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VI. — FURONCLES ET PANARIS

Ces affections se manifestent parfois avec une fréquence épidémique; en 1760 et 1767, Ravaton en signalait le nombre exceptionnel chez les soldats français traités à l'hôpital de Landau. En 1834-1835, le 57^ de ligne, cantonné sur les frontières d'Espagne, à Mauléon et aux environs, y fut atteint d'une véritable épidémie (I) qui, d'après nos recherches, constitua un fait isolé.

De 1847 à 18S4, furoncles et panaris prennent une fréquence pandémique, non seulement en Angleterre, en Écosse, en Irlande et dans l'île de Wight (2), mais même en France, Autriche, Italie, (surtout dans le Ferrarais), aux États-Unis, aux Antilles, et jusqu'au cap de Bonne-Espérance. Dans un mémoire plein d'intérêt (3), Tholozan signalait alors la fréquence des furoncles et des

alors cette population qui a presque doublé ; or c'est parmi les nouveaux venus à Rome que la maladie a fait les plus grands ravages, trouvant dans leur constitution indemne d'impaludisme .antérieur les chances de développement que ne lui offraient pas les anciens résidents.

(1) Cette épidémie débute au printemps de 1834 et acquiert son premier maximum durant l'été suivant ; puis, après s'être atténuée pendant l'iiiver, elle renaît au mois de mars 1835, et atteint encore son second maximum pendant l'été. L'épidémie était constituée par la fréquence des éruptions dartreuses, des boutons liémorrhoïdaux, des erythèmes et érysipèles, des abcès, des furoncles et des anthrax ; mais ce qui dominait c'étaient les panaris : il y en eut 101 cas répartis sur les 16 mois que dura la maladie; de cns 101 cas, 57 se manifestèrent dans les six mois les plus chauds (juin, juillet, août 1834 ; juin, juillet, aovit 1835). Voy. Martin, Rec. de mém. de méd. mit., 1^' série, t. LVII.

(2) D'après des renseignements puisés au Registrar gênerai, la moyenne des cas de décès par suite de furoncles et d'anthrax était ordinairement de 5 à G par an en Angleterre; de 1847 à 1854 on voit le nombre des décès, entraînés par ces causes, s'élever à plus de 90 par an (Ilunt).

Un médecin anglais, II. Kinglake, a publié dans le Dublin médical Press (juillet 1852) un mémoire sur la fréquence des éruptions furonculeuses cr, des panaris dans la population de Somerset et de Tauntou ainsi que chez les habitants des campagnes environnantes durant les années 1851-1852 ; ces furoncles étaient souvent fort graves, constituaient des anthrax; il ert était de même des panaris, auxquels le peuple avait donné le nom de peste des doigts.

(3) Tholozan, in Gaz. méd. de Paris, 18G3.

panaris observés en 1852 à Paris môme dans le service de Marjolin à l'hôpital Sainle-Marguerile. Mômes observations en Algérie (1). Cette période de pandémicité se terminait par la Suède où, de 1835 à 1839, tous les districts furent atteints d'un nombre exceptionnel de furoncles et de panaris (A. Hirsch).

A côté de ces manifestations accidentelles, il est des circonstances où la fréquence des furoncles constitue un fait pour ainsi dire régulier; que ces circonstances soient d'ordre géographique: telle l'endémicilé des furoncles dans les climats extrêmes, surtout dans les climats chauds (2) ; ou d'ordre professionnel, comme on l'observe journellement dans les régiments de cavalerie, ou sur les équipages naviguant dans la zone intertropicale.

Malgré la diversité des facteurs étiologiques, plusieurs d'entre eux agissent peut-être d'une façon analogue : une part revient à l'irritation mécanique dans la fréquences de furoncles chez les cavaliers; Scrive attribuait les panaris, observés à Tlemcen en 1832, aux Iravaux manuels pénibles imposés aux soldats ; le froid intense des régions polaires agit à la façon d'un traumatisme. En revanche, dans les climats chauds, les furoncles se rattachent jusqu'à un certain point aux manifestations morbides causées par la chaleur; ils s'associent fréquemment à l'eczéma tropical {p. 512), et, comme lui, sont plus communs chez les hommes du nord non acclimatés ; pour la même raison, sans doute, les furoncles sont fréquents chez les ouvriers employés aux hauts fourneaux, aux machines à vapeur. Toutes ces circonstances deviendront spécialement efficaces chez les individus malpropres (3). Nous pensons même que la concomitance fréquente des épidémies de furoncles avec les fièvres

(1) Scrive, Note sur la fréquence des affections phlegmoneuses des mains chez les soldats de l'armée d'Afrique, in Rec, de mém. de méd. mil., t. XII, p, 235. — Potier-Duplessy, Note sur une épidémie de panaris, observée à Nemours {province d'Oran), en août et septembre 1855 {Rec, t. XVII, p. 98).

(2) Les faits réunis par Hirsch démontrent l'endémicité des furoncles aussi bien dans cerlains pays froids (Nouvellc-Ariclinngel, îles Féroë, Kaintscliatka) que dans les pays cliauds (Italie, Sicile, Indes). C'est surtout en ce dernier sens que la maladie va en augmentant. Ainsi, à mesure qu'on descend vers le sud de l'Europe, les éruptions fiironculeusus semblent déjà devenir plus communes. Suivant Denucé, elles ont à Bordeaux un caractère de fréquence bien autrement considérable qu'à Paris, à tel point que cet auteur considère les furoncles comme endémiques dans la première de ces villes (Gaz. liebd. de méd. et de chir., 1866, p. 199).

(3) Pendant une année d'observation dans un régiment de cavalerie, Czernicki a vu la fréquence des furoncles atteindre seswaxj'wa aux époques où les hommes ne prenaient pas de bains. Czernicki, L'année médicale d'un régiment de cai'alerie, in Rec. de mém. de méd. mil., 3« série, t. XXXIl, 187G.

éi-liplives (1) dépend des conditions spécialemenl favoi'cables créées par l'altération du derme.

Mais cette dernière coïncidence nous amène à des influences moins locales en leur action. Les opinions de Ravalon se demandant si les vices de l'air ne contribuaient pas à rendre les panaris plