IX. — MAL DES MONTAGNES
Nous avons démontré plus haut (p. 238) l'influence des altitudes sur les principales maladies populaires. Il nous reste à parler d'une affection qui résulte de l'altitude elle-même. ^ 1° Ejndémicùé. - S'il est un accident auquel ne semble devoir rappliquer jamais la qualification d'épidémique, c'est le mal des montagnes observé habituellement soit chez les aéronautes, soit
où IrrTm montagnes, dans des circonstances
ou forcément 1 affection ne peut être que sporadique.
Lependan elle s'est montrée avec une certaine fréquence sur plusieurs colonnes de notre armée du Mexique, notamment sur
(1) Voy. Lombard, loc. cil,, t. II, p, 621.
le 95° régiment de ligne, au moment où l'on arrivait, au passage des Cumbres, à une altitude de 2,000 mètres (1), Son développement fut favorisé alors non-seulement par le manque d'assuétude des hommes à cette atmosphère raréfiée, mais par le poids de leur équipement qui contribua singulièrement à augmenter deux des symptômes initiaux du mal des montagnes : i" la gêne de la respiration; 2° la sensation de fatigue générale. A chaque instant, il fallait faire des pauses. Les bêtes de somme s'arrêtaient aussi forcément, et souvent tombaient à terre. Quelques soldats furent atteints de syncope ; chez beaucoup il y eut des épistaxis abondantes ; mais l'accident le plus grave survenu pendant cette expédition, comme résultat probable de l'influence des altitudes, ce fut l'hémonhagie cérébrale; beaucoup de malades hémiplégiques revinrent du Mexique dans nos hôpitaux de France.
2» Pathogénie. — A cette étude se sont rattachés récemment les noms de Lortet, Coindet, Jourdanet, Paul Bert. Deux influences nous paraissent intervenir dans la production du maldes montagnes, l'une d'ordre physique, l'autre d'ordre chimique. A la première constituée par la diminution de pression atmosphérique nous rapportons: le développement de la circulation périphérique, la tendance aux hémorrhagies soit superficielles (nez, bouche, conjonctive), soit profondes (hémiplégie), par développement anormal des gaz du sang, qui deviennent moins adhérents aux hématies; le dicrotisme du pouls dû à la diminution de la tension artérielle; la sensation de pesanteur des membres. A la seconde, constituée par la raréfaction de l'oxygène dans le milieu ambiant, semblent revenir : l'accélération du pouls, la suffocation, la douleur occipitale, les sensations vertigineuses, les nausées, symptômes analogues à ceux de l'empoisonnement par l'acide carbonique.
Nous reconnaissons donc l'importance des recherches de Paul Bert qui ont démontré le rôle considérable qui revient, en pareilles circonstances, à la raréfaction de l'oxygène respiré; telle est la raison des phénomènes asphyxiques observés. Mais nous croyons que ce physiologiste a été trop absolu en contestant l'intervention de toute autre cause, notamment celle de l'action purement mécanique de la dépression ; nous aussi, nous admettons que l'incompressibilité des liquides du corps humain ne permet pas d'accepter la doctrine de la dilatation de ces liquides
(1) L. Coindet, Le Mexique considéré au point de vue médico-chirurgicol, 1. 1, p. 188.
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