ÉTENDUE ET IIMITES DU CADRE DES ÉPIDÉMIES
Pour nous, l'épidémie représente surtout le fait de la fréquence exceptionnelle, et de l'origine, dans un milieu commun, des affections les plus diverses. C'est dire tout d'abord combien est vaste, à nos yeux, le cadre de ces affections.
Il n'est guère que les affections diathésiques, constitutionnelles, et les maladies locales qui n'y rentrent pas, et encore certaines affectiohs locales : ophthaimie purulente, stomatite ulcéreuse, sont-elles susceptibles d'épidémicité.
Nous ne proposons pas là, du reste, une innovation, mais un simple retour à l'acception du mot épidémie, telle qu'elle existait avant la période inaugurée par Baillou.
Pour Hippocrate, en effet, les épidémies représentaient, avant tout, les affections les plus remarquables par leur fréquence, leur vulgarité, par conséquent les moins insolites et les moins acciden- Léon Colin, mal. épidém. . 2
18 CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET DÉTERMINATION DES MAL. ÉPIDÉM. telles, ainsi que l'indique labanalité de la cause qu'il leur attribue: la constitution atmosphérique. ,
Galien fait ressortir parfaitement cette vulgarité de 1 épidémie dans le passage suivant : « Neque enim certi est morbi nomen vulnare vel pestilens. Quicumque morbns multos uno in loco simul invaserit, vulgaris hic dicitur ; qui simul si hoc habet ut mullos
périmât, pestis fit (1). » , , .
C'est-à-dire qu'une maladie simplement très-répandue, qu elle qu'en soit la nature, est appelée maladie vulgaire commune c est 'épidémie bénigne; que si elle est à la fois très- ré pan due et trèsgrave, ce sera la grande épidémie, celle que Galien appelle, et nous l'avons imité : maladie pestilentielle.
Nous admettons donc à peu près entièrement, malgré la naïveté qu'on lui a reprochée, le premier terme delà définition de Prus (2 . u Une maladie est épidémique lorsque, dans un temps donné, elle attaque un grand nombre d'individus. »
Ce sont des acceptions analogues qu'ont toujours professées ceux qui, au lieu de diriger leur étude vers le dogme de épidémicité, ont eu affaire aux épidémies elles-mêmes; ainsi ViUermé les appelle simplement « des maladies qui attaquent à la fois beaucoup
'TrèrLeb;:n •. « on donne le nom de maMies ép^érniçues à celles qui attaquent en même temps et avec des caractères semblables un grand nombre de personnes (4). »
Ces définitions ont un premier avantage : celm d établir que le nlus grand nombre des affections du cadre nosologique peuvent ?lnstf uer des épidémies, et que cette faculté n'est pomt exclusivement limitée à quelques types morbides. E les en on un s cond • celui de faire bien entendre que la maladie constitue 1 épidémie et n'en dépend pas, comme l'admettent les partisans du do^m; épidémique; le mal est toujours le même, le nombre s u^^ ""o ' lA n.io Hnns nn temps donné, la lievie ly-
^ w Jr emolovée dans ce second cas, ne signifie pas que ce même pour la variole, pour le choléra.
Galeni 0,..a omma t JII, ^
' Sun, Traité lMori,ue sur les maladies épidé.uçues. Paris, 1770, p.
ÉTENDUE ET LIMITES DU CADRE DES ÉPIDÉMIES. ,9 Quant au prétendu caractère insidieux ou malin qu'on a attribué à répidémie pour la différoncier de la maladie vulgaire, il faut se demander si le secret n'en est pas dans le degré de prédisposition des masses atteintes, prédisposition qui pourra se traduire non pas seulement par un chiffre extrême de cas morbides, mais par une gravité plus considérable de ces cas.
