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CORRÉLATION RÉCIPROQUE DES MALADIES ÉPIDÉMIQUKS

nomènes initiaux du choléra et ceux de la suette anglaise, pas plus qu'entre les évolutions épidémiques de ces deux affections, l'une venant de loin, progressivement, s'appujrant sur les connmunications humaines, l'autre éclatant sur place, tout à coup, sans qu'on puisse attribuer à la contagion de rôle en sa propagation.

Cette opinion de la similitude et même de l'identité de nature entre la suette anglaise et le choléra, a repris quelque consistance par les analogies que des auteurs modernes ont cru reconnaître entre cette dernière affection et la suette mi'liawe. La suette miliaire reparaissant en Picardie en 1832, précisément à la même époque que le choléra, alors qu'elle n'avait pas apparu dans ce pays depuis douze ans ; la môme affection faisant de nouveau explosion avec le choléra, d'abord en 1849 en Picardie, en Auvergne, en Bourgogne, puis en 1833-1854, période durant laquelle les deux épidémies coïncidèrent dans 90 communes ou 90 groupes de communes réparties en 21 départements (I) ; voilà des faits qui paraissent affirmer une certaine connexité entre les conditions de temps et de localité favorables à l'apparition de ces deux affections. Et cependant il existe d'autres faits qui commandent encore une grande réserve.

D'abord cette coïncidence n'a guère été observée qu'en France, c'est-à-dire dans le pays d'endémicité de la suette miliaire. Griesinger ne cite que deux cas de coexistence de suette et de choléra en Allemagne (2).

En outre, non-seulement la suette a fait défaut dans la majorité des départements français atteints de l'épidémie cholérique; mais en bien des régions simultanément atteintes, on a pu noter leur indépendance réciproque. C'est ce que prouvent en particulier les observations recueillies en 1849, par Bucquoy, dans l'arrondissement dePéronne : cet observateur a constaté : 1° que l'atteinte d'une de ces maladies ne prédisposait point à l'autre ; 2» que le choléra fit complètement défaut dans les communes oh la suette atteignait son maximum de gravité ; 3» que dans les communes où les deux épidémies régnaient simultanément, la suette fut d'une bénignité remarquable.

Des auteurs ont signalé l'apparition, durant les épidémies de choléra, d'un malaise caractérisé par de la fièvre, de l'anxiété précor-

Jtl ^^PP°^^ épidémies de choléra qui ont régné en France pen-

(2 1851-55, in Mém. de l'Acad. de méd.

Unesinger, Traité des maladies infectieuses, 2* édition, p. G07.

diale, de la sueur. Bourgeois a noté la fréquence de ces indispositions à Étampes, en 1832 et en 1849, pendant les deux premières épidémies cholériques ; il n'y avait pas d'éruption, et Bourgeois regarde cette afl'ection comme tenant surtout à la peur inspirée par le choléra ; elle se manifestait exclusivement chez les individus ayant au moins atteint l'âge adulte, par conséquent chez ceux-là seulement qui comprenaient la gravité'de leur situation. Ce n'était donc pas là une suetle proprement dite, et Trousseau, en lui donnant le nom d'hypochondrie aiguë, nous paraît avoir bien indiqué son origine purement psychique.

Dans la coexistence des maladies épidémiques en une môme localité, il nous paraît sage d'éloigner, autant que possible, son esprit de la pensée d'une affinité mystérieuse et en somme inexplicable entre tel et tel type morbide, pour le reporter surtout vers l'examen des conditions locales qui pourront motiver de semblables associations. Si tels de nos départements, comme le Morbihan, sont signalés depuis des années comme infestés des maladies populaires les plus diverses, c'est bien moins en raison de cette affinité que par le fait de la réunion des conditions génératrices des milieux épidémiques les plus divers.

§ lU. ANTAGONISME DES ÉPIDÉMIES.

