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ÉTENDUE ET LIMITES DU CADRE DES ÉPIDÉMIES

tion seulement que surgit la cause morbide collective, le danger commun à tous, l'imminence épidémique enfin, parce qu'alors le poison morbide n'est plus dirigé vers tel ou tel individu, mais livré au gré de son aveugle répartiteur, l'atmosphère. Quelque nombreuses, au contraire, que soient les inoculations, le danger, par celte voie, cesse d'être général, et demeure toujours individuel.

Pourquoi la syphilis, la morve, la rage, ne constituent-elles pas de véritables épidémies? C'est précisément parce qu'elles exigent, pour se reproduire, le contact intime de l'organisme avec un virus fixe, non diffusible ; chaque individu est atteint par le fait d un incident qui lui est personnel; aucun ne le serait sans ce contact virulent ; le danger n'est pas dans un milieu imposé à tous; aussi aurons-nous soin dans l'étude spéciale des maladies virulentes (Yoy. livre IV, ch. ii) de les diviser en deux classes : 1° les mala- ' dies à virus fixe, qui peuvent être très-communes sans être épidémiques ; 2° les maladies à virus ditTusible, auxquelles est réservée l'épidémicité par le fait même de cette expansibilité du coulage. Ùne maladie virulente participe de ces deux caractères, c'est la variole. ^

Le sol constitue, comme l'atmosphère, un élément pathogénique commun aux agglomérations réunies dans un même pays, dans une même localité ; la communauté de cette influence nous permet de prévoir que les maladies engendrées par le sol seront essenliellement populaires, épidémiques ; mais il faut noter que c'est encore par l'intermédiaire de l'atmosphère que la cause morbide sera répartie sur l'ensemble de la population. Si les maladies engendrées par les miasmes telluriques, comme les fièvres intermittentes, sont épidémiques, c'est que ces miasmes trouvent dans l'atmosphère des conditions de diffusion analogues à celles des virus non fixes.

Il est cependant un groupe d'afi'ections dans la pathogénie desquelles l'atmosphère n'intervient qu'accessoirement, quelquefois n'intervient nullement, et qui néanmoins constituent, elles aussi des épidémies : ce sont les maladies alimentaires. Ici encore nous dirons qu'il y a épidémie alors que le principe toxique ou la simple pénurie de certains éléments nutritifs constituera un vice d'alimentation commun à une masse plus ou moins considérable d'individus; le danger est alors lui-même aussi commun à tous L'intermédiaire pathogénique n'est plus l'atmosphère, c'est le régime En revanche nous ne donnerions pas le nom d'épidémie à une sérié daccidenls consécutifs à l'usage ahmcntaire de substances vénéneuses, de champignons par exemple, recueillis et consommés par

plusieurs individus; ici le danger redevient personnel, l'intoxicalion s'est accomplie en dehors des conditions de régime usuel imposé à l'ensemble de la population.

C'est pour la même raison qu'on ne dira pas qu'il y a épidémie quand une masse d'ouvriers subira, dans l'enceinte d'une usine, l'influence moibifique des vapeurs mercurielles, ou quand un groupe d'individus, s'aliraentant à la môme source, présentera des symptômes analogues d'mtoxication saturnine ; ici la cause agit dans un cercle limité, qui exclut un des attributs habituels à l'épidémie, l'expansion possible au reste de la populalion.

11 faut que cette cause soit plus commune, moins personnelle, due à la diffusion soit dans l'atmosphère, soit dans le sol, soit dans les aliments ou les boissons, du principe pathogénique.

Cette solidarité de tous devant la cause morbiQque est tellement, dans le langage vulgaire, même pour les médecins, une des occasions de l'emploi du terme épidémie, qu'on applique ce terme à des affections qui ont cependant, avec le traumatisme, l'affinilé la plus évidente. Qu'un froid intense produise sur une armée en campagne de nombreux accidents, on dira qu'il y a épidémie de congélations. On appellera épielémies : l'ensemble des cas d'ophtha'.mie développée, par irritation de la muqueuse oculaire, parmi les équipages séjournant dans les glaces; l'ensemble des cas d'insolation qui apparaissent en des circonstances opposées; à aussi bon droit qu'on traitera d'épidémies les groupes de rhumatisme, de pneumonie, brusquement produits par un abaissement thermique, les groupes de dysentérie et de diarrhée occasionnées, dans une armée, par une averse en plein été.

Les maladies ainsi produites par les intempéries ont semblé trop brusques en leur évolution, trop facilement faisables à volonté pour justilier le nom d'épidémies; et cependant elles ressemblent à cet égard à bien des maladies spécifiques : faites traverser par une armée soit un marais, soit une ville atteinte de variole, le résultat morbide surgira brusquement aussi, et aura pu être créé à volonté. En tous ces cas, que l'atmosphère soit virulente, miasmatique ou qu'elle agisse par ses qualités propres, la cause est commune, pèse simultanément sur tous, et, malgré la rapidité, l'instantanéité parfois de l'action morbifique, dont il devient impossible de distinguer les trois périodes sacramentelles : augmeni, état, déclin, on dit que l'affection est épidémique.

(1) Voyete^livre III, Durée des épidémies .

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