INTERMITTENTES
§ I. — nÔLE GÉNÉnAL.
De toutes les maladies populaires, les fièvres intermittentes sont celles qui pèsent le plus lourdement sur l'humanité. Elles n'ont pas de date de naissance, sont aussi anciennes que le monde, et leur pérennité n'a d'égale que leur extension géographique.
Si elles n'offrent la gravité ni du choléra, ni de la fièvre jaune, ni du typhus, elles laissent bien loin derrière elles ces redoutables affections par l'immensité de leurs foyers originels, par leur ancienneté à la surface du globe, par la fatalité de leurs réapparitions annuelles, et par leur tendance aux récidives. Elles ne peuvent guère être comparées qu'à la dysenterie, et encore la dépassentelles singulièrement par les limites de leur expansion vers le nord, puisqu'elles ont de nombreux foyers d'endémicité au delà du 30° degré de latitude boréale. Ruinant, dans leur vitalité, les populations indigènes, elles constituent, pour l'étranger, le principal danger de l'acclimatement.
Sans remonter aux guerres des temps passés (p. 33o), on lésa vues faire de nombreuses victimes dans tous les pays où ont été appelés, en ce siècle, nos soldats et nos marins: en Espagne, en Grèce, en Algérie, à Rome, en Crimée, en Lombardie, en Syrie, en Chine, en Cochinchine, au Mexique, et dans presque toutes nos colonies.
Mêmes dangers, dans leurs stations coloniales, pour les troupes anglaise, espagnole, hollandaise; ces atteintes ne se bornent pas aux armées européennes et, durant la guerre de Sécession des Etats- Unis, les fièvres ont occasionné plus du quart de la morbidité totale (1,322,000 atteintes sur 5,845,480 malades).
faits, consignés dans le savant travail de G. Lagneau(I), prouvent l'intensité relative des foyers d'infection sypliililique dans ces différents payscomparativemeutà ce qui existe en France. Cet auteur cite môme une garnison de l'Afrique centrale, Lagos, où les troupes nègres, au service de l'Angleterre, ont offert une moyenne de '24 vénériens par an sur 1,0(30 hommes (Léon Colin, art. Mobdidité militaire.)
{1 ) Lagneau, Recherches iur les maladies vcnériemies, in Aim. d'hyg., 2* série, t. XXVIII, I86T
MALADIES TELLURIQUES
§ II. — GÉOGnAPIIIE.
1° Climats. — Communes en nos climats, elles tendent, si l'on se rapproche des pays chauds, à absorber la plus large part du cadre pathologique. L'augmentation de fréquence des fièvres intermittentes, à mesure que des climats froids on descend vers l'équateur constitue même l'une des caractéristiques principales de la pathogéme climatique (p. 223-225) ; elle est démontrée parla statistique médicale des différentes armées (i). Au lieu de rester limitées à des foyers circonscrits, elles surgissent, dans la zone intertropicale, sur d immenses surfaces. An nord, c'étaient des endémies de locaiitê, là elles deviennent endémies de climat (p. 262).
