‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 142 sur 195 · V. — ROUGEOLE · texte numérisé non relu

V. — ROUGEOLE

1» Évolution. — Contemporaine de la variole, pénétrant avec elle en Europe au sixième siècle, la rougeole reçoit par comparaison le nom de morbillus. Son expansion continue actuellement même et la rougeole fait aujourd'hui sa première apparition peut-être en certaines îles de l'Australie que leur éloignement de tout autre pays habité avait préservées jusque maintenant. Comme la variole, elle prend ses recrudescences surtout en hiver et au printemps, saisons plus favorables au développement du catarrhe morbilleux (p. 429). Cette influence pathogénique du froid et des variations de température est peut-être la raison de la moindre fréquence de la rougeole dans les climats dont la température est plus douce qu'en nos pays, et de sa gravité plus grande au Nord.

La statistique de l'armée prouve, par exemple, la rareté relative de la rougeole dans nos garnisons d'Afrique oîi, année moyenne, cette maladie ne motive pas une entrée sur 1,000 aux hôpitaux, tandis qu'en France elle en occasionne de 8 à 9.

La régularité d'évolution saisonnière et multi-annuelle (p. 4S7) de la rougeole est souvent interrompue par des recrudescences, dues surtout à l'arrivée, dans les milieux atteints, de masses spécialement prédisposées; les régiments qui viennent prendre garnison

quatre heures) en bulles qui deviennent bientôt purulentes comme des bulles û'ecthyma. Dans ses expériences sur l'inoculabilitéde la varicelle, Steinor a exclusivement produit des vésicules de varicelle, jamais de variole (Voy. Wien. mcU. Woc/tens., 1875, n° IG).

(1) Bousquet, Nouveau T rail é de la vaccine, p. 131.

à Paris prolongent parfois la durée des épidémies prêtes à s'éteindre. L'ensemble de l'armée est spécialement atteint dans les années d'appel de contingents nombreux et de mobilisation des troupes; telles furent les épidémies militaires de 1853, de 1839, de 1870! années correspondant à des levées considérables de jeunes soldais!

2° Pathogénie. — Contage et réceptivité, tels sont encore les deux facteurs principaux. L'immunité acquise par une atteinte antérieure de rougeole est plus assurée, suivant nous, que celle que confère la variole contre elle-même et s'étend habituellement à toute l'existence (Voy. ci-dessous l'épidémie des îles Féroé). Le contage aérien de la rougeole semble aussi peu diffusible que celui de la variole(l). L'incubation en paraît mieux limitée. Peut-êtreles règles posées par Panum pour la durée absolue de l'incubation qui serait toujours de 14 jours, et pour le danger exclusif de contamination pendant la période d'efflorescence, sont-elles cependant trop rigoureuses (2).

3" Morbidité et mortalité. — Les épidémies de rougeole peuvent être denses et frapper sans distinction d'âge là où elles sont nouvelles ou fort éloignées d'épidémies antérieures. En 1846, aux îles Féroë, la maladie atteignit6,0û0 habitants sur 7,782, ne respectant que le groupe de vieillards qui avaient été exposés soixante-cinq ans auparavant (1781) à uneépidémie analogue. lien a été demêrae en 1873 aux îles Fidji, oîi, par sa généralisation et sa gravité, elle a eu les résultats mortuaires d'une véritable peste.

En nos pays, elle est à peu près exclusive au jeune âge, même dans les localités oii elle prend le plus d'extension (3). Son pronostic n'acquiert également quelque gravité que cbez les enfants (4).

(1) C'est ce qui nous paraît résulter spécialement de la relation due à Panum de l'épidémie des îles Féroë : dans ce groupe de 17 îles séparées les unes des autres par des courants marins souvent dangereux, il était facile de suivre pas à pas le contage. Pas un cas ne se manifesta sans que l'individu atteint n'eût été en contact très-proche avec un malade; c'est à tel point que Panum récuse l'existence du virus morbilleux atmosphérique; c'est à la suite de cohabitation, de visites dans la chambre d'un malade que la contamination s'accomplissait, et l'isolement de quelques maisons a suffi à préserver leurs habitants. ^

(2) Voy. Bull, de la Soc. méd. des hôp., 18C9. il

(3) En 1852, dans une commune voisine de Briey, sur 674 habitants, il y a eu 123 atteintes, toutes au-dessous de quinze ans (G. de Claubry, Rapport sur les épidémies de 1852, in Mém. de l'Acad. de méd., t. XVIII). En 1853, à Saint-Loup (Haute-Saône), sur 307 cas de rougeole, un seul au-dessus de douze ans (Gaultier de Claubry, Rapport sur les épidémies de 1853, in Mém. de-l'Acad. de méd., t. XIX). Voy. aussi Sanné, art. Rougeole, in Bict. encycl. des se. méd.

