VI. — CONCLUSIONS
La régularité de révolution multiannuelle des maladies épidémiques est subordonnée surtout au maintien des conditions habituelles du pays où l'on observe. Dans une même ville, et même dans des localités similaires entre elles comme climat, hygiène et population on peut observer une certaine uniformité dans l'ascension et là déclinaison de diverses maladies populaires, notamment de la variole et de la fièvre typhoïde. Mais si ces affections reviennent à peu près régulièrement dans les villes qui continuent à offrir, à chacun de leurs retours les mêmes aptitudes hygiéniques et sociales, il est loin d'en être de même dans les pays où ces aptitudes se modifient profondément.
Alors on verra l'évolution des maladies épidémiques enfreindre singulièrement les règles dogmatiques auxquelles on croyait les assujettir, et prendre un caractère plus saisissable à l'analyse.
Parlerons-nous de ces épidémies de fièvre jaune revenant coup sur coup, sur le littoral du Brésil, où elles sont alimentées aujourd'hui par un vaste mouvement d'immigration européenne, alors que, suivant la théorie, elles ne devraient apparaître, à cette dislance de leur foyer générateur, qu'à des périodes de quinze à vingt ans?
Parlerons-nous des épidémies de peste d'Égypte, anéanties en somme en leur berceau originel, n'y reparaissant pas, depuis 1845, alors qu'ailleurs, en Perse, en Mésopotamie, à Bengazy, nous les voyons depuis quelques années faire explosion avec une fréquence presque annuelle, infraction complète à leur lente périodicité d'autrefois ?
Instituer aujourd'hui des règles de retour cyclique des affections épidemiques, c'est vouloir généraliser dans le temps et l'espace ce qui n'est que d'un lieu et que d'une époque. C'est oublier les décomptes des prédictions analogues formulées par nos prédécesseurs des siècles passés, et confondre la marche de faits relativement éventuels, comme les maladies, avec la régularité des phénomènes cosmiques, qu'on ne peut leur comparer.
En résumé, si les apparitions et les intervalles des épidémies sont subordonnés à des conditions générales fort obscures parmi lesquelles prédomine sans doute l'influence de l'atmosphère sur l'acuvité des germes morbides, ces oscillations sont également soumises à, un ensemble de circonstances accessibles à l'analyse circonstances démontrées par la différence des cycles périodiques Léon Colin, mal. épidém. 30
des épidémies, suivant les localités, et, dans les diverses localités, suivant les conditions de réceptivité de leurs habitants, conditions dont les principales sont l'hygiène et le degré des aptitudes morbides individuelles.