IV. — SCORBUT
1° Historique. — On admet, en général, qu'avant le treizième siècle de notre ère, aucune afl-eclion n'a été décrite qui puisse être (1) Rufz de Lavison, loc. cit.
i2) J Arnould, art. Famine, in Did. enc. des Se. méd.
3 Cazalas Maladies de l'armée d'Orient, p. 75 ; Fauvel, Histoire médicale de l'armée d'Orient [Rec. du Comité consultatif d'hygiène, Paris, 1874, tomelU, p. 1 et suiv.) ; Baudens, la Guerre de Crimée.
(4) Grellois, Hist. méd. du blocus de Metz, p. 50-52.
(5) Broussais, Traité de Path. et Thérap. gén., p, 392.
MALADIES ALIMENTAIRES, 7Qg
considérée comme exemple authentique du scorbut. Suivant nombre d'auteurs, il aurait été observé pour Ja première fois dans une armée française, parmi les chevaliers de la cinquième croisade (1218), au siège de Damiette (J. de Vitry); pour la seconde, «ncore dans une armée de croisés (1249), commandée par saint Louis et dont Joinville a été l'historien.
A partir du quinzième siècle, il prend place en tête des maladies populaires, devient le fléau des équipages de Christophe Çolomb aux Antilles, de Vasco de Gama au cap de Bonne-Espérance de Jacques Cartier au Canada, se manifestant aux extrémités opposées du monde alors connu ; il apparaît dans les guerres de siège ; et les désastres subis par les défenseurs de Breda (1636), de Thorn '(1734) ne sont que des exemples, parmi tant d'autres, du rôle néfaste de cette affection dans la pathologie des armées jusqu'au dix-neuvième siècle.
^ De 1791 à 1815, durant les guerres de la république et de l'empire, le scorbut ne tint jamais le premier rang parmi les maladies de l'armée française, en raison sans doute des conditions même de la guerre, guerre toujours d'expéditions, de marches, sans temps d'arrêt prolongépour des sièges ou des blocus. En revanche, pendant cette même période (179 J -1815), le mal sévissait tellement dans la marine britannique, que, d'après Meyler, cette affection à elle seule détruisit plus de marins anglais que tous les incidents de guerre (morts violentes, blessures, naufrages) subis durant ces luttes sanglantes par le personnel de la flotte.
Une telle ditférence, en cette période, entre les armées et les équipages maritimes est une des raisons qui ont fait admettre la distinction du scorbut de terre et du scorbut de mer, et même accepter au début de ce siècle l'espoir que le temps était passé des épidémies de scorbut, ailleurs qu'à bord des vaisseaux: espoir qui dut s'évanouir lorsque de cruelles épidémies, comme celle de la population russe en 1848, celle de notre armée en Crimée (1854-56) vinrent démontrer que des causes, qui faisaient naître le mal aux : siècles passés, surgiraient aujourd'hui encore les mêmes effets pa- 1 thologiques, analogues comme genèse et physionomie quel crue : soit le théâtre de leur production.
TEtiologie. A. Alimenlation. - Il n'y a plus à faire la preuve < du rôle capital joué par l'alimentation dans la pathogénie du scor- ^ but Une maladie qui, dans les guerres de blocus, respecte l'armée 'assiégeante pour n'atteindre que les assiégés; qui ménage habi- ^tuellement les officiers alors même qu'elle s'étend à presque tous •Léon Colin. — Mal. épidém. 45
les soldais, ne peut s'expliquer par des influences qui s'imposeraient à tous, comme les météores, les miasmes et les virus ; elle doit tenir à l'inlervenlion d'un agent morbide pesant inégalement sur ces diverses catégories : c'est la défectuosité de l'alirnenlalion. L'immunité du grade, affirmée par Lind et ses contemporains, est encore de notre époque: « A bord des bâtiments, jamais les officiers, jamais les aspirants, jamais les maîtres, ne sont alteints de scorbut, à moins que les privations deviennent telles qu'il n'y ait plus de différences, sous le rapport des tables. Le scorbut s'arrête devant l'épaulette, devant le galon (1). »
L'étiologie du scorbut ressort également du rôle de l'hygiène alimentaire dans la cessation des épidémies en particulier, et dans l'atténuation générale de la maladie à la surface du globe (2).
Celte atténuation est due surtout à l'extension de la culture maraîchère (p. 251). Nous sommes loin du temps oia une reine d'Angleterre, Catherine d'Aragon, femme d'Henri VIII, était obligée d'envoyer en Hollande chercher les légumes nécessaires à sa table.
Si, sur son ancien théâtre de prédilection, à bord des navires, le scorbut devient actuellement plus rare, c'est grâce à la transformation des moyens de locomotion ; avec la vapeur, plus de longues traversées, enrayées par des calmes, et possibilité à peu près constante de ravilaillemenl à jour fixe.
On sait que le vice alimentaire n'est point le fait de l'insuffisance du régime (3), ni de la salaison (4), ni de l'absence de viandes fraî-
(1) Le Roy de Méricourt, Communication sur le scorbut, Bull, de l'Âcad. de
méd., 1874, p. 1023.
(2) Rnppellei-oiis-nous la brusque cessation des épidémies nautiques par le fait seul de l'atterrissement, que le navire soit arrivé au port ou qu'un heureux naufrage ait jelé l'équipage sur une côte couverte de quelque végétation ? Même arrêt des épidémies survenues à terre pendant les sièges prolongés, à Thorn par exemple, où le scorbut fait périr 5 à 6,000 soldats et grand nombre d'habitants, et où la maladie disparaît tout à coup dès que l'ouverture des portes donne entrée aux végétaux et aux fruits de la campagne.
Rappellerons-nous l'histoire du scorbut à Londres qui, grâce à l'extension des jardins qui entourent la ville, ne p^rd plus un scorbutique par an, tandis que 1» mortalité par cette seule affection était d'environ 1,000 par an de 16Î6 a 1686, de 100 de 1086 à 1701, de 15 seulement de 1701 à 1716, diminuant à mesure que la culture maraîchère s'étend lit davantage ?
(3l D'aprfas Parkes, en nourrissant des hommes avec une diète exclusive composée d'aliments azotés ou gras, non seulement ils n'ont pas maigri, mais encore ils ^ ont augmenté de poids, et néanmoins ils sont devenus scorbutiques (Le Roy de
Méricourt, /oc. cit.). , ^ j „. J
(/,) Les expériences faites par Lind avec le sel marin, la rareté de scorbut dans certains ordres religieux soumis aune alimentalion peu variée, notamment chez les i
ches (1). Il dépend du défaut d'aliments frais du règne végétal non pas de ceux que fournit la grande culture, comme les céréales mais de ceux que donne la culture potagère : légumes herbacés : choux, salades, etc. ; légumes amylacés renfermant des sucs liquides comme la pomme de terre ; fruits non seulement riches en acides ou en sels de potasse, mais en eau de végétation spécialement les citrons. C'est un fait aussi vrai aujourd'hui qu'autrefois (2).
Tel est le secret de la préservation de certains équipages comme ceux de la marine hollandaise, toujours largement approvisionnés de choux, de pommes de terre, et au besoin d'oranges et de citrons En Angleterre, les distributions de jus de citron {lime-juïce) ont mis fin aux grandes épidémies nautiques de scorbut. Si des explosions plus restreintes se manifestent encore sur les bâtiments anglais, soit de commerce, soit d'exploration scientifique, la cause en est le plus souvent la négligence de ce moyen, comme Rochefort vient encore d'en donner la preuve (3), ou la mauvaise qualité du suc employé (4).
Lasciencenapuencoredéterminer,sousformeconcrète, quelest dans lesvégétaux frais, l'élément dont l'absence entraîne le scorbut' Garrod, attribuant la maladie au déficit de sels de potasse dans le sang, rapporta certaines épidémies à la disette de pommes de terre riches en carbonate de potasse ; suivant lui, l'action curative et préventive du suc de citron dépendait même de la légère propor-
Chartreui qui cependant consomment une quantité relativement considérable de chlorure de sodium, avaient déjà démontré l'innocuité de ce sel trop facilement accusé, en raison des théories de Magendie et à cause de la fréquence du scorbut parm, les armées et les équipages soumis à l'usage exclusif et prolongé de viandes salées Dans ce dernier cas, le scorbut apparaît non pas comme conséque.ice de cette alimentation, mais parce que, ce régime remplaçant tout, les vivres frais font complèlement défaut. Les Esquimaux, malgré leur abondante consommation de poissons salés, évitent le scorbut par l'usage simultané des plantes fraîchescresson, raifort, qui croissent en leur pays. Durant la guerre de 1870-1871 la garnison de Metz privée de sel, présenta un assez grand nombre de scorbutiques (Voy. Grellois, Hist. méd. du bhcm de Metz).
(1) Exemple : l'épidémie à bord du Colbert persistant en 1864 malgré l'embarquement de troupeaux et l'usage constant de viande fraîche.
(•2) «La seule condition qui se soit rencontrée dans toutes mes observations est la /Ti'^Trp 'rÏf l'alimentation. .> (Delpech. Le scorbut pen lant
v'^'vru ^'.IT^^'"''"'^ aroticiue'flnglnse et le scorbut, in Arch, de méd. 'iwi,, t,' AAVlil, 1877.
(4) Voy. liv. V, art. Prophylaxie.
tien de potasse qui s'y trouve. Il serait bien désirable que la propriété antiscorbutique du lime-juice tînt à la seule présence de cet alcali qu'on pourrait dès lors utiliser directement, et qui offrirait l'avantage de pouvoir être conservé longtemps sans altération : or les faits démentent cette espérance (1). Cette propriété du limejuice tient donc moins à l'acide citrique ou à la potasse qu'il renferme qu^à la combinaison de ces deux corps à la matière organique fraîche qui sans doute est l'élément le plus essentiel, car les plantes considérées comme antiscorbuliques entre toutes perdent leur vertu si elles sont desséchées ; les essais de Kramer l'avaient prouvé au siècle dernier, et pendant la guerre de Crimée, les conserves sèches de légumes (système ChoUet) ne rendirent nul service.
