‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 132 sur 195 · tome XVtl, p · texte numérisé non relu

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(a) Malebranche, liecherche de la vente.

ÉPIDÉMIES D'ORIGINE MÉTÉORIQUE. f517

en modifier les formes, diverses conditions propres au milieu où il se manifestait : fatigues causées par le poids de Téquipement, par l'imiforme, excitations réciproques sous l'inQuence d'une souffrance commune, impulsions dangereuses entraînées par la vue des armes, et devenant ici d'autant plus irrésistibles qu'aux hallucinations de la vue se joignaient fréquemment celles de l'ouïe, point de départ le plus habituel de déterminations rapides et violentes. Je ne puis choisir de meilleur exemple que la relation suivante empruntée à Payen, témoin de ces faits en Algérie, en 1836 : « Ce sont, dit cet auteur, des faits qui paraîtraient fort étranges s'ils avaient eu lieu en tout autre endroit que dans ces contrées (Algérie) ou les pays tropicaux, les phénomènes que je vais rapporter ne pouvant être attribués, suivant moi, qu'à une influence solaire en harmonie avec certaines, constitutions plus ou moins impressionnables et .plus ou moins aptes à en ressentir les effets, surtout à la saison dans laquelle les individus dont je vais avoir à parler ont été pris de vertiges. Voici le fait: des soldats, étant parvenus à un certain passage par lequel l'armée défilait, alors que le soleil était au zémth, crurent voir une voûte suspendue au-dessus de leurs têtes et se figurèrent, dans le plus fort de leur imagination, entendre des VOIX aériennes et des chants partant de cette même voûted autres, au contraire, comme des gens en délire, poussaient entré eux des plaintes et des cris, et ceux enfin qu'un dernier degré d exa tation conduisait au suicide s'emparèrent de leurs fusils et se donnèrent la mort. »

« Le môme phénomène a été observé dans la malheureuse affaire de la Macta. On vit, à cette époque, peu de temps après qu'on eut sonné la retraite, un grand nombre de militaires s'arrêter par une force invincible, dans le moment où l'on voulait les faire passer par un chemin large et facile, pour les soustraire à la poursuite de ennemi, et s y refuser opiniâtrément, disant que l'endroit par lequel on voulait les conduire n'était pas un chemin, mais bien un cul-de-sac ; et là-dessus, ils s'emportèrent tous, vociférèrent comme des énergumènes, disant qu'ils aimaient mieux se donner la mort

lend mam de son départ d'Ora.n que tout le monde fit généralement indisposé. Beaucoup d'individus ne durent leur salut qu'aux émissions sanguines qui leur furent faites sur le lieu du camp et même pendant la route, afin de prévenir les congestions cérébrales

dont la plupart étaient menacés ; toutefois, deux ou trois plus gravement atteints que les autres, n'attendant pas les secours des médecins, se fusillèrent eux-mêmes (1). »

Un fait singulier au premier abord, c'est l'uniformité du délire parmi tous ces hommes, c'est le consensus d'une masse d'individus vers une hallucination, et des impulsions communes; mais cette identité n'est-elle point préparée à l'avance par la similitude des soutfrances, des sensations, des désirs? Ne sait-on pas combien les armées subissent avec ensemble l'influence de la même passion, depuis l'entraînement qui prépare la victoire jusqu'aux paniques les plus désastreuses? En temps de paix même, dans nos garnisons de l'intérieur, n'a-t-on pas maintes fois constaté de véritables séries de suicides prouvant, une fois de plus, que l'imitation est une des lois de propagation des troubles nerveux?

Dans certains milieux, essentiellement différents du milieu militaire, les hallucinations du désert pourront encore se produire, mais alors en prenant parfois une forme et une nature complètement opposées aux précédentes; le général Daumas cite le récit d'un chef arabe racontant qu'à une des nombreuses haltes de son voyage « une même exaltation douce et fraternelle s'empara de lui et de tous ses compagnons. Une sorte d'invisible mirage offrit à toute la caravane l'image de la patrie absente, et jeta dans un attendrissement indicible l'âme de tous ces pèlerins. Quel soufQe du ciel disposait en même temps tous ces cœurs à la même émotion, animait tous ces esprits de la même pensée? C'est là un des secrets de Dieu et du désert. »

Diverses passions dépressives, la nostalgie, pourront prédisposer spécialement certains individus , et des cas isolés d'hallucination remplaceront ces manifestations multiples, d'apparence épidémique. J'en ai cité des exemples (2).

