‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 140 sur 195 · VARIOLE · texte numérisé non relu

VARIOLE

1« Évolution séculaire. - La variole date en Europe du sixième siècle de notre ère, date affirmée par les contemporams, notamment Grégoire de Tours, et par le silence, à son égard, des médecins antérieurs à cette époque. Elle offre un type climque trop déterminé pour qu'on puisse supposer que des observateurs, comme Hippocrate, Gelse, Arétée, Galien, l'aient connue sans décrire cette physionomie frappante qui ne prête à aucune équivoque.

Dire, comme on l'a dit (1), que la variole a existé de toute antinuité mais n'a constitué en Grèce, vu la douceur du climat, que de imp s indispositions, c'est oublier sa gravité en Afrique, en Éth opie, au Mexique ; et de semblables objections ne peuvent venir qu; des auteurs qui, dogmatiquement, ont accepté la néces-

''{Z::^:^^^ ^...^o^....^.r.......i. peine ter-

minée de nos jours ; quelques régions de l'Australie n'auraient pas encore été atteintes? Cette expansion est loin de s'être accomplie d^ne manière uniforme en tous les sens géographiques Importée en Europe au sixième siècle par les invasions des Sarrasins, se dir ent ainsi de l'Est à l'Ouest comme nombre de grandes épidémie , elle a séjourné pendant des siècles dans l'Europe méridionale ; pu s s latécouverte de l'Amérique, elle a ^^^^ l^:^:::'^^. nouveau monde, et frappé, au Mexique ;f " times, bien longtemps avant d'avoir pénétré dans les lésions septentrionales de notre hémisphère (2).

MNTnr Rivière Onera wierfico, section III, cliap. m, n37.

% fut atteint de variole qu'en 1527. 1000 ans envn-on après

l'Europe méridionale :

La Suède ne fut atteinte qu'en • . • • 1578

La Sibérie — ^

L'Islande — ^ . . 1733

Le Groenland — j.^.^

Le Kamtschalka —

De cette marche, on a conclu que la variole subissait alors l'influence d'une loi fatale la dirigeant d'Orient en Occident. La maladie, par le seul fait de sa contagiosité, suivait simplement ainsi la voie des grandes communications, et ne parvenait tardivement au nord de l'Europe, qu'en raison de l'insuffisance des relations de cette région avec le monde civilisé.

Par mer, la variole a marché aussi vite que le choléra ;' comme lui, elle a franchi l'Atlantique en une traversée. Sa marche continentale a été au contraire infiniment plus lente, révélant une expansibilité moindre, une pesanteur plus considérable du contage.

Cette expansion séculaire démontre la tendance incessamment envahissante de l'affection, et la probabilité de sa pénétration dans les rares localités qui, jusqu'à nos jours, en auraient été préservées.

La seconde date importante dans l'histoire de la variole est celle de la découverte de Jenner. Au siècle dernier, cette maladie était ia plus meurtrière des affections aiguës ; elle causait le dixième de tous les décès, la moitié de tous les cas de cécité. Aujourd'hui, en nos pays, elle n'occasionne pas un décès sur 100 ; elle est moins meurtrière en France que la rougeole, beaucoup moins, en Angleterre, que la scarlatine.

2° Pathogénie. — Les éléments pathogéniques dominants sont : IMe contage plus nettement affirmé ici qu'en aucune autre fièvre éruptive par l'inoculabihlé de son virus; 2° la réceptivité de l'organisme, qui s'étend de la vie inlra-utérine aux derniers jours de l'existence, mais soumise à deux ordres de modifications : A. Degré variable d'immunité conférée par une atteinte antérieure, ce qui est commun à la variole et aux autres maladies virulentes; B. Degré d'immunité conféré par le vaccin, ce qui lui est spécial. Voilà les éléments principaux des évolutions multi-annuelles régulières (p. 436) ou non (p. 462) de la variole ; ils priment l'influence de tous les autres facteurs.