Dans la pensée de limiter la définition de Prus, définition qui
aurait, suivant lui, le tort de ne pas impliquer le caractère accidentel de 1 affection, Marchai de Calvi définit à son tour l'épidémie : « Une maladie insolite qui attaque en même temps et dans le même lieu un grand nombre de personnes à la fois. ,, Mais la manière dont il explique ce moiinsoliie ramène en partie Marchai de Calvi à la manière de voir précédente : « Une maladie est insolite de deux manières : par sa nature, par le nombre d'individus qu'elle atteint Le choléra est insolite par sa nature, la fièvre typhoïde peut être"insohte par le nombre de personnes qu'elle afl'ecte à la fois dans un môme heu; alors, elle est épidémique. »
Nous ne faisons qu'une réserve à l'étendue des définitions précédentes, et nous la faisons pour nous conformer à Tacception habituelle du mot Epùlémie dans le langage médical. En généra , dans ce langage, on l'emploie pour indiquer le règne d'îne
affection dépendant d'une cause extérieure commune à une popuation : cmq ou six cas de scarlatine, de fièvre intermittente, d'oreilons se développeront dans une ville, on dira qu'il y a épidémie, et
cen.n/'? r''"' ''''''' ^ '^^''^^^^^^ P^^'^ nombreuse
cependant de malades simultanément atteints d'affections soit constitutionnelles, soit locales.
Vingt phlegmons, vingt cas de phthisies, vingt arthrites trauma
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coTstituero^it :t ''^''''''^ rhumatismale en
at^îS^;^i n .m"' -dividus
malgré es pr dispositions que celles-ci peuvent lui off Hr.
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ou acrdente le O ''T d'une inoculation artificielle
ou accidentelle. On ne dira pas, après une bataille ou'on ,.np
inSe nar h ^^'^^^^'^ d'asphyxies; dans une population
'ectée par la syphilis, on n'emploiera pas, à l'égard de cette der-
nière maladie, le terme épidémique , pas plus qu'on ne donnera le nom d'épidémie au fait de la généralisation de la vaccine dans une localité à la suite d'inoculations.
Notre savant confrère, Le lloy de Méricourt, signalait récemment à l'Académie de médecine la fréquence excessive du chllfre des décès dans l'Inde par suite de la morsure des serpents : plus de 1 1 ,000 décès en 1869 dans la seule présidence du Bengale ; plus de 20,000 dans tout l'Indoustan. On ne dira pas là non plus qu'il y a épidémie.
Dans tous ces exemples, chacun a été atteint pour son compte, et doit sa maladie à la manière dont individuellement il a subi la cause morbide. Tandis que, dans l'acception habituelle du mot épidémie, il y a implicitement signification d'une cause commune, indécomposable, au moins d'une manière apparente, à laquelle les individus sont également soumis. Dans les pays où l'on inocule la variole, la collectivité des personnes inoculées ne présente pas à l'esprit une épidémie; le mécanisme de l'atteinte de chacun a été formellement isolé de celle de l'autre ; il y a épidémie, au contraire, si la variole se répand par contage atmosphérique.
On ' trouverait certainement bien des points de contact entre les inoculations artificielles ou accidentelles, excluant l'épidémicité d'une affection qu'elles ont généralisée et le fait de la propagation de cette affection par transport atmosphérique de la matière du contage, cas auquel on réserve l'expression épidémie; la cellule variolique, voyageant dans l'atmosphère et multipliant la maladie, est idenlique au pus inséré sous l'épiderme pour l'inoculation. N'en est-il pas de même de l'ophthalmie purulente? Ici encore les cellules purulentes inoculées directement, volontairement ou non ne donneront que des cas plus ou moins fréquents, sans qu'on dise qu'il y ait épidémie; ces mêmes cellules, mêlées à l'air, iront grâce à ce véhicule, développer un certain nombre d'ophthalmies 'nombre qui pourra ne pas être plus considérable que le précédent; et cependant en ce dernier cas il y aura épidémie. Devant ces différences d'usage d'un mot on se rappelle involontairement la tendance des anciennes écoles à employer le terme épidémique comme synonyme d'occulte, et à le supprimer dès que la cause devenait évidente et concrète.
On pourrait à bon droit contester la valeur des distinctions précédentes, vu l'identité du virus, de la matière spécifique en ces divers cas, qu'il y ait inoculation ou contage atmosphérique- mais il est certain que c'est en cette dernière condi-