Il existe des relations incontestables entre les hallucinations du désert et d'autres états morbides, spécialement le coup de chaleur [heat apoplexy) et l'intoxication palustre.

lo Dans les cas où ces hallucinations se développent en plem jour par un temps très-chaud, sous l'influence de l'irradiation solaire, comme chez les soldais en Afrique, elles correspondent sans doute à une irritation méningienne analogue à celle dont Cl. lier-

(!) Payen, Kelalion médico-médicale de l'expédition de Tlemcen, in Journal de connnissmices chirurgicales, A' année, im-mi.

Voyez aussi Lacassagne, Précis de médecine judiciaire, p. 283. (2) Léon Colin, art. Racle, in Did. encyd. des se. méd.

nard et Vallin ont développé les symptômes et les lésions en échauffant spécialement la tête des animaux. Chez l'homme, un certain degré d'excitation intellectuelle pourra seconder l'aclionde la chaleur, et l'épidémie d'hallucinations se manifestera parfois alors en dehors des fatigues d'une expédition dans le désert (1).

2" Mais c'est surtout avec les accidents de la fièvre pernicieuse délirante que peuvent se confondre, et que se confondent souvent, par le fait, ces hallucinations. J'ai raconté combien étaient communes les aberrations intellectuelles subites, notamment les impulsions suicides, survenant en dehors de tout mouvement fébrile, chez les individus intoxiqués par la malaria (2). Ce qui augmente le rapprochement, c'est que dans ses formes les plus intenses et les plus bruyantes, le délire des fièvres pernicieuses semble en rapport intime avec les conditions de température extérieure; à Rome comme en Algérie, comme dans la Bresse même, c'est en juillet et en août que se manifestent les accès déli-. rants les plus graves et les plus fréquents, et l'action directe d'un soleil ardent prend souvent sa part à leur développement. C'est au moment des plus grandes chaleurs que Pringle observa en Hollande, dans l'armée anglaise, ces fièvres continues et rémittentes, signalées à leur début par une phrénésie subite et tellement violente que des soldats s'élançaient de leurs chariots dans les marais qui bordaient la route.

3° Calenture. — Cette observation de Pringle nous amène naturellement à l'étude d'une forme d'aberration mentale, considérée comme propre aux pays chauds. On a donné le nom de calenture {Calentar, échauffer) à une vésanie spéciale qui se développerait à bord des bâtiments naviguant sur les mers tropicales, survenant surtout au moment des calmes qui rendent l'atmosphère de ces régions plus brûlante encore ; elle serait caractérisée par l'explosion subite de délire furieux, avec désir irrésistible de se jeter à la mer.

La prétendue fréquence de la calenture s'appuie sur un certain nombre de faits qui ont été soumis à une juste critique par nos

(Ij Telle fut, suivant nous, la nature de l'épidémie d'Abdère : « Archelatts excellent comédien, avait joué VAndromède d'Euripide devant les Abdéfitains, milieu d un été fort chaud, et dans un théâtre découvert. La foule des spectateurs était immense; plusieurs sortirent avec une fièvre ardente causée par l'ardeur du soleil; dans leur délire, leur imagination, frappée des personnages d'Andromède, de Persée et de Méduse, leur rappelait les tirades qui les avaient le plus touchés dans ce spectacle, et les portait à imiter ces personnages comme Archelaûs. « (Bayle, Dictionnaire.) '

(2) Léon Colin, Traité des fièvres intermittentes, p. 245.

î)20 ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES EN PAaTICULIER.

collègues de la marine; telle est entre autres l'histoire de ce bâtiment monté par 30 hommes, remontant le Sénégal, et à bord duquel la calenture aurait fait si subilement apparition que tout l'équipage, y compris le chirurgien, se serait jeté dans le fleuve, sans qu'il restât un seul témoin pour affirmer le fait.

Une enquête scientifique a permis d'établir que non-seulement la calenture n'existe pas comme affection épidémique, mais que dans les conditions fort rares, et toujours sporadiques, oîi a éclaté un délire de ce genre, on avait vraisemblablement affaire à une fièvre pernicieuse (1). Pendant mon séjour à Rome, j'ai vu précisément des accidents analogues aux précédents survenir pendant la période la plus chaude de la saison endémo-épidémique ; sous l'influence d'une conception délirante, d'une hallucination surgissant parfois, fait important à noter, en dehors de tout mouvement fébrile, le malade est entraîné aux actes les plus graves, et en particulier aux suicides. En 1864, au mois d'août, une même fenêtre de l'hôpital militaire français de Rome, fenêtre située à la hauteur d'un quatrième étage, a été le théâtre de deux accidents de ce genre (2).

