‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 145 sur 195 · XI. — SYPHILIS · texte numérisé non relu

XI. — SYPHILIS

Parmi les maladies contagieuses à virus fixe, il en est une que sa fréquence nous a engagée à qualifier de fausse épidémie • c'est la syphilis. Dans son histoire, elle offre bien des points communs, au premier abord, avec les épidémies proprement dites, dont nous <levons soigneusement la distinguer. Son explosion à la fin du •quinzième siècle fut considérée comme, l'avènement d'une maladie

• ^Vc'^l"' Nouv. Dict. de méd. et de chir. prat. Pa-

l'is, 1877, tome XI.

(2) Tels sont, peut-ôtre, les quelques cas observéà à boi-d du Phlégéton, par un de nos savants collègues de la flotte, auteur d'un excellent Mémoire sur la dénoue (Voy. Rey, De la fxèure couvbaluvale, etc., in Arck. de méd. «au., t. IX).

pestilenlielle. On n'eût pas dit de nos jours du choléra ce que disait Ulrich de Hulten (1) de l'épidémie syphilitique: « Il a plu à Dieu de faire naître de notre temps des maladies qui, suivant les apparences, étaient inconnues à mes ancêtres. L'an 1493 environ de la naissance de Jésus-Christ, un mal pestilentiel se déclara. Les médecins évitaient non-seulement la vue de ceux qui en étaient attaqués, mais ils se gardaient bien d'en approcher, ce qu'ils n'avaient jamais fait pour aucune maladie. » Qu'il y ait eu là maladie nouvelle, ou seulement recrudescence d'un mal ancien, « il est certain que l'explosion delà syphilis au quinzième siècle fut pour le public médical du temps une véritable surprise, tant ce mal était inconnu, tant il différait de toutes les maladies décrites et étudiées jusqu'alors, tant il présentait, en un mot, les caractères d'une affection nouvelle (2). »

Une des circonstances qui plaidèrent le plus en faveur d'une cause générale, ce fut la presque simultanéité d'observation de la syphilis en des localités éloignées les unes des autres ; on la signalait à la fois à Berlin, à Halle, à Brunswich, en Lombardie, en Auvergne, etc. De là, invocation d'influences d'ordre universel (3).

« Les médecins de l'époque, dit Anglada, ont reconnu que le mal pouvait se développer spontanément, c'est-à-dire sans imprégnation virulente, et par la seule influence épidémique. » C'est faire la part trop grande à la spontanéité de rafl"ection ; nous ne savons guère comment est née la syphilis au quinzième siècle. Mais la contagion a joué le rôle principal dans sa propagation. L'Europe était en guerre, et les mouvements de troupes, en accélérant la dissémination des germes morbides, avaient trop facilement fait admettre leur ubiquité initiale. Les observateurs placés à des distances plus difficiles à franchir signalent le retard d'apparition de la maladie. Léon l'Africain raconte qu'elle n'apparut en Afrique qu'en 1526, importée par les Juifs chassés d'Espagne.

(1) Potton, le livre du chevalier allemand Ulrich de Hutten sur la maladie française. Lyon, 18G5.

(2) A Foui-nier, Nouveau carême de pénitence de J. de Bellienoourt, pvéf., p.

(3) Ce fut une opinion très-répandue au xv^ et au xvi« siècle que l'apparition première du mal français devait être rapportée à une conjonction néfaste de Mars et de Saturne. D'autres accusèrônt, plus spécialement ce dernier a-tre, soit isolément, soit dans sa conjonction avec Jupiter qui eut lieu en 148:2 dans le signe du Scorpion, soit dans son opposition à cette autre planète qui eut lieu en l 'i94. Lu outre on 'invoqua la prédominance d'une des quatre humeurs radicales, et surtout la métastase d'une matière bilieuse portée du foie sur les parties génitales l (Sprengel, loc. cit., t. II, p. 510.)

Ce mouvement d'expansion s'est continué d'ailleurs jusqu'à nos jours; ce n'est que récemment que les îles Sandwich, l'île dePrance les Feroë ont été contaminées. L'Islande serait encore à peu près complètement indemne, comme pour témoigner que la propagation du mal est entièrement le fait des communications humaines, et nullement le résultai de grandes modifications supérieures à l'homme, dont l'influence eût été simultanée à la surface du globe.

Si la syphilis a été plus grave et plus transrnissible à son début, c'est en raison peut-être d'une vulnérabilité exagérée de la peau, sous l'influence de la dyscrasie scorbutique alors si générale (Voy. p. 478). Aujourd'hui encore la syphilis s'associe à d'autres cachexies pour la création de types tout aussi graves (Voy. p. 268),

Suivant Gazenave, la gravité de la vérole au quinzième siècle, aurait été le résultat d'un germe typhique trouvé en Italie par les troupes de Charles VIII ; il importe de noter que le typhus ne devait apparaître qu'au siècle suivant. Depuis on a cru aussi observer la recrudescence de gravité des maladies vénériennes pendant les épidémies de typhus ; Hecker a insisté sur la tendance gangréneuse des ulcérations syphilitiques en diverses périodes des guerres du premier empire, notamment en 1806-1807 ; mais la coexistence du typhus et de la syphilis a eu lieu bien souvent sans pareille aggravation. La thérapeutique n'est-elle pour rien dans la gravité de la maladie à son début historique (1) ?

Faut-il admettre que jadis la syphilis ait appartenu au groupe des maladies transmissibles par voie atmosphérique"? Quelques croyances de l'époque semblent l'indiquer (2) ; Anglada accepte celte opmion (3). Une étude plus approfondie permet de constater

(1) N'est-il pas vraisemblable, dit A Fourniei- {loc. cit.. p. 27), que lorabée aux ma.ns des emp,„ques et tounnentée par les médications les plâs déraisonnables la syph, ,s dut alors revêtir une exaspération artificielle, et présenter, p r le S même du tra,teme,.t, une malignité particulière. Je crois volontiers outo l'auteur, que ,e mal français reprendrait de nos jours son intensité 0 inel s'i

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au contraire qu'alors déjà la transmission s'opérait uniquement par contact. Nombre de contemporains avaient indiqué d'une manière ^'■ès-explicite les modes de contaminations nécessaires. Tel Jacques de Betliencourt qui attribue le mal non-seulement à un coït infectant, mais au contact d'un malade avec une personne saine, en dehors de l'acte vénérien. « Bien que pour lui ce mal dérive le plus habituellement du commerce vénérien, il peut aussi reconnaître comme cause tout contact pudique et chaste. C'est ainsi, par exemple, que les nourrissons sont infectés par leurs nourrices. Et plus loin il ajoute que les symptômes primitifs se manifestent au lieu même où s'est exercée la contagion (1). » Vigo, Torella, P. Jove, Montanus, affirment que les accidents primordiaux se développent sur les parties du corps qui ont été soumises à la contagion.

D'autres auteurs du seizième siècle font même déjà preuve d'une sagacité dont n'ont pas toujours témoigné ceux qui, à notre époque, ont admis l'épidémicité pure et simple de la syphilis (2).

Nous ne comprenons pas que le dogme du génie épidémique ou de la transmissibilité atmosphérique ait été invoqué de nos jours pour expliquer certaines explosions de maladies vénériennes remar quables par la rapidité et la généralité de leur diffusion. Un tel recours est le résultat d'observations insuffisantes ; nous l'avons déniontré (p. S5), pour la prétendue épidémie de Brives-la-Gaillarde, qui ne constituait en somme qu'une série d'inoculations, une fausse épidémie, et à laquelle ressemblent tant d'autres faits (3).

été la cause, et ce n'est plus aujourd'hui qu'une tradition historique. Ce poison morhide représente maintenant le type des virus fixes. » (Anglada, loc. cit.)

(1) A. Fournier, loc. cit.

(2) Coyttarus, de Poitiers, raconte la propagation de la syphilis par la servante d'un chirurgien, qui avait eu l'imprudence de se revêtir de linges imprégnés du pus et de la sueur des malades {De febre purpura epid. Paris, 1578). Cornarus rapporte l'histoire d'une syphilis propagée par un ventouseur [Observ. médic. Leipzig, 1699). Thomas Jordan cile une épidémie qui se développa en Moravie, en 1577, sur tous ceux qui avaient fréquenté un établissement de bains à Brunn (Voy. Schenk, 06s., lib. VI).

(3) L'épidémie de Brives-la-Gaillarde rappelle, trait pour trait, un fait rapporté par Ozanara méd. des malad. épid.), d'une sage-femme atteinte, en 1727, d'un chancre à l'index de la main droite, communiquant sa maladie à plus de cinquante femmes enceintes, d'où contamination ultérieure des enfants et des maris ; plus de quatre-vingts personnes étaient atteintes en quatre mois.

Rapprochons de ces faits :

1° L'épidémie observée par Van-Swiélen : une matrone qui faisait métier de téter les femmes en couches et de leur faire le bout du mamelon, avait un ulcère à la bouche qu'elle cacliait soigneusement par cupidité : elle communiqua le mal vé-

C'est par inoculation et par hérédité que s'entretiennent les endémies syphilitiques énumérées plus haut (p. 267, note 1).

Rien de plus net que les conditions des milieu favorables à la syphilis ; nous avons prouvé sa fréquence dans l'armée dont elle représente le cinquième de la morbidité totale; fréquence qui s'explique par l'âge d'élection des individus, et surtout par les chances d'infection dans les villes de garnison; aussi l'état sanitaire de l'armée est-il, à cet égard, strictement subordonné à la perfection des mesures d'assainissement des foyers de prostitution dont elle subit le voisinage (1).

itTl^ t'-ès-grand nombre rte femmes qui le donnèrent à leurs maris et aux enfants qu'elles allaitaient, dont plusieurs succombèrent •

2° L'épidémie sypiulitique de Custrin, citée par Hecker, et due à l'arrivée dans ce village d une nourrice infectée du mal vénérien •

la InZttZ' parDechanx, de 1866 à 1869, constituée par

TT/ > rT \T ""^"•^"'■^ des femmes et des enfants. Voy. Decl.aux Pa ra lè/ecle l Ays éno et des maladies du col de l'utérus, Paris, 187a, in-8° - B^odiiu Car.. des .,o,.tau.,^ mai 1874. - A. Tardieu, ^.«./e .^i,c.o-/4a . Z.»- /f^i'

L'épidémie décrite sous le nom de Pian de Nérac. par Raulin {Observ. de méd

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