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ANNUELLES

Nous passerons en revue les principales épidémies saisonnières, en suivant, autant que possible, l'ordre de leur évolution annuelle et en commençant par celles de la saison froide.

1° Hiver. — A . Bronchite. — \\ n'est certainement aucune affection plus populaire que les catarrhes vulgaires de la période hivernale de nos climats, catarrhes désignés par les dénominations de bronchite, trachéite, laryngite.

(I) Voy. p. 67 et suiv.

Les bronchites, qui en somme ne font que multiplier le chiffre des malades dans les classes les plus jeunes de la population, pèsent lourdement sur la mortalité des personnes plus âgées. C'est à elles que revient en partie la raison de la prédominance hivernale du chiffre des décès à Paris, à Londres, et dans presque toutes les grandes villes d'Europe (Voy. tableau, p. 417) durant les mois les plus froids de l'année. Le rôle du froid de l'hiver dans la production de la bronchite a pour contre-épreuve l'influence des climats sur cette affection.

Les relevés statistiques des armées anglaise et américaine nous permettent de constater les variations considérables du chiffre de morbidité par bronchite suivant la latitude des garnisons occupées par ces armées.

Tandis qu'à Sierra-Leone, par 5° latitude nord, il n'y a annuellement que S6 atteintes de bronchites sur 1,000 soldats anglais, celte proportion va progressant à mesure qu'on remonte vers le nord; et à la Nouvelle-Écosse, par 44° latitude nord, elle atteint 180 sur 1,000.

Quant h l'armée américaine, les atteintes qui, dans les garnisons de Floride, par 24° latitude nord, ne dépassent pas annuellement 118 cas sur 1,003 hommes d'effectif, s'élèvent à 540 à la latitude de New-York (40" lat. nord) (1).

lien est de môme des observations recueillies en mer. Quand les bâtiments remontent au delà d'un certain degré de latitude, dépassent le 50°, la bronchite devient la maladie dominante parmi les équipages, dont parfois tous les hommes sont atteints, comme Gallerand l'a vu au moment où l'on pénétrait dans l'océan Arctique.

Mais ce n'est pas seulement le nombre des malades qui s'accroît ; la bronchite, qui, dans nos climats, ne figure guère que comme cause de maladie, intervient dans les garnisons du nord, comme cause de décès.

En Suède comme en Norwége, cette affection entre pour une large pari dans la mortalité annuelle.

B. Pneumome. — Une des affections le plus habituellement rapportées aux influences saisonnières, c'est la pneumonie; d'où l'.ippellation si fréquente de pneumonie catarrhale.

Un des premiers faits qui semblent militer en faveur de ce rapport, c'est la prédominance de la pneumonie dans certaines conditions professionnelles qui exposent spécialement aux vicissitudes

(1) A. Hirsch, Hmd. der Hislov. Geogr. Pathologie.

atmosphériques. La plus grande fréquence de la pneumonie chez les hommes lient à ce qu'ils sont, en général, plus exposés à ces vicissitudes ; on a même noté que cette fréquence devenait presque égale entre les deux sexes, dans les pays où les femmes, au lieu de se livrer à des occupations sédentaires, prennent leur part des

travaux agricoles.

De même, peu commune chez les marins qui font de longues navigations, et vivent en permanence dans une atmosphère de température relativement uniforme, comme les équipages des flottes de l'Océan, elle l'est bien plus à bord des bâtiments qui, naviguant dans les mers intérieures, comme la Méditerranée, font presque forcément de fréquentes relâches, et subissent ainsi de nombreux changements de température à chacun de ces atterrissements (1).

De tous les postes occupés à la surface du monde par l'armée anglaise, c'est dans ceux où les vicissitudes atmosphériques .sont le pluTmàrquées que prédominent les pneumonies; tel est, dans. "noTclimats, lêposte de Gibraltar ; telles sont," plus au nord, les garnisons^du"" Canada qui appartiennent, du reste, par leur topographie, à un climat excessif ; c'est en ces dernières garnisons que s'élève à son maximum la mortalité par pneumonie de l'armée anglaise. Il en est de même dans le gouvernement voisin, celui de New Brunswich, où, pendant l'année 1867, elle a entraîné une mortalité considérable sur le 22" régiment de cette même armée. Elle est commune aussi à la nouvelle Archangel, par 52° lat. nord.

En Islande, il y a souvent des épidémies de pneumonie trèsmeurtrières, comme on l'a vu encore en 1863; les travaux de Magnus Huss en ont prouvé la fréquence et la gravité dans le nord de l'Europe. Elle occupe un rang très-important dans la mortalité de Copenhague (2).

L'influence des altitudes joue un rôle analogue : fréquente chez les religieux du Mont-Saint-Bernard, représentant à Chamounix, d'après Michon, le cinquième des malades, elle serait, suivant Fuchs, d'autant plus commune en Thuringe qu'on observerait à des altitudes plus élevées. En 1796, elle sévit cruellement sur l'armée française au passage du mont Cenis.

Tschudi, dans son séjour au Pérou, a noté la fréquence et l'extrême gravité de la pneumonie dans les hautes vallées de ce pays.

La pneumonie semble donc, en de très-larges limites, en rap-

(1) Grisolle, Traité de la pneumonie, 2° édition. Paris, 1864.

(2) Lombard, Traité de climatologie médicale, t. H, p. 137.

port avec les saisons et les climats froids, ce qui la rapproche de l'affection catarrhale vulgaire, de la bronchite dont elle offre également la rareté relative dans les climats intertropicaux; mais elle en diffère par un certain nombre de caractères épidémiologiques d'une incontestable valeur.

Ainsi l'accroissement de la pneumonie, à mesure qu'on remonte vers les régions septentrionales, n'est pas un fait constant, consacré par un retour annuel et fatal d'épidémies saisonnières plus ou moins graves. Ce n'est qu'à intervalles irréguliers que l'on observe des explosions comme nous venons d'en indiquer; dans les années ordinaires, il en est tout autrement, et parfois la maladie fait alors entièrement défaut. Il y a plus : cet accroissement progressif vers le nord a une limite ; et, dans les climats polaires, nonseulement elle devient plus rare, mais disparaît totalement du cadre pathologique, bien qu'en ces régions la bronchite atteigne son maximum de fréquence. J. Rochard a cité, à l'appui de la rareté de la pneumonie dans les climats polaires, une expédition anglaise composée de trois cents hommes et qui passa des mois entiers dans les glaces; le thermomètre tomba parfois jusqu'à 30° ; or, bien que les hommes eussent été fréquemment réduits à coucher sur la glace même, où ils laissaient l'empreinte de leur corps, on constata seulement des bronchites, mais pas un seul cas de pneumonie. Cette rareté de la pneumonie dans les climats polaires voisins des régions où elle est grave et commune, tient, sans doute, à ce que la température y est, en général, plus uniforme que dans les climats froids proprement dits. Il en est de même des altitudes : très-fréquente aux altitudes moyennes (1,500 à 2,500 mètres), la pneumonie est rare à des hauteurs considérables, supérieures à celles qui ont été l'objet des observations de Fuchs (Voy. p. 439).

Même différence, du reste, en nos climats, entre cette maladie, au point de vue de sa genèse, et les bronchites saisonnières ; ici aussi, au lieu de revenir régulièrement au retour de la saison froide, avec un degré de fréquence à peu près uniforme, elle présente les plus grandes différences d'une année à l'autre, comme si quelque chose devait se surajouter aux conditions atmosphériques pour sa production.

En outre, la pneumonie ne coïncide pas autant que les catarrhes bronchiques avec les mois les plus froids.

Les épidémies de pneumonie, sans accompagnement de bronchite ni de rhumatisme, ne sont pas rares dans les autres périodes de l'année.

ÉVOLUTION ANNUELLE DES ÉPIDÉMIES. 4i, C'est, en général, à la fin de l'hiver, au début du printemps, que Ja pneumonie se manifeste avec son maximum de fréquence, sous forme épidémique. Dans la zone tempérée, ce maximum correspond aux mois de mars et d'avril ; la maladie est relativement rare au début de l'hiver ; il y en a tout autant de cas au mois de mai qu'au mois de décembre (1). Cette circonstance a même été observée dans des régions plus septentrionales, à Stockholm notamment, par Magnus Huss ; beaucoup d'auteurs ont vu un rapport entre cette fréquence de la pneumonie au début du printemps et l'état de l'orgamsme, qui, grâce à l'activité des fonctions digestives durant l'hiver, serait plus apte, à l'époque des variations équinoxiales, à subir des affections considérées depuis longtemps comme de nature sthénique : opmion que les recherches hémalhologiques modernes ont peut-être exagérée par l'importance attribuée à l'état fibrineux du sang.