J^.!:r^^^'''- 7^^^^.^ quelques exceptions àla règle générale précédente ; voici les principales : •
l« La fièvre intermittente est relativement fort rare dans l'hémisphere austral, même aux latitudes voisines de l'équa eur en ^el e cTlM" S"-e plus qu^en Angleterr ; en Nou-
ai de '.7" ^^'^"^^ ' "^^^^ -l"bri té géné-
e n. ^'^"^ à -^"tilation (p' 218
et 241 , ne pourra conjurer le développement de la malaria si les conditions telluriques nécessaires viennent à surgir, comme à 1' e Maurice, en 1866. i^uunuo a i iie
ai^de^^du tverT/h'r'' "^'^PP»™'^- ^ certaines altitudes a i acssus du foyer fébnfere ; mais à des altitudes moindres insuf nsa les e e est aussi intense qu'au niveau des marais (p 239 3 Les Mvres mtermillenles sont des maladies des campagnes ;
■ .u Séné,., de, S ;:r X °° ■■
ces ma-
■ «nés d'effectif. Ce e mov " ^^Vr ^"""«'^ variant de 4 à 7 sur ,,000 hom- : troupes blanche^ m' oTlo °' T ^ =22 pour les ^'-pliquantuneintensitLp" a /d^^^^^^^^^^ ''^ '^'^'T'- P- élevés sur 1,000 soldats nèfires) àTu rV «^^ux de Ceylan (400 atteints "4 sur 1,000 noirs), du Bcn.l?«n '"^'^'^''^ l'^OO soldats anglais, et 3» En Autriche elles sonTS! ^ ^' '^"""'^^
^"Dansl'armee'russc a" ' "'""'' «"•'totitsur le littoral do TAdriatique. '~'Core, et les deux tier, de fréquence vers le sud est plus rapide en-
"nementdu Caucase lo s 'f "^i'i'^ires du gouver-
"ucase le sont pour lièvre intermittente.
dans les régions les plus insalubres, les villes consliluent de véritables refuges contre la malaria (p, 243 et suiv.)- Ainsi les armées en garnison sont relativement ménagées.
4° La configuration plane du sol est favorable au développement de la malaria, non-seulement en raison du manque d'écoulement des eaux d'où humidité, mais en raison aussi de la condensation plus facile, à la surface de ce sol, du brouillard fébrifôre (1).
§ m. — GENÈSE.
1° Météores. — La chaleur joue un rôle considérable dansl'étiologie de la malaria ; dans la zone intertropicale surtout, cette infection paraît au premier abord dépendre bien plus des météores que d'un sol qui n'a souvent aucune apparence palustre. En nos climats l'explosion endémo-épidémique coïncide avec le maximum des chaleurs, et ses expressions cliniques varient suivant les saisons (p. 426). Nous avons établi cependant l'insuffisance de la chaleur à produire à elle seule la malaria, qui dépend essentiellement du sol et, dans les pays même les plus chauds ne se développe pas à la surface de la mer (2).
Il en est de même des oscillations thermo-hygrométriques, fréquemment invoquées, et plus spécialement par Armand. Nous en avons mis nous-même l'influence hors de doute ; le plus souvent le premier accès se manifeste quand on s'est exposé aux brouillards fébrifères du soir ou de la nuit, en sorte qu'on a considéré cet
(1) Léon Colin, Traité des fièures intermittentes, p. 47.
(2) « Un individu traversera impunément de jour tel marais, oà le soir il contracterait un accès mortel.
« Le sol est toujours indispensable au développement des fièvres, qui ménagent les équipages naviguant aux latitudes des régions terrestres les plus insalubres.
« Malgré l'identité des conditions de température, les fièvres ne paraissent plus dans certains pays où elles étaient jadis fréquentes, mais dont le sol a été modifié. Ainsi au temps de Sydenham, Londres, quoique bien moins peuplé qu'aujourd'hui, perdait chaque année à deux mille personnes de fièvres intermittentes; à peine y en a-t-il actuellement un cas mortel par an. De môme en Normandie, il y avait encore au siècle dernier de graves épidémies de fièvres intermittentes (Voy. Lepecq de la Clôture, Maladies épidémiques) limitées aujourd'hui à quelques localités.
« La chaleur à elle seule ne produit pas la fièvre, puisqu'en marchant des pôles k l'équateur, on ne voit pas augmenter le nombre de ces affections d'une manière absolument concordante avec l'augmentation des moyennes thermométriques des divers climats parcourus ; mais au contraire, par la circonscription bien nette des zones atteintes, on constate qu'elles dépendent surtout de conditions de localité. » (Léon Colin, Traité des fièvres intermittentes, p. 69.)
