‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 148 sur 195 · I. — CARACTÈRES COMMUNS · texte numérisé non relu

I. — CARACTÈRES COMMUNS

Au chapitre des affections pestilentielles, nous traiterons des maladies infectio-contagieuses d'origine exotique ; nous ne parlons ici que de celles qui sont susceptibles de production en nos climats.

En leur origine, elles résument les attributs des maladies populaires des deux chapitres précédents ; elles relèvent simultanément de l'infection et du contage, et l'atmosphère qui les produit est à la fois miasmatique et virulente.

Leurs allures épidémiques rappellent cette dualité étiologique : susceptibles de s'étendre au loin comme les maladies simplement contagieuses, elles sont néanmoins astreintes, comme les affections exclusivement miasmatiques (fièvres intermittentes) à des conditions locales qui ont une part considérable dans la constitution de leur milieu épidémique. L'obscurité de leur genèse lient souvent à l'identité, apparente au moins, des conditions favorables à leur naissance originaire, spontanée, et à leur naissance secondaire, par contagion ; en effet, dans les deux cas, le mal naît habituellement au contact, soit de l'homme, soit des produits de décomposition qui en proviennent.

Comment osera-t-on affirmer que l'impression morbifique se soit accomplie suivant le mode virulent, par le fait de l'action d'un germe spécifique, ou suivant le mode infectieux, par l'action de miasmes non virulents ? Quand dans une salle de malades, la fièvre puerpérale, le typhus, l'ophlbalniie purulente, gagnent de lit en ht, les uns en attribuent la propagation au contage, les autres à l'influence d'un miasme agissant simultanément sur tous.

MALADIES INFECTIO-CONTAGIIÏUSES.

§ II. — FiÉvnE typhoïde.

r Historique. — La fièvre typhoïde a élé observée bien avant le siècle actuel, comme le démontrent les faits recueillis par Morgagni, Lancisi, Rœderer et Wagler. Mais sa naissance scientifique est toute moderne. Son historique n'est que la vulgarisation progressive des travaux de l'école de Paris. Grâce à ces travaux, la fréquence de cette affection, autrefois méconnue sous les dénominations les plus diverses, prit de suite ici une telle évidence qu'elle fut immédiatement placée au rang qui lui revient, en tête des maladies aiguës graves les plus communes de la capitale.

Dans les départements on ne suivit d'abord cet exemple que'lenteraent ; on continuait à qualifier de leurs anciennes appellations les fièvres nerveuse, putride, maligne, qui n'étaient que des formes de la dothiénentérie : cette antique terminologie rendait encore fort difficile en 1840 tout travail d'ensemble sur la pvrétologie française (p. 197) et disparaissait enfin il y a une vingtaine d années. Amsi en était-il à plus forte raison dans les pays voisin, où 1 on acceptait volontiers la pensée que cette maladie -^tait spéciale à la France ; il y a dix ans, des médecins contestaient jusqu'à sapossibihte à Rome où j'en ai démontré non seulement l'existence mais la fréquence. En Algérie, on la croyait rare ; de là était né le dogme de son antagonisme avec les fièvres intermittentes On récusai plus formellement encore son existence dans les climats chauds. Or notre armée d'Afrique en est atteinte aussi fréquemment et parfois plus gravement, que les garnisons de l'intérieur- et 1 armée anglaise des Indes fournit la preuve de sa fréquence jusque sous les tropiques. jusque

Ce rôle important de la fièvre typhoïde en Algérie et aux Indes n est pas un fait récent, signalant son extension toute moderne des régions où elle n'aurait pas existé il y a trente ans

Lors de mes premiers travaux sur les fièvres intermittentes ie me SUIS imposé la tâche de relire les descriptions anatomiques e chmques des auteurs qui écrivaient sur les fièvres d'Algérie au dé

e sitle" rrréfll- ^"^-^/-^«^'I-d-- commencement de" ce siècle , j ai pu étabhr que plusieurs des malades, notés comme

a ant succomb à des accès pernicieux, présentai'ent les lésio^ de la fièvre typhoïde (Voy. art. Fièvre typhoïde palustre).

dan^'r^'' ^ historique.de la fièvre typhoïde

dans 1 Europe centrale et septentrionale (Allemagne, Russie, An- LÉON Colin. Mal. épidém. 39 '

gleterre) a été sa coexislence avec le Lyphus péléchial et sa réunion dans les mômes slalisLiques (Voy. art. Typhus). ■

2° Genèse. — A . Conditions générales. — a. Climat. — La France est considérée comme le terrain classique de la fièvre typhoïde ; elle le doit non seulement à la fréquence de l'afleclion, mais aux travaux que je viens de rappeler (p. 609). Elle le doit à son immunité de certaines autres maladies populaires, typhus.fiôvi'e palustre, dysenterie, qui le premier au nord, les deux autres au sud, réduisent, à leur bénéfice pour ainsi dire, le rôle mortuaire de la fièvre typhoïde.