C'est cette insuffisance des causes saisonnières banales qui faisait admettre, par Laennec, l'intervention de quelque influence miasmatique dans la genèse de l'affection ; peut-être cette apparente irrégularité n'est-elle que le fait de la variation des prédispositions mdmduelles suivant les années, et l'on peut se demander SI la pneumonie la plus franche, dans ses explosions épidémiques nest pas assujettie à la modification préalable de l'organisme, et à sa prédisposition plus spéciale en certaines années aux inflammations thoraciques (Voy. p. 51) .

Cette pneumonie, en effet, atteint moins spécialement qu'on ne 1 admet, les individus de constitution robuste.

En nos pays, ce n'est qu'exceptionnellement qu'elle figure d'une manière notable au bilan de la mortalité militaire. II faut, pour cela, non-seulement des hivers extrêmement froids, non-seulement de brusques oscillations de température; mais ces recrudescences épidémiques de la pneumonie coïncident habituellement avec le règne d'autres affections, surtout avec celui des fièvres éruptives, de la rougeole en particulier, et de la fièvre typhoïde.

C'est en pareilles circonstances qu'à diff-érentes époques, au siège de Phihsbourg, en 1688, au début de la guerre de Sept ans,enl7fî6. et tout récemment en 1871, puis en 1876, notre armée a eu à subir 'de véritables épidémies de pneumonies. Beaucoup de ces pneumo-

(1) Lombard a établi par des chiffres nombreux que les mois extrêmes pour la pneumonie, dans toute l'Allemagne étaient ami. (maximum de mortalité) et sepwmbre (minimum;. Lombard, loc. cit., t. rCîTcss ot suiv.

niques étaient des convalescents; il y avait alors préparation à la maladie ; et nous avons rapproché cette aptitude de la déb.litation antérieure de l'organisme par diverses cachexies, notamment par le scorbut et l'impaludisme, point de départ de ces épidémies de pneumonie secondaire que nous avons étudiées plus haut(l).

C'est surtout dans la classe la plus avancée en âge de la population que s'accomplissent, le plus régulièrement, les retours annuels de la pneumonie; cette prédilection de la maladie tient encore a son affinité spéciale pour les organismes affaiblis, et sans doute c'est à ce titre qu'elle est également redoutable pour les vieillards. Chez eux,, elle constitue une affection d'une gravité bien autrement terrible, vu ses retours annuels, que les épidémies passagères ; elle devient d'autant plus menaçante, comme fréquence et comme léthalité, que les conditions de déchet de l'organisme ont été augmentées par n'importe quelle cause occasionnelle; tout vieillard obligé de s'aliter, pendant la saison froide, quelle qu en soit la raison, contracte par ce fait même une prédisposition aux formes les plus graves de cette affection. -c,- .'.cv ^

Tandis que, sur 1,000 décès à l'hôtel des Invalides, 12o, ce t-idire le huitième, ont été causés par la pneumonie, celte maladie ioue un rôle si hmité dans la mortalité des hommes jeunes, que, sur d 315 décès survenus durant la même période à l'hôpital mili- -f,ire'du Gros-Caillou, 31 seulement, ou le quarantième environ, en ont été la conséquence. Il en est de même de la population civile. Quand nous voyons, par exemple (2), les chiffres des admissions pour pneumonie s'élever à 98 de 16 à 20 ans, à 260 de 20 à 30 à m de 31 à 40, à 225 de 41 à 50, à 189 de 51 à 60, à 222 de 61 à 80, nous comprenons que la fréquence de cette affection doit s'augmenter avec l'âge, la diminution du nombre des vivants a x périodes avancées de la vie étant beaucoup plus considérable que la différence correspondante du chiffre des malades administrés

nour celte affection. , • „ „An

Enfin ce n'est pas seulement par la restriction de son domaine géographique, par sa limitation à certaines classes de la société, par l'inconstance de ses réapparitions annuelles que la pneumonie diffère des autres maladies saisonnières. Elle en diffère cliniquement aussi et nar la gravité, et par la profondeur de sa lésion anatomique, en même temps que cette lésion, au lieu d'être diffuse comme dansles

(1) Vov. p. 213-215.

