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VI. — MÉNINGITE CÉRÉBRO-SPINALE ÉPIDÉMIQUE

1» Nature.— ^om avons placé la méningite cérébro-spinale dans lac lasse des épidémies accidentelles (p. 24); elle est, en effet, insolite et nouvelle, et ses caractères cliniques sont aussi étranges que la été son apparition. Mais la dualité de son origine la rapproche des maladies infectio-contagieuses.

Les essais d'assimilation de la méningite aux maladies antérieurement connues trahissent la tendance de leurs auteurs à 1 éloigner des affections phlegmasiques. et malgré une localisation habi uellement si caractérisée, à la rapprocher des maladies générales, des pyrexies. Dès le début, les termes de fièvre, de typhus cérébro-spinal (Boudin) ont été substitués à celui de méningite (1). son !î// = 1" des fièvres pernicieuses; et la rapidité de

son décours, la périodicité initiale du mouvement fébrile, lui ont fait maintes fois appliquer ce diagnostic ; mais elle sévit exclusivement en hiver, aussi bien dans les climats froids que dans les climats

tol'A^^"''''''"' t""' ^P"^""' °^ iadocirine de Broussais avait encore presque tou son prestige, offrant comme altération anatomiquele caractère aloTclassZo I^Z IZT ^ -PP-atL, .a méning t ai t gran

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céréb..spin. obs. à Versailles en 1839, Paris, 1844. p. I2G).

chauds, par conséquent en des lieux et à des époques où cesse toute élaboration palustre; du typhus, vu l'influence, invoquée en quelques épidémies, du miasme humain, vu la fréquence de certaines lésions (stéatose hépatique, altération granuleuse des muscles, etc.), et, parfois, l'apparition d'un exanthème pétéchial. Mais la densité habituelle des atteintes du typhus, la lenteur relative de son évolution, sa caractéristique symplomatique : la stupeur, sont diamétralement opposées à la rareté des cas de méningite, à la rapidité de son décours, à son symptôme dominant : la douleur ; 3° de la fièvre typhoïde dont certaines épidémies ont présenté des complicalions méningiennes, ou ont coïncidé (Strasbourg, Rastadt, Garlsruhe)avec la méniugite cérébro-spinale, coïncidences dont la valeur tombe devant leur caractère exceptionnel, devant la banalité de la première de ces affections, l'insigne rareté de la seconde (1); 4° des fièvres éruptives, et notamment de la scarlatine. Cette opinion émise par notre savant prédécesseur, le professeur L. Laveran, et soutenue surtout par son fils, est basée sur des similitudes incontestables, soit en certaines localisations anatomiques : rougeur, quelquefois abcès des amygdales; tuméfaction des glandes de Peyer; tendance à l'inflammation, allant jusqu'à la purulence, des différentes séreuses soit splanchniques, soit articulaires ; apparition d'éruptions quelquefois scarlatiniformes ; soit en quelques caractères épidémiques, comme la limitation, dans l'armée, de ces deux affections aux soldats les plus jeunes, les plus récemment incorporés. Mais les dissemblances l'emportent sur ces analogies, et ne nous permettent pas d'accepter la doctrine d'une maladie unique apparaissant en hiver sous forme de méningite, en été sous forme de scarlatine. La scarlatine se manifeste souvent durant la saison froide et sans subir pour cela de transformation clinique qui la rapproche de la méningite cérébro-spinale ; elle a des formes frustes à elle, caractérisées surtout par l'angine et l'hématurie : elle ne présente pas, comme la méningite, cette tendance à se limiter fréquemment à une classe exclusive de la société, à l'armée, par exemple, qui, en France du moins, a été presque seule atteinte de méningite; aux Étals-Unis, en Angleterre, elle coïncide, depuis nombre d'années, avec cette dernière affeclion sans la remplacer. Et enfin la méningite manquait totalement, au moins comme épidémie, alors que la scarlatine régnait depuis deux siècles.

(l) Voy. Tourdes, Forget. Épidémie de Strasbourg {IW-Ul) ; LerebouUet Oô^ervatL de fièvre lyphoïde compliquée de méningite cérébro-spmale. Pans. 187-.

MALADIES INFEGTIO-CONTAGIEUSES. gg?