Chaque année trente ou quarante départements sont signalés à l'Académie de médecine comme atteints de cette affection; et ces chiffres, sans doute, sont inférieurs à la réalité des faits. L'alfinité de la fièvre typhoïde pour les climats tempérés semble confirmée par sa fréquence dans les pays voisins de latitude égale. Les grandes villes de l'Europe centrale, Tienne, Berlin, Francfort, sont presque aussi gravement atteintes que Paris; et j'ai démontré que notre armée était loin d'occuper à cet égard le premier rang (1).

Quant aux autres zones chmatiques, il n'est pas un point au monde où les relations médicales n'en aient établi l'existence. De l'analyse de ces relations il se dégage cependant deux principales conclusions : 1° Entre les climats polaires et les limites méridionales de la zone tempérée la maladie augmente de fréquence à mesure que du nord on descend vers le sud. En Suède, en Angleterre, en Belgique, en Danemark, elle est moins commune qu'en France; et ici elle atteint son maximum dans les départements du midi ; nous en avons donné la preuve pour l'armée (2); il en est de

(I) De ces faits je clioisis les plas précis, ceux qui sont relatifs à l'armée bavaroise où, durant quatorze ans, de 1855 à 1869, la fièvre typhoïde a entraîné une mortalité de 2,8 sur 1000 hommes d'effectif, mortalité presque double de celle de l'armée française par cette maladie pendant la môme période (1,80 sur 1000 hommes d'effectif). On peut même dire qu'en France il n'existe aucune ville où l'armée paye à la fièvre typhoïde un tribut aussi considérable que dans la capitale de la Bavière; d'après les relevés de Pettenkofer, la mortalité annuelle de la garmson de Munich s'est élevée, pendant la période de quatorze ans sus-indiquée, au chiffre effrayant de 8,4 sur 1000 présents, par fièvre typhoïde seulement. C'est-à-dire qu'à Munich le soldat mourait alors autant de cette seule affection, qu'il meurt ailleurs de l'ensemble de toutes les causes (Voy. Léon Colin, L'armée française constilurt-elle un foyer typhoïgène? in Ann. d'hyg. publiq. et de méd. lég., janvier 1878).

(2) Disséminés dans la zone la plus septentrionale de la France, et n'y apparaissant guère que dans des circonstances d'agglomération exceptionnelles, les foyers typhoigènes se rapprochent singuUèrement si l'on descend vers le sud et que l'on franchisse le 46» degré de latitude; ils surgissent alors au milieu de garnisons dont les conditions d'installation sont demeurées à peu près celles de chaque jour : 1° Dans

MALADIES INFECTIO-CONTAGIEUSES

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même en France de la population civile (1). En Allemagne aussi les décès typhoïdes augmentent de fréquence à mesure que du littoral de a Baltique on se rapproche de la latitude de Vienne, Si au contraire, l'on franchit la limite méridionale des climats tempé'rés la prédominance de l'aflection s'atténue, et, sans doute, pouf plu!

tenir et r I '''' -t-'-it-

condition. ?, ''''' la diminution de certaines

dation dp r P^^^ développement et .\ la propa -

de con J 7 'K"'^'--"^- densité des populations, et facilité des commumc^tions;B. degré de réceptivité individuelle. La fièvre

ment t ^^^S^ P°"^ d^veloppem nt certains attributs de santé, de force, dont les types sont bL

e 0 rnTs " Z "n ''T'' ^'^^"^ ^'^^^'-^^ -^^miés mvs Ti P'^^ intertropicaux. Aussi, dans ces

pays, la fièvre typhoïde sera-t-elle moins la maladie de la popula-

e but i : ""^ d— eaux venus sur lesquels elle foife un lOle obituaire qu'on ne soupçonnait pas.

h. Localité. ~ D'ordinaire la fièvre typhoïde ne sévit pas banale ment sur l'ensemble d'une population, comme les épid œ pS" dentés (météoriques, telluriques, virulentes). Les'con'It^Ss dtx