(4) Dans l'épidémie qu'il a observée à Abbeville, Hecquet a constaté que la gravité était en raison inverse de l'âge ; ainsi :

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Dansl'armée, en temps normal, la mortalité des individus atteints de rougeole est d'environ 3 sur 100; telle est la proportion des décès dans 1 épidémie observée à Metz par Michel Lévy 1 mort sur 30 malades; telle est celle des décès de toute notre armée à l'intérieur pendant l'année 1868 : 31 décès sur 1,023 de cas de roujïeole envH'on 1 sur 32 malades. ^ '

Nous avons vu en revanche (p. 391-392) à quel niveau s'étaient parfois élevés les chiffres de morbidité et de mortalité des épidémies de rougeole. Cette aggravation pourra tenir à la fréquence d accidents gangréneux vers la peau ou les muqueuses, accidents observés à peu près exclusivement chez les jeunes sujets, et qui ont eu grande part dans la mortalité de l'épidémie de Ruelle (p. 392) Ou bien elle dépendra de complications graves, soit vers les o^ ganes, digestifs, soit vers les poumons.

A. CompUcationsgastro.intestinales. -La gravité del'épidémie de rougeole observée à Saint-Loup en 1853 pa^ Jacques fut e r ul-

v!, . p ?' de l'épidémie observée en 1861 au

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B. Complications pulmonaires. - Les complications pulmonaires on plus communes : c'est à la fréquence des pneumonies nu i

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armée au siége de Phil.psbourg, et celle de l'épidémie de Givet 11 décès sur 106 malades) en 1835. Sous ce rapport, la patholog e

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oomphcations pneumoniques sont la cause ordinaire de l'a.o^ava lion des rougeoles. Ainsi à l'hôpital Necker, en 1846 il yeutZ

période durant laquelle sur 24 enfants atteints de rougeoL 2^ suc ' comberent, tués par la broncho-pneumonie concomiSnte

§ VI. - nnONCHITE GAPILLAIKE MORDILLEUSE.

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véritable type m S 'd'une ^ T'" "'^ peut-être dan. 1p« ? «^''^yante gravité, sans analogue

peut ôtre dans les épidémies de la population civile adulte. C'est

Pour les sujets âgés de 17 ,.ois à 4 ans, la mortalité a été de 5/7 ^ de 4 ans h 8 ans, — I /3

— de 8 ans à 15 ans, — ,y,Q

«t il n'y a eu aucun décès parmi les sujets atteints de U, à ?8 ans Léon Comn. mu., épiuk

SC2 ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES EN PARTICULlEi;.

l'affeclion décrite, suivant les auteurs, sous les noms de : Dronchile capillaire épù/émique, épidémie de concrétions fibrineuses polypifonnes du cœur, épidémie de catarrhe suffocant{{),ci qui nous paraît mériter celui de : bronchite capillaire morbilleuse.

Ces épidémies offrent comme caractères communs de s'être développées : 1° pendant une période de froid intense; 2° sous l'influence d'une constitution médicale exanthémalique, caractérisée surtout par la prédominance des rougeoles; 3" au milieu d'une agglomération exceptionnelle de jeunes soldats. Nous constatons ces conditions patliogéniques dans les épidémies de Nantes (2), de Saint-Omer (3), de Lyon (4), de Paris (5), de Boulogne (6).

Quant à l'épidémie que nous avons nons-môme observée à Bicôtre pendant le siège de Paris et dont nous avons présenté la relation à la Société médicale des hôpitaux de Paris (7), il suffit de rappeler : 1° l'abaissement exceptionnel et si prolongé de la température dès le mois de novembre 1870; 2° le chiffre exceptionnel aussi de la garnison de Paris, presque entièrement composée de nouveaux soldats; 3° et enfin la prédominance d'une constitution médicale exanthémalique caractérisée depuis longtemps par le

(1) J. Périer, Observations sur les maladies des armées, etc. Paris, 1863.

(2) A Nantes, le mois de janvier I8'fl fut sec et très-froid, les rougeoles et les scarlatines devinrent plus fréquentes à partir du milieu de ce mois, et alors la broncliite capillaire prédomina, frappant surtout les nombreuses recrues qu'avaient reçues le 20' et le 72<' de ligne; ce dernier régiment était de nouvelle formation, il s'organisait h, Nantes, et ne renfermait guère que des conscrits (Voy. Mahot, Bonamy, Marcé et Malherbe, Relation d'une épHémie de bronchite capillaire, observée à l'Hôtel-Dieu de Nanles, en 1840 41, Nantes, 1842).