(•2) Statistique des hôpitaux, de Paris pour 1862.

maladies calarrhales, esL relativement limitée à une portion des

voies respiratoires.

C. Pleurésie. — hs. pleurésie est une des maladies que l'on peut rattacher, mais cependant avec quelque réserve, au groupe des af- Tections catarrhales de l'hiver. Sa rareté relative dans les pays chauds est un fait incontestable ; tandis qu'en France, elle est assez commune dans l'armée pour que les hôpitaux militaires en renferment à peu près constamment un certain nombre de cas, elle est bien moins fréquente .dans nos garnisons d'Algérie et des colonies Pendant mon séjour à Rome, j'ai noté également sa rareté chez nos ■soldats.

D'autre part, elle est certainement plus fréquente pendant les mois froids que pendant la période estivale; et son maximum correspond en général aux équinoxes, au moins d'après les faits que j ai observés (1). ^

Mais si, en raison de cette double dépendance des saisons et des chmals,la pleurésie se rattache en partie aux influences qui produisent les affections d'hiver, elle diffère de ces dernières en ce qu'elle est beaucoup moins assujettie à cette période de l'année - il n'est aucune époque où, dans nos climats, elle ne se manifeste, et même avec une certaine fréquence ; et, d'autre part, au moment même de ces maxtma de fréquence, elle se présente rarement en groupes considérables comme la bronchite et la pneumonie; elle est moins epidémique que ces deux affections.

Cette spécialité d'allure de la pleurésie me semble tenir à ce que, de tou es les maladies produites par les innuences atmosphériques, elle est celle dont la genèse s'accomplit le plus rapidement. Tandis que es bronchites, les pneumonies, ne se manifesteront habituellement qu àla suite de rigueurs prolongées de la température et de • létat de congestion ou de stimulus qui y préparera les voies respiratoires; la pleurésie éclate, dans la majorité des cas, sous l'in- 1 Quence brusque d'un refroidissement au moment où le corps est en \ =ueur Cette circonstance, quoique plus ordinaire en hiver se nré- ' jente à toutes les époques de l'année, et nous explique pourquoi affe Uon se manifeste, avec une simple différence dans son degré

armr"'^^ " "^^'"^ ' ^'"^ commune dLs

onl ' n?"" M ''T' ^-^^ g^^'des de nuit expose

constamment le soldat à sortir d'un milieu extrêmement chaud, ^omme un corps de garde, pour subir instantanément l'action du

(1) Léon Colin, Études cliniques de médecine militaire. Paris, 1804, p. 90.

grand air; pourquoi elle est fréquente spécialemenl àParis, dans le corps des sapeurs-pompiers, soumis tout particulièrement, par ses obligations professionnelles, à de pareilles inQuences. Je crois, en outre, que celte facilité de production de la pleurésie en toutes saisons tient à sa connexité avec une diathèse constitutionnelle, la tuberculose qui impose à l'organisme une réceptivité permanente aux affections pleurales.

D.Phthisîe. — Une des maladies chroniques les plus influencées par l'évolution des saisons, c'est la phlhisie pulmonaire. La mortalité des phthisiques atteint son maximum à la fm de l'hiver et au n début du printemps. A Paris, ce maximum correspond habituelle- Ij ment au mois d'avril.

C'est là un fait observé aussi bien en Europe, spécialement par Marc d'Espine à Genève, que dans les régions des climats excessifs, sur le littoral atlantique des États-Unis, notamment à Philadelphie ; d'après les rapports de W. H. Ford, c'est au mois de mars que les décès de phthisiques atteignent, en cette ville, leur maximum annuel, pour décroître rapidement pendant les mois suivants jusqu'au retour du froid.

Sans la phlhisie qui occasionne tant de décès aux mois de mars et d'avril, le printemps, dit Marc d'Espine, ne serait qu'en troisième ligne pour la mortalité dans le canton de Genève, et serait dépassé non-seulement par l'hiver, mais encore par l'automne.

Hippocrate comprenait la phlhisie au nombre des maladies populaires. Dans nos pays, où les décès par phlhisie constituent plus de la moitié des morts par maladie chronique, oii nos hôpitaux civils et militaires ne renferment quelquefois, comme affections graves, que des phthisiques, il y a bien lieu, jusqu'à un certain point, d'accepter cette qualification de maladie populaire tout en se rappelant que son point de départ diathésique la place originellement en dehors des maladies épidémiques. J'ai démontré, en plusieurs travaux (1) la tendance des formes aiguës de la phlhisie à se manifester, à certaines époques de l'année, mais surtout en hiver avec une fréquence qui rapproche cette affection des petites épidémies; elle coïncide fréquemment alors avec les catarrhes bronchiques profonds, et, dans l'acuité de son évolution, semble relever des mêmes constitutions atmosphériques.

(1) Léon Colin, Etudes cliniques de médecine militaire, Tuberculis(dion aigiiê, p. 65. l'aiis, 18G4 et Phthiiie galopa7ile et iuberculisation aiguë [Arch. gén. de méd. Paris, 1874).

ÉVOLUTION ANNUELLE DES ÉPIDÉMIES. Mo

E Rhumatismes. — Les affections rhumatismales s'unissent fréquemment aux maladies aiguës du thorax pour former les constitutions de l'hiver, surtout celles du dernier mois de cette saison et du commencement du printemps ; pour les anciens, d'ailleurs, catarrhe et rhumatisme avaient la même signification au point de vue pathogénique; seulement dans un cas la détermination morbide affectait les muqueuses, dans l'autre les séreuses et les parenchymes. Le rhumatisme est analogue à la bronchite, au point de vue de l'augmentation de sa fréquence et de sa gravité à mesure que de nos climats on remonte vers les pôles. En certaines villes d'Angleterre, il joue un rôle considérable, non-seulement dans la morbidité saisonnière, mais dans la mortalité ; en Irlande, d'après Schleissner, il aurait, pendant vingt ans, occasionné 12 pour 100 du total de la mortalité.

Mais, en descendant vers l'équateur, le rhumatisme ne diminue pas parallèlement à la bronchite, et on la rencontre très-communément en maintes localités, non-seulement des climats chauds, mais même de la zone interLropicale (1).

Le rhumatisme articulaire aigu atteint plus spécialement les individus jeunes, âgés de quinze à trente ans. Il est donc moins uniformément répandu sur l'ensemble de la population que la bronchite saisonnière. Il est, de plus, subordonné à d'autres conditions de réceptivité, nettement démontrées par sa tendance aux récidives, conditions parmi lesquelles figure tout d'abord l'influence de race.

Nos recherches nous ont prouvé, par exemple, que le rhumatisme articulaire aigu est relativement rare chez les soldats français, bien que leur âge corresponde à la période de la vie où celte afl"ection est la plus commune (2).

Les statistiques de quelques autres armées nous permettent d'y constater une fréquence plus considérable du rhumatisme articulaire aigu. C'est ainsi que, dans l'armée anglaise, la proportion des rhumatisants est notablement plus élevée qu'en France; la dissémination de cette armée, sur tant de régions diû'érentes, nous permet en outre de constater l'influence spéciale de certaines résidences de cette armée. D'après les documents officiels, c'est la garnison anglaise delà ville du Cap (de Bonne-Espérance) qui fournit le plus de rhumatisants sur un nombre donné de malades (50 à 60 rhuma-

(1) Voy. Ernest Besnier, Art. Rhumatisme, in Dict. encycl. des sciences.

(2) Voir Léon Colin, Art. MonBiorrÉ Mii-iTAinE, p. 539.

lisants sur 1,000 admissions aux hôpitaux); aux Indes même, malgré l'élévation de la température annuelle, le rhumatisme est commun dans cette armée, sans doute en raison des oscillations diurnes de cette température. Il est à noter que ce sont spécialement les troupes anglaises qui en sont atteintes, et non les troupes indigènes au service de l'Angleterre; aussi j'admets une influence de race agissant ici sur le soldat anglais, influence dont nous avons une preuve nouvelle dans le chiflre annuel des réformes pour cause de maladies du cœur dans les troupes de la Grande-Bretagne, chiffre réellement énorme et qui, sans exagération, peut être évalué au décuple de celui de notre armée. ,