B. Froid humide. — Cette influence a été admise par Lind comme cause principale du scorbut. 11 a fait merveilleusement ressortir les conditions permanentes d'humidité imposées aux gens de mer, mouillés par l'eau ou la poussière des vagues, sans linge de rechange, et obligés, même pendant les heures de repos, de conserver des vêtements imprégnés d'humidité. Nous avons nous-même affirmé la valeur et indiqué le mécanisme de cette influence (p. 143).
Elle nous a expliqué pourquoi le scorbut est plus commun dans les pays marécageux ; pourquoi la navigation est plus dangereuse dans les mers septentrionales, toujours couvertes de brouillard ; nous croyons devoir lui attribuer la fréquence relative du scorbut de mer aux passages du cap de Bonne-Espérance et du capHorn (2).
(1) Le nitrate de potasse a été administré à titre préventif dans la marine royale anglaise, notamment par Bryson, à bord des bâtiments transports; et ce sel a semblé inerte et même nuisible. Burner cite le fait de bûcherons du Canada atteints de scorbut bien que se nourrissant de porc salé avec du nitre. Un de nos confrères de la flotte française, Monestier, a constaté également l'inutilité absolue, comme moyen préventif ou curatif, du nitrate de potasse que pendant une campagne en Océanie, à bord de la Caravane, il distribuait à la dose de 4 grammes par jour.
Que Lind était sage en disant : « J'observai à cette occasion combien on doit être réservé dans les raisonnements qu'on fait sur les effets des remèdes, même par la voie de l'analogie qui semble la moins sujette à induire en erreur. Car on pourrait croire naturellement que la vertu de ces fruits ne dépend que de leur acidité, et qu'ainsi on pourrait leur substituer d'autres remèdes acides qui produiraient le même effet, tels que le vinaigre, l'esprit de sel, l'élixir de vitriol, etc. Mais l'expérience prouve le contraire. » (Lind, Traité du scorbut.)
(2) C'est un fait reconnu dans la flotte anglaise que les navires revenant de l'Inde sont surtout atteints de scorbut au moment où ils doublent le cap de Bonne- Espérance : ce qui nous explique la fréquence des entrées pour cette affection à l'hôpital de Sainte-Hélène. Cette circonstance me semble être une preuve nouvelle de l'influence du froid humide : en doublant le cap, les équipages revenant
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Le scorbut [qui, en 1835, a frappé l'armée française au camp de Boulogne, sur une côte humide et froide, n'est-il pas une preuve de celte inlluence hygrométrique? Pendant le siège de Paris (1870- 1871), la prédominance du scorbut à la prison de la Sanlé a été attribuée par Lasègue etLegroux à l'humidité de cet établissement. Des vaisseaux trop rapidement construits avec des bois encore humides, ont été plus éprouvés que d'autres (Le Roy de Méricourt, loc. cit., p. 968).
De là résulte, en partie, l'affinité du scorbut pour la saison froide (1), qui, cependant, agit surtout en favorisant la pénurie alimentaire, comme le prouvent les épidémies de la zone intertropicale, et celles qui surviennent en des étés fort secs (2).
G. Prédispositions individuelles. — Elles sont d'origine multiple : certaines conditions agissent d'une manière fâcheuse sur la nutrition et préparent le terrain épidémique : telle, la prédisposition des individus soumis à des excès de fatigue, et dont l'alimentation ne compense pas les pertes ; dans une prison militaire, j'ai vu le scorbut se
des Indes Orientales se trouvent dans les conditions qui, dans l'hémisplière sud, les rapprochent le plus, à cet égard, delà navigation au nord des climats tempérés!
lien est de même à plus forte raison du passage du cap Horn célèbre dans les épidémies de scorbut de la marine anglaise depuis l'expédition de lord Anson (1740-1744) et dans celles de notre flotte. « Au mois de juin 1853, dit L. d'Ormay, nous parlîmes pour doubler le cap Horn; nous avons été retenus seulement vingt'cinq jours sous le 55' degré de latitude sud, avec un froid de 0 degré à .3 degrés et environ sept heures de jour. Celte fois le scorbut a sévi sur un grand nombre d'hommes de l'équipage ; l'alimentation n'avait pourtant subi aucune modification, les matelots mangeaient comme auparavant des viandes salées, et même au cap Horn ils avaient en outre des rations de vin supplémentaires. Il n'y a pas à douter que les influences climatiques ne se soient ajoutées à la nature de l'alimentation. »
Aujourd'hui l'autorité veille, en Angleterre, à ce que les marins soient pourvus de la quantité de vêlements nécessaire pour obvier aux abaissements de température qu'il faut subir en doublant ces passages si redoutés.
(1) Les scorbutiques de l'armée de Crimée (1854-185G) se sont massés surtout en deux groupes correspondant aux deux hivers de cette campagne.
(2) Depuis Lind, on a vu le scorbut sévir, et parfois cruellement, dans des conditions de sécheresse absolue; en Californie, pendant l'été, l'aridité du sol a suffi à enfanter le mal, nous rappelant les observations fuites en Crimée où, pendant l'été 1855, « à l'époque do la plus grande sécheresse qui nous priva de végétation, nous eûmes une recrudescence épidémique do scorbut si forte que, dans lespace de trois mois, il y eut plus de 5,000 Invasions » (Scrive, Relation médico-chirurgicale de la campagne d'Orient).
Ceux.qui attribuent au froid humide de l'hiver et du printemps toute l'étiologie du scorbut oublient que celte saison est celle où sont le plus complètement épuisés les approvisionnements de fruits et de légumes verts et succulents et où la terre ne donne rien encore pour les remplacer.
limiter, malgré l'idenlilé de régime, aux individus employés aux travaux de force et ménager les professions moins pénibles. L'aptitude surgit parfois en des conditions opposées ; et sans qu'il y ait là contradiction, je considère comme prédisposant au scorbut l'inactivité absolue imposée en certaines prisons cellulaires (épidémies de Mazas) et la débililation qui résulte de la privation de tout exercice. J'ai constaté en Algérie Taptitude des individus épuisés par les fièvres intermittentes, dont la cacbexie s'allie si facilement à la cachexie scorbutique avec laquelle elle a tant de traits communs; en cas d'imminence de scorbut, c'est la population des malades et des anémiques, la population des hôpitaux et des prisons qui, par sonatleinle, révélera, la première, le danger commun. Fauvel, à la Salpêtrière (1847), Cazalas, à Conslanlinople (18.^4-1856), ont affirmé sur de nouveaux faits cette observation de Lind. Certaines médications altérantes, comme la médication mercurielle, augmenteraient au même titre la réceptivité pour cette affection (I).
Parmi les influences déprimantes qui concourent à la création du scorbut, il en est une que nous admettons avec la majorité des médecins ; celle des passions morales tristes, qui certainement ont une action fâcheuse sur la nutrition et nous expliquent l'atteinte plus fréquente des soldats atteints de nostalgie.
Mais nous avons dit (p. 303-306) combien certains auteurs et Fodéré en particulier s'étaient mépris sur la valeur de cet état moral dont ils ont fait une cause dominante de l'aflection, alors que, suivant nous, comme suivant notre collègue le professeur Villemin (2), il n'en est le plus souvent qu'un symptôme.
La preuve, c'est la disparition de la tristesse et du découragement dès qu'un régime approprié a remédié aux troubles de nutrition.
D. Constitution scoi'butique. — Il y a donc des milieux épidémiques favorables, plus faciles à analyser que la prétendueconstilulion scorbutique dont on a tant abusé (p. 197). Des auteurs acceptent cependant encore l'influence d'une constitution médicale, prétendant que le scorbut ne peut se développer sporadiquement, et n'admettant pas qu'un homme soumis à toutes les causes auxquelles on rapporte la maladie soit xitteint sans compagnons d'infortune (3).
(1) Kramer attribue cette médication à la mort de 400 scorbutiques de l'armée autrichienne près de Belgrade (Kramer, Disserlatio epistolica de scorbuto. Vienne 1737).
(2) Villemin, Causes et nature du scorbut, p. 7.
(3) Lasègue et Legroux, l'Épidémie de scorbut dam les pi'iso?is de ta Seine, in Arc/i. gén. de méd., 1871 ; de Beauvais, te Scorbut à Mazas, p. •48.
MALADIES ALIMENÏAlRliS.
II suffit cependant de constater que les épidémies de scorbut sont en général très restreintes, puisqu'elles se bornent à la population d'une prison, d'un bagne, parfois h celle d'un bateau monté par quelques pêcheurs, pour admettre que ces épidémies peuvent s'adapter aux milieux les moins peuplés ; chacun de ces groupes serait réduit à l'unité, l'aptitude individuelle demeurerait tout aussi considérable. D'ailleurs l'apparition de cas isolés de scorbut témoigne chaque jour de cette faculté (1).
E. Infection et contagion. — Dans le mémoire si intéressant où il a eu le grand mérite de prouver l'exagération de nombre d'opinions trop exclusives, Villemin attribue au scorbut la double condition étiologique des maladies miasmatiques virulentes : infection et contagion. Malgré l'autorité de notre savant collègue et ami, nous avons peine à trouver le point de départ d'un miasme scorbutique. D'une part, les grands foyers d'infection tellurique, les marais, nous semblent agir ici moins par leurs miasmes que par l'humidité de l'atmosphère et la pauvreté du sol, deux causes de dénutrition de l'économie (p. 143). D'autre part les agglomérations humaines, origine de tant de foyers d'infection, soit à terre, soit sur les vaisseaux, interviennent, dans la production du scorbut, par épuisement des approvisionnements (p. 124), plutôt que par influence miasmatique (2). Voilà pourquoi, dans les mêmes conditions de misère, les armées en plaine en sont aussi bien atteintes que les garnisons assiégées ; pourquoi, si l'on néglige l'approvisionnement de pommes de terre ou autres légumes frais, le scorbut devient . parfois le fléau des flottilles de pêcheurs dont les bateaux n'ont cependant ni cale ni entrepont, et dont l'équipage est soumis aux conditions les plus complètes de ventilation.
Chez les personnes préparées au scorbut par déficit alimentaire le développement du mal pourra être accéléré par l'insuffisance ou la viciation de l'atmosphère ; l'influence, sur la nutrition, d'un air
(1) L'hiver dernier je recevais au Val-de-Grâce un officier de là garnison de Besançon atteint de scorbut. Le Roy de Méricourt en a observé plusieurs cas sporadiques. Voy. aussi : Lévcque, sur un cas de scorbut, Thèse inaug., Paris, 1877
(2) Dans ^on Traité du scorbut, ce livre demeuré peut-ôtre le plus remarquable sur ce sujet, Lind établit admirablement la différence originelle du scorbut et du typhus ; Il montre celui-ci se développant chaque fois que « beaucoup de personnes sont demeurées longtemps dans un vaisseau bien fermé. >, Le scorbut, au contraire, non seulement ne naît pas en ces seules conditions, mais parfois il ne sy aggrave point, et peut guérir. Témoins ces scorbutiques cachés plusieurs jours à bord du Guerneseij, en rade de Lisbonne, et, grâce à un bon régime, guérissant
fond de cale {Voy. Lind, Traité du scorbut, II" partie, chap. I).
LÉON Colin. — Malad. êpidém. 45*
abondant et pur retardera, au contraire, ou même contrebalancera le mauvais effet d'une nourriture insuffisante; si deux individus également mal nourris sont placés dans des lieux tout à fait différents, l'un demeurant au soleil et au grand air, l'autre élant renfermé dans un local obscur, étroit, parfois encombré (prison, cale de navire),ily aura plus de chances de développement de l'affection en ce dernier cas (1), mais sans que l'infection soit la cause efficace.
Nous hésitons également à admettre la transmissibilité du scorbut. Pendant plusieurs années nous avons observé, au retour du printemps, de petites épidémies de scorbut chez les condamnés militaires de la garnison de Paris, détenus au fort de Vanves; traités à l'hôpital du Val-de-Grâce, ces scorbutiques n'ont transmis leur affection à aucun autre malade, pas plus qu'ils ne l'avaient transmise à leurs gardiens ni à la garnison du fort. En Crimée, malgré leur proximité des malades, les médecins n'en ont pas souffert plus spécialement que les autres officiers.
Si, d'ailleurs, c'était là une maladie infectio-contagieuse, pourquoi ménagerait-elle habituellement les troupes assiégeantes, si fréquemment atteintes de maladies transmissibles, mais protégées contre le scorbut par leurs ravitaillements incessants, alors que le mal se développe à peu près fatalement parmi les garnisons assiégées, si faibles et si peu encombrées qu'elles soient, aussitôt que les vivres frais commencent à faire défaut?
En Grimée (1854-1836), on a observé l'inverse : l'armée française qui assiégeait a été atteinte de scorbut, et les Russes non. Le motif en est simple : Sébastopol n'était pas bloquée, et continuait à recevoir des approvisionnements dont nos troupes, éloignées de France, étaient relativement privées ; leurs voisins, les soldats anglais, mieux nourris, n'avaient pas la maladie. Dans l'armée française môme, on constatait, de régiment à régiment, la différence de
(1) Telle est la principale raison du développement des épidémies de scorbut sur les vaisseaux transports le Var et VOrne en 1873, épidémies qui ont frappé à peu près exclusivement les prisonniers transportés à la Nouvelle-Calédonie ; l'air confiné et vicié dans les batteries basses par la présence de tous ces déportés, la privation de lumière et l'humidité ont puissamment agi sur le développement du scorbut. Mais, ici encore, la cause décisive a été la privation de végétaux frais,, puisque toutes les autres causes restant les mêmes, alors que l'alimentation seule était modifiée par la présence de végétaux frais, les accidents scorbutiques disparurent (Ayme, Th. m., Paris, 1874, et Le Roy de Méricourt, toc. cit., p. 1013).
On a de même.pendant Vexpédilion arctique anglaise (1875-1876), invoqué comme cause adjuvante le confinement de l'équipage dans un faux-pont humide {Voy. Rochefort, loc. cit., p. 43).
MALADIES ALIMENTAIliliS. 7(3
fréquence de scorbut, suivant le soin apporté à l'ordinaire des hommes, et quels que soient les rapports de ces divers régiments ■ entre eux.
C'est parce qu'elles n'ont pas la contagion pour se maintenir et se propager, que les épidémies de scorbut cessent par l'atterrissement ou le ravitaillement des navires. Que de fois la contagiosité du scorbut a été admise, comme par Fodéré, par la confusion de cette maladie avec des angines et des stomatites d'une tout autre nature, ou en raison de la transmissibilité du typhus concomitant?
Il y a néanmoins, dans l'historique du scorbut, un point qui donne un nouveau poids à la remarquable argumentation de Villemin en faveur d'inûuences moins banales que l'alimenlalion : c'est la connaissance relativement récente de cette maladie qui, avant le treizième siècle, semblerait n'avoir pu être évoquée par les conditions de misèi-e qui l'enfantent aujourd'hui.
Y a^t-il eu, dans la constitution des peuples, quelque modification difficile à déterminer (Voy. p. 201 et 470) qui puisse expliquer la genèse de la maladie, à partir du treizième siècle, en des conditions identiques à celles où elle aurait manqué jadis, dans les guerres de siège ? Cette influence si obscure ne nous inspire nulle conviction. Nous croirions plutôt que le scorbut est plus ancien qu'on ne l'admet en général et qu'on a été trop sévère en éliminant du cadre de cette affection diverses relations antérieures au moyen âge (1).
Le reste de l'historique de la maladie plaide plutôt contre sa spécificité. Son expansion au quinzième siècle répond parfaitement
(1) Nous avouons être plus disposé que ia majorité des auteurs à retrouver la physionomie du scorbut en quelques descriptions discutées à cet é-ard • tel ce passage de Celse, emprunté à la tradition liippocratique : « Chez ceux qui ont la rate grosse, les gencives sont altérées, et la bouche exhale une mauvaise odeur ou bien 11 se déclare quelque part une hémorrhagie ; si rien de tout cela n'arrive' Il se forme nécessairement aux jambes des ulcères de mauvaise nature, qui sont SUIVIS de cicatrices noires. » (Celse, Tr. de méd., trad. Vedrème, p. 85 )
Nous en dirons autant de l'histoire empruntée à Pline, par Lind, d'une maladie se développant dans l'armée de Germanicus, et résumée dans le passage suivant : « L'armée romaine commandée par César Germanicus campa en Allemagne au delà du Rhin, assez près des côtes de la mer. Ils trouvèrent dans cet endroit une fontaine d'eau douce dont l'usage, au bout de deux ans, leur fit tomber les dents et leur rendit les articulations des genoux paralytiques. Les médecins appelaient cette maladie Stomacace otScélétyrbe. Ils trouvèrent moyen de la guérir par 1 herba britannica. » En général, on se refuse d'une manière absolue à voir le scorbut. en cette relation, qui, suivant nous, y conHne. singulièrement (Vov. Lind Tr. du scorbut, 3» partie, chap. I). '
Si les épidémies des croisades paraissent les premières en date (p. 704, 705),
à son origine alimenlaii-e ; elle a pris son élan au moment où les voyages d'exploration lointaine créaient aux équipages des conditions spéciales et nouvelles de privations et de misère. Au lieu de se développer alors comme les premières épidémies de maladies infectio-conlagieuses ou contagieuses : choléra, variole, pesle, etc., et de partir de tel ou tel point du globe pour gagner successivement divers pays, les manifestations iniliales du scorbut font explosion non seulement sur des régions extrêmement éloignées les unes des autres : littoral de l'Europe, côtes de l'Amérique, de l'Afrique, mais encore en des circonstances écartant toute idée de transport d'un germe morbide : elles apparaissent, en ed'et, sur des équipages partis sains des ports de l'ancien monde, comme ceux de Christophe Colomb, de Vasco de Gama, de Cartier, et frappés de scorbut au moment où ils pénétraient en des mers inconnues avant eux, et qui les isolaient de toutes les populations du globe. Ces épidémies ne marchent pas, elles naissent sur place comme les lièvres intermittentes.
F. Conclusions. — D'après l'ensemble des faits, le scorbut résulte surtout d'une altération de nutrition de l'organisme.
Nous nous associons, avec Le Roy de Méricourt, à l'opinion de ceux qui pensent que « le scorbut, sorte d'éliolement humain, survient lorsque l'économie débilitée par des influences variables et diversement associées ne trouve pas dans une alimentation suflîsamment réparatrice, et surtout variée, les moyens de maintenir la nutrition dans des conditions normales. Si bon nombre d'auteurs ont mis en relief une cause déprimante particulière comme principal facteur du scorbut, c'est qu'ils ont été surtout impressionnés par l'action dominante de cette cause, dans les circonstances où ils se sont trouvés ; mais toujours on trouve simultanément, comme constante pathogénique, la défectuosité de la ration alimentaire, et surtout l'absence de végétaux frais (1). »
Nous ne pensons pas qu'on soit allé trop loin en déclarant le mal faisable de toutes pièces. Ici, presque aussi bien que pour l'insolation, les congélations, la netteté de la pathogénie enlève sa signiûcalion occulte au mot épidémie.
c'est que les chroniqueurs français s'étaient trouvés là pour recueillir et publier en notre langue l'histoire de ces deux épidémies ; peut-on affirmer qu'il ne s'en était manifesté aucune autre dans des circonstances moins favorables à leur notoriété? §i en Allemagne la première description certaine date de i486 (Hirsch, Hœser), n'est-ce pas en partie grâce à l'élan donné alors par l'invention de 1 imprimerie il la publicité des relations médicales (p. 467).
(1) Le Roy de Méricourt, in IhiU. de l'Âcad. de méd., 1874, p. 950.
La notion de la cause réelle du scorbut en a démontré la prophylaxie et le traitement rationnels. C'est là une maladie désormais enlevée au groupe obscur des affections épidémiques et contagieuses, et dont l'origine alimentaire permet de prévenir le développement dans les armées.
3° Morbidité et mortalité. — Restreint habituellement soit à l'ensemble de la population pauvre, soit à quelques catégories bien plus circonscrites (population d'un hôpital, d'une prison, d'un vaisseau), le scorbut franchit ces limites parallèlement à la cause morbide, frappant une armée entière ou l'ensemble d'un grand pays, comme on le voyait jadis en Angleterre et en Hollande, et de nos jours en Silésie et en plusieurs gouvernements de la Russie. Dans ces expansions pandémiques, il ne reconnaît aucune immunité d'âge, de sexe, d'atteintes antérieures ; il fera exception seulement pour quelques privilégiés, placés parfois dans les foyers les plus intenses, mais préservés par leurs ressources personnelles, et qui, ne prenant pas le mal originairement, n'ont ici rien à craindre des contacts : ainsi les gens riches, les officiers de terre ou de mer, les fonctionnaires des hôpitaux et des prisons, etc.
Gomme gravité et durée, les épidémies de scorbut sont strictement subordonnées au degré et à la permanence des privations subies. Si les misères se prolongent, l'épidémie durera des mois et des années, offrant des renforcements parallèles aux causes d'affaiblissement. Cazalas a démontré les variations d'intensité des cas aux diverses périodes de la guerre de Crimée; leur gravité a été constamment ascendante du mois d'octobre 1854 à la fin de la campagne (1856) (1). Si les privations sont immédiatement complètes, le scorbut constituera une affection directement et rapidement meurtrière. Au siècle dernier, on découvrait en mer un bâtiment espagnol, VOrillamme, dont l'équipage avait entièrement succombé à cette affection. De nos jours encore pareils faits peuvent se renouveler (2).
C'est l'impossibilité du ravitaillement pour les navires désem-
(1) Cazalas, Maladies de l'armée d'Orient, p. 79 et suiv
''""°'''î"""'' «^''"sea (Angleterre) se rencontre en mer, le l=r septembre 18", avec e navire grec Socrate ; ce dernier était en détresse et paraissait abandonné. Il n en était rien cependant. On l'accosta et on trouva tout l'équipage composé de sept hommes, à moitié morts du scorbut. A peine si un ou deux de ces marins étaient capables de se lever et de répondre aur questions qui leur étaient adressées. Autre exemple: Le 17 août 1875, le bateau à vapeur Rrener, de Liver- SZ'"" Tout l équipage, atteint de scorbut, était épuisé;
seize hommes étaient morts en route.
parés, ou condamnés aux calmes, qui a donné fréquemment au scorbut de mer une gravité sur laquelle on a voulu baser sa différence de nature avec le scorbut de terre qui lui estabsolument identique, et dont malheureusement le pronostic a été tant de fois tout aussi grave ; la presque totalité de certaines garnisons assiégées, comme celle de Thorn, a succombé au scorbut en quelques mois.
Dans la majorité des épidémies, la cause morbide n'est ni assezpuissante ni assez persistante pour entraîner d'aussi terribles conséquences. Le plus habituellement le scorbut tue moins par luimôme, que par les maladies intercurrentes dont l'affaiblissement de l'organisme augmente la gravité. Sur 147 décès scorbutiques survenus dans le service de Cazalas à Conslantinople (185-4-1856), il n'y eut pas un cas de mort directe. Dans ces limites encore c'est une affection bien redoutable, prenant sa part dans tous les événements pathologiques du groupe atteint, et rendant souvent mortelles nombre d'affections habituellement bénignes (1). ,
Nous avons dit (p. 214) la gravité des pneumonies scorbutiques ; il en est de même de la dyssenterie, plus redoutable ici que dans la cachexie palustre. Il y aurait même, d'après les recherches des médecins anglais en Crimée, une forme de dyssenterie spéciale aux scorbutiques ; forme dans laquelle le gros intestin serait tapissé de pseudo-membranes analogues, dans leur origine, aux épanchements fibro-plasliques qui, dans le scorbut, s'accomplissent à la surface des séreuses et dans l'épaisseur de divers organes. Peut-être a-t-on pris pour une exsudation plastique l'exfoliation de la muqueuse intestinale? Ces affections trahissent la susceptibilité des scorbutiques aux impressions météoriques, susceptibilité démontrée plus brutalement encore par la fréquence relative des congélations chez ces malades (Voy. p. 508).
Quant à l'affinité du scorbut pour les maladies spéciQques, nous
(1) « A partir du mois de décembre 1854, le scorbut n'a jamais cessé de régner dans l'armée, et nous pouvons dire que jusqu'à la fin de la campagne, l'élément scorbutique entrait, pour une part plus ou moins large, dans la composition de toutes les maladies chez nos soldats de Crimée. » (Cazalas, Maladies de l'armée d'Orient,]). SI.)
« Le scorbut est un des plus grands fléaux des armées en campagne ; il amoindrit peu à peu et étouffe, môme dans les constitutions les plus vigoureuses l'aptitude h la résistance; il les livre ainsi mal défendues à tout ce qui, en temps de guerre, tend à les ébranler, à les ruiner. Une fois implanté dans une armée, il est tout à la fois la cause, l'accompagnement et le commencement presque obligé de ces maladies, à la gravité desquelles il ajoute la sienne.» (Maupin, Rec. des Mém. de méd. mi/it., 3= série, t. III, p. 190.)
savons son rôle dans la création du typhus (p. 639). Le choléra a moissonné les scorbutiques en Grimée (18S4) comme la peste les moissonnait en Égypte (1799), sous les yeux de Larrey. Nous avons indiqué (p. 599 et 710) les dangers de l'association du scorbut et des fièvres intermittentes.
Il y a cependant, suivant nous, exagération à considérer toutes les affections fébriles comme dangereuses chez les scorbutiques.
Conformément à la tradition, au début du siège de Paris, je redoutais beaucoup de voir la variole se manifester chez ces malades; je crus môme que le scorbut avait sa part dans la pathogénie de la variole noire ; j'ai démontré ( p. 197-198) que la constitution scorbutique n'y avait été pour rien.
§ V. — ERGOTISME GANGRÉNEUX ET ERGOTISME SPASMODIQUE (GANGRÈNE ET COîiVtJLSION
céréales).
1° Historique et géographie. — Vergotisme gangreneux, morbusrurahs, gangrène des Solognots, commence, à vrai dire, au point de vue historique, par la série d'épidémies désignées au moyen âge sous les noms de feu sacré, feu Saint- Antoine, feu Saint-Marcel, etc., quelquefois encore appelées mal des Ardents.
De 590, date de leur première manifestation en France, d'après Hensinger, il y aurait eu, jusqu'à 1347, une trentaine d'épidémies de ce genre. Si, sous ces divers noms, on a parfois désigné des explosions de peste (1), ou même d'érysipèle (p. 664), les travaux de Paulet, Saillant, de Jussieu, Tessier, puis ceux de Puchs et de Hecker ont démontré que le plus souvent il s'agissait bien d'ergotismegangréneux; ils ont établi d'abord que les épidémies de feu sacré, comme celles d'ergotisme, avaient toujours été précédées de périodes de misère et de famine, d'étés pluvieux, qu'elles s étaient circonscrites à des districts limités (Lorraine Flandre Aquitaine Dauphiné, Ile de France), sévissant en automne et en hiver; à plusieurs reprises (notamment en Dauphiné, en 1089) on avait noté la coloration, rouge de sang, du pain; enfin les malades accourant aux couvents, aux églises (comme en 945 à Notre-Dame
TJllTl' ^'"""^ ^'''''^ guérissaient,' pour rechuter en retournant à leurs misères.
Les épidémies de feu sacré, bien que régionales, étaient cepen-
dei' ^ ^'•^^'^'^ ^PP"q-é« fréquemment à
Î Zln / / ' °" "^'^ des pétéchles, atteints
par conséquent de peste inguinale (Paulet, Saillant, de Jussieu, Tessie , Reche, . ches sur le feu Saint- Antoine, in Mim. de la Soc. roy. de médecine, n 9
dant bien plus diffuses que, plus tard, celle d'ei'gotisme ; les cas étaient plus graves; les divers chroniqueurs citent des malheureux qui avaient perdu leurs quatre membres. La dernière de ces épidémies sévit en idAl, un an avant l'invasion de la peste noire.
Leur histoire se continue dès lors, et cette fois sous leur nom actuel, par les épidémies d'ergotisme gangréneux, observées surtout par Thuiliet- en Sologne (1630), par Noël h Blois (1709). En 1747 encore, 120 personnes étaient atteintes à Orléans, dont il ne guérit que A ou 5. En ce siècle, le mal ne s'est plus offert avec une fréquence épidémique que dans le département de l'Isère, en 1814.
Vergotisme convulsif ou raphanie (1) est une affection des temps modernes ; les récitsdes premiers observateurs, qui en furent les témoins à la fin du seizième siècle, sont trop catégoriques, trop explicites, et, ajoutons-le, trop autorisés par la valeur même de ces observateurs, pour que nous n'admettions pas avec eux qu'ils ont assisté aux premières explosions de ce mal. Les litres seuls de la plupart de ces relations, à commencer par celle de la Faculté de Mar-
fl) C'est sous le terme de Rnphanie que nous avons décrit l'ergotisme convulsif [Dict. eiicyd. des se. médicales); Linné avait rapporté le développement de la maladie à l'influence du Raifort sauvage, Raphanus raplianistrum, dont les semences abondaient dans l'orge qui servait d'aliment à la plupart des personnes atteintes ; il fit avec ces semences des expériences sur deux animaux, poule et paon, qui moururent avec des convulsions, et l'opinion de l'illustre naturaliste fut développée, en 1763, dans la thèse inaugurale d'un de ses élèves {Rapliartia quam, j rœside Carolo v. Linné, pro gradu docloris proposuit. Georgius Rothman Smolandus, Upsalias 176 i). Cette opinion fut partagée par plusieurs médecins de l'époque, et même soutenue ijIus tard par des observateurs de la grande épidémie de 1770-71, entre autres Bœck er, Vogel; elle semblait d'autant mieux fondée que dans le sud de la Suède où le mal avait éclaté, on ne sème guère que de l'orge. Une enquête contradictoire, faite par Walilin, établit qu'en cette année 1754, les iTiauvaises récoltes de cette région de la Suède avaient motivé l'importation d'une quantité considérable de seigle en général très riche en ergot.