L'antagonisme est intervenu en épidémiologie pour expliquer la suppression ou l'atténuation, pendant le règne d'une maladie, des autres affections populaires. Il semblait se révéler dans l'alternance signalée plus haut (p. 204) entre certaines épidémies, comme la variole et la peste, comme le choléra et les fièvres intermittentes, etc. Il reposait, comme point de départ, sur des faits rigoureusement vrais d'opposition entre diverses causes morbides, comme l'immunité, conférée par le virus de la vaccine, contre celui de la variole. Et enfin les premières éludes de géographie médicale entraînaient leur illustre inaugurateur. Boudin, à invoquer l'antagonisme des maladies observées en divers pays pour expliquer la différence de nature qu'il leur attribuait (p. 264).

Variole et fièvre typhoïde. -Vopmïon de l'antagonisme entre ces deux affections a été soutenue passionnément par les détracteurs de la vaccine. Supprimer la variole c'était, suivant eux, ouvrir la porte à la fièvre typhoïde et condamner à mourir, à la fleur de l'âge une masse d'individus qu'aurait préservés leur atteinte antérieure par une maladie qui épurait l'organisme.

CORRÉLATION RÉCIPROQUE DES MALADIES ÉPIDÉMIQUES. 481 Paire d'un pareil fléau un mode d'épuration de l'organisme eût pu être la doctrine d'une époque oh l'homme était entièrement désarmé contre lui, époque antérieure à la découverte de Jenner. Et encore \i suffisait de se rappeler que la variole n'avait apparu en Europe qu'au sixième siècle de notre ère, que des séries de générations avaient vécu totalement affranchies de ce redoutable tribut, pour voir qu'il n'avait pas été imposé à l'humanité.

Les détracteurs de la vaccine ont cependant su faire revivre cet antique préjugé en accusant la prophylaxie jennerienne d'augmenter la réceptivité de l'homme à la fièvre typhoïde, doctrine dont la fausseté ressort d'un des résultats dominants de la démographie moderne : la constatation d'augmentation progressive des chances de vie à toutes les époques de l'existence, notamment à l'âge de prédilection de la fièvre typhoïde.

^ Si la fièvre typhoïde a semblé plus commune depuis la généralisation des pratiques vaccinales, c'est qu'auparavant elle n'était pas connue sous son vrai nom.

Sans viser au paradoxe, on pourrait même trouver entre la" variole et la fièvre typhoïde des coïncidences qui inspireraient plutôt l'idée de leur affinité.

La série des rapports sur les épidémies à l'Académie de médecine démontre que la variole et la fièvre typhoïde constituent fréquemment, et pendant les mêmes années, les deux épidémies les plus répandues sur le territoire de la France. Pendant la période d'augment progressif de la variole (183^-1870), la fièvre typhoïde n'a pas cessé de lutter, pour ainsi dire, pour conserver le premier ranparmi ces épidémies. Non-seulement les deux maladies évoluaient" sans se faire mutuellement obstacle, sur l'ensemble du territoire' mais elles marchaient fréquemment côte à côte, sévissant parfois simultanément sur divers départements, comme ceux de la Bretagne, parfois sur les mêmes arrondissements.

Sur des théâtres plus restreints et mieux déterminés, dans les grandes villes, par exemple, où elles sont presque endémiques, on voit souvent ces deux affections régner sur les mêmes quartiers

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f ers IT n ^^^^ ^^^^^ ^^^'^"t^^ ^^''^ V\usienvs quar-

lêl m " ' 'f'^'"^^ ''''''' ^"'^««^è'és d'une Içon tellement intime, qu'elle défie toute tentative de délimitation entre

(1) Janssens, Amuaire de la mortalité de la ville de Bruxelles, 16« année 1878 LEON Colin, mal. épidém, 31

la zone d'action des germes varioleux et celle des germes typhoï-

gènes.

Enfin les anciens varioleux ont la fièvre typhoïde aussi bien que les autres, et parfois même sont atteints d'une manière relativement fréquente. Dans une épidémie relatée à l'Académie de médecine (1), sur 17 adultes atteints de fièvre typhoïde, 9 avaient été antérieurement frappés de variole confluente.