Ces faits, dépendantici évidemmentde l'intoxication palustre au moment des grandes chaleurs, ne sont-ils point, comme mode d'impulsion suicide, absolument identiques à ceux que Pringle observait en Hollande (p. 519), et, bien que s'étant manifestés à terre, à ceux aussi qui, à bord, ont reçu plus spécialement le nom de calenture? Ces rapprochements enlèvent encore à ce dernier mot la signification étrange qui lui avait été attribuée.

Le délire subit, survenant sous cette double influence, météorique et miasmalique, peut revêtir d'ailleurs d'autres formes, sans cesser d'être aussi complet et aussi dangereux, preuve que ces manifestalions ne sont pas assujetties à un mode clinique spécial, l'impulsion suicide par submersion. J'en trouve le témoignage dans les faits observés par Lind, et survenant à terre, dans les pays chauds, parmi les équipnges descendus pour faire du bois ou de l'eau, et subissant brusquement les émanations d'un sol meurtrier : K Dans le temps où les équipages du Lyon, du Spcnce, et de plusieurs autres vaisseaux de guerre, étaient employés au port Antonio à la Jamaïque, et allaient abattre des bois dans l'île Navy, plusieurs de ceux qui coupaient les arbres étaient atteints, au môme instant, de

(1) Le Roy de Méricourt, De la Calenture, in Avch. géii, de niéd., 1857. Bai-rallier, art. CALi'.NTunE du Nouveau Dict. de méd. et de chir. prat.y t. VI,

(2) Léon Colin, Traité des fièvres inlermilleides, p. 245.

ÉPIDÉMIES D'ORIGINE MÉTÉORIQUE. ^21 fièvre et de délire. Celte frénésie se manifesta chez l'un d'eux avec tant de violence, qu'il se serait servi de sa hache pour tailler en pièces ses voisins, si on ne l'eût pas arrêté (1). »

Il faudra donc toujours, devant l'explosion des accidents décrits sous les noms soit de calenture, soit à' hallucmations du déserl rechercher si l'on n'a pas affaire à une fièvre pernicieuse ; et tout en recourant à la médication indiquée par les troubles nerveux et fébriles : repos, aifusions froides, préparations opiacées, le médecin aura pour premier devoir, s'il a le moindre doute, d'administer • immédiatement la dose de quinine voulue pour conjurer un nouvel accès.

§ VI. — INSOLATION OU COUP DE CHALEUn.

La détermination morbide la plus grave, entraînée par la chaleur atmosphérique, est la maladie connue généralement sous le nom d insolation. Cette appellation est loin d'être légitime sous tous Jes cas; dans les climats intertropicaux en particulier, le nombre est grand de personnes atteintes de ces accidents sous leur iorme la plus grave, la plus rapidement mortelle, soit pendant la nuii, soit le jour à l'intérieur d'une maison ou d'une tente ou au dehors par un temps nébuleux, sans qu'il y ait eu, par conséquent, influence directe de l'irradiation solaire; les termes coup de chaleur, apoplexie de chaleur ont donc l'avantage de comprendre d une manière plus complète et plus vraie que le mot : insolation, 1 ensemble des conditions pathogéniques de cette affection (2)

Ce terme d'ailleurs est depuis longtemps d'usage banal en médecme vétérinaire et mérite d'autant mieux d'être adopté en médecine humaine, que l'homme et les animaux sont très-comparables en cette question. ^

1" Géographie. - Les limites géographiques du coup de chaleur sont impoiMantes à étudier; il n'y a pas là uniquement intéret au point de vue de la fréquence de l'affection ; mais nous verrons combien, suivant les lieux, varie son pronostic

^on-seulement l'apoplexie de chaleur est observée dans les pays -

(1) Lind, Maladies des Européens dan. les pays chauds, t. II, p. 289.

l'iSo ut;;; r:er,:n;rr - pa.-.icuiiè..e.e.u

les rfîPt, n! 1 . médecins à mÔme d'observer

tude! , ^'un puissant foyer de calorique. La simili-

oe et la rapidité des symptômes observés dans ces cas, les fit rapprocher de

ainsi TrT P^^'^f ^'«"^ "^^"^ pays chauds, et le coup de chaleur reniplaga ainsi le coup de sokU. » Lacassagne, De f Insolation, etc., i>. 8.