L'occasion ne se fit pas attendre, du reste, d'étudier plus complètement, en Suède même, la valeur réelle de la cause invoquée par Linné: durant cinq années consécutives, de 1763 à 1769, la raphanie y reparaît principalement dans le territoire de Smaland, offrant constammfint son maximum en automne, surtout pendant l'automne de 1765. Ces épidémies permettent à Wahliu c'en étudier plus complètement la nature et l'étiologie ; il prouve: 1° que cette affection était en toutsemblable à la maladie du fourmillement, au Kriebelkrankheit des Allemands; 2» que les semences du Raphanus raplianistrum ne possédaient aucune piopriété nuisible à l'égard soit de l'homme, soit des animaux; 3» enfin il démontre la fréquence, durant cette période de cinq ans, de l'ergot et de la nielle sur le seigle et l'or-e dans les localités où prédomine l'affection ; il est donc bien entendu que le mol Raphanie a perdu la valeur doctrinale que lui attribuait Linné et n'a d'autre mérite aujourd'hui que sa concision.
bourg (1), indiquent déjà qu'il s'agit d'une affection étrange, inconnue jusque-là des médecins et du vulgaire; on accepte de suite, pour désigner ce mal, les noms qu'inspire aux premiers patients le genre de souffrance qu'ils endurent (fourmillements crampes, convulsions), et ce genre de souffrance est si nouveau que personne ne cherche à lui trouver quelque similitude avec les maladies connues pour lui assigner une place dans la nomenclature de l'époque.
Nous ne pensons donc pas que l'histoire de la raphanie remonte au delà delà fm du seizième siècle ; et nous considérons l'épidémie de 1581 àLunebourg (Hanovre) comme la première en date.
La période historique de la raphanie comprend aujourd'hui environ trois siècles (1581 à 1878) durant lesquels ses manifestations ont été relativement fréquentes ; à côté de nombreuses explosions frappant quelques communes ou quelques familles, nous avons décrit les épidémies qui à plusieurs reprises (1595, 1687, 1699, 1716 1722, 1740, 1745, 1770, 1804 et 1840) ont couvert des régions plus ou moins étendues de l'Allemagne, de la Suède et de la Russie.
Nous avons même émis l'opinion que la raphanie avait franchi, vers le sud et vers l'est, les limites qu'on lui impose habiluellementi se manifestant d'une part dans le nord de l'Italie (2), d'autre part en Belgique, où lui revient, suivant nous, l'épidémie décrite en 1845-46 sous le nom d'acrodynie (3). C'est au dix-huitième siècle
(1) Von einer ungewohnlichen und bis onhero in diesen Landen unbekannten gitfigen, ansteckenden Schvachkeit welche der gemeyne mann dièse,- Ort in Hes sen, die Kriebelkrankheit, Knmpfsucht, oder Zeihende Seuche nennet, Marburg,
(2) Nous avons cru devoir, après discussion (Art. Raphanie), maintenir le nom dergotismeconvulsif aux épidémies qui se manifestèrent, l'une à Turin {juin 1789^ dans un conservatoire de jeunes filles; l'autre à Milan (juin 1795), chez les or phehns de l'hospice de San P.eiro in Gestate, et qui ont été regardées par Ih. Koussel comme des épidémies de pellagre.
(3) Nous avons, en effet, contesté aussi le nom d'acrodynie attribué à l'ép'-. démie observée, en 1846, sur les détenus des prisons de Bruxelles, Gand et Namur
Ici le mal commence par l'engourdissement des extrémités, avec fourmillements' picotements, élancements douloureux de ces parties, et quelquefois anesthésie complète; puis constamment se manifestent des phénomènes de contracture • soit simple, c est-à-dire tonique, revenant .sous forme d'accès quotidien, surtout la nuit ou le matin, commençant par les orteils et les doigts, et de là gagnant le tronc, d ou raideur générale, tétaniforme, avec oppression plus ou moins violentesou spasmodique, c'est-à-dire clonique, ou intermittente.
La constance de ces contractures a une valeur considérable pour la détermination de 1 espèce morbide à laquelle appartient l'épidémie belge ; leur caractère fut absolument le même que dans la raphanie : Constamment, dit Tosquinet, ,7;/ avait
que la convulsion céréale atteignait son maximum de fréquence et d'expansion géographique, pour décliner rapidement en celui-ci. En 1855-1856-1857, il y eut encore, sur divers points de l'Allemagne, des épidémies d'une certaine gravité, dont l'une observée aux en virons de Siebenbiirgen (Transylvanie), atteignit 288 personnes et causa 98 décès; mais, depuis vingt ans, l'affection ne s'est plus guère manifestée que par cas sporadiques. La dernière relation que nous ayons signalée dans notre étude sur la Raphanie, est due à Mayer qui eut occasion d'observer 17 cas d'ergotisme convulsif dans un village de Bavière, à Roding pendant l'hiver, 1867-1868 ; ce fut essentiellement une maladie de familles, qui se borna aux habitants de trois ou quatre maisons.
Si, d'après les faits précédents, nous comparons les deux formes d'ergotisme, nous constatons que l'évolution historique de la convulsion céréale ne demeure pas limitée, comme celle de la gangrène, à ses pays originaires : depuis l'époque des premières observations, la raphanie a subi un mouvement progressif de translation vers le nord et l'est de l'Europe. Après avoir été exclusivement observée en Allemagne pendant un siècle et demi, nous la voyons, en 1710, pénétrer en Russie, en 1740 dans le Holstein, en 1745 en Suède, en 1840 seulement en Finlande, et en 1851 en Norwége. Ce mouvement a du reste été assez lent, et d'autre part la ténacité de la maladie dans quelques-uns de ses foyers primitifs, comme la Hesse, le
contracture des extrémités; les doigts rigides formaient, du côté de la paume de la main, un angle de 120 degrés avec les os du métacarpe; plusieurs malades réclamaient instamment qu'on étendit leurs doigts ; il y eut des cas de mort par asphyx.ie résultant des progrès de la contracture vers le tronc, et de l'euvahissement des muscles thoraciques.
Chez beaucoup de malades on observe de la cyanose des extrémités; chez deux d'entre eux, il y eut des accidents de gangrène périphérique (scrotum chez l'un, jambe chez l'autre). Ajoutons enfin qu'au lieu d'être communs, comme dans l'acrodynie, les troubles digestifs constituèrent de rares exceptions (Tosquinet) et que l'on ne signala aucune de ces inflammations des muqueuses qui sont également un des traits de cette dernière affection.
Ces différents faits placent, à mon avis, la convulsion épidéniique de Belgique de 1845-46 dans le cadre des épidémies mixtes d'ergotisme; si des auteurs du plus grand mérite lui ont attribué le nom d'acrodynie, c'est sans doute : 1° parce que l'ergotisme convulsif est en somme très rare en Belgique où jamais peut être il n'avait été auparavant observé; 2° parce qu'à l'époque où cette convulsion se développait à Bruxelles, Gand et Namur, l'esprit médical était encore sous l'influence des doctrines émises par plusieurs des observateurs de l'épidémie d'acrodynie de 1828, d'après lesquels cette dernière affection n'était qu'une manifestation d'ergotisme convulsif (Voy. Léon Colin, art. Raphanie, p. 309).
Hanovre, la Silésie(l), a été assez marquée pour permettre de reconnaître une affinité incontestable entre cette affection et certaines contrées de l'Europe, spécialement les côtes de la Baltique de la mer du Nord, le centre de l'Allemagne et de la Russie, et justifier les dénominations àemorhis sueoicus, morbus germanicus, etc.
Cette comparaison prouve surtout qu'il est des pays où l'on ne voit exclusivement que l'ergotisme gangréneux : tels sont la France l'Espagne, l'Angleterre, l'Amérique elle-même; en d'autres n'apparaît que l'ergotisme convulsif : telle l'Allemagne, qui n'a eu de véritable épidémie nécrosique qu'en 1486, antérieurement à l apparition de la raphanie (2); tels le Danemark, la Russie la Suède et la Norwége. '
unZ ^«l'es de Lucerne (1709], des Flandres
(1749), de Belgique (1843-46), présentent ce caractère particulier de s être développées dans des pays limitrophes entre la région de 1 ergotisme gangréneux et celle de l'ergotisme convulsif
2" Caractères épidémiques. - Par leur limitation à des circonscriptions géographiques déterminées et à des classes spéciales de la société, celles des pauvres et des campagnards (morbus ruraiisj, les manifestations convulsives ou nécrosiques de l'ergotisme appartiennent au groupe des petites épidémies; n'ayant d'autre mode d extension que les conditions d'alimentation dont elles relèvent, elles frapperont parfois toute la population d'un village parfois se limiteront à quelques maisons, à une seule famille doni . elles n'épargneront que les nourrissons, les seuls qui ne soient pas .directement influencés par le principe toxique (3). Ces épidémls I ne reviennent point annuellement, mais sont habituellement sépa-
viul^p'pf"'"'', «Pé'^i-'^^^ent aux environs de la
ville de Plauen 1,„ avait valu au dix-septième siècle le nom de maladie convul ' s^vedePlauen, Plauische Kriebelkrankkeit; cette affinité est plus ma^^uée encor: pour la Ville de Marbourg, dont les alentours furent dès 1595 le tlSe de TZl niière grande épidémie de raphanie (Léon Colin loc cil d snn ^ ; de la,uene. trois siècles plus^tard l^Z. nières épidémies connues.
(2) En 1855, pendant l'épidémie observée en Hesse par Heusineer il v .
iCrsruifït tT\ ''T''''^' ""^^'^^' ^^^^^^^'^ô^r^^^
encore et 8 c où U II " '''""'"^'^' '''''' ^''"^rène plus localisée toute -h sto re de7a Inh °" "^'^"'^ parcourons
^ oîè I n. M ^ ' Allemagne, nous ne trouvons aucun autre exem-
?le de cet e coincdence, sauf dans une relation de la fin du xv,.« siècle, où IrlZ
i VT ^''^ = (Léon Colin, art. R.ph.n.e.)
Léon Colin. — Mai,, épidém.