On a cru devoir attribuer une part étiologique aux conditions mo-' raies des sujets atteints; on a invoqué l'état de dépression causée armée de Paris (1870) par une série de tristes événements? Cette opinion est inadmissible. Quels sont les individus tués le plus souvent parla variole? Ce ne sont pas, en général, les hommes mahngres, débilités soit par des affections antérieures, soit par la nostalgie et l'action des passions dépressives ; ce sont plutôt, ainsi que l'a fait remarquer Hérard, les natures vigoureuses, aussi énergiques au moral qu'au physique. II semble que la variole, comme »a lièvre jaune, dont le début lui ressemble tant, ait quelque afQ-

nité, dans ses formes complètes, pour les tempéraments sanguins et les constitutions robustes.

Les armées victorieuses ou vaincues ne diffèrent devant cette maladie que par le soin apporté aux revaccinations.

Nous croyons peu aux immunités de race ; les auteurs qui ont affirmé .les conditions réfractaires de tels pays, notamment de l'Australie, n'ont pas suffisamment appuyé cette thèse (1). La prédisposition spéciale des peuplades nègres nous semble due à leur dénûment de toute prophylaxie vaccinale.

Les classes riches sont aussi fréquemment atteintes que les classes pauvres, et si à Rome, en 1870, la maladie a sévi plus spécialement sur ces dernières (2), la raison en revient non pas à leur misère, mais à leur négligence de la vaccine.

Une condition personnelle importante est celle de l'âge, condition artificiellement modifiée ici; car, par le fait de la vaccination, la variole, seule des fièvres éruptives, perd son affinité spéciale pour les premières années de la vie. En voici les preuves :

Nos observations de Bicêtre (1870-1871) ont mis hors de doute la plus grande fréquence des atteintes de variole et des décès chez les militaires d'un âge relativement avancé. Les gendarmes, les artilleurs, les marins, ont alors plus souffert de cette affection que le reste de l'armée, composé d'éléments plus jeunes (3). Or ces observations concordent avec l'ensemble des faits recueillis ailleurs, faits établissant que de toutes les affections spécifiques la variole est celle qui frappe moins particulièrement les très-jeunes soldats. Tandis que la scarlatine, la rougeole, les oreillons, la fièvre

(1) D'après une épidémie récente observée à l'île de la Trinité, le docteur H. Bakewell considère les Hindous comme réfraclaires à la contagion, relativement aux nègres; d'après plusieurs auteurs, les populations indigènes de l'Australie jouiraient également d'une certaine immunité contre la variole. Il y a si peu d'années que ces populations sont connues qu'il serait téméraire d'accepter cette opinion comme certaine; ce qui confirme nos doutes, c'est le travail récent du docteur Rochlitz, de Melbourne, suivant lequel, non-seulement ces populations indigènes seraient très-accessibles aux épidémies importées par les immigrants, mais seraient en outre sujettes, en temps ordinaire, à une forme bénigne de l'affection, ce qui les rapproche singulièrement des populations européennes. Ces observations, on le voit, sont entièrement contraires à la prétendue immunité des habitants de la Nouvelle- Hollande, et môme de toute l'Australie contre la variole {Revue des sciences médicales, t. I, p. 678 et 681, 1873).

(2) Sur 1 219 décès par variole à Rome, 22 appartiennent à la classe riche; 233, à la classe moyenne; 964, aux classes pauvres. D. Toscani, VEpidemia di Vajuolo in /?ow«, dal 1° ge7i7inio, 1871, al 30 giunio 1873. Rome, 1874.