chauds et la zone méridionale des climats tempérés, mais elle a parfois occasionné des accidents nombreux à la limite septentrionale de ces derniers climats. En 1853, un bataillon belge, pendant une marche de quatre lieues, voit tomber les deux tiers de son effeclif, et 19 de ces cas sont mortels. L'année suivante (18S4) un bataillon de chasseurs à pied, pendant le trajet seulement de Vincennes à Paris, est alLeint d'insolation ; il y a 100 cas environ, dont 9 mortels. En 1873, en quittant Charleville, une colonne prussienne perd 18 hommes en une seule journée de marche. Presque tous les ans, soit en France, soit en Angleterre, soit en Allemagne, nombre de soldats sont frappés de coup de chaleur pendant les manœuvres et les marches militaires.

Ces faits augmentent naturellement de fréquence à mesure qu'on descend plus au sud ; pendant la campagne d'Italie de t8o9, à Valleggio, et dans une seule division française composée de 12,500 hommes, 2,000 soldats ou officiers tombèrent dans les rangs ; 26 succombèrent.

D'après l'examen des relations publiées, à latitude égale, l'insolation offre son maximum de fréquence dans les locaUtés qui appartiennent aux climats excessifs. On sait combien elle est commune, d'une part sur le littoral de la Chine, notamment à Pékin où, suivant Toaldo, en une période de dix jours, du 14 au 25 juillet 1743, elle aurait fait 11,000 victimes ; d'autre part, sur le littoral atlantique de l'Amérique du Nord, dans les grandes villes des États-Unis, spécialement à New-York, où, en 1837 et 1847, elle s'est manifestée avec une fréquence réellement épidémique; en 1872, à Philadelphie, elle occasionna 137 décès (I); elle est commune même au Canada, sur les soldats de l'armée anglaise. D'après les statistiques de cette armée le coup de chaleur est au contraire très-rare sur la côte occidentale d'Afrique, même dans les stations intertropicales (A. Hirsch). En Californie également il est peu commun. Ainsi, dans l'ancien comme dans le nouveau monde, c'est dans les régions situées à l'est des masses continentales, et appartenant aux climats excessifs, que cette maladie fait le plus de victimes; la prédominance de l'affection, en ces régions, semblera plus marquée encore si l'on réfléchit qu'elle y atteint souvent l'habitant des villes, relativement mieux protégé contre les météores que les travailleurs des champs et les soldats, les seuls à peu près qui en

(I) W. Ford, Report of the Boavd of Health of the cUy and Port of Pliiladclphia, foi' tlic year 1872.

soient frappés dans le reste de la zone tempérée. Voilà pourquoi nous avons indiqué l'endémicité de cette affection en ces cli mats (p. 275).

2» Morbidité et mortalité. — D'une manière générale, les faits d'insolation qui ont lieu dans l'ensemble des pays, situés au nord du ^iO» de latitude, présentent ces caractères communs : 1° que la maladie s'y produit à peu près constamment de jour, alors que l'individu est exposé à l'irradiation d'un soleil ardent, comme chez les moissonneurs, comme parmi les troupes en- marche ou en revue. En certaines conditions professionnelles, celles de verrier, de chauffeur, cette influence peut, il est vrai, être suppléée par un foyer artificiel de chaleur; 2» de plus, en cette zone, ce n'est que durant une période assez courte de l'année, pendant les mois de juillet et d'août, que la température présente les conditions voulues pour la production de ces accidents. Sur les 137 décès survenus à Philadelphie en 1872, 114 eurent lieu en juillet- les 23 autres en août; 3° et enfin, le pronostic des accidents y est relativement bénin, la mortahté variant de 1 à 10 sur 100. Aux États- Unis en général fa mortalité est d'environ 5 sur 100 malades.

Il en est autrement au-dessous du 40° de latitude : en Algérie en Abyssinie, aux Indes orientales surtout. Ici l'affection est plus générale, plus permanente, susceptible d'apparaître pendant plusieurs mois de l'année (avril à septembre aux Indes), et plus fréquemment chez les mdividus abrités du soleil; enfin elle est bien autrement grave, la mortalité dépassant souvent la moitié ou les deux tiers des atteintes (1). Mais je ne prétends point voir entre ces faits de différence absolue de nature : aux Indes même, comme 1 ont étabh Barclay et beaucoup d'autres médecins de l'armée anglaise, la maladie diffère notablement en gravité suivant que les conditions génératrices en sont plus ou moins complètes efc dans nos climats elle acquiert parfois tous les caractères de celle des pays chauds (2). C'est comme la dysentérie.