Variole et peste. — Nous ne sommes pas davantage disposé à accepter l'antagonisme de la variole et de la peste à bubons, antagonisme admis de toute antiquité en Egypte par divers auteurs (p 204). Nous nous demandons comment, si cette thèse était vraie, l'Égypte aurait pu être à la fois, et pendant tant de siècles, le principal berceau originel de ces deux aQ"ections.

Scarlatine et diphthérie. - Le prétendu antagonisme de ces deux maladies, affirmé surtout par Trousseau, est la meilleure preuve des défauts d'une généralisation trop hâtive; loin de s'exclure, la scarlatine et la diphthérie marchent souvent en épidémies parallèles; il y a plus, la complication diphthéritique des angines scarlalinèuses est devenue l'observation vulgaire (2).

Typhus et grippe. - Nous hésitons à accepter l'antagonisme admis par Graves entre le typhus et la grippe. Quand un individu est atteint de typhus, c'est-à-dire d'une affection ou, entre autres symptômes, figurent, portés à leur plus haut degré, les signes de catarrhe bronchique et de prostration nerveuse, il nous parait difficile d'affirmer que la grippe, dont les symptômes correspondants sont infiniment moindres, ne coexiste pas chez le même ma-

D'autre part, si les malades grippés ont joui d'une apparente immunité contre l'atteinte du typhus, il faut se rappeler que celle dernière afieclion ne frappe habituellement qu'un nombre restreint d'individus dans une population donnée, et qu il y a là une raison de douter sérieusement de l'influence préservatrice de la

^''TLs intermittentes et fièvre typhoïde. - Une des thèses favorites de Boudin a été celle de l'antagonisme entre les fièvres mlerm Itentes d'une part, la phthisie et la fièvre typhoïde d autre par . N us nous sommes occupé, dans un autre travail, des rapports géograpliiques de la phthisie et de la fièvre intermittente, et avons

(1) Gaultier de Claubry, Mppori sur les é,,i >énnes gui ont régné en 1852, in Mém. de l'Acad. da méd., t. XMII, p. 82.

(2) Voy. livre V, art. Scarlatine et diphthlrie.

CORRÉLATION RÉCIPROQUE DES MALADIES ÉPIDÉMIQUES. 483 prouvé la fréquente coexistence de ces deux affeclions (1). Quant à l'antagonisme entre la fièvre typhoïde et les maladies palustres, il représente l'expression la plus énergique d'une opinion générale,naent admise et généralement vraie, à savoir la profonde différence des maladies entraînées par les miasmes animaux et de celles qui résultent de la putréfaction végétale (p. lOS). Pour nous, comme pour tous nos contemporains, c'est le miasme animal qui intervient surtout dans la production de la fièvre typhoïde; mais nous démontrerons qu'il n'est plus vrai de dire : 1" que cette affection ne s'observe pas dans les climats chauds et palustres; 2° qu'en nos pays, l'endémie typhoïde est exclusive de l'endémie palustre. Nous élabhrons la fréquence de la fièvre typhoïde dans nombre de régions palustres, soit des climats chauds, soit des climats tempérés, quand en ces climats se trouveront des groupes prédisposés à cette maladie.

De la théorie d'antagonisme formulée par Boudin entre ces deux •maladies il ne reste, à notre sens, qu'une proposition réellement vraie, à savoir que les populations indigènes des foyers palustres ont plus rarement que les autres la fièvre typhoïde, leur cachexie antérieure leur enlevant l'aptitude à cette dernière affection; tandis que les individus nouveaux venus en ce foyer, et prédisposés à la fièvre typhoïde par leur âge. comme les soldats, y subiront souvent de graves épidémies. Un seul exemple : les garnisons de France où les épidémies typhoïdes ont été le plus fréquentes en ces dernières années, sont celles aussi où le miasme palustre a trouvé les conditions les plus favorables à sa production (2).

Fièvre intermittente et typhus. — Nous avons rappelé plus haut (p. 246) l'opinion d'auteurs qui avaient émis la pensée d'un antagonisme entre les miasmes typhiques et les miasmes palustres, en mvoquant l'immunité contre la malaria de certaines populations entassées, notamment celle des habitants du Ghetto de Rome; ces auteurs oubliaient combien jadis, en celte ville, étaient communes les épidémies de fièvres pétéchiales, au milieu de populations épuisées par l'intoxication palustre et par cela même prédisposées à . élaboration du miasme typhique (3).