(3) Léon Colin, La Variole, au point de vue épidémiologique et prophylactique, p. 92 et 93.

typhoïde, la méningite cérébro-spinale, l'oplilhalmie n:iilitaire, la sloraalite ulcéreuse sont l'spanage des nouvelles recrues, la variole est au moins aussi commune et plus grave chez les anciens soldats et les sous-officiers. Ce déplacement d'âge est la conséquence de la première inoculation vaccinale, dont l'influence recule ainsi l'époque des atteintes et delà mortalité par variole ; il est probable que chez la majorité des soldats cette influence dure encore au moment de l'incorporation (18 à 20 ans), pour s'atténuer et disparaître ' pendant le temps de service. Ce fait rentre au reste dans la loi générale des prédispositions d'âge à la variole en nos pays. Dans la population civile de Paris, de 1869 h 1871, il y a eu, de 20 à 30 ans, trois fois plus de décès qu'entre 15 à 20 ans (736 contre 240) (1).

Cette affinité, pour une période avancée de la vie, n'est vraie que dans les pays oïl la vaccination est pratiquée généralement peu après la naissance. Ailleurs la variole redeviendra, comrue les autres fièvres éruptives, plus fatale aux enfants. A Leipsig on néglige la vaccination inTantile; et, sur 1,027 décès par variole, de 1870 â 1872, il y en a 715 qui se rapportent à des malades âgés de moins de quiuze ans, 312 seulement à des adultes. Les chiffres suivants établissent même, pour chacune de ces catégories, le rapport de la mortalité à la population d'âge correspondant :

Sujets

ayant moins de 15 ans. Adultes.

Cas de morts par variole 715 312

Chiffre de la population de cet âge. 23,892 65,434

Mortalité sur 100 vivants 2,99 0,48

Cette mortalité par variole, de 2,99 enfants sur 100 vivants est complètement inouïe dans les pays où s'est généralisée la vaccine. Pour représenter toute la gravité d'un tel chiffre, il suffit de remarquer qu'en tenant compte de ladifi'érence des populations, 715 décès d'enfants à Leipsig correspondent à 15,000 décès environ du môme âge pour une ville comme Paris; or le chiffre total des décès par variole de la population parisienne, tous âges compris, durant toute la période épidémique (de novembre 1869 à mars 1871), n'a guère dépassé 12,000, et, de plus, les enfants ont été relativement préservés. Cette prédominance chez les enfants, nous la retrouvons également dans une autre ville oh. les vaccinations étaient tombées en désuétude, à Rome (2).

{l\ Idem, iôid.

(2) Sur 3,149 cas de variole observés à Rome de 1871 à 1873, plus de la moitié, 1,74C atteignent des enfants de moins de sept ans; il en succombe 872, environ un sur deux (Voy. Toscani, l'EjAdemia di vajuolo, etc.).

30 Caractères spéciaux du coulage varioleux. - Les observations que nous avons recueillies à Bicôtre pendant le siège de Paris (1870- 1871 sont devenues la base de deux conclusions généralement

de Ta n':r^r"''''" ''""^ ^^^^^^^^ -^j-- - POint de vue delapalhogéniedela variole:

A. V agglomération des varioleux rCaugmente pas Imtensité du

SriJ-w î;.r conclusion lades ^ ^ l'innocuité réciproque de ces ma-

B. le transport des germes morbides par des intermédiaires est ires-dangereux, il n^n est pas de même de leur diffusion atmosphérique qm est extrêmement limitée (2), conclusions prouvant, elles, la ténacité et la pesanteur de ces germes (p. 64).

Ri/itl^'"* ^Yf' service médical de l'hôpital de

fon H''rr '''"^ "^''^^"'^^ ^^^'"^^ '^«^'«"Ol^' i« débandai

tou d abord combien une semblable agglomération allait créer de dangers, soit poui le malades eux-mêmes, soit pour le nombreux personnel des fonctionnaires et employés résidant à l'hôpitaU