Il est enfin des conditions de guerre dans lesquelles le rhumatisme prend une fréquence considérable dans l'armée. Gilbert a relaté l'épidémie de rhumatisme qui frappa nos troupes au passage des Alpes. Pringle (1) insiste sur la fréquence des affections rhumatismales pendant la guerre- de Sept ans, chaque fois que l'armée anglaise quittait trop prématurément ses quartiers d'hiver. Pendant la campagne de 1743 notamment (2), les rhumatismes, à eux seuls, constituaient dès les premiers jours le cinquième du total des malades, proportion évidemment énorme, et qui, sans doute, n'eût point été atteinte chez des soldats de race française.

Ces faits semblent prouver que si, en temps de paix, la proportion des rhumatisants est relativement peu élevée dans les armées, surtout dans la nôtre, la cause en est dans la protection plus assurée du soldat contre l'influence des intempéries atmosphériques.

2° Été. — Le caractère des maladies estivales indique, au début de la saison, l'impression morbide subie par les voies digestives supérieures. L'anorexie d'abord, puis l'embarras gastrique, souvent l'ictère, et enfin la fièvre gastrique constituent, pour ainsi dire, autant d'échelons symptomatiques de l'atteinte «atarrhale de l'estomac, et des glandes annexées à ce viscère et aux premières portions de l'intestin.

Cette série d'affections domine pendant la première partie de l'été, c'est-à-dire en cette période de l'année oii l'organisme, encore habitué aux brusques abaissements de température du printemps, est sensible avant tout à l'ascension thermique de l'air ambiant, à l'augmentation de la chaleur atmosphérique ; ce sont des maladies surtout à colore.

(1) Pringle, Observations sur les maladies des armées. Paris, 1771. (2J Pringle, loc. cit., cliap. iii.

Plus tard, à partir du uiilieu de l'été, l'organisme, mieux habitué à l'excôsde chaleur, redevient, en revanche, très-impressionnable aux brusques abaissements de température qui se manifestent surtout la nuit, augmentant d'intensité à mesure que s'avance la saison chaude, et qu'on approche de l'automne. C'est alors que se manifestent d'autres troubles morbides, dont le point de départ anatomique est encore dans l'appareil gastro-intestinal, choléra morbus, diarrhée, dysenterie. Il y a eu ici influence prédisposante de la chaleur, puis influence déterminante du froid ; la cause dernière a été le refroidissement, et, bien qu'appartenant essentiellement à l'époque la plus chaude de l'année, ce sont là plutôt des maladies à frigore.

L'origine météorique de ces affections, qu'elles appartiennent au premier ou au second de ces groupes, est prouvée par leur fréquence chez les individus plus complètement soumis aux influences atmosphériques; elles sont, à ce titre, communes chez le soldat. Nous verrons cependant que, pour plusieurs d'entre elles, il faut, à côté du facteur principal, invoquer d'autres influences moins bien déterminées, mais néanmoins indéniables.

A. 1°" groupe des affectiom gastro-intestinales de l'été. — embarras gastrique est une des indispositions les plus communes au début de la saison chaude ; à cette époque de l'année, qui, en nos climats, est remarquable par l'abaissement considérable du nombre des malades, il est fréquent de ne rencontrer, dans les hôpitaux et infirmeries de l'armée,' d'autre affection interne que celle-là ; dans un certain nombre de cas, elle s'accompagne de suffusion ictérique des conjonctives, et même d'ictère complet.

Dans d'autres cas, se développe un mouvement fébrile d'une intensité considérable, à marche rémittente, accompagné de sensation de brisement des membres, quelquefois d'épistaxis, et d'une éruption de taches ardoisées (taches bleues, taches d'encre lavée) ; c'est à celte pyrexie que Monneret a donné le nom de fièv7'e gastrique. Elle a été plus fréquemment observée dans notre armée, à la latitude de Paris, depuis qu'un grand nombre de soldats sont logés, soit sous la tente, soit dans les baraques, en pleine campagne, plus exposés par conséquent aux influences météoriques.