(3) A Saint-Omer, réunion on 1840 de nombreux détachements pour concourir à la formation de 10 bataillons de chasseurs îi pièd : agrégation d'environ 10,000 hommes dont un grand nombre de conscrits; froid intense ( — 14°); apparition des rougeoles en 1841 ; à partir de la deuxième quinzaine de ce mois, catarrhe suffocant simple ou accompagné de la fièvre érnplive (Jules Périer, /oc. cit.'}.

(1) Pendant ce même hiver si froid, Armand observe à Lyon l'épidéinie décrite dans sa thèse sous le nom de Concrétions fihrineuses poli/piformes dit cœur; la garnison de Lyon avait été portée à 12,000 hommes, et la moitié des morts de l'épidémie provient de COO jeunes soldats incorporés dans les divers régiments de la garnison (Armand, thèse inaugurale citée par Jules Périer).

(5) En janvier 1842, froid et brouillards intenses, apparition de rougeoles, puis du catarrhe sufTocant qui frappe spécialement un bataillon du 4' de ligne, tout entier formé de recrues (Jules Périer, loc. cit.).

(6) Pendant l'hiver 1854-55 qui fut long et froid, 35,000 hommes campent sur les falaises qui environnent Boulogne; en raison de la guerre d'Orient, l'armée renfermait beaucoup de recrues ; explosion du catarrhe suffocant à la fin de janvier 1855 (Jules Périer, loc. cit.).

(7) Voy. Bullelins et Mémoires de la Soc. de mêd. des hôpitaux de Paris, 1872, et Union médicale, 1872) ; voy. aussi Léon Colin, De la variole, etc., p. 150.

MALADIES VIRULENTES. t-t.-.

règne de la variole, et depuis le commencement de l'hiver par l'apparition de la rougeole.

Ce processus palbogénique n'est au reste que la consécration des faits observés par les historiens des anciennes constitutions m<§dicales, où toujours apparaît cette affinité réciproque de la rougeole et des affections calarrhales, ainsi que la gravité des épidémies résultant de leur concours; plusieurs de ces observateurs, Huxham en.parliculier, avaient reconnu l'absence parfois, souvent le caractère incomplet et fugace de l'exanthème morbiUeux dans ces formes mixtes.

La mortalité des épidémies de catarrhe suffocant est élevée, atteignant les deux cinquièmes environ des malades. A Bicêtre sur 4S7 entrants, il y eut 168 décès, ou 36,76 pour 100.

Il n'est pas étonnant que cette maladie ait, comme la rougeole toujours choisi ses victimes parmi les hommes les plus jeunes dé 1 armée, ceux qui se rapprochent le plus de l'âge propre à cette dernière affection ; à Bicêtre nous n'avons eu aucun officier atteint, et les observateurs de Nantes n'en citent pas non plus dans leur épidémie. Mais, d autre part, la maladie, ainsi modifiée, semble avoir moins de puissance d'expansion soit épidémique, soit contagieuse, que la rougeole ordinaire; l'épidémie de Bicêtre a été restreinte vu le chiffre considérable de l'effectif de la garnison qui alimentait cet hôpital (1). du

Safnt'or,.'n;T ^^"'^ ^^^tes (2), comme à

baint-Omei (3), le voismage des malades a pu développer quelques nouveaux cas, au moins est-elle très-limitée. A Bicêtre je n'ai constaté aucun fait de transmission dans l'hôpital même '

Peut-être la contagion est-elle moins active parce que l'éruption est moins prononcée ? Peut-être ne peut-on contracter cette affection mixte qu'à la condition d'avoir subi la double influence étio-

(I) D'après les faits observés à Bicêtre, elle n'aurait frappé aue 2 fi hnm^ sur 1,000 (2G sur ,0,000) et la .ortaillé totale sur l'enseibTderrntée . W

que de 0,96 sur .,000 (moins de 10 décès pour 10,000 honm.e d eL t n est vrai que ces chiffres ne représentent pas à eux seuls tout le blLn h! ,? l^.

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12) Épidémie citée note 2, page précédente, (3) f-pidemie citée note 3, page précédente.

logique dont elle dépend : d'une part, action du virus morbilleux, d'autre part, action du froid intense auquel ne sont plus exposés, ou le sont moins, les soldats en traitement aux hôpitaux?

A Bicêtre, l'éruption a presque toujours apparu, le plus souvent légère et fugace, à tel ou tel moment de la maladie ; c'est à partir de l'époque où l'épidémie atteignit son maximum de gravité que l'exanthcme fut le moins bien caractérisé, mais il manqua rarement ; il suffisait de le chercher attentivement : chez d^es malades entrés tardivement, nous pûmes constater les taches brunâtres, qui persistent habituellement sur le tronc, lorsque l'éruption de la rougeole a pâli (1).

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