Quand on songe à la quantité de pus sécrété par un seul varioleux, on recule aia pensée delà masse de matière morbide virulente devant s'accumuler dans un é abhssement où soixante salles, de vingt-cinq à trente lits chacune, sont, pendant plusieurs mois, remplies de varioleux. Si, quelque part, l'atmosphère a été saturée de germes contagieux, figurés ou non, solides ou gazeux, c'est bien dans cet hôpital de Bicetre. Et, cependant, la réunion d'un si grand nombre de malades ne semb e pas avoir aggravé leur affection ; nous avons eu des accidents d'infection purulente, des complications adynamiques, beaucoup de formes graves ; mais ces faits avaient lieu chez nous en même temps qu'ils se manifestaient dans d'autres établissements ou les varioleux étaient relativement peu nombreux; et, ce qui démontre que ces accidents n'étaient ni spéciaux, ni plus coflimuns à Bicêtre, c'est que notre mortalité fut identique avec celle dont furent frappés les mêmes malades, soit au Val-de-Grâce, soit dans d'autres ambulances.

D'autre part, le personnel hospitalier de Bicêtre a été peu éprouvé par la variole ; Il n'y eut, chez aucun infirmier, de variole hémorrhagique ; un seul, sur près de deux cents, fut enlevé par l'épidémie. Il n'y eut pas une seule atteinte de variole parmi les quarante médecins et pharmaciens attachés à l'établissement, non plus que dans la communauté des quarante religieuses qui habitaient le centre de 1 hôpital.

Si. cependant, le personnel hospitalier de Bicêtre a subi réellement une influence morbide, cette influence n'a eu rien de spécial, se traduisant par les affections qu'engendrent habituellement les hôpitaux trop peuplés : embarras gastriques, diarrhées, ictères, maladies typhiques, aflections que nous observâmes et chez nos infirmiers et chez nos sœurs de charité (Léon Colin, La variole au point de vue épid. etprophyl,, p. 36-40).

(î) Le voisinage de l'hôpital des varioleux de Bicôtre a été incontestablement nuisible aux corps casernés près de nous, et qui se trouvaient en libre communication avec un élat-major militaire installé au centre de l'hôpital ; telles étaient les garnisons de Villejuif, des Hautes-Bruyères et du Moulin-Saquet; tels étaient

4» Influences atmosphériques. - Le contage est astreint, mal,ré sa puissance, à des influences extérieures. La variole est uTZ Jadie surtout de la saison froide fn 498^ a. , ""^ Vil dp rrr-âPP In c... • ' ' , "^^P^'s longtemps, au

Val de-G âce, le service spécial des varioleux est fermé chaque été

sur jes points les plus divers du globe pn P<y^rr.i^ /n n Indes (Morehead) aussi bien qu'en Ingle'te, re (If ' l' Marche des épidémies. - Nous avons donné (p. 4Ô6) les rèdes

deciue c ue d "x éûûï; '«""'^ * l'Académie de rné-

atteints; ce cl.i«re s'élè™ à 75 ,888 f «68

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sans les mouvemen s de tronn ?

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ces foyers. « C'est au mompnT , ^ '"^^^^'^^^ contact de tous

disséminés sur tous ,3^0^. Hp^^ ''^'"'''^ ''^^^-^

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rarement; n^algré ce voisinage ceUe " "'^ eux-mêmes que

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(Léon Colin, A«,„Vo/.,etc „ /.f'"'^""^' divers points de l'enceinte

J/^«'-(S«,,f^„.y fl,,,.,, j^^y; ^^^^ ^-'^Pl^ve feoers at Ihe différents periocls ofthe

mobiles furent les premiers atleinls ; ils avaient été dès leur arrivée répartis chez les habitants ; or quelle était la demeure qui ne recélât pas quelque germe de variole (1) ?

La pesanteur de ces germes concourt sans doute à la localisation des épidémies de variole, à leur confinement, pendant des années, en certains départements comme ceux de Bretagne ; sous ce rapport, la variole diffère absolument, au moins chez nous, du choléra. Dans les villes, l'affection évolue habituellement (Voy. p. 361) par quartiers. Dans l'armée assiégée à Paris en 1870-1871, chaque régiment devenait tour à tour le terrain d'une petite épidémie de variole qui s'y manifestait comme isolément, dvec ses phases successives d'augment, d'état et de déclin. Les registres d'entrée à l'hôpital de Bicêtre prouvent ce mode d'explosion successive dans les différents corps et quelques exceptions confirment ici absolument la règle (2).

