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CHAPITRE X

§ I. — APPARITION ET EXTINCTION SUCCESSIVES DES PRINCIPALES MALADIES POPULAIRES.

« 11 est certain, a dit Liltré, que des maladies nouvelles apparaissent et que des maladies anciennes s'éteignent. S'il y a une géographie pour la pathologie, il y a aussi une chronologie (1). »

Ce sont particulièrement les épidémies accidentelles, celles qu'on a qualifiées de grandes épidémies, qui, à ce double égard, ont frappé l'attention des auteurs; et le Traité d'Anglada sur les Maladies éteintes et les maladies nouvelles expose spécialement les phases historiques de ces fléaux.

Or la succession, dans le temps, des différentes maladies populaires, constitue un fait plus général ; elle ne se borne pas aux maladies accidentelles, et ressort également de l'apparition successive d'affections beaucoup moins étranges. Les fièvres éruptives, telles que nous les observons; les maladies typhiques, les maladies alimentaires, les maladies parasitaires, se retrouvent difficilement dans les anciennes descriptions.

Parmi les maladies populaires qui, sans doute, ont été observées de tout temps, car on en retrouve la description dans la collection hippocratique, figurent la dysenterie, les fièvres intermittentes, les oreillons, l'héméralopie. Quant aux affections qui ne sont pas contemporaines des premiers temps de la médecine, l'ordre de leur apparition constitue, en épidémiologie, des périodes séparées les unes des autres par des époques capitales, véritables nœuds de leur histoire.

L'une de ces périodes s'étend de 428 avant l'ère chrétienne, jusqu'au sixième siècle de cette ère ; la seconde du sixième au quatorzième siècle; la troisième du quatorzième siècle jusqu'à nos jours.

Première période. — De 428 avant J.-C. au sixième siècle de l'ère

(I) Hippoci-ate Œuvres, traduction Littré, t. V, p. 507.

chrétienne. — Cette période est caractérisée principalement par l'explosion, sur la plus grande partie du monde alors connu, de maladies auxquelles leur pandémicité, et leur gravité a valu le titre de Pestes, bien que rien ne démontre leur identité avec la peste d'Égypte; maladies dont la première en date est la peste du Péloponèse ou peste d'Athènes (428 av. J.-C), et dont les plus importantes sont ensuite celles des Antonins et de Saint-Cyprien.

La fin de cette période est marquée par deux grands événements : 1° Première expansion authentique, en dehors de son berceau, de la véritable peste, la peste à bubons, ou peste d'Égypte. Cette expansion (peste du sixième siècle, ou de Justinien) constitue, pour l'Europe, le début d'une série d'épidémies qui ne se sont éteintes que dans les temps modernes. 2" Première expansion également sur l'Europe de la variole et de la rougeole.

Ce n'est pas tout : aux pestes, à la variole se joignent encore, pour caractériser la fin de cette période, l'apparition, sur le littoral méditerranéen et en Italie, de la lèpre des Grecs qui, elle aussi, va prendre, à partir du sixième siècle, un caractère de généralisation complètement nouveau.

Deuxième période. — Du sixième au quatorzième siècle de notre ère. — Remarquable surtout par les progrès incessants de la variole, de la lèpre, de la peste d'Égypte, cette deuxième période voit apparaître les épidémies de feu sacré, premier mode de manifestation de l'ergotisme gangréneux.EUe se termine par une époque plus saillante encore que celle de son début, grâce non-seulement au nombre de maladies populaires qui allaient alors envahir le monde, mais, grâce à la facilité plus grande qu'ont eue dès lors les relations médicales à parvenir jusqu'à nous.

Les principaux événements de cette époque sont d'une part la peste noire de 1348, la suette anglaise de 1486, et enfin le développementpresque épidémique delasyphilis. Ces grands faits n'étaient eux-mêmes que le commencement d'unesérie morbide qui se continuait, pendant le siècle suivant, par l'apparition de deux affections qui devaient prendre, par leur fréquent renouvellement, une tout autre importance': le typhus et le scorbut. C'est alors qu'apparaissent aussi les épidémies catarrhales : grippe, coqueluche. Rien <le plus naturel que l'étonnement éprouvé par les médecins contemporains devant un tel débordement de maladies nouvelles (1).

ritaî " "^t"'^"^ ^"'"^ """""^ veteribus prorsum ignotos morbos nostra œtas expe- • » (Ingrassias, De Tumoribus prœler naiuram, cap. I, p. 205. Naples, 1552.)

Troisième -période. — Du quatorzième siècle jusqu'à nos jours. — C'est d'abord l'expansion progressive de ces dernières maladies qui caractérise la troisième période historique des épidémies. C'est ensuite l'apparition de divers types morbides très-différents entre eux par leur importance et leur degré de généralisation.

La scarlatine ne date que du seizième siècle. La diphthérie, dont l'ancienneté en Syrie est incontestable, ne commence sa grande évolution en Europe que dans les temps modernes.

Plusieurs petites épidémies, ophthalmie purulente, stomatite ulcéreuse, méningite cérébro-spinale, apparaissent successivement.

Une modification profonde survient à la fm de celte troisième période dans le cadre des plus graves épidémies.

Au déclin de la peste d'Égypte, dont les dernières grandes manifestations en Europe datent du dix-huitième siècle, succèdent et la fièvre jaune et le choléra. Au typhus qui rétrocède à partir du commencement du siècle actuel, succède ou s'adjoint la fièvre ty. phoïde, qui est encore de nos jours la maladie dominante.

La suette anglaise disparaît, mais remplacée par une forme clinique moins grave qui certainement en a conservé la physiono mie, et, suivant nous la nature : la suette miliaire.

Le scorbut, lui aussi, s'atténue notablement à la fin du dix-huitième siècle ; mais diverses autres maladies alimentaires : ergotisme convulsif, pellagre, acrodynie, surgissent à leur tour.

Il n'est pas jusqu'aux maladies parasitaires qui ne subissent des modifications dans leur nature : les épidémies vermineuses constituées surtout par la fréquence des ascarides lombricoïdes, par celle de l'acarus de la gale, font place à des affections plus diverses entraînées par le ténia inerme, l'ankylostome duodénal, la trichine, les filaires, etc.

Considéré d'une manière générale, ce mouvement de rénovation du cadre pathologique s'accomplit en somme avec une certaine rapidité. Quel changement, en un siècle seulement, dans notre pays : il y a cent ans à peine, les maladies dominantes étaient le typhus, le scorbut, si rares chez nous aujourd'hui, et faisant place au choléra, à la fièvre typhoïde, à la diphthérie. Il n'est guère que les fièvres éruptives qui, malgré l'atténuation que la vaccine a imposée à l'une d'elle, conservent encore de nos jours une importance assez grande pour rappeler parfois leur rôle au siècle dernier.

A Londres, au temps de Sydenham, les maladies populaires les plus fréquentes, les plus meurtrières, étaient : la variole, les fièvres intermittentes et la peste ; ces deux dernières ont disparu , et quani

à la variole, elle y cède le pas à une fièvre éruplive qui méritait à peine alors le nom de maladie, la scarlatine.

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