3» Etiologie. - La condition principale du développement épidémique des coups de chaleur est l'élévation de la température atmosphérique; quand le thermomètre atteint 40» à l'ombre, on

(1) Aux Indes, d'après Barclay, qui a été témoin de beaucoup d'accidents de ce genre, la mortalité atteint 42 p. 100; pour Butler, 33; pour Swift, 50 sur 50* cas réunis par M. Ilill, la mort serait survenue 250 fois cMorehead, Clinical Researdvs on Disease in India, 2» éd., p. G 13).

(2) Voy. aussi Le Roy de Méricourt, Art. Coup de Chaleur, in Dictionnaire encycl, des se. métl.

î>24 ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES EN PARTICULIER.

peut considérer ces accidents comme imminents chez les individus exposés par les nécessités de leur profession à vivre en plein air. Danger plus grand encore si le temps est lourd, orageux, chargé d'humidilé, circonstance qui diminue l'évaporation sudorale et entrave la déperdition du calorique ; ainsi les coups de chaleur sont plus communs à la veille des orages, et aux Indes dans la période qui précède les changements des moussons.

La stagnation et réchauffement des couches atmosphéri(iues sont à leur maximum en certains défilés demeurés presque célèbres par la fréquence locale de celte affection, soit en Algérie, soit surtout aux Indes orientales (1). Il en est de même de quelques voies maritimes, spécialement de la mer Arabique et surtout de la mer Rouge, ce long défilé encaissé entre les montagnes de l'Arabie et de l'Egypte, et qui, durant l'été, est souvent le théâtre de calmes d'une durée désespérante, pendant lesquels éclatent de véritables épidémies d'asphyxie à bord des bâtiments qui le traversent. La réverbération de la chaleur par l'eau a sa part dans la fréquence du coup de chaleur à bord des bateaux du Gange.

On a trop facilement admis que l'arrivée récente des hommes du Nord dans les pays chauds était une condition indispensable de ces accidents. Il suffit de remarquer qu'ils se manifestèrent dans les smalas arabes poursuivies par nos troupes après la bataille d'Isly, qu'aux Indes ils sont communs dans les régiments de Cipayes (2), pour reconnaître la possibilité de leur production chez les personnes le plus complètement acclimatées.

D'habitude cependant les régiments nouvellement arrivés dans les pays chauds sont plus spécialement atteints ; si cette aptitude tient jusqu'à un certain point au manque d'assuétude à des influences climatiques toutes nouvelles, il faut reconnaître de plus que ces régiments paient souvent ainsi le tribut de leur ignorance des précautions à prendre pour en atténuer la nocuité. Autrefois dans notre armée en Algérie, comme dans l'armée anglaise des Indes, la rigueur ou l'impéritie du commandement empêchait les régiments récemment débarqués d'adopter immédiatement les

(1) Pani de Jubbulpoi-e le 17 avril 1858. le 43° de ligne (médecin Butler) est obligé de traverser une gorge encaissée entre des rochers perpendiculaires formant une muraille d'un mille de hauteur, et perd une soixantaine d'hommes d'insolation (Aiiken, The science and pract. ofmed.).

(2) Entre autres exemples, Morehead cite les pertes nombreuses subies aux Indes, en 1858, par le 25» régiment^ d'infanterie indigène (Morehead, Clmical Researches on Disease in hidia, p. G15).

ÉPIDÉMIES D'origine météorique. 523 allégements que la force des choses avait introduits dans K tenue des autres corps. Il en est des hommes comme des animaux d'autant plus exposés au coup de chaleur qu'ils perdent moins de calorique par leur périphérie; les moutons doivent à l'épaisseur de leur toison leur aptitude spéciale à de semblables accidents

Dans quelles conditions se manifeste le plus fréquemment l'insolation chez les soldats ? ,