6» Morbidité et mortalité. — Ces deux faits dépendent surtout de l'aptitude des milieux envahis, spécialement des conditions de réceptivité individuelle, qui nous expUquent la généralisation et la gravité delà maladie dans les pays vierges d'invasion antérieure ou récente, et d'immunité vaccinale.

Suivant le degré de cette aptitude, les trois formes cliniques qui constituent habituellement l'épidémie : variole confluente, variole discrète, varioloïde, s'associeront dans des proportions différentes, d'où les variations de gravité des atteintes. Heureusement nous avons en grande partie le secret de la fréquence relative de ces trois formes et l'on peut dire que la prédominance de la variole confiuente est en rapport absolu avec la perfection des résultats des inoculations vaccinales antérieures (Voir livre V, Vaccinaïion). Bien des faits, singuliers au premier abord, sont le corollaire de cette loi.

(1) Léon Colin, La variole, etc., p. 28.

(2) Il y eut un corps remarquable entre les autres par la régularité du niveau de ses malades varioleux durant toute l'épidémie : c'est le train des équipages dont les trois escadrons eurent chacun à peu près autant d'entrées dans l'un et l'autre des trimestres ; le mode d'organisation de ce corps et la nature de ses services semblent pouvoir rendre compte de ce fait; les soldats du train ne vivent pas, comme les autres, en agglomérations plus ou moins nombreuses; ils sont disséminés en petits groupes attachés aux différentes divisions militaires; le service des transports, des ravitaillements, etc., les met en rapport avec toutes les fractions de l'armée • il ne nous paraît pas étonnant dès lors que ces hommes aient été successivement atteints en même temps que les autres corps auxquels ils étaient respectivement attachés; c'est ce qui a réparti leur morbidité d une manière à P"»^ près égale sur toute la durée de l'épidémie (Léon Colin, La vano.e, etc., p. 8^;-

MALADIES VIRULENTES. g^g Ainsi la variole, en France comme à l'étranger, est moins ■ grave dans les hôpitaux militaires que dans les hôpitaux civils (1) Nous admettons la valeur d'une raison souvent invoquée de ce fait, à savoir la gravité généralement plus grande des affections qui motivent l'entrée aux hôpitaux civils; le soldat sera envoyé à l'hôpital pour une varioloïde qui n'eût pas empêché l'ouvrier de rester chez lui. Pour Bicétre cependant nous ferons observer que l'éloignement de cet hôpital empêcha souvent d y transporter des malades dont l'affection ne semblait pas assez grave pour exiger un tel déplacement. Aussi est-il, suivant nous, une cause plus réelle de la mortalité moindre des soldats par variole; c'est leur préservation plus grande des formes graves, premièrement parce que les revaccinations sont plus communes dans l'armée que dans toute autre Classe de la société; secondement, parce que les militaires, dont es neuf dixièmes ont moins de trente ans, sont plus rapprochés que a moyenne des civils de l'époque de leur première vaccination qui, SI elle ne suffit pas à écarter toute chance de contracter la variole diminue au moins celle d'en subir les formes les plus graves '

morh f ""T'L ""'^ - Cependant le pronostic et la

morbidité des épidémies de variole, dans des milieux apparemment Identiques, varient suivant le temps.