Nous tiendrons moins de compte des prétendues affinités de la méningite avec Tinllaenza. la diphthérie, la coqueluche, etc. (1) Jat acLe plus d'importance au rapport, signalé par Michel Lévy rT«I? ^'^^r^''' prédominance, à l'époque où il l'observaU 1847-49). de certames affections remarquables par la rapidité de la formation du p,>s : métrite puerpérale, ophthalmie des nouveauxnés, etc. Celte opinion a été aussi soutenue par E. Chauffard d'abord dans un livre 2), puis dans un article qui est un modèle d'analyse patbogénique (3).

à Sat^P^^r^K l'^-PJosion initiale de la méningite

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II importe cependant de noter : 1» que la méningite n'a ré^né

8 7 rro'r' ^^^^T" ^^"^ P^-^^ détermlnée le ijiàlà mo, bien que les affections purulentes n'aient cessé d'v

villes, on n a pas noté celte coïncidence; 3° qu'enfin ce n'est m, dans la population prédisposée aux afiection^ytélues mé tnte, ophthalmie purulente des enfants), que laT^uX a s" ' tout sévi en France, où elle a été à peu près exclusive à l'armée

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Nous n'oserions lirer d'autres analogies des faits observés sur quelques points très-limités du théâtre d'observation de la méningite (1). Sa coïncidence avec des épizooties analogues sur les chevaux et les bœufs ne semble pas plus significative (p. 490).

En résumé, la méningite nous semble irréductible en aucun autre type pathologique connu. Sa disparition actuelle des pays où elle a fait sa première apparition, de la France notamment, prouve le caractère transitoire des influences dont elle est née; dans son parcours actuel en d'autres régions du globe, elle est restée, malgré quelques légères modifications symptomatiques, ce qu'elle était chez nous, conservant son unité, son identité, ne se fondant avec aucun autre type morbide, ressemblant en cela, malgré son origine autoihtone, aux maladies épidémiques de provenance exotique.

2° Historique. — A. Europe. — C'est en 1837 que la méningite cérébro-spinale a commencé en Europe l'évolution qu'elle continue aujourd'hui; elle y avait été précédée de quelques explosions restreintes à partir de 1803 (2). Contrairement aux autres maladies accidentelles dont les premiers pas sont inconnus et dont l'histoire ne date que de leur pénétration dans les pays civilisés, la méningite née sous nos yeux a donc pu être suivie dès son origine. Cette histoire comprend trois périodes principales : 1» de 1837 à 1831 ; 2» de 1854 à 1866 ; 3» de 1866 jusqu'à nos jours.

l" Période (1837-1831). Des environs de Bayonne, où elle débute, la méningite gagne successivement les villes de garnison du sud, de l'est et du nord de la France (3). Cette expansion, accomphe en

(1) La méningite de Saint-Pétersbourg coïncidait avec une épidémie de fièvre récurrente, coïncidence qui était également observée à Dublin; à New-York, la première épidémie de fièvre récurrente se manifesta en 1870, à l'époque où la méningite y régnait depuis plusieurs années, et à la veille de la grave recrudescence qu'elle allait subir en 1872.

(2) Il n'y a que de vagues ressemblances entre la méningite cérébro-spinale et l'épidémie décrite par Forestus sous le nom de trousse-galant (1545) ; ces ressemblances sont bien autrement nettes avec l'épidémie observée par Vieusseux à Genève en 1805, par Combes à Grenoble en 1814, par Rampont à Metz en 1816, par Pingrenon au Harvre en 1823, par Sibergundt à Dorsten (Westphalie) en 1823. Il est probable que ces petites explosions du xix" siècle n'étaient que le prélude

• de la grande phase épidémique de la méningite, phase complètement moderne et qui pour l'Europe date de l'année 1837.