1» C'est ordinairement, comme on l'a vu soit aux Indes soit même en France, spécialement sous le dernier empire au camp de Châ ons lors des revues et des cérémonies militaires durant lesquelles les hommes, en grande tenue, chargés de tout leur équipement, sont soumis à l'influence de la chaleur et des rayons solZ sans pouvoir abriter ni leur tête, ni leur cou, vu l'immobilité 2soue exigée dans les rangs (1). On ne peut comparer aux soldat en revue les promeneurs qui viennent assister à ces réunions, libi^dV arnver, sans le moindre fardeau, à l'heure qui leur convien p li moyens de transport les moins fatigants, et, une fois sur pl^ 1 bres encore dans leurs vêtements, dans leurs allures pouvan; s asseoir marchez-, tandis qu'enfermé dans son uniformlTt o,

durant des heures à une stricte immobilité qui elle-même n'est X tenue que par une série d'efforts. On comprend, à plus forte .Son le danger subi en pareilles conditions dans les ^ays chaud r^ i "' sentinelles, chez lesquelles ces accidents se prod^nt sou- i aux

ra enrM:n ^^^^^^^^^^^ seraient bien plus fréquemment atteintes si elles étaient issripKi^

une immobilité complète, et ne pouvaient se sousS Z' ^^

2° C est chez les Iroupes en marche ; rare aiu Indes en (emn. ^ Pa.x. le coup <le chaleur apparaît ép déminue nua„;i , n ex.ge des marches forcées. Ici encore an" e a'r , " JT"" an,n,ale : le coup de chaleur se manifeste surtLrcïe^ie'^slir^:

de<:i™L%\r;::;nr.;vr,c tfT'°"f'r'' * "

santé de L.oa3,>enc. ' " '° ^"'<'« '"«'«s-

cin Russell) mis en mavrh^ T ""^'Z^^' ^" régiment (09" de ligne, mtîde-

mis hors d'haleine, pendant les temps chauds, par la rapidité des allures auxquelles on les force : chevaux de course, chevaux de poste, etc. (1). Dans l'armée, il sévit spécialement sur les fantassins en raison de l'accroissement de chaleur produit par la marche, en raison de leur rapprochement plus complet les uns des autres, rapprochement qui emprisonne les soldats placés au centre de la colonne, leur enlevant les chances de ventilation de ceux qui marchent sur les flancs; en raison entin de ce fait bien simple que le fantassin inspire un air plus échauffé que le cavalier vu qu'il respire beaucoup plus près de la surface brûlante du sol. Ces faits forment le contre-épreuve, nette comme une expérience de physique, des circonstances qui favorisent les congélations plus communes, au contraire, chez les cavaliers et les soldats placés en dehors des colonnes. Pour l'insolation, la marche en masses serrées, avantageuse contre le froid, est extrêmement dangereuse, surtout pour les hommes qui, placés au centre, sont ainsi soustraits à l'action bienfaisante de tout courant atmosphérique, et subissent en outre l'augmentation de température créée par la masse de ceux qui marchent autour d'eux.

De même, les troupeaux les plus atteints sur les routes sont les troupeaux de moutons subissant d'une part au plus haut degré cette influence de V encombrement en plein air, d'autre part respirant une atmosphère plus chaude, vu leur taille moindre, que les bœufs, chevaux et autres grands animaux.

En prescrivant un large espacement des hommes pendant les marches aux Indes, les autorités anglaises ont notablement contribué à la diminution de fréquence de ces accidents.

3° C'est enQn dans des circonstances où l'individu soustrait à l'influence directe du soleil, occupe un milieu rendu insalubre : 1° par manque de renouvellement de l'air ; 2" par son échaufl"ement artificiel; telle est la raison de l'atteinte fréquente des cbauOeurs à bord de notre flotte ; telle est la raison des asphyxies sous les tentes, quand ces tentes sont trop étroites, trop hermétiquement closes, et surtout, fait important, quand l'homme, au heu d'y être isolé du sol par un lit, une botte de paille, ou tout autre intermédiaire, repose directement sur le sol. En ces dernières conditions, comme l'a indiqué Guyon, dans l'une des études les plus pratiques publiées sur cette question (2), on respire une atmosphère

({) Bouley, Art. Coup de cualeur, in Dicl. de méd. vét.

(2) Guyoi), Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. LXV, p. 487.

ÉPIDÉMIES D'origine météorique. 527

plus chaude de 3, S, quelquefois 9 degrés, que celle que respirerait un homme debout.

Ce dernier mode pathogénique serait le plus commun dans les stations des pays chauds; suivant Gordon, les soldats habituellement frappés aux Indes ne sont point ceux qui passent leurs journées au grand air, mais ceux qui, par paresse ou fatigue, se renferment dans leurs tentes.

Il en est de même des anfmaux. Les moutons succombent aussi fréquemment au coup de chaleur dans l'atmosphère étouffante de leurs bergeries que sur les routes.