Avant l'année 1867, la morbidité annuelle de l'armée française mclZ TT' ' ^ '''''''''' l'OOO hommeï, la

TsTLTr VJ""! de Paris

1 W « ^ T/^'^'^^ ''^'^ élevée à94sur 1,000,

et le chiffre des décès à 14 sur 100 malades (2)

Même progression au point de vue de la mortalité pour la population parisienne, pour laquelle la mortalité dans la période 1870- 71 s élevait de 13 à 33 sur 1,000 malades (3); et c tte gravité se ' retrouve dans esépidémiesobservées ailleurs àla même époque 4)

cence d?r' P^"^ ^«"^^ ^ la dégénéres-

ence de la vaccine; mais elle dépend surtout, suivant nous, de la fréquence actuelle de la variole noire, qui, elle-même, se présente

Pitaux mili.airP, «T ' ^ '^^^'-'^^ mortalité dans les hô-

. - > ^"^ """"tf, eic, p. 48 et suiv.

^^(3) Bnquet, De la Variole, in Bull, de fAcad. de méd., t. XXXVI, p. 858.

D^TotrnTA'r r'^P'' '• 3>I'*9^"eintes, 1,219 décès, soit près de 30 p. 100 Toscan., LEpzderma vafuolo, etc.). De rr>6me à Berlin, à Philadelphie, etc.

SOUS deux formes que nous avons décrites dans notre Traité de la variole (p. 120 et suiv.): variole noire d'emblée, hémorrhagique avant toute éruption, fatalement mortelle, et vai'iole hémoi^rhagique secondaire, dont la mortalité atteint 80 sur 100 malades.

Ces formes étaient rares dans les épidémies antérieures de ce siècle. En 1834, à Joigny, je voyais une grave épidémie frapper le régiment dont j'étais aide-major ; et sur plus de 200 cas dont douze furent mortels, je n'observai que les formes habituelles : variole confluente, variole discrète, varioloïde. Avant 1870, je n'avais même observé qu'un de ces cas de variole noire d'emblée, si fréquents depuis, et ce cas fut pour moi si étrange que je lui appliquai un diagnostic erroné, celui de scarlatine. Chacun hésitait alors à ne voir que la variole dans ces formes hémorrhagiques (1).

Nous nous demandâmes si leur fréquence dans les hôpitaux de Paris en 1869-71 ne tenait pas au nombre des malades, par comparaison avec ce qui se passe dans les pays où, faute de vaccination et d'atteintes antérieures, les épidémies sont d'une densité exceptionnelle (2).

Un de nos savants collègues de la Société des hôpitaux disait alors : a J'explique la plupart de ces morts foudroyantes, par une exaltation démesurée des propriétés du principe toxique. Or, cette exaltation elle-même résulte d'une accumulation des doses de poison absorbées, accumulation facilement explicable par la fusion des atmosphères miasmatiques propres à chaque malade (3). »

Maisil suffit de remarquer que les malades, atteints de ces formes rapidement mortelles, séjournaient très-peu à l'hôpital, que souvent ils y arrivaient mourants, et toujours porteurs des indices les moins contestables d'un pronostic fatal pour établir que le mal était fait avant leur entrée, et que la gravité de leur affection ne tenait nulle-

(1) A Mende, en 1852, la variole frappe 315 habitants, et cause 83 décès ; on prononça le nom de peste, vu la fréquence des pétéchies, des hémorrhagies (Gaultier de Claubry, Rapport sur les épidémies de 1852, in Mét7i. de l'Acad. de méd., t. XVIII, p. 156).

(2) Ces varioles noires, si rares chez nous depuis le commencement de ce siècle, n'avaient point disparu cependant de la surface du globe; elles frappaient, avec la gravité que leur ont reconnue Morton, Sydenham, de Haen, mais encore avec une fréquence peu considérable, certaines populations que ne préservaient m l'influence du vaccin, ni celle d'une épidémie antérieure. Telles furent les varioles qui, en 1853, décimaient la population des îles Sandwich, qui, à la môme époque, anéantissaient presque entièrement certaines tribus indiennes de l'Amérique du Nord (Michigan) ; telle fut surtout l'épidémie qui, en 1852, faisait explosion dans l'île de la Réunion (Azéma, Arch. gén.deméd.,.t.l, 1863).

(3) Hervioux, nuUetin de la Société médicale des hôpitaux de Paris, tl novembre 1S70, et Union tnédica'e.

ment aux conditions nosocomiales soit de Bicêlre, soit des autres ambulances (1). On ne peut invoquer l'entassement des miasmes, puisque le personnel hospitalier de Bicêtre ne présenta aucun cas de ce genre ; puisqu'au mois de janvier 1871, alors que notre hôpital avait reçu près de 4,000 malades, et qu'il en renfermait encore 1,300, la variole noire n'y figurait plus qu'exceptionnellement.

A cette même époque, du reste, la variole noire ne sévissait-elle pas en beaucoup d'autres localités de France, se manifestant avec la môme gravité dans certains villages très-aérés, où il n'y avait que quelques malades éloignés les uns des autres?

Il y a plus : depuis 1869, la variole noire persiste malgré la rareté relative des cas : au mois de décembre 187o, j'ai perdu deux malades atteints de cetle forme, aloTs que je n'avais en tout, dans mon service du Val-de-Grâce, que cinq varioleux.

Ces considérations m'empêchent une fois de plus d'admettre la survatnolisation des individus placés dans ces foyers épidémiques.

L'encombrement antérieur des soldats dans leurs casernes ne peut non plus être invoqué. Pendant le siège de Paris (1870-1871), les hommes employés aux postes avancés, aux tranchées, sans abri contre les influences atmosphériques, étaient atteints comme les autres. Nous avons démontré enfin (p. 198) que le scorbut n'était pour rien dans la fréquence de ces varioles noires à cette époque.

Elles dépendent, suivant nous, d'une modification du principe virulent lui-môme.

Il en est de même sans doute de la fréquence actuellement plus grande de l'éruption décrite sous le nom de rash, et qui a été l'objet I d'une discussion à la Société médicale des Hôpitaux de Paris (19 j jum 1869) : d'un pronostic favorable suivant les uns, le msh parais- : sait à d'autres, et j'étais de ce nombre, pouvoir également se dé-

(I) Le docteur Petit, attaché comme aide-major, pendant la dernière guerre aux ' : ambulances des Côtes-du-Nord, a cherché dans l'influence de certaines conditions locales la raison de la fréquence des varioles hémorrhagiques à l'ambulance de Vitré. Dans cette ambulance, qui occupait un couvent placé au centre d'un vieux quartier mal aéré, une salle unique, située au troisième étage, avait été consacrée ■exclusivement aux varioleux. Celte salle, qui présentait des conditions insuffi- ^santes d aération, recevait depuis un mois les varioleux évacués du camp de CConlie quand y éclata la variole noire. L'auteur en conclut que cette transformat tion de là maladie tenait à l'entassement successif des miasmes varioliques dans ce local ; un miasme nouveau s'y était élaboré, et l'encombrement des malades avait été la cause de la variole hémorrhagique (Jules Petit, Sur me épidémie de vavioles Itémurrhagiques, thèse inaugurale. Paris, 1871).

Ce fait serait probant s'il était confirmé par l'ensemble des observations ; mais a variole subissait ailleurs aussi cette grave transformation, indépendamment des conditions locales subies par les malades.

velopper dans les formes mortelles de la variole, opinion dont la dernière épidémie m'a fourni maintes fois la confirmalion. Relativement rare pendant la période d'un demi-siècle (1800-1850) durant laquelle la vaccination sembla jouir de sa plus grande vertu, lerash est actuellement très-commun. Il était de môme fréquent avant la découverte de la vaccine, surtout à la suite des varioles inoculées, et fut spécialement observé par les médecins qui pratiquaient ces inoculations : Thomas, Dinsdale, Pearson, Desoteux, Valentin et Bateman. On a confondu parfois le rask avec l'éruption de la variole noire, d'oii certaines statistiques indiquant un chiffre élevé de guérison de varioles hémorrhagiques (I).

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