MALADIES TELLURIQUES. yg»
accès comme résultat de l'impression produite par le froid humide (p. 281). IMais c'est surtout chez les individus qui, après une première atteinte, continuent leur résidence dans un pays fiévreux, que la moindre impression de froid est redoutable : œstate sudore madei^e, et auram frigidam accipere, pestis est, a dit Bagiivi, et nous avons cité nombre de faits témoignant de la réalité de cet adage. Nous avons même (p. 183) démontré l'influence sur le retour des accès d'une simple variation de température, et rapporté à la diminution des fonctions éliminatrices de la peau les accès pernicieux relativement fréquents chez les personnes qui, revenant de Rome ou d'Algérie, semblaient, par leur retour en France, soustraites à ces redoutables accidents.
^ Mais les météores humides et froids n'agissent qu'à la condition d'impressionner un individu antérieurement intoxiqué, ou de renfermer eux-mêmes le germe toxique (1); autrement, ils ne jouent aucun rôle fébrigène (2).
Quant aux pluies, nous avons démontré (p. 280) combien était variable leur rôe dans la genèse de la malaria; cette différence d action se manifeste même sur des théâtres très-rapprochés • en 1863, la rareté des pluies a rendu l'endémo-épidémie palustre terrible aux alentours des marais Pontins, parce qu'en ces marais les surfaces miasmatiques furent ainsi mises à nu; tandis que dans la campagne romaine, où il n'y a pas de marais et où les pluies sont nécessaires à la genèse du miasme, cette sécheresse fut cause d'une salubrité relative pendant la même année 1863 (3).
En résumé, les agents météoriques et en particulier la chaleur, l'humdile, les vents, jouent un rôle immense dans le développement de la malaria; ils peuvent en centupler ou en annihiler V action; mais ils ne la produisent point, et le sol en reste la cause absolue.
(/) La vapeur d'eau qui se condense à la surface des terrains fébrifères est au point de vne pathogénique, tout autre chose que celle qui se condense à la surface d un sol saiubre ; dans les pays de fièvres intermittentes, le brouillard ne renferme concintrar ^'^'""".f ^^"> dissous et à leur maximum de
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oume .t r TT, °ù ^-^Sne le sirocco, dont le
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L è . 1 nyctémère, que le nombre des accès, et des
SmSiî!"' Pl"3 élevées (Léon Colin, Trailé des fièvres'
(3) Voy. Léon Colin, Trail^ des fièvres inlcrm., p. 3/.
^° Miasme tellurique. — Pour qu'une affection non transmissible (1) cl ne se développant que par le contact de l'homme avec ses foyers originels soit aussi commune, il faut que ces foyers présentent une étendue bien autrement considérable que celle des surfaces marécageuses dont l'action est incontestable, mais qu'on a trop exclusivement incriminées. Nous avons établi que la cause des fièvres intermittentes était un poison à la formation duquel le sol prend un rôle équivalent à celui de la putréfaction végétale (Voy. p. 129). Rien ne prouve que ce poison soit de nature parasitaire (Voy. p. 1 33); rien n'établit qu'il dépende plus spécialement de certains végétaux. 11 y a plus : les éléments connus de la décomposition végétale ne semblent pas fébrigènes, et l'hydrogène sulfuré ne donnera pas plus la fièvre intermittente que tel gaz déterminé de la putréfaction animale ne produira la fièvre typhoïde.
L'élément le plus certain dans la genèse de la malaria, celui dont nous avons prouvé la prédominance en tout pays fébrigène, c'est la puissance végétatrice du sol, quand cette puissance n'est pas épuisée par un rendement suffisant (p. 126).
Le terme d.' intoxication tellu7nque nous semble dès lors préférable au terme intoxication palusli^e, qui ne rappelle qu'une condition moins essentielle de la genèse morbifique.
Il est en rapport plus logique avec l'immense développement, à la surface du globe, de ces affections dont l'apparition n'est subordonnée :
1° Ni à l'existence de foyers marécageux, dans la zone tropicale surtout, où le sol est assez riche et assez échauffé par le soleil, pour suffire à la production du miasme fébrigène le plus énergique ;
2° Ni à la distribution géographique de certaines plantes, puisque les plus grandes différences peuvent exister entre les espèces végétales de régions également atteintes.
En reconnaissant au miasme tellurique un caractère matériel et pondérable (p. 132), nous nous séparons d'ailleurs absolument des auteurs qui ont considéré cette cause fébrigène comme de nature incoercible, analogue au calorique ou à l'électricité (2).
Depuis la publication de notre Traité des fièvres intermittentes, cette doctrine de l'intoxication tellurique s'est affirmée chaque
(1) Nous n'avons plus à fournir la preuve de la non-contagiosité des fièvres intermittentes qui n'ont été considérées comme transmissibles que par ceux qui en ont confondu les symptômes avec ceux du typhus. Tout proteste contre cette iransmissibilité. (Voy. Léon Colin, Traité da fièu. interm. , p. 12, note 2).
(2; Suivant Folclii, l'accès de fièvre serait le fjil de la soustraction brusque du
MALADIES TELLURIQUES. ggj
jour, ralliant à elle les médecins des pays à fièvres, soit en nos climats, soit dans la zone tropicale.
Si le sol est le point de départ de l'élaboration toxique, l'intermédiaire obligé entre le poison et l'organisme est l'atmosphère. Nos recherches ont rendu fort problématique la puissance fébrigène de l'ingestion des eaux marécageuses (p. 156-173).
Le miasme tellurique ne ménage aucune race humaine, et les nègres ne jouissent point du privilège d'antagonisme qu'on leur avait attribué (1).
Les condilions professionnelles jouent un grand rôle, mais surtout par le fait de la résidence imposée; plus l'homme est au contact du sol, plus il court chance d'intoxication; contrairement à la règle générale (p. 307), les professions agricoles sont ici plus dangereuses que les métiers industriels, surtout si elles imposent le contact du foyer fébrigène durant la nuit; les agriculteurs qui rentrent le soir en ville sont moins exposés que les personnes obligées à un séjour constant dans la plaine, comme les soldats en campagne, les bergers, les douaniers, certains employés de chemins de fer (2).
Et cependant ce miasme n'est point, comme les autres poisons, dangereux pour les diverses espèces animales. L'homme seul en subit l'influence (p. 488); et l'on doit révoquer en doute la prétendue sagesse des aruspices qui affirmaient trouver dans les entrailles des animaux les traces des vapeurs qui s'exhalent du sol.
fluide thermo-électrique de l'organisme ; cette hypothèse a été reprise par Burdel,
suivant qui l'insalubrité des pays atteints a pour cause essentielle la perturba- I tion de l'électricité atmosphérique; c'est à la soustraction prompte et rapide de i rélectricité des couches inférieures do l'atmosphère que seraient dus les troubles ' spéciaux que l'auteur nomme sidération paludéenne (Burdel, Recherches sur les
fiè')res paludéennes. Paris, 1859, p. 28 et 157). La cause de la fièvre est donc, pour Burdel, un agent physique impondérable'
{loc, cit., p. 25), non susceptible comme tel d'être condensé dans les vapeurs 3 atmosphériques, au point que les dangers de l'intoxication sont moins considéra-
bles durant la nuit que pendant le jour [Inc. cit., p. M et 43); au même titre, ce • fluide ne sera sans doute pas susceptible d'être transporté par les courants atrao- ■ sphériques.
(1) Léon Colin, Traité des fièvres intermittentes, p. 518 et suiv
(2) Dans une récente visite à Aigues-Mortes, j'ai retrouvé sur la physionomie des douaniers et de quelques employés de la gare (située hors de la ville), les traits . des campagnards des maremmes toscanes, alors que les habitants de la ville sont ve-
lahvement protégés par le fait même de leur résidence urbaine.
§ IV. — KPIDliSIlES ACC:iDE.NTIi:i,LES UE FIÈVIIES INTERMITTENTE.S.
Ces épidémies qui ont semblé des infractions à la genèse habituelle des fièvres, s'observent soit en mer, soit à terre.
1° En mer. — En général, les épidémies de fièvre intermittente à bord d'un navire se manifestent en trois condilions : 1° le plus souvent, l'intoxication existe à l'état latent chez les passagers vu leur provenance d'un foyer fébrigène, et ce n'est que par inattention qu'on a pu déclarer ces épidémies indépendantes du miasme palustre (1) ; 2" la fièvre se développe sous l'influence d'efûuves apportées par les vents d'une côte ou d'une île oîi règne la malaria; 3° l'infection, enfin, au lieu de s'exercer à distance, peut avoir son foyer dans le bâtiment lui-même, lorsque se produisent à fond de cale des conditions d'insalubrité analogues à celles qui constituent les marais terrestres, et spécialement bien décrites par Fonssagrives(2). L'accumulation de matières végétales putrescibles entraîne le dépôt d'un détritus noirâtre, comparable à l'humus ; il se forme ainsi, en pleine mer, un véritable sol envahi bientôt de moisissures et autres végétations parasites, qui viennent prouver la puissance productrice de ce milieu, en même temps que le développement des fièvres dans l'équipage témoigne de sa puissance fébrigène ; les émanations sont identiques avec celles des terres vierges ou mal cultivées, et malgré leur théâtre, ces faits rentrent dans notre doctrine de l'intoxication tellurique (p. 126 et suiv.).
2° A terre. — Ici surtout, les fièvres intermittentes franchissent parfois largement les limites de leur rayonnement habituel autour de leurs foyers (3).
(1) Ainsi on a cité comme épidémie de ce genre, c'est-à-dire indépendante de toute cause palustre, l'explosion à bord d'un navire de l'iUat d'un grand nombre de cas de fièvres intermittentes (Guyon, Ri' flexions sur les causes, etc., de la fièvre intermiltenle; thèses de Paris, 1836). Or l'historien de cette épidémie nous apprend lui-même que le bâtiment en question avait quitté huil jours auparavant le port de Rochefort, à la dale du 14 juillet )822, date à laquelle il y avait tant de fièvres dans ce dernier port que l'hôpital recevait journellement 50 à GO malades (Voy. Compendium de médecine, t. V, p. 301).
(2) Fonsagrives, Trudé d'hygiène navale. 2' édition. Paris, 1877.
(3) En 15^8, dit Palmarius, « tota Europa, variis febribus, niaxima ex part% intermittentibus, jactata est, sed iis minime lethalibus (Littré, art. FiÈvnE, Dict., de médecine, en 30 vol. Paris, 1832, t. VII, p. 699).
En 1657-69, épidémies de fièvres intermittentes, sévissant en môme temps que la peste sur toute l'Europe, principalement en Angleterre où l'observèrent Willis,
MALADIES TELLUaiQUES.
Ea pareille circonstance, la généralisation du mal a semblé con traire à son origine locale ; nous savons la part qui revient aux vents dans la dissémination du miasme lellurique, de tous les principes spécifiques le plus léger etle plus transportable (Voy.p. m et289) Des auteurs ont admis que ce transport n'avait pas de limites • que les grands courants atmosphériques qui nous arrivent de divers foyers palustres du nouveau monde pourraient nous apporter les germes de la fièvre intermittente (Voy. Traité des fièv. int., p. 503) Nous avouons que l'immense éloignement de ces foyers nous empêche d accepter leur action en Europe ; nous savons quelles distances relativement faibles séparent souvent les localités malsaines des heux les plus habitables ; de plus, quand ces épidémies adventices se manifestent sur notre continent, elles se développent simultanément dans tous les points envahis, comme si la cause n'en était nullement mobile et progressive; et en outre, malgré la généralisation du mal, ce sont les localités habituellement les plus fiévreuses qui sont le plus fortement atteintes, preuve nom'elle que
son alTention!'" ^'^'^^ ^^"^ '^^"g^^
D'après certains auteurs, ces épidémies insolites auraient cer^r/r ^^^vant Bergman, d'Upsal, les épidé TJn observées en Suède pendant la période
18O4-1860 auraient présenté ce caractère de s^élever chaque année
' tl!df'"" '' '''''' à la méningite, a
; ZttT T:'" ' ''''^ ^ 8-8"- degré Se 1 ti-
1 tude le plus septentrional (66» nord, Halparanda).