Montpellier. Carcassonne 'To^re M nT^,^ ""^^ P'"^ '

proportions tout aussi grives (19 décè^sur^ ô ] ' T '"''"'^^

sonne; 33 à Montauban ur 7^ ^J' , à Carcas-

dans les garnisons du sud est un fa t o ma les d /"f

tiquedel'arméepourlesannéesl866 etT8 2 1^1^^^ clnffres fournis par la statisles garnisons par zone climatique ' ''''''' °' ^'^""g^é

MOnTAUTÉ PAR FIÈVUE TVPnoïOE SUR 1,000 HOMMES d'efFECTI. :

Garnisons du nord. , 23 ^

Garnisons du centre 1*79 ^\n

Garnisons du sud ' [ [ 2,\)0 3G3

(Léon Colin, La Fièvre typhoïde dans l'année, ^L)

maladiepour 1 d Zeme H r'"'?" ''' ' ^""^'"''^ ^ prédilection de la Hté plus'comp te dans tlT.l '''T' f

iiier« din,.,„ . ' Académie des relations recueillies en ces riPi-

««ers départements par les médecins des épidémies.

milieu épiclémique se groupent ici de façon à ne se rencontrer, avec leur maximum d'efficacité, que dans telle circonscription du territoire atteint par la maladie. De U\ ces épidémies de maisons au milieu de villes à peu près presque intactes (p. 369, 388) ; de là ces épidémies pesant sur des garnisons voisines d'autres garnisons presque absolument ménagées (1).

Les conditions de résidence, urbaine ou rurale, jouent un grand rôle; nous avons vu (p. 251) les différences d'afûnité de la maladie pour les grandes villes, les villes moyennes et les résidences rurales; elle apparaît avec une prédilection marquée soit dans les centres importants de population (Paris, Lyon, Nancy, Brest, Perpignan, le Mans, Toulon) où elle est presque endémique, soit au contraire dans les fermes et dans les villages où elle acquiert son summum de densité et de gravité (Voy. p. 388). Il en est de même de l'armée, dont les atteintes sont presque incessantes dans les grandes villes, tandis que les épidémies les plus graves sont fournies fréquemment par de petites garnisons. Plus j'observe, plus j'acquiers la conviction que, de plus, les centres typhoïgènes ruraux, vu leur nombre, dépassent l'importance des centres urbains ; les études de Briquet pour la France, de Marc d'Espine pour la Suisse, de Bertillon pour la Belgique, en sont la meilleure démonstration.

c. 5o/. — Celte influence est incontestable; la fièvre typhoïde naît facilement dans les localités basses et humides; mais je me suis élevé (p. 140-142), au nom des faits, contre la théorie trop absolue de Pettenkofer qui, d'après les épidémies de lièvre typhoïde observées à Munich et en diverses localités d'Allemagne, a déclaré certains sols absolument réfractaires au développement de celle affection. A cette théorie, j'ai opposé d'une part la persistance de la fièvre typhoïde dans les départements de France des formations le« plus diverses; d'autre part la fréquente mobilité des épidémies de l'armée, mobilité en raison de laquelle telle garnison sera atlein e celte année qui ne le sera pas les années suivantes, preuve que e mal ne dépend pas exclusivement d'influences locales du sol, comme les affections telluriques (2). Une étude plus récenle m a démontre

fO Sur 4 016 hommes de garnison à Bordeaux et appartenant au 18« corps il ^ ' ' 1 Airh^ Pn 1874 nar fièvre typhoïde. Or, dans le même corps d arrée"la":a::trdo Cbi! con;osée de U6.6 hommes, en perdait 28. soit plus f n su 1 00 hommes d'effeclif. Dans le 11» corps d'armée. Nantes perd 9 hom- 1 s^; 2.905 de garnison, à côté de Fontenay-le-Comte qu„ sur 725, en perd 14. (Léon Colin, La Fièvre typhoïde dans l armée, v 31.) (2) Léon Colin, Epidémies et milieux épidemiques. Pans, 1873.

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par de nouveaux faits le caractère éventuel et transitoire delà maladie en nombre de localités (1). La cause de ces différences suivant les années, c'est que les divers centres de population présentent des conditions variables d'insalubrité, et que l'aptitude de leurs habitants à la fièvre typhoïde subit elle-même des modifications incessantes (Voy. p. 457-461).