C'est un point fort délicat à déterminer que l'intervention du miasme tellurique, et le degré de cette intervention dans l'étiologie de ces fièvres ; nous croyons que ce miasme a une certaine part dans leur développement, alors qu'elles se manifestent ainsi en

campagne, ou sous la tenle, et nous sommes disposé à les considérer comme assez analogues, sous ce rapport, aux fièvres rémittentes des pays chauds (1).

B. 2° groupe. — Quant au groupe morbide qui se manifeste à une période plus avancée de l'été, et dont les espèces principales sont la diarrhée, la dysenterie, le choléra estival, son retour annuel est plus régulier encore que celui des maladies du groupe précédent, et il semble, par conséquent, dépendre plus étroitement et plus exclusivement des influences saisonnières de l'été. Ces maladies, à notre latitude, reparaissent à peu près fatalement à partir du 15 juillet dans les localités habituellement atteintes, acquièrent leur maximum du 10 au 20 août, pour s'atténuer progressivement pendant le mois de septembre.

La plus banale de ces trois affections, c'est la diarrhée, qui cependant présente, elle déjà, ce caractère d'être notablement plus commune dans telle localité que dans telle autre, et, en général, dans les villages que dans les villes.

La dysenterie saisonnière des climats tempérés apparaît au mois d'août, habituellement précédée et accompagnée d'un nombre relativement considérable de flux intestinaux, dont elle paraît le terme extrême. Elle aussi a ses localités de prédilection, ce qui prouve qu'elle n'est pas seulement le fait de la saison. Dans l'armée, par exemple, on voit la maladie prédominer en telle ville de garnison, n'apparaître qu'exceptionnellement ou à peine dans telle autre ; habituelle à Versailles, elle est très-rare à Paris.

C'est une maladie du soldat en campagne ou installé dans les camps, non-seulement parce qu'il y subit plus complètement l'influence des météores, mais, en outre, en raison de l'impureté fréquente de l'eau de consommation, et des exhalaisons miasmatiques dues à l'installalion incomplète des latrines. Nous en avons donné plus haut les preuves (2). L'intervention, dans le développement de la dysenterie estivale, de causes autres que les influences météoriques est prouvée par le fait, exceptionnel il est vrai, mais réel cependant, comme en 1874, de la rareté relative de la dysenterie en certains étés très-chauds.

La dysenterie de nos cHmats est en général la forme la plus bénigne, la plus atténuée de celle des climats chauds; en général aussi sa mortalité est relativement légère ; elle doit ces caractères,

(1) Voy. livre IV, Fièvres bilieuses.

(2) Voy. p. 338-339.

ÉVOLUTION ANNUELLE DES ÉPIDÉMIES- ^r^Q

suivant nous, à ce que, dans la zone tempérée, la dysenterie ne trouve ordinairement qu'une période très-courte d'apparition possible chaque année, du 10 juillet au 20 septembre. Elle n'a pas le temps de passer à la chronicité, rarement celui de récidiver dans la même saison. Cette rareté, chez nous, du passage à la forme chronique, si commun dans les pays chauds, où la permanence des conditions de température explique sa fréquence, constitue l'une des raisons de la bénignité relative de la dysenterie de nos climats. Quelquefois, cependant, le pronostic de la dysenterie a égalé, à notre latitude, celui de la dysenterie des pays chauds (1) ; nous croyons pouvoir, en pareil cas, émettfe cet aphorisme : qu'alors elle tenait bien moins à la constitution saisonnière qu'à une influence soit infectieuse, soit alimentaire, influence qui, sans être peut-être en elle-même plus grave que la précédente, l'a été par sa continuation au delà des limites d'une saison.

Ces afl-ections estivales : diarrhée, dysenterie, choléra nostras, se mamfestent surtout dans les localités où les oscillations saisonmères sont le plus considérables, notamment sur le littoral atlantique des Etats-Unis. A New-York, non-seulement elles sont trèsfréquentes et très-fréquemment mortelles, mais leur prédominance excessive pendant le troisième trimestre de l'année donne la raison de l'excès de mortalité estivale que nous avons signaléen cette ville et à Philadelphie (2). Voici les preuves de cette assertion.

A New-York, en 1875, le chiffre des décès par diarrhée s'est élevé à 7,i28 sur un total de 30,604 décès; cette affection cause donc le quart de la mortalité totale de la ville, alors qu'à Paris, pen-

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