L auteur cherche même à prouver que les épidémies de fièvre in- 1 lermittente présentent un caractère analogue à la surface du monde,
' Sr;; t llT'r- ' ' '"^ inondations ec des chaleurs exceplionnelles • ' A/of j'r'' ^'"'^^'^ accompagnée aussi de peste (Hirsch
ou de l'innuen^ H rsd/ t'^i^^ doveloppemcnt épidén.iq„e du typhu
; 136). ' ^' c/f.,§§ioo, 100, 108, in
Enfin, dans notre sièclp m&mo i«„ trfcs-graves de 1800 ^ « r , ' ^^"'^^ intermittentes, très-nombreuses et minarrP rl!, ' grande période caractérisée par la prédo-
f'^iXZ: -rsifVS: -'^ - -'^"^
LÉON Colin. Mal. épidém. 38
qu'elles sont assujetties à une loi de déplacement général, en vertu de laquelle les épidémies observées en Suède n'y n'apparaîtraient en ce dernier pays que dans les années consécutives à des manifestations pandémiques sur l'Europe et sur l'Amérique (1).
Suivant nous, la production de la malaria n'est assujettie à d'autre périodicité multi-annuelle que celle qui parfois s'établit dans le cycle des vicissitudes météoriques (p. 45o) ; de plus, on ne peut rapprocher l'éventualité des épidémies de fièvre intermittente dansles pays froids de la fatalité de leur retour dans les zones plus méridionales. Ici encore il en est de la malaria comme de la végétation. Tandis que dans les climats chauds, la fécondité du sol et son insalubrité seront la règle habituelle, ces deux faits deviendront aléatoires dans les pays où le sol ne peut acquérir une puissance végétatrice et fébrifère que durant les années exceptionnelles comme tem pérature.
D'après nos recherches, ces épidémies accidentelles peuvent se manifester en trois conditions principales :
A. Quelquefois l'apparition de l'épidémie sera le résultat de la transformation en surface fébrifère d'un sol habituellement salubre. Telles les épidémies qui se développent à la suite d'inondations, ou lors du dessèchement des marais, du curage des égouts, des travaux de terrassement, quand ces travaux sont accomplis en été ou en automne. On a eu des exemples, souvent terribles, des dangers créés par des opérations aussi intempestives (2).
B. Plus souvent, les épidémies adventices de fièvre intermittente ont pour point de départ des influences météoriques exceptionnelles En bien des régions, le sol présente les conditions physicochimiques voulues pour la production du miasme febrifere; le
(1) Gustaf Bergma.i. Om Sverige^^ Folk^jukdomar Andra Hciftet, p. 1G7, et Tredj^
Hâftet, p. 276, Upsala, 18)7. . . » ,
(2) 1 BordeLux, en 1805, on dessécha en plein été un marais contigu à a vil e le marais de la Chartreuse; 12,000 habitants sont frappes de fièvres nUeim tténtes et si graves que 3,000 d'entre eux succombent à des accès pernic.eux S on de la Chaume ra'pport'e que les Arabes voulant se venger d'une .nsulte qu. ip ir avait été faite par les habitants de Bassora firent déborder la rivière qui enserre se bords il résulta, au retrait des eaux, une épidémie dont 13,000 ou 14.000 personnes' furent les victimes. Dans les guerres de nos pays, on rencontre des. exemples analogues : en 1748, pendant la guerre de succession d Autriche les Ho bndais, pour se défendre, avaient inondé leur royaume, au commencement de ^é ou f t brûlant, on signe les préliminaires de paix, et l'on fait rentrer les
T l iPnr lit - alors se développe une grave épidémie, et les États généraux ::cmnt:r::::^rinondation' jusqu'au commencement de l'hiver (Foissac, Influence des climals sur l'homme, 2* éd., t. I, p. 517).