On ne peut donc assigner au développement de cette maladie des circonscriptions régionales aussi nettes que celles où se manifestent les affections essentiellement dépendantes du sol comme les fièvres intermittentes; je ne crois pas qu'il existe en France une garnison ou une ville qu'on puisse déclarer inaccessible à la fièvre typhoïde (Voy. p. J40-142); elle apparaît à toute altitude, sur des sols de toute formation, sur ceux-là môme qu'on a considérés comme réfractaires par leur constitution (2).

d. Saisons. — Notre enquête récente sur la fièvre typhoïde' dans l'armée vient également à l'appui de l'opinion émise plus haut (p. 428-429) sur les rapports de cette maladie avec les saisons. II n'est pas une période de l'année qui, de 1874 à 1876, n'ait fourni un certain nombre d'épidémies militaires, dont 20 sur SO correspondent à l'hiver et au printemps ; mais les détails des faits démontrent que les plus graves de ces épidémies appartiennent à l'été et à l'automne (3), d'oti la prédominance fréquente de la mortahlé générale en septembre (p. 428 et 4SI).

(1) Les rappoifs sur les épidémies à l'Académie de médecine indiquent chaque année une série nouvelle de villages frappés de l'affection. Il en est de même de l'armée. Les garnisons de Chartres, de Caen, de Fontenay-le-Gomte, etc., atteintes pendant la période 1874-1876, ne l'avaient pas été dans les années antérieuresd'autre part, immédiatement avant cette période, en 1873, les garnisons dé Dieppe, de Besançon, d'Auxonne avaient subi des épidémies qui ne se sont pas renouvelées, au moins dans les mêmes proportions, depuis 1874.

(2) Telle l'épidémie de la caserne de Mansourah, près Constantine : ici la nappe d'eau souterraine est à une profondeur trop considérable pour que ses oscillations puissent influencer le dégagement d'émanations à la surface du sol. Parleronsnous de la ténacité de la fièvre typhoïde au château de Montbéliard soustrait également à ces oscillations, aussi bien par son emplacement sur un rocher imperméable et taillé à pic, que par son altitude qui lui vaut le bénéfice d'une ventilation excessive? Lagrave recrudescence subie par l'armée et la population civile de Paris durant le 4« trimestre 1876. est également une excellente preuve de la non-intervention de miasmes telluriques qui devaient être réduits à leur minimum, et par 1 abaissement de la température, et par l'abondance des pluies qui, à cette époque, élevaient le niveau de la nappe souterraine. (Voy. aussi Cliauffard, Étiologie de la fièvre typhoïde, in Bull. deVAcad. deméd., 1877,. p. '198.)

(3) Telles ont été en particulier les graves explosions du fort de Vincennes des garnisons de Tarascon, de Nancy, du camp de Pontgouin. Cette prédominance

L'inlluence de la période eslivo-autornnale est fort complexe. Dire que les germes typhoïdes, animés ou non, reprennent alors leur activité et leur puissance morbifique, c'est se contenter d'une phrase qui n'éclaire nullement la question et qui détourne peutêtre de la vérité en entraînant l'esprit vers l'hypothèse de l'éliologie parasitaire. Nous pensons que les recrudescences eslivo-automnales sont favorisées : l^par l'intensité plus considérable des émanations engendrées parles chaleurs et les sécheresses prolongées dans les divers foyers de putréfaction voisins des habitations-, 2" par l'activité plus considérable aussi, en cette saison, des miasmes d'origine tellurique dont nous établirons le rôle dans la production de la Hèvre typhoïde (1); 3° par la fréquence plus grande en été et en automne de certaines indispositions : fièvre éphémère, diarrhée, embarras gastrique, suscitées elles-mêmes par l'élévation de la température et par la suractivité des influences miasmatiques ; indispositions qui rendent l'individu plus apte à l'infection des autres et à la sienne propre (auto-infection); 4" peut-être enfin par les oscillations thermiques du nyctémère, causes de refroidissements qui peuvent compromettre directement la sécrétion cutanée au moment de l'année oti l'élévation de la température donne à cette fonction son maximum d'activité.

Dans les épidémies d'hiver, si la cause en est l'infection, c'est surtout aux émanations de l'organisme vivant, à l'encombrement qu'il faudra en demander compte. C'est l'époque oi^les agglomérations humaines subissent le plus complètement les influences de la vie en commun en cherchant à se soustraire à l'abaissement de la température extérieure (2).

B. Conditions efficientes. — Il y a certainement, dans la genèse de la fièvre typhoïde, intervention d'influences généi'ales encore fort obscures, d'origine probablement atmosphérique, nécessaires à l'activité de foyers habituellement inertes comme les foyers putrides

estivo-automnale correspond aux résultats invariablement fournis par la statistique, chaque fois qu'on a établi les catégories de décès typhoïdes par trimestre ; ces catégories ont été indiquées pour les trois années 1868, 1872, 1873 et ont donné les résultats suivants :

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