722 ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES EN PARTlCULIliR.
rées par des inlermissions plus ou moins longues; elles répondent, d'ordinaire, aux années exceplionnelles comme humidité el comme misère. En général, les épidémies débutent après les moissons; au premier usage de la récolte nouvelle correspond l'ergotisme gangréneux, la convulsion céréale n'apparaissant souvent que pendant l'hiver ou même au printemps.
3° Caractères cliniques. — La caractéristique de l'ergotisme g.ingréneux, c'est la nécrose des parties périphériques, nécrose d'autant plus considérable que l'affection s'est déveloi^pée dans des conditions de misère plus complètes; au moyen âge des malades perdaient tous leurs membres ; dans les épidémies modernes, on a pu substituer à temps des aliments de bonne qualité aux farines altérées, et la gangrène a été plus limitée. De là, ces différences de pronostic si considérables suivant les temps.
Les caractères cliniques de l'ergotisme convulsif, que nous avons longuement écrits dans notre étude sur la Raphanie, sont plus nombreux, plus variables dans la suite des épidémies. Si l'on se bornait à l'examen de quelques relations, on hésiterait même à y reconnaître une maladie unique. Oserait-on réunir sous la même appellation, et considérer comme identiques, dans leur cause et dans la nature de leurs symptômes, telle épidémie dans laquelle toute la population d'un village subira la même atteinte, chaque habitant éprouvant du fourmillement, de la contraction des extrémités, de la dysphagie, mais la mortalité demeurant nulle ou minime; el telle autre épidémie qui ne frappera que des individus peu nombreux, mais chez lesquels les symptômes tétaniques et asphyxiques seront assez prononcés pour donner au pronostic une gravité comparable ou supérieure à celle des typhus (1) ?
Ces différences s'atténuent au contraire par le nombre de caractères communs qui réunissent en un même faisceau toutes les manifestations connues d'ergotisme convulsif, en diminuant l'importance de certaines particularités qui avaient semblé motiver la dissociation de quelques-unes d'entre elles. Elles constituent des degrés divers d'une même intoxication qu'on peut diviser en trois périodes : la première correspondant à la phase des fourmillements, la seconde aux attaques convulsives, toniques ou épileptiformes, qui se terminent par une boulimie violente, des sueurs abondantes, la tuméfaction des extrémités, et par des éruptions également péri-
(1) Telle l'épidémie observée par Sriiicé en Sibérie, et tuant 300 malades sur 500 (Léon Colin, art. Raphanie, p. 304).
phériques d'origine probablement nerveuse : la troisième constituée par la cachexie .
iL^ Nature. - Les deux ergotismes dépendent-ils du même principe? On doit, au premier abrod, hésiter devant l'identité originelle de deux formes morbides aussi différentes que la gangrène et la contracture.
A. L'historique des deux affections, et surtout l'étude plus complète des épidémies les plus récentes, démontre la présence de 1 ergot dans la nourriture de ceux qui ont été atteints; l'immunité des gens riches, l'amélioration rapide par un changement de résidence ou simplement de régime, la diminution de ces deux maladies dans les pays où le seigle a été remplacé par le blé et les pommes de terre, affirment encore cette étiologie.
L'mtoxication céréale a été contestée cependant pour les deux formes d'ergotisme ; on lui a opposé l'immunité de certaines populonT T:rrr' P^^^'r^ ^^^^^^ «'-g^^^- l'intermission%?o-
ayfoù ce U."7' f '""'"^ "^^"^^^^ annuellement en tels pajs ou celle altération est à peu près constante (I), etc
Mais on a négligé, en revanche, plusieurs éléments importants en cette genèse: 1» date à laquelle les populations ont'dû fai e usage du seigle altéré; l'ergot, très actif au moment de la récoUe!
(1) Anglada spécialement s'est élevé, en s'appuvant de l'antnriw Hn d • . tre l'origine céréale du feu Saint-An oine ZT^nZ^ ^ ^^"''''
à l'époque, n'ayant plus d'analogue paS 1 t dérv'"'
n.onde, il conteste .ont aussi éne%i,Lj„Suele'r^^^^^^^^^
gotisme gangreneux. ocigio diieie aans 1 er-
Quant à l'ergotisme convulsif, nous empruntons à notre r.. jectionsfaites.ilyaunsiècle à Taube nni Pn! f u Raphanie les ob-
objections qui' sont encore 1; notre époque T
Chambre danoise, en 1772 par îe med' in • "'^'''^ '^'^^^^^ ^
il est établi que IW de^ïl avaTÏr P^^^^^'aux du Schleswig-Holstern, taines localités du ^ Tl^^H^^^XS:^. 7^ rapporteurs, certaines conditions encore fort obscure ZZZ ^'"''/"'^^"t de l'atmosphère, pour donner à l'er^^oMn dépendant soit du sol, soit
point en lui-même; les brouillards e m "n^'' ''''' P"^^^^^"*^
sens, uno influence Incontesta b e fa s lit '^"^
lilés montagneuses et stériles ont r/ certaines loca-
delaplaine^ù Tergot éTa;t ^urab:!!^^^""^"' ""'^^^^ ''''^^^^
cette prétendue cause de la ran a„t (Schutzschrift) du seigle ergoté,
avantlamoissonincriminée;nou rmr' fréquemment n.ent cité par plusieurs obse vatTurs de ré pulaire en répétant qu'il ne pouvarêt ' Lm ^n 'n''
H ijuuvait être admis que Dieu empoisonnât les récoltes.
perdant progressivement sa puissance nécrosique; 2° association à l'ergot lui-même, avant ou après la moisson, d'autres principes de nature parasitaire (ivraie, nielle, mucédinées diverses) ou non, dont l'intervention nous semble déterminer surtout la forme convulsive ; 3° conditions de misère antérieure, l'intoxication étant plus énergique chez les organismes débilités
B. Le contrôle expérimental confirme la double puissance pathogénique de l'ergot, qui agiraitdans les deux sens : nécrose et spasme par un mécanisme similaire. La gangrène dépendrait de la contracture définitive des éléments musculaires des vaisseaux, la convulsion de leur contraction momentanée (1).
Ces considérations démontrent que les deux formes morbides, nécrose et convulsion, ont un point de départ commun incontestable : voilà, sans doute, pourquoi les mômes années ont été favorables à l'apparition simultanée de l'ergotisme gangréneux en Sologne et de la raphanie en Allemagne; pourquoi, en quelques rares circonstances (1749 dans les Flandres, 1843 en Belgique, 1835 en Hesse) les malades ont été atteints les uns de gangrène, les autres de convulsions (2), constituant ainsi des épidémies de transition.
(1) Les accidents gangréneux ont été rapportés à la suspension de la circulation par contraction de la nbre musculaire des parois des petites artères. Chez l'individu atteint d'ergotisme convulsif, la petitesse et la concentration du pouls paraissent aussi l'indice de la rigidité des éléments contractiles du système artériel, et les convulsions générales résultent peut-être alors de l'ischémie des centres nerveux, absolument comme dans le coup de chaleur le spasme musculaire des petits vaiswaux entraîne, suivant Richardson, les phénomènes convulsifs ultimes de cette affection. Seulement, dans la raphanie, la contraction artérielle n'est que momentanée et fait place, plus ou moins rapidement, dans le cours de chaque crise, à cet état parésique des éléments musculaires qui succède si souvent à leur contraction ; la coloration violacée des extrémités, les sueurs abondantes, les éruptions qui surviennent au déclin de cette crise, semblent, par leur rapport de siège avec le fourniiuément et les douleurs périphériques, dépendre d'une influence nerveuse et nous paraissent autant de preuves d'une période de congestion cons cutive à 'a^él Brown-Sequard a prouvé du reste cette double ^'^^-^^^^^J^l sur les vaisseaux de la moelle épinière et de ses membranes : A. Contractuie (i dose t .érap utique). B. Dilatation (à dose toxique). Léon Colin, art Raphxn.e. p 315 et 320. Voy. aussi : Peton et Laborde, note sur l'action physiologique de
l'prriot de seiqle, 1878. i i ■ •»
^Peut-être même cette coïncidence est-elle plus ancienne que ne le laisserait .unnoser la naissance relativement moderne de la raphanie. Dans les relations d é- Jdémies de feu sacré de 1C85, 1089. 1 128, 1180 notamment, nous trouvons men- Uonn par les contemporains des accidents convulsifs très caractéristiques :«er- Tc^^nZtractione dLrti cruciabantur ; d'après Petrus Silenus, ces accidents allient é"é fréquents surtout en Sicile, dans l'épidémie de Trapani et de Pafevme [im). (Jussieu, Paulei, Saillant, /oc. cit.)
Mais on a été trop loin, en affirmant que l'altération était absolaraent identique dans les deux cas, en supposant que toute épidémie d'ergotisme gangréneux ne serait que la phase extrême d'une épidémie d'ergotisme convulsif dont la période spasmodique aurait été mal observée.
Malgré leurs analogies, les épidémies de convulsion et de nécrose céréale diffèrent : 1° au point de vue chronologique, non seulement parce que ces dernières appartiennent surtout au moyen âge, et les premières aux temps modernes, mais encore en ce que l'ergotisme gangréneux apparaît surtout immédiatement après la récolte, et la raphanie à une période plus avancée, le plus souvent même à la fin de l'hiver ; 2° au point de vue géographique, la topographie de chacune de ces formes étant demeurée distincte de celle de l'autre ; 3° il en est de même au point de vue clinique : on ne note jamais, dans les épidémies d'ergotisme gangréneux, les symptômes les plus banals de la raphanie, et notamment cette sensation de fourmillement qui, par sa constance, a valu à la maladie son nom populaire en Allemagne [Kriebelkrankheit). De même, dans les épidémies d'ergotisme convulsif observées en Allemagne, en Suède, en Russie, c'est-à-dire sur leur terrain propre, rien de plus rare que la gangrène; il yen a eu quelques cas en 1855 dans l'épidémie observée par Hensinger; mais si nous parcourons toute l'histoire de l'argotisme convulsif en Allemagne, nous n'en constatons aucun autre exemple, sauf en cette relation mentionnée plus haut (page 721, note 2), où, sur toute une population atteinte de raphanie, il est signalé un cas de gangrène du pied. La coïncidence n'existe que dans les pays limitrophes entre les théâtres des deux ergotismes (Suisse, Flandre, Belgique) (voy. p. 721).
Nous pensons que l'ergot subit une altération spéciale, soit chimique, soit parasitaire, différente: 1° suivant les lieux où on le récolte ; celle de ces altérations qui entraînera l'ergotisme gangréneux se produira plus rapidement que l'autre, d'où l'apparition de cette maladie immédiatement après la moisson, tandis que l'ergotisme convulsif se manifeste d'ordinaire quelques mois plus tard. Si des physiologistes sont arrivés spécialement à produire la gangrène, d'autres la convulsion, c'est peut-être en raison de l'ancienneté de l'ergot employé dans leurs expériences; 2» suivant les temps ; l'usage alimentaire du seigle en Allemagne remonte au delà des limites du moyen âge ; pourquoi l'ergotisme convulsif ne s'y est-il point manifesté alors qu'en France, sous le nom de feu sacré ou feu Saint-Antoine, végnuil déjà l'ergotisme gangréneux?
§ vr. -
PEI.LACIIE.
La pellagre, maladie moderne, limitée au sud par les latitudes de Rome c de Madrid, se manifeste au nord jusq' 'au niveau d une ngne qui du cap Finistère gagnerait les bouches du Danube. Son historique est absolumentsubordonné à l'expansion incessante prise depuis un siècle par la culture du maïs; elle apparaît dans la Haute- Ita ie quelques années après l'introduction de cette céréale ; en Irance elle suit également, dans le bassin de la Garonne le déve onpement donné à la culture et à l'usage alimentaire de celte céréale
Les faits de pel agre sporadique signalés par quelques observateurs de grand mérite, Gintrac, Landouzy, Billod ne peuvent prévaloir contre l'origine zéidienne de l'affection : d'une part, il n'est pas suffisamment prouvé que tous les sujets de ces observations n aient jamais fait usage de maïs ; d'autre part. Th. Roussel a démontré que les affections pellagriformes nées en dehors de l'alimentation par le maïs ont des ressemblances plus apparentes que réelles avec la pellagre endémique (1).
Ce n'est pas plus un simple mal de misère {mal di miseria) qu'une .affection solaire (ma/ 50/.), comme on l'avait admis d'abord en Ita le. le, les expériences ont été faites sur l'homme ; la limitation de 1 épidémie aux districts lombarde-vénitiens où le maïs forme la base de l'alimentation, la guérison des pellagreux appelés sous les drapeaux et soumis à un nouveau régime, en sont les meilleures preuves.
Des auteurs ont cependant admis que le maïs, inoffensif dans les régions du nouveau monde où il est cultivé de longue date, n'est dangereux que dans les pays où on a voulu l'acclimater, et où il n'arriverait point à maturité suffisante. La spécificité clinique de la pellagre, l'absence de symptômes analogues parmi les populations affamées hors de son foyer, soit aux Indes, soit enSilésie, soit dans les Flandres (2), ne permettent pas d'accepter comme cause de son développement la pauvreté alibile du maïs. La misère phy-
(1) Th. Roussel, Traité de la pellagre et des ijseudo-pellagres. Paris, 1866. Lo même. Communication] sur l'éliologie de la pellagre, in Bull. Acad méd 1878 p. 420.
(2) « Les pires conditions liygiéniques ne sont jamais parvenues à engendrer sous nos yeux l'ensemble complet des symptômes caractéristiques de la pellagre, atteignant au degré d'intensité journoUement observé en Lombardo-Vénétie. n Gubler, in Bull. Acad. de méd., 1878, p. 347.)
MALADIES ALIMENTAIMES. 727
siologiquc prépare certainement l'organisme à l'affection; mais la cause essentielle est un principe toxique, que ce principe se développe avant la moisson comme le verdet, qu'il n'apparaisse qu'après la récolte et même après la manutention de la farine de maïs; les expériences récentes de Lombroso avec le pain de maïs attaqué par le pénicillium maïdis concordent à cet égard avec les recherches de Husemann sur l'action nocive du maïs altéré par fermentation ; de part et d'autre, on a découvert un alcaloïde analogue à la strychnine, au point de vue chimique et palhogénique (1). On comprend ainsi pourquoi le grillage préalable du grain constitue une méthode si puissante contre le développement de la pellagre.
§ VII. — ACRODYNIE, ÉHYTHÈME ÉPIDÉMIQUE, ÉRYTHÈME EXFOLIATIF.
L'étude de cette maladie comporte : d'une part, l'épidémie observée à Paris en 1828-1829 et à laquelle le nom d'acrodynie a été donné pour la première fois, épidémie tellement insolite par son expansion et son étrangeté clinique, que nous l'avons classée parmi les maladies accidentelles (p. 24) ; d'autre part, un certain nombre' de faits similaires, d'une imporlance relativement minime par les limites de leur développement.
1° Epidémie de Paris. — C'est au mois de juin 1828 que l'acrodynie se manifeste à Paris, atteignant d'abord les malades de l'hospice Marie-Thérèse, au voisinage de l'Observatoire, puis s'étendant rapidement aux casernes et à divers quartiers de la rive gauche de la Seine; plus de quarante mille personnes sont frappées en moins de six mois. L'affection cesse en hiver; mais l'année suivante, encore au printemps, la même maladie reparait à Paris, et plus spécialement dans les mêmes casernes, atteignant un grand nombre de ceux qu'elle avait frappés en 1828 ; de plus elle franchit cette fois les hmites de la capitale et de sa banlieue, apparaissant dans quelques villes des environs, notamment à Meaux, Coulommiers, Saint- Germain, Corbeil, Noyon.
Récamier accusa la mauvaise qualité des pommes de terre dont les maladies, si fréquentes depuis, n'ont cependant, à nulle autre époque, entraîné pareilles conséquences. Les principaux observateurs contemporains, Dance, Genest, mais surtout Cayol, incriminèrent, sans la déterminer, l'altération des farines consommées à Paris en 1828-29, trouvant naturel, dès lors, que le mal pesât da-
(1) Husemann, Arch. fur cxp. Path. nnd Pharmak.,i. IX, p. 226.
vantage sur les pauvres et les soldats, ceux entre tous qui mangent le plus de pain.
Les symptômes de l'affection, son apparition au printemps, la rapprochent certainement des maladies céréales.
Malgré l'absence de preuves d'altération du pain, l'acrodynie offre, avec ces maladies, plus d'analogies qu'avec nulle autre affection, analogies qui, en 1828, à Paris, ont fait admettre la pensée qu'on avait affaire à une épidémie de pellagre (Rayer), ou d'ergotisme convulsif.
Trousseau et Pidoux ont même afOrmé son identité avec cette dernière maladie. Cette manière de voir serait, en somme, justifiée par l'opinion des auteurs qui ont assimilé à l'épidémie d'acrodynie de Paris la maladie céréale observée en Belgique, en 184S et 1856, dans les prisons de Bruxelles, de Gand et Namur; car ici on a eu réellement affaire, suivant nous, à une épidémie d'ergotisme convulsif (Voy. p. 719 note 2).
Mais il y a pour nous comme pour Lasègue, Th. Roussel, Yidal, Desnos, de trop grandes différences entre l'acrodynie de Paris et Tergotisme, pour que nous admettions plus que de l'analogie. Dans l'acrodynie, les symptômes gastro-intestinaux, surtout les vomissements, et en général l'inflammation des muqueuses, établissent, par leur importance, un caractère spécial à cette affection; l'érythème, l'exfoliation des extrémités, la coloration brunâtre de toute la surface cutanée, les œdèmes partiels différencient également les symptômes cutanés de l'acrodynie de ceux;de l'ergotisme; les symptômes nerveux périphériques de la première de ces affections sont essentiellement constitués par la douleur et non par le fourmillement; enfin la contracture, ce caractère presque fatal de l'ergotisme convulsif, est exceptionnelle dans l'acrodynie, ne se manifestant que dans des cas très rares et occupant alors, non pas les doigts ou les orteils, mais les muscles du tronc ou de la racine des membres. Un caractère distinçtif de la plus haute importance et qu'il ne faut pas négliger dans la comparaison de maladies si étranges, c'est l'allure épidémique spéciale à l'acrodynie; ce n'est plus ici une affection revenant, à intervalles plus ou moins fréquents, dans quelques pauvres localités éloignées des grandes villes; c'est une maladie qui, en 1828, apparaît pour la première fois, pour la dernière peut-être, dans un pays où jamais on ne l'a vue, oii jamais non plus on n'a vu d'épidémie de convulsion céréale; ce ne sont point quelques paysans qui sont frappés après une mauvaise récolte; ce sont 40,000 individus qui, au printemps, sont presque
MALADIES ALIMENTAIRES. Simultanément atteints, en six semaines; et quel est le théâtre principal du mal ? c'est une grande cité, Paris, alors que dans la région de son endémicité, la convulsion céréale n'a jamais guère frappé que les populations des campagnes, atteignant rarement les villes [oppida raro, Waldschmidt et Sclieffel), à moins de s'y manifester dans la population très restreinte de quelque prison
La pellagre, à laquelle Rayer spécialement a comparé l'acrodynie offre évidemment avec elle les analogies générales qui réunissent en un même groupe ces deux affections et l'ergotisme; mais, par la netteté de sa pathogénie, de sa géographie, par ses caractères cliniques spéciaux, elle en diffère singulièrement. Elle revient annuellement, sur les mêmes sujets, dans des conditions d'alimentation parfaitement déterminées; si les troubles gastro-intestinaux présentent les différences de degré qu'on a constatées dans l'acrodynie il en est autrement des symptômes cutanés et nerveux; les premiers ont, dans la pellagre, un rapport intime avec l'influence de l'irradiation solaire, qui en détermine l'apparition, le siège et le retour annuel ; les seconds, au lieu d'être périphériques et centripè e comme dans l'acrodynie, ont leur siège principal le long de la colonne vertébrale, consistant en douleurs spinales, ou en con-
a t rations des facultés mtellectuelles, si fréquentes chez les pellagreux, rien d'analogue dans l'acrodynie
Rn^%Ti'"'''''°'''^' l'acrodynie avec la trichinose a permis à Le Roy de Méncourt d'établir entr'elles un parallèle intéress nT Li la seconde de ces maladies n'offre point les symptômes doulo'ureux qui ont val. son nom à la première; les accidents les plu c" acténs s de lin oxication parles trichines, les accidents typh 0^0
ection enT h ''^'"^ '^"^ '''^''^^'^ ' ^eînièr' aî
Thi r attemtes des vieillards de l'hospice Marie-
Thérèse, a été constamment bénigne, tandis que le pronostic deT trichinose est d'une incontestable gravité P^o^ostic de la
Rapprocher l'acrodynie de la forme nerveuse du béribéri c'est oubher encore le caractère éventuel et l'extrême béni^^^^^^^^
ibér H y a des' ff • \ '''''' Para.ytiqufdu â-
^ a pa^ralvsi/,"™ f élancements dans les extrémi- RraviJérnr r ^^P^^e qui se manifeste en cette affection, la tonsiP 1 r° confirment ce que l'au-
tion ifr," ' T d« I- ^o^l'e, une destruction, là où 1 acrodyn.e indique simplement une irritation
Il n est pas jusqu'à la dengue qui n'ait été indiquée comme ana-
logue OU identique à l'acrodynie. Les symptômes de la dengue, malgré l'existence de violentes douleurs suivies d'éruptions scarlatiniformes, douleurs et éruptions sans doute d'origine spinale, comme celles des maladies alimentaires, sont bien autres que ceux de l'acrodynie ; son affinité pour les pays chauds, son mode d'expansion épidémique, rapide et envahissant entre tous, en diffèrent également. Mais l'on comprendra que cette comparaison ait été invoquée, si l'on se rappelle que la première grande épidémie de dengue, au moins la première bien connue, faisait précisément son apparition aux Antilles et sur le littoral mexicain de 1824 à 1828 (p. 577), époque où l'acrodynie allait éclater à Paris.
Il y a eu dans la genèse de l'acrodynie des conditions locales d'explosion ou de renforcement de la cause morbide, conditions qui devaient être singulièrement puissantes pour que dans telle caserne, celle de Lourcine, S60 hommes sur 700 fussent atteints en quelques semaines, alors que l'immunité des militaires installés ailleurs était absolue ; pour que, dès leur rentrée en plusieurs autres casernes antérieurement atteintes, comme celle de la Courtille, les soldats fussent frappés de rechef dans une énorme proportion (200 sur SOO).
Il semble même qu'il y ait eu, suivant les quartiers, quelque différence dans les allures de l'épidémie ; les crampes, les contractures, suivant Dance, étaient plus comnimifis che2 les malades de la^ Pitié que chez ceux de la Charité.
Cette prédominance de l'épidémie elle-même ou de quelquesuns de ses symptômes principaux dans tel ou tel milieu circonscrit semblent bien indiquer la circonscription de la cause morbide, et le peu d'inQuence relative soit des conditions atmosphériques incriminées, comme le froid et l'humidité, soit des influences bromatologiques à peu près communes à toute la population militaire, et, à fortune égale, aux diverses classes de la population civile.
On a naturellement incriminé l'encombrement; mais les casernes les plus encombrées ne furent pas les plus atteintes, et dans celles où le mal pénétra, il se borna quelquefois aux chambrées les mieux aérées.
A. Laveran a émis la pensée de la présence dans les eaux d'une matière toxique, opinion dont la preuve est difhcile à fournir (1).
(1) Pour que cette opinion pût être acceptée, il faudrait que l'on eût observé déjà, parmi tant de maladies rapportées à l'influence des boissons, quelque affec-
MALADIES ALIMENTAIRES. 73, 2» Autres observations. — Quant aux autres faits qualifiés d'acro dynie, leur valeur diffère beaucoup à nos yeux suivant qu'ils ont été sporadiques ou qu'ils se sont groupés en épidémies.
Pour les premiers, il ne nous paraît pas étrange que depuis 1828, on ait rencontré des faits rappelant la maladie de Paris • bien des médecins pourraient trouver, dans leur pratique journalière des cas isolés d'irritations rhumatismales, ou autres, de la moelle' se rapprochant de l'acrodynie, à laquelle des observateurs de 1828 avaient d'ailleurs donné le nom de rachialgie (1).
Les faits groupés en petites épidémies ont plus de valeur, accusant une influence pathogénique commune; mais ils sont loin de concorder tous au même titre avec le type de la maladie de 1828.
Une des plus concordantes, à cet égard, c'est la cheiropodalgie, dont le nom exprime étymologiquement les mômes douleurs, e qui a ete observée à Mantoue en 1806, sur des soldats français par San-Nicoletti (2). L'épidémie observée par Tbolozan à Cons-
une analox-iP mini. «céréales, ce rapprochement est justifié au moins par
a"ecr„ eût é ^^"r"^"^^^' I' '•-d-ait en outre que la limitation de cette
ml^e eau de ois on r f ^'•''"P^^ P^P-^'^^ion usant de la • vm^s s t^ées en dPhl 7Tl ""^^^"'"^ environnant Paris et de quelques , c mm Go bel Sa „t G^^ — "'-^nt sur les bords de îa Seine,
de consommation dans un ^^..r^Zl l'^ '^ ^^''''^^^^^
l'épidémie de 1828 rn laLéÎrun^ considérable. Les observateurs de
= rons pas de Chardon m:et rverd"a^^^^^^^^^ '7'^ P^-*'-
ccaserneset^desLspS~
^■Baï^dei?: i;:n.' hei^tisrsiV'dï''' p- ■
: Les détenus sont debou te"J w ^ ' ^''^"'^^"^
S'élève sans discontÏL^e l: ^^^^^^ ^^'^ et
-malades observés par Barudpl ontT des journées entières. Or les trois
l'acrodynie de 1828 " symptomatologie à peuprès complète de
^S.lZZ ZZlr^^^^^ (Gar.. êtes Mp.^ 1850),
1 de Barudel et da^s tscS; ' -'T ' '''''' "^'^ ^eux
bien porté que ce ui dS aurait pu être aussi
bien L douleurs e de ""^ '° ""'^'^^ ""'^"^ C'---*' ^' y '^vait
ïueuses, ni œdème, ni ex^IiS: ^eTmtf ^' ""^^ (2) Ozanam, loc. cit., t. IV- vnv \ ■ r.„ i"
'861 ; A. Laveran, /oc. c,Y., Gsl'. ' l'acrodynie in Gaz. méd.,
1 (1) Journ. gén. de méd., 1828, "p. Jo.
tanlinople, au commencement de la guerre d'Orient (1834), a eu pour sujets des individus revenant presque tous (19 sur 20) de Crimée : le plus grand nombre d'entre eux (12 sur 20) étaient convalescents de choléra ou d'affections cholériformes ; notre éminent collègue établit la différence des symptômes observés (douleurs, œdème) avec les manifestations causées par le froid et le scorbut; et cependant il nous paraît difficile de voir chez ces malades une affection comparable par sa netteté, son indépendance de toute cachexie antérieure, à la maladie de Paris.
Il y a plus d'analogie entre celle maladie et deux relations récentes qui ont été l'objet d'une analyse critique fort intéressante de A. Laveran (1). La première se rapporte à 14 soldats du 87° de ligne, atteints en juillet et août 1874, au camp de Satory, d'une affection offrant les symptômes très atténués de l'acrodynie (2), et en revanche compliquée d'asphyxie des extrémités. La seconde reproduit des faits observés en 1866, à Zitacuaro (Mexique), par Bresson, sur des troupes d'origine algérienne et mexicaine ; ici l'on retrouve plus complètement les traits de l'acrodynie de 1828 : même début au printemps, même durée de la maladie, môme évolution symptomatique où l'œdème seul paraît avoir fait défaut ; différence seulement dans l'expansion épidémique, aucun autre médecin militaire de l'expédition ne l'ayant constatée. Nous mentionnerons comme offrant des anal<^i^4ji«n-ptus éloignées la maladie particulière d'alimentation, observée par Treille, eu Algérie (1871), sur une colonne expéditionnaire, maladie caractérisée par des troubles digestifs, une éruption papuleuse aux extrémités et à la face, mais sans la moindre douleur (3).
Le cadre géographique de l'affection ne saurait être mieux déterminé que son histoire; peut-être existe-t-elle en Espagne ; suivant Costallat, il y eut identité entre l'acrodynie de 1828 et une maladie qu'il observait en Espagne sous le nom de mal di monte, l'attribuant à l'usage de blé atteint de carie [uredo caries), et la distinguant formellement de la pellagre (4). Récemment encore on signalait en ce pays des faits qualifiés d'acrodynie (S).
(1) A Laveran, Contribution à l'étude de l'Aerodynie, in Rec. des Mém. de tnsd.
(2) Bodros, Relation d'tme petite épidémie d'acrodynie, in Rec. des Mem. de méd. mitit., t. XXXI, 1875, p. 428.
(3) Treille, L'expédition de Kabylie orientale. Paris, 1876.
(4) Voy. Th. Roussel, Traité de la Pellagre. Paris, 1866. (6; Zuber, in iJtu. des Se. méd., t. YUI, 187G, p. 367.
L'affection décrite sous le nom de Burning of the Feet, brûlure des pieds, observée spécialement par Campbell, Macpherson, chez les cipayes de l'Inde, en 1825-1826, et dans la population indigène de la presqu'île de Malacca, présente comme caractères principaux: une sensation de brûlure et de picotement aux pieds et aux mains des troubles gastro-intestinaux et surtout de la diarrhée, un exanthème papulo-vésiculeux aux régions endolories des extrémités, et, suivant ces auteurs, elle doit être d'autant plus rationnellement attribuée à l'alimentation qu'on ne la rencontre que chez les indigènes nourris exclusivement de riz souvent altéré, et qu'elle respecte absolument l'Européen. On y a vu une forme de béribéri (p. 267). Nous reconnaissons avec Hirsch l'analogie de cette affection avec les maladies céréales, notamment avec l'ergotisme et la pellagre ; mais ne se rapproche-t-elle pas surtout de l'acrodynie ?