Les épidémies et les épizooties d'insolation peuvent se produire à volonté, en soumettant une masse d'hommes ou d'animaux aux conditions précédentes, absolument comme le coup de chaleur sporadique se produira chez l'individu ou chez l'animal isolément exposé à ces influences. Elles n'ont de durée que les limites de 1 intempérie qui les produit ; il n'existe d'un cas à l'autre aucune corrélation de transmission morbide. Est-ce à dire que ce ne sont pas des épidémies? Il est tout aussi facile de produire à peu près mstantanément des épidémies de fièvres intermittentes en exposant un groupe d individus à l'influence d'un marais, ou de dyssenterie en les soumettant à l'action d'une eau malsaine; dans ces deux Circonstances également l'action de la cause est transitoire, et les cas sont libres de connexilé réciproque, vu l'absence de contagion •

(Voy.'p 22).' '''''''''' ^

4° Mécanisme du coup de chaleur. - Ce mécanisme est très-complexe vu la simultanéité des altérations ou des troubles subis en un miheu anormal comme température, par les principaux organes de a vie : cœur, poumon, centres nerveux. Aussi, en mes cours, ai-je pris le parti de ne plus m'arrêter aux divisions de forme acceptées

ces auteurs ayant pris pour base de ces divisions des syndromes qui l'avaient plus spécialement frappé jnaromes

habitue? P'"' ^^•^'^"^^ ^'^^ouvs la a^^^^^^ ''^'^^^"^^ Pathogéniques autres que

i^aut nrei • '"'''T''^' recueillies en Algérie et aux Indes, nme v^^^^^^^^^ ''''' ^'^^'^«^ telluriques, dont

ion 1?I ? fréquence, à la suite d'attaques d'i^sola-

DerniH 'PP^^'^'°" ^« «èv^-e rémittente, et parfois môme d'accès permceux, association morbide qui prouve une fois de plus combien, à propos de la maladie certainement la plus essentiellement

climaLique de ces pays, il est dil'ficile de distinguer la part étioiogique, qui revient aux météores, de celle qui revient au sol.

Nous avons dit déjà (p. 427 et 319) le rôle de l'extrême chaleur dans les manifestations de l'intoxication palustre; nous y reviendrons à l'article : Fièvres intermittentes.

Heureusement, au point de vue de la science, l'action morbifique delà chaleurn'a rien de spécial à l'homme. Les recherches de pathologie comparée prennent ici place de plein droit à côté des faits de clinique humaine, nous venons d'en fournir les preuves; et les données actuelles les plus scientifiques sur la pathogénie du coup de chaleur sont les applications rigoureuses des expériences du plus grand physiologiste des temps modernes, Glande Bernard. La preuve en est surtout dans les travaux de mon collègue le professeur Vallin qui, par ses études critiques de cette question, aussi bien que par ses expériences (I), a su lui donner tant d'intérêt.

Au milieu des processus morbides, si divers entre eux et invoqués cependant avec une ardeur égale par leurs partisans respectifs, il en est deux qui me paraissent dominer Tétiologie de l'affection :

A. C'est d'une part l'abolition, parle fait de leur coagulation, du jeu de certains muscles essentiels àla vie: chez un individu respirant dans une atmosphère trop chaude, comme chez un animal placé dans une étuve, c'est-à-dire dans des conditions d'échauffement général de l'organisme, cette coagulation débutera, comme l'a prouvé Claude Bernard, par les régions dont la température normale est déjà le plus élevée, celles qui avoisinent l'embouchure de la veine cave; d'oii atteinte initiale des fibres musculaires du cœur et du diaphragme ; lésion constatée non-seulement dans les laboratoires (Claude Bernard, Yallin, Richardson, etc.), mais encore chez l'homme mort de coup de chaleur (notamment Wood et Obernier). La rigidité ne se borne pas aux éléments contractiles des masses musculaires, mais s'étend, suivant Richardson, à ceux même des artérioles, rendant compte del'exiguïlé du pouls, de la pâleur delà face, delà suppression des sueurs, et de l'aspect exsangue de l'encéphale. En ces cas, l'homme a été soumis, comme l'animal en expérience, au maximum d'intensité de la cause morbide. On comprend que la lésion soit fréquente relativement dans les régions les plus chaudes du globe, aux Indes par exemple, où Wood

(1) Vallin, Rechercher expérimentales sur l'insolation, in Arch. gén. de méd., 1870. — Le'raôme, Dm mécanisme de la mort par la dialeur extérieure, in Àrcli. gén. de méd., 18"2.

