annuelles. Aussi comprend-on qu'en cette zone des climats tempérés, des auteurs éminents se soient laissé entraîner plus facilement qu'ailleurs, à voir dans les

ÉVOLUTION ANNUELLE DES ÉPIDÉMIES. 42S modifications successives de l'atmosphère, dans les constilulions saisonnières les causes de toutes les affections populaires.

Il est d ail eurs une raison pour laquelle les maladies de la zone empéréesubissent les variations saisonnières d'une façon bien plu évi ente que es maladies des autres climals. C'est que la plus grande parue de cette zone est aujourd'hui, grâce à la c vilisalion et aux umieres de ses habitants, affranchie d'une foule de foyers d' feclion que I on retrouve encore si nombreux chez les peuples ar^ és so.t des climats chauds, soit des climals froids. Les cares mo b ' ngues locales permanentes tendent à y disparaître chaqu jor entramant avec elles tant d'affections qui imposeraient un r^a^ue uni orme à la pathologie de toutes les époques de 1 année eT ais sant dès lors une part relativement plus grande en natho Jn "

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