Fièvres intermittentes et maladies pestilentielles. — On a considéré •es épidémies de fièvres intermittentes comme exclusives des épi-

(1) Léon Colin, Traité des fièvres intermittentes, p. 3:3f. 2 Voy. Uvre IV, art. Fièvre typhoïde palustre. (3) Voy. livre IV, art. Typhus.

démies de peste, de fièvre jaune, de choléra. Pour la peste et la lièvre jaune, nous verrons qu'en général, dans leurs foyers originels, leurs recrudescences périodiques comnnencent à une époque de l'année différente de celle de l'endémo-épidémie palustre; la non-coïncidence initiale est donc la règle, mais sans qu'on soit autorisé à conclure à l'existence d'un antagonisme entre ces deux maladies pestilentielles et la fièvre intermittente; car, par le fait de leur durée, leurs épidémies respectives coïncident à bien d'autres périodes de leur durée, à tel point que le diagnostic devient difficile entre les accès palustres et les atteintes de peste ou de vomito.

Quant au choléra, ses rapports avec la fièvre intermittente sont beaucoup plus variables; l'affinité de ce fléau pour les populations affaiblies par l'intoxication palustre est hors de doute (p. 302); mais il s'agit ici des rapports de l'épidémie cholérique avec les épidémies de fièvres intermittentes. Pour certains auteurs, la coïncidence est la règle; pour d'autres, il y aurait, au contraire, cessation des fièvres palustres pendant le cours des épidémies cholériques. Il est possible de concilier des faits en apparence si opposés sans recourir, ici encore, à des hypothèses sur l'étiologie tellurique du choléra [\). Les épidémies de choléra sont moins assujetties que celles de pesle et de fièvre jaune à des limites saisonnières. Elles pourront donc se manifester en tel pays au moment de l'endémoépidémie palustre, en tel autre avant ou après cette endémo-épidémie. Nous avons eu soin de formuler ainsi nos réserves sur certaines affinités incontestables : « En son berceau originel, le choléra éclate au milieu de conditions telluriques favorables au développement des fièvres; dans ses explosions épidémiques, il offre avec ces dernières une certaine analogie par sa prédilection pour les terrains d'alluvion et les localités peu élevées, par la suspension habituelle de ses manifestations durant la saison froide, et enfin, par l'existence, parmi les fièvres pernicieuses, d'une forme qui rappelle les symptômes du mal indien. Mais en voyant le choléra pénétrer si aisément au centre des grandes villes, frapper les quartiers les plus peuplés, épargner souvent dans sa marche les régions où la malaria est endémique, on a bien des raisons de révoquer en doute la parenté étiologique de ces deux affections (2). »

(1) Après avoir admis que les mêmes conditions de porosité du sol donnaient lieu simultanément aux deux affections, on a émis la pensée que les terrains marécageux étaient impropres au cliolëra en raison de leur nappe d'eau souterraine qui noyait les germes de cette affection.

(2) Léon Colin, Traité des fièvres intermittentes, p. 505.

CORRÉLATION RÉCIPROQUE DES MALADIES ÉPIDÉMIQUES. 48b Quant aux circonstances où l'on aurait constaté la cessation des fièvres intermittentes durant des années après le passage d'une épidémie cholérique (1), elles se rapportent à des observations recueillies dans les pays tempérés, où le retour annuel des épidémies de fièvre intermittente n'est pas absolument constant, et peut faire défaut par insuffisance des conditions thermiques (2). De pareilles atténuations ne s'observent pas au sud; ni en Algérie, ni dans la campagne romaine, les fièvres ne s'effacent pendant les années consécutives aux explosions cholériques; à plus forte raison au voisinage de l'équateur, où les conditions annuelles de retour de ces fièvres sont encore plus invariables.

Choléra et fièvre typhoïde. — Nous avons prouvé (p. 206) combien était illusoire le prétendu antagonisme de ces deux aflections.

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