(3) De Bayonne elle prend son expansion, suivant deux lignes distinctes : 10 Elle s'étend, d'une part, vers Test en gagnant Auch. Foix, Perpignan, Narbonne, puis le bassin du Rhône : Aiguës- Mortes, Marseille. Toulon, Pont-Saint- Esnrit Avignon et enfin Grenoble. 2° D'autre part, et en môme temps, 1 épidémie de Bayonne, remontant vers le nord, gagne Bordeaux, Rochefort, Chartres, Aer-

MALADIES INFECTIO-GONTAGIEUSES. g89 cinq ans (1837-1842), ménage le plateau cenl.ral de la France, mais retentit sur les garnisons de la province de Constantine. De 1842 à ISiS, calme suivi d'une nouvelle explosion (1843-1831) dans "les garnisons antérieurement atteintes ; la dernière frappée est Toulon (1831) ; ici se termine la première période, celle que j'appelle • période française (1), bien que le mal ait pénétré en quelques localités d'Espagne, d'Italie et de Danemark.

1" Période (de 1834 à 1866). De 1831 à 1834, cessation apparente de la maladie ; alors a lieu l'invasion de la Suède (1834-1861) remarquable entre toutes par la lenteur et la régularité de son ascension vers le Nord (2). En Allemagne, au contraire, où la méningUe surgit durant l'hiver 1863-1864, elle éclate simultanément dans des localités éloignées : Berlin au centre, Stettin au nord, Rastadt à 1 ouest, Bromberg à l'est, etc.

(de 1866 jusqu'à nos jours). Quand Hirsch publiait son étude SI remarquable sur la méningite cérébro-spinale, l'affection paraissait limitée à l'Europe centrale et occidentale ; on adme ait immumté des races slaves, immunité qui cessait, sur luss e e f"'' ' P^""^ ''''' l'^^teinte de la

'ronlÏpU:^^^^^^^ ''''''''' ' Saint-Pétersbourg,

sailles Atteinte en 1839, deux ans après la naissance de l'affection cpHp ^« valle devient le centre d'irradiations épidén.iques qui, de m T'l842 f ! les garnisons du Mans, de Joigny, de Cherbourg Pt/- T ' frappent

gite éclatait dans la plupart de^ gtnis^^de I^^.r';i •;t 'r.!^^ Tr "^t-'" ville, Metz, Strasbourg (1839 à 184 r, Vov ^ ^''^'^^ • Colmar, Thion-

documents envoyé, au Con eil T aJlé snr ; T''"v '°''""'

(1) La petite épidémie observée sur la garnison franca se dt t \ ' ^' vrier 1868, est de provenance germanique et se rattaXT f '^f °»rg,en fé-

(.) Les provinces méridionaL de i:^^ z:::::^^'^!^:::^;^

m.; puis, après avoir, comme d'habitude, disparu pendant Tête 8^

reprend, l'hiver suivant, sa marche ascendante vers le nord ^^^V

marche avec assez de lenteur pour mettre ^^^ Jl';:^,^^^^^

tentrionales où elle devait s'arrêter, à Sunde^vall au-lZ T'- ^"V ''P"

63» lat. nord. Sur les vingt-quatre 'gouvernem nsT o; 7^

n avait ménagé que les deux plus septentrionaux fVov ,'7 ^^''^ (3j C'est au mois de mars 8r.7 ni i, ■ ^^^'^''=1"' ^rt. Méningite).

fois à Saint-Pétersbourg , nais e an/p T^''" ^PP^-^issait pour la première avait euantérieuren fd ^ e l es T''°" 'ï"''' ^

-s le gouvernement de K^:.o%rri;ot

Les populations slaves étaient également atteintes plus au sud: de septembre LEON CouN. - Mal. épidem. piemoje

La progression vers l'est continue ; la Grèce est envahie (1868- 1869), et au printemps 1872 la maladie est signalée sur plusieurs points du continent asiatique, notamment à Jérusalem.

C'est en cette troisième période également que la méningite pénétrait en Angleterre, apparaissant à Lincoln au mois de janvier 1869, en môme temps que la diphthérie. Elle n'y a pas cessé depuis, et actuellement elle paraît endémique à Birmingham, Dublin et en plusieurs autres viiles.