ÉPIDÉMIES D'ORIGINE MÉTÉORIQUE. " ggg

l'aurait rencontrée dans toutes les autopsies, etdans les professions à température excessive, comme chez les chauffeurs de machines à vapeur. Elle peut s'observer cependant à l'air libre et à des latitudes compara ivement élevées, puisque Obernier à Cologne a c nsta mexcUabilUé post mortem du cœur et du diaphragme ; mais e le y .st bien plus rare, et cette rareté nous paraît la cause principat de la gra.te moindre du coup de soleil dans les climats tempéi^s

\ P''^' l'asphyxie, l'accumulation dans le sang

d acde carbonique et l'insuffisance relative d'oxygène. On .ait aue le sang art nel fixe une quantité d'oxygène d'autan't plus grand qu la température extérieure est moins élevée (1) ^

La quantité de sang rencontré habituellement dans les DOumonS

peaux conduits suc les ^rJZ,,Z,l° ' "■»»des concluions Ihe™ "ueîdu ^ , Xn?:!" m' j''"-™-"chez l'homme ou chez l'animaT st ml « ' f " ' cident survient dans n„ milieu ren ermaû n s T <I>.'il y ait encombrement sous u"e tente ou d "T"''"""'

(2) H. Bouley, /oc. cî7,

Léon Colin. - Malad. épidém.

b30 ■ ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES EN PARTICULIER, lion anormale de la lempéralure ambiante, des modificalions comparables à celles du coup de chaleur ; chez les animaux surmenés, dont les dernières oxydations ont été excessives, la rigidité cadavérique, puis la putréfaction, se manifestent en un temps trèscourt (1), comme dans l'insolation.

Ces deux causes de la mort par coup de chaleur, rigidité musculaire et asphyxie carbonique, sont d'ailleurs intimement urnes et solidaires. Mathieu et Urbain ont démontré: 1° quedans les muscles opposés à une chaleur rayonnante très-vive, une réaction acide précède la coagulation ; 2° qu'il y avait entre ces deux faits une relation de cause à effet : deux portions de muscle ont été portés l'un à 45° à l'air l'autre à 50° dans le vide ; la première est devenue acide et rigide en quelques minutes; la seconde, après une demi-heure ou une heure, était souple et neutre (2). D'après ces expériences, la rigidité due à la chaleur proviendrait d'un travail d'oxydation De son côté la rigidité cardiaque et diaphragmatique accélérera 1 asnhvxie par un mécanisme facile à comprendre.

Ces deux causes, rigidité musculaire et asphyxie, varieront chacune en intensité suivant les milieux et les constitutions individuelles, d'où, sans doute, les différences des descriptions cUniques et anatomiques des divers auteurs.

Il y a rapport incontestable, en nombre de cas, entre le développement du coup de chaleur et l'alcoolisme ; Nollan a spécialement insisté sur cette corrélation qu'il a observée aux Indes orientales. Cette observation est également de nos climats.

Il n'y apas d'année, dit Tissot, qu'on ne trouve morts, dansles ch m ^s des paysans qui, étant ivres, vont tomber dans que ques coins où ils périssent par une apoplexie solaire et vmeuse (3). "u"e circonstance intéressante dans la pathog nie -so at on n'pst l'existence en nombre de cas, mais surtout dans les pays chLs d une période prodromique prouvant surtout la paK qui evie?^\ l'état et aux fonctions de la Peau dans - dé., o^^^^ PPlte nériode en effet, observée plus spécialement par les meae dn d est caractérisée par une suspension plus ou

mo ns mplète des sueurs, par la sécheresse de l'enveloppe eu née, Pa'^a rugosité et l'augmentation des démangeaisons chez

" (TTi-t, A.is au peuple sur sasc.t,.^, p. 178. et Lacassagne, De l'Insolationet des coups de soleil. Pans, 1877, t. MI.

ÉPIDÉMIES D'OBIGINE MÉTÉOIllQUE. 5,,

ceui-là surtout qui étaient alleints de p,-ickly-heat(VoT d 5)!!1 . des auteurs ont même altaehé à celte raodincation de réut de i peau une importance exagérée (.), en considérant l'hyperc Ihésie cutanée comme enlraîna.u par excitation réllexe l'é at convul on.,ue ou tétanique) des muscles, état auquel ont été a tri t diverses phases du processus morbide : il suffit de con âtër a fréquence de l'apoplexie de chaleur sans aucune affeclion préahb e

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telle doctine ' généralisation d'une

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