MALADIES TELLURIQUES
miasme ne se produit pas cependant, faute de chaleur ou d'iiumidité. Qu'un de ces desiderata, si l'on peut ainsi dire, soit rempli une épidémie insolite se manifestera. En 1826, un été exceptionnellement chaud entraîna, sur les côtes de la Baltique et de la mer du Nord, une explosion de ce genre qui, à Groningue seulement tua 3,000 habitants sur 30,000.
L'élévation de la température donne, d'ailleurs, un caractère spécial de nocuité aux foyers palustres des climats tempérés Nepple constate qu'en 1821 les fièvres furent peu nombreuses et peu graves en Bresse, offrant le caractère torpide des fièvres de la Hollande, tandis qu'en 1822, année exceptionnellement chaude ces affections présentèrent une fréquence et une acuité qui les ranprochaient de celles des pays tropicaux.
Dans les pays chauds et secs, ce n'est pas l'élément thermique qui fait défaut pour la production de la malaria : c'est l'humidité - et en ces régions, les épidémies adventices ou exceptionnellement Sul's (p isÔr co"-espondent aux années très-plu-
c'eft IVvn ' développement de ces épidémies.
Hp ni . ^f'^^'^«™«»t protégés contre la malaria parleur résidence dans des maisons, par le pavage du sol, pavage qui oblitt e
m1 'ouW ' ^"'r^''^"^ ""^^^ émaLtionslllurïq-ies Ma s qu une armée, composée d'hommes provenant de régions
habitants, grâce à leur origme, à leur installation dans des villes pportent comme d'habitude, sans excès de maladie ni de m r tï lté, les conditions d'insalubrité; les soldats, par le fait de le^u p oenance étrangère, de leur immunité antérieure, de leur expo i-
ZZT T'/' ""P^ du sol, founTo t
matière à ces épidémies insolites comme on en a vu jadis en Hon
'r^Z enÏT] ^'.'''^^ ^«^9' rançaise en Lombardie, en 1878 dans l'armée anglaise à Chvore
sur!i t e Ice Lin °" ""^ constitution médicale que
e nombret^,^^^^^^^ ^'"^ exceptionnel et nouveau, c'est
mirà^nciinl . T''''' '''''''' ■»d'-d"^ brusquement soumis a 1 action de cette cause (p 296)
ouLTr'u'"''"' ^' ^ ^"--^ beaucoup -d'accès, et par conséquent épidémie ; mais parfois se manifesteront de; fièvres pernl
cieuses, terribles par leur nombre, la rapidité de leurs coups el qui au lieu de peser lentement sur la morlalilé annuelle, produiront en quelques jours les désastres des épidémies les plus meurtrières (p. 298-299). . , ^ V A „
C'est ainsi que s'explique l'eflrayante mortalité de 1 armée anglaise débarquant dans l'île de Walcheren (1809) au moment ou le dessèchement des canaux venait de mettre à nu une vaste surlace d'émanations miasmatiques. •. ^
C'est ainsi qu'arrivant en septembre, à Rome, un détachement de 80 soldats français, caserné hors la porte du Peuple, eut, en trois semaines, 51 malades dont 24 moururent.
g V. — MORBIDITÉ.
Nous avons donné les fièvres intermittentes comme exemple de la densité considérable des atteintes par certaines causes spécifiques nui sont très-expansibles et ne reconnaissent aucune immunité d'âge ou à-atteinte antérieure (p. 375). Cette fréquence des cas est en Général d'autant plus considérable qu'on l'observe dans des pays plus chauds , et notamment dans la zone intertropicale ; mais on la on tat fréquemment aussi plus au nord, en Algérie, à Rome (1) t r^Le aux latitudes les plus élevées où se produit la salaria ; en FinTande, en Suède, il y a des localités palustres où en certaines années, la presque totalité de la population est atteinte.