B. Amérique. — Ici, la méningite a trouvé un terrain plus favorable peut-être. Par une remarquable coïncidence, elle y apparaît en 1806, presque au moment où Yieusseux observait en Europe la première épidémie incontestable de cette affection (Genève, 1803, voy. p. 688, note 2) ; Jaccoud a parfaitement résumé (1) la série des épidémies qui se succédèrent aux États-Unis de 1808 à 1829; elle y renait en 1842, pour ne plus s'y éteindre jusqu'à nos jours. A New-York, à Boston, à Philadelphie, elle apparaît tous les ans, pesant habituellement fort peu sur la mortalité, mais éprouvant parfois de graves recrudescences (New-York et Boston, en 1872). Elle y progresse lentement vers le nord : en 1872, la maladie franchissait la limite septenlrionale des États-Unis, et faisait sa première apparition au Canada, à Montréal.

En résumé, la méningite s'est manifestée jusqu'à ce jour dans une grande partie de l'hémisphère nord, franchissant à peine au sud la zone méridionale des climats tempérés et se limitant à peu près à l'Europe et aux États-Unis d'Amérique. On ne peut évidemment assigner d'avance des limites à l'expansion future de celte singulière affection. Qui oserait dire jusqu'où elle s'étendra soit dans les deux parties du monde qu'elle n'a fait que toucher, l'Afrique et l'Asie, et combien durera l'immunité de la zone intertropicale et de l'hémisphère sud ?

En voyant l'afTection, dans les deux continents, tendre surtout vers le Nord, remontant, en Europe, de Bayonne et de Gibraltar aux provinces les plus septentrionales de la Suède, en Amérique du

à novembre 1869, se développait à Jassy , en Moldavie, sur les confins de la Russie méridionale, une épidémie relativement très-limitée.

Le mal pénétrait dans les populations slaves d'Autriche en même tetnps que dans celles de Russie. La première ville atteinte ,fut Pola, sur l'Adriatique, où le mal débuta en juillet 1867, mais acquit sa plus grande intensité en mars 18G8, mois pendant lequel elle se manifestait également à Trente, dans le Tyrol.

De la garnison autrichienne de Pola l'affection gagnait, en mars 1868, colle de nie de Lissa, sur les côtes de Dalmatie.

(1) Jaccoud, Irwté de Paih. int. Appendice, p. 276.

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littoral du golfe du Mexique au Canada, on pourrait compter sur cette attraction du mal vers les climats froids, pour en espérer l'extinction avant qu'elle envahisse le reste du monde. Mais sa persistance dans certains pays, notamment en Allemagne, aux États- Unis, sa marche sur l'Orient par la Dalmatie, le Péloponèse et enfin la Syrie, n'autorisent guère de semblables espérances.

3° Ftiologie.—A. Contagion. — Il est difficile, au premier abord, d'accepter la contagiosité d'une affection si limitée en ses atteintes, frappant dans une garnison un soldat sur 100, et, dans les épidémies civiles, n'atteignant souvent qu'un ou deux individus dans la môme maison. On se demande involontairement oia se trouve, soit la matière même, soit le véhicule du virus en une maladie qui n'entraîne ni vers la peau, ni vers les muqueuses aucune élimination d'apparence suspecte. Et cependant cette contagion est irréfutable : aussi bien d'après le mode général d'évolution de la méningite, soit dans l'armée française (1), soit en divers points de l'Europe (2) ; que d'après la masse des faits particuliers démontrant l'atteinte spéciale des soldats couchés au voisinage des malades et des personnes qui vivaient aux alentours des casernes et des hôpitaux militaires; faits signalés aussi bien par les observateurs des premières épidémies de l'armée française (Tourdes à Strasbourg, en 1841) que par ceux qui ont assisté à sa dernière explosion en cette armée (Grellois à Toulon, 1851) (3).

(1) Boudin a spécialement bien démontré le rôle des déplacements de régiments dans la transmission de la maladie de Bayonne aux autres garnisons françaises et à celles de la province de Constantine ; l'immunité du plateau central de la France est due sans doute à la rareté des garnisons et à leur éloignement relatif des grandes voies de communication; le mal persiste dans le même régiment s'y reproduisant par cas successifs (Boudin, loc. cit. L., Laveran, art. MéiTingiteJ.

(2) En Suède, Taffection a progressé du sud au nord pendant six ans, reprenant chaque hiver naissance dans les lieux où elle s'était éteinte pendant l'été précédent et où sans doute elle avait laissé les germes de sa reviviscence, atteignant successivement chaque province sans en ménager aucune, semblable en cela aux maladies virulentes dont la traînée épidémique est habituellement ininterrompue de leur point de départ à l'extrémité de leur parcours. La filiation de la méningite par contagion semble bien mieux établie encore en deux épisodes de sa marche sur l'orient; la garnison autrichienne de Lissa a été atteinte en 1868 h la suite de l'arrivée de matelots venant de Pola où régnait la maladie; îi Nauphe, en 1869, le premier cas fut celui d'un malade qui, en vingt heures, succomba dans line auberge de la ville; or, cet individu arrivait de Gythion où la méningite avait fait déjà plusieurs victimes.

(3) A Saint-Étienne, en 1848, deux hommes, camai-ades do lit, sont atteints en ville à deux jours d'intervalle, et meurent. A la caserne Jarre, un homme est

B. Infection. — En plusieurs circonslances, le mal s'est développé spontanément indépendamment de toute transmission virulente : aux environs de Bayonne, d'abord, en 1837, aux Etats-Unis en iSOG, puis en 18-42, au sud de la Suède en 1854.

Dans le cercle de Dantzig, en 186S, la méningite apparaît simultanément en des communes très-éloignées les unes des autres, sans offrir de marche graduelle appréciable de l'une à l'autre.

Existe-t-il donc des conditions d'infection locale susceptibles d'engendrer le mal de toutes pièces? Miasmes de l'encombrement, émanations putrides d'origine végétale ou animale, toutes les causes de l'infection atmosphérique sont invoquées par Faure à propos de l'épidémie de Versailles, et sont également incriminées par Tourdes et surtout par Hirsch; mais que de faits contradictoires à cette opinion (1); nous ne pouvons davantage accepter sans réserve l'opinion de Moreau-Morris, qui attribue la grave recrudescence de la maladie à New-York, en 1872, à la malpropreté des rues et des égouts (2).

transporté à l'iiôpital pour un cas foudroyant; un soldat qui descend la garde se couche dans son lit, et il est frappé, lui aussi, vingt-quatre heures après.

Il en est de même des atteintes de la population civile dans la plupart des villes où l'épidémie prédominait dans l'armée (Boudin, Grellois).

A Avignon, trois femmes attachées à l'hospice où sont traités les militaires sont atteintes successivement : ce sont une sœur, une lingère et une iiifiimière; cette dernière est frappée en soignant une jeune fille atteinte de méningite, et elle meurt en très-peu de temps (Chauffard).

A Orléans, dans la population civile, on ne constate que deux décès; mais l'un frappe l'enfant d'une cantinière habitant la caserne du V léger, l'autre une jeune fille, maîtresse avérée d'un soldat et enceinte de lui (Corbin, Gaz. méd., 1848).

(1) A Tourdes invoquant l'encombrement d'une caserne de Strasbourg,^ L. Laveran oppose les atteintes des garnisons de Cambrai et de Metz au moment oiile chiffre de ces garnisons était au-dessous de la moyenne. Si, à Dantzig, l'épidémie se limite aux habitations de la classe pauvre, à Broniberg, elle frappe plus spécialement la classe aisée. Vallin {Gaz. hebdom., 18G5) a fait ressortir les conditions d'extrême salubrité des quartiers atteints à Kastadt en ISGi.

(2) Du mois d'octobre 1871 au mois de janvier 1872, il était tombé beaucoup moins de pluie qu'aux périodes correspondantes des autres années, et l'auteur attribue à ce manque d'eau l'infection plus considérable des canaux et des égouts de la ville. H note de plus que, dans toutes les maisons atteintes par l'épidémie, il V avait quelque vice notable dans la construction ou l'aménagement de ces égouts et qu'en outre la plupart des maisons étaient shuées dans des quartiers autrefois marécageux. En cette épidémie de New-York, l'infiuence de l'infeciion par les égouts paraît confirmée par l'extrême dissémination du mal dans la ville t sur 990 cas 835 se développèrent dans des maisons différentes (741 maisons n'eurent chacune qu'un seul cas ; G8 en eurent chacune 2 ; 13 en eurent chacune 3; une en eut 4; 2 en eurent chacune 5).

MALADIES INFECTIO-CONTAGIEUSES. 693

Sans contester en rien, ici comme ailleurs, le bénéfice des pratiques hygiéniques, il suffit de se' rappeler combien est ancienne l'infection causée par les égouts, combien est récente la méningite pour comprendre qu'on n'a eu affaire, dans les causes d'infection constatées à New-York, comme elles l'ont été plusieurs fois en Europe, qu'à une des conditions banales d'exagération de tant de maladies épidémiques. D'autant que cette épidémie de New-York, en 1872, n'a été que la recrudescence exceptionnellement grave d'un mal sévissant depuis plusieurs années, et dont, sans doute, bien des germes persistaient en divers quartiers de la ville.

Nous ignorons donc absolument encore la nature des conditions génératrices de la méningite ; ce n'est que par analogie que nous donnons le nom de foyer d'infection aux circonstances oh elle naît originellement ; car ces circonstances, nous ne saurions les préciser.

Le milieu militaire spécialement incriminé ici, vu le rôle de l'armée dans le transport des germes morbides, paraît néanmoins peu favorable à leur élaboration primordiale (1).

C. Influences météoriques. — De ces influences, il en est une remarquable par sa constance presque absolue : c'est le froid ; c'est en hiver que la maladie éclate, n'importe la latitude; les épidémies les plus méridionales de l'ancien continent, celles de Gibraltar, de Constanline, de Douera, les épidémies les plus septentrionales, celles de Suède et de Russie, commencent également pendant la saison froide, en janvier et février surtout, puis en décembre et en mars. De plus, les hivers durant lesquels se sont développées les épidémies de méningite ont été, en général, d'une rigueur exceptionnelle (2).

Dans les pays oîi l'épidémie dure plus d'une saison, habi-

(1) En Suède (1854), aux États-Unis (1842), la maladie naît dans la population civile. Dans les pays même où la méningite a sévi le plus spécialement sur les soldats, on a pu noter cependant qu'elle n'avait pas pris directement naissance dans la population militaire. C'est là un fait hors de doute en France, où l'épidémie de la garnison de Bayonne, en 1837, a été précédée, d'après les observations de Lamotho et Lespès [Gaz. méd., 1838), de l'atteinte des habitants de plusieurs communes des environs de Dax. En Suède, la maladie a fait son explosion initiale dans ^a population civile; il en est de môme en Autriche ; si l'attention des médecins fut spécialement attirée vers l'atteinte des garnisons de Pola et de Lissa, il faut noter qu'à Pola, la première des villes autrichiennes frappée de méningite cérébro-spinale, l'explosion initiale eut lieu dans la population civile; sur les 129 malades, atteints en cette ville, il n'y eut que 15 soldats.

(2) A Strasbourg, le thermomètre s'était maintenu, pendant le mois de janvier .1841, à des degrés minima qu'il atteint rarement. Il en a été de môme en Suède

luellcment elle s'atlénue ou même s'interrompt pendant l'élé (1).

Cette relation si étroite des épidémies de méningite cérébrospinale avec les influences hivernales ne correspond-elle pas à l'attraction apparente de la maladie vers les climats septentrionaux? On a môme noté la fréquence relative de la méningite en des régmients soumis à des exercices prolongés en plein air pendant riiiver, et observé des recrudescences après des revues en des temps très-froids (Faure-Villar, L.Laveran).

Michel Lévy est l'un des rares observateurs qui aient eu lieu de croire à l'indifférence d'action des saisons ; dans l'épidémie du Val-de-Grâce, il avait en efTet constaté la correspondance des maxima de la mortalité aux plus grandes chaleurs de l'été et aux premiers froids de l'hiver. A Saint-Ètienne aussi l'épidémie régna du mois de juin 1848 à la fin du mois de septembre.

Cette interversion des saisons est plus commune en Amérique, et nous en avons la preuve pour Philadelphie (2).

D. Prédispositions individuelles. — L'aptitude spéciale des individus de complexion vigoureuse (portefaix de Philippeville) semble confirmée par l'affinité de la maladie pour les soldats. D'après son évolution en France, la méningite serait presque spéciale à la profession militaire ; sur S7 épidémies, 7 seulement ont été exclusives à la population civile, 39 n'ont frappé que la garnison ; l'armée ne représentant guère que le centième de la population, la prédisposition du soldat a été excessive.

au moment où le mal y fit sa première apparition. Quand l'épidémie parut à Saint-Pétersbourg en 1867, on avait eu également à subir des froids excessifs ; le thermomètre était descendu à — 30° Réaumur en février ; et en avrils époque où l'épidémie sévissait le plus gravement il y avait encore — 10°,G R.

(1) A Strasbourg, l'épidémie se continua du mois d'octobre 1840 au mois de décembre 1841 ; mais le chiffre des morts, qui s'était élevé à 52 pendant le mois de mars, tomba à 2 par mois à partir du mois de juillet. En Suède, pendant les six années qu'a duré l'épidémie, on en a constaté la suspension à peu près complète pendant la saison chaude. En Grèce, l'épidémie de l'hiver 1868-18G9 reparut en plusieurs localités pendant les deux hivers suivants. Sur les 93 cas de la population civile de Nauplie, il y en eut 2 en décembre 1868, 27 en janvier 1869, 44 en février, 15 en mars, 3 en avril, un en mai, un en juin.

(2) A Philadelphie, en 1873, les décùs par méningite sont ainsi répartis, d'après W. Ford : .

17 en janvier.

15 en février.

23 en mars.

41 en avril.

41 en mai.

43 en juin.

23 en juillet.

15 en août.

6 en septembre.

13 en octobre.

4 en novembre.

5 en décembre.

MALADIES INFECTIO-CONTAGIEUSES. 693

La plupart des observateurs ont confirmé l'affinité, constatée par L. Laveran, de la maladie pour les recrues (l). Gomme exception, on peut citer l'épidémie de Saint-Pétersbourg qui ne frappa que des soldats âgés de plus de trente-cinq ans.

Ailleurs les épidémies militaires sont moins communes; en Danemark, en Suède, en Norvège, la population civile seule est atteinte; il en est ainsi 17 fois sur 19 en Amérique (2). Mais alors ce sont les enfants surtout qui sont frappés (3), nouveau trait d'union entre la pathologie militaire et la pathologie infantile. Il est rare que le mal se manifeste indistinctement aux diverses périodes de la vie (4).

4° Morbidité. — Nous avons indiqué la méningite comme type des épidémies à morbidité limitée (p. 370).

Si, dans l'immense majorité des cas, le chiffre des atteintes est minime, s'élevant par exemple dans \me garnison à la centième partie de la population militaire, il y a des épidémies dont les coups sont bien moins clair-semés ; exemple : l'épidémie du bagne de Rochefort où le mal atteignit 222 individus sur 1,000 environ; en quelques épidémies d'Allemagne, Hirsch a vu le chiffre des cas s'élever à 20,3 p. 100 habitants, c'est-à-dire au cinquième de la population', proportion effrayante pour une maladie mortelle au moins une fois sur deux. Yieusseux avait déjà constaté à Genève, en 180S, la densité du mal sur certains points; les 33 malades décédés dans cette épidémie appartenaient à un très-petit nombre de familles. A Avignon, dans une famille composée de dix personnes, il y eut cinq atteintes et quatre décès (Chauffard).

Parfois même, ces épidémies si graves s'étendront à des milieux moins restreints, et les résultats obituaires de la méningite la

(1) Aussi Tonrdes attribuait-il en partie l'extension de l'épidémie dans notre armée aux grandes levées d'hommes faites en 1839-40 et qui avaient augmenté surtout la proportion des recrues. Ce fait n'a pas été observé seulement en France. A Lissa (garnison autrichienne), tous les atteints étaient des recrues ; il' en a été de même dans les épidémies des garnisons d'Allemagne.

(2) L. Laveran, art. Méningite.

(3) A New- York, en 1872, sur 990 malades il y eut 771 enfants de moins de quinze ans. En Suède, les malades âgés de moins de quinze ans représentent les sept dixièmes du total des cas. En Thuringe, en 1865, on a noté l'atteinte relativement fréquente des enfants de six mois à dix ans. A Pola, les malades furent surtout des enfants de dix ans. Dans l'épidémie de Bromberg (18G4) 132 malades sur 141 (93 p. 100), n'avaient pas sept ans (Voy. aussi Jaccoud, Ion. cit. Appendice, p. 282.

(4) Pendant l'épidémie de Jassy (1809), les premiers atteints sont quatre personnes d'âge variant entre dix-huit et cinquante ans; puis successivement six enfants âgés de quatre à dix ans, et après un repos de plusieurs semaines, la population d'une maison juive sans distinction d'âge.

rapprocheront des grandes épidémies. Le chiffre des décès pour la Suède a élé (18S4-18G0) de 4,138; il représente une mortalité de 6,4 pour 1,000 habitants des communes atteintes, mortalité autrement grave, on le voit, que celle de la plupart des autres épidém.ies de méningite en Europe.

5° Durée. — En certains pays (France, Suède, littoral de la Dalmalie et de la Grèce) l'épidémie a été mobile, parcourant ces pays comme les maladies contagieuses qui ne durent que par leur passage à travers des populations toujours nouvelles ; en France elle persistait de six mois à deux ans dans la même garnison ou dans le même régiment ; ailleurs (Amérique, Irlande, Thuringe) la ménmgite s'est attachée avec ténacité à certaines circonscriptions régionales, reparaissant dans les mêmes villes (Boston, New-York, Dublin, Philadelphie), pendant une longue série d'années (1).

Il semble cependant que dans les pays même auxquels elle a le moms adhéré, la méningite cérébro-spinale ait, comme le choléra, laissé une certaine prédisposition aux cas sporadiques; A. Laveran en a cité un cas (2), et tout récemment (juin 1878) deux autres étaient signalés à l'hôpital de Vincennes par le D' Arnold. Il en est de même en Suède; si l'ictus épidémique est terminé depuis 18G4, le chiffre des cas sporadiques s'élève encore chaque année à une centaine en moyenne (690 malades et 378 morts de 1867 à 1874).

6° Mortalité. — La méningite est très-grave dès les premiers cas, différant ainsi des épidémies qui dépendent d'une augmentation incessante de leurs causes génératrices, comme les typhus, et se rapprochant des maladies virulentes. Getle gravité initiale du mal persiste « à toutes les époques de l'épidémie, ce qui s'explique pour une maladie à lésion anatomique localisée (3). »

Un fait remarquable cependant, c'est la différence de gravité des épidémies suivant leur théâtre, différence telle que la mortalité a varié de 25 à 76 sur 100 malades (4). Il y a plusieurs raisons de

(1) Ainsi à Philadelphie, pendant onze ans, l'affeclion a constamment persisté, comme le prouve le tableau suivant de décès emprunté aux rapports de W. Ford :

144 en 1864, 102 en 1867, 36 en 1870, 24C en 1873, 130 en 1865, 5'< en 1808, 44 en 1871, 82 en 1874. 75 en 18GG, 36 en 1869, 128 en 1872.

(2) A. Laveran, Traité des Mal. et Epidémies des arm., p. 421.

(3) L. Laveran, art. Méningite.

(4) Aux épidémies tuant en France GO, en Suède G6, et à New-York jusqu'à 76 malades sur 100 (épidémie de 1872), on peut opposer les épidémies de Broraberg (1861) et de Philadelphie (18G6-17G7), dont la mortalité n'a pas excédé sni- 100.

MALADIES ALIMENTAIRES. 597 celle discordance : 1° la facilité plus ou moins grande aveclaquelle on a admis dans les statistiques les cas dits abortifs, dont l'addition nous semble être le principal motif de la bénignité apparente de quelques épidémies d'Allemagne ; 2" la prédominance en certains pays, notamment en Amérique, des pneumonies concomitantes dont la rareté ailleurs, à Dantzig, par exemple (A. Hirsch), répond aux autres variations cliniques de la méningite suivant les lieux (1); 3° la proportion d'enfants atteints, le pronostic, à quelques exceptions près, étant plus grave pour ceux-ci (2). EnPm les conditions de misère et d'affaiblissement antérieur recèlent sans doute le motif de la gravité de certaines épidémies (3), comme celle du bagne de Rochefort où, malgré l'âge relativement avancé des malades, il en est mort 174 sur 222 (plus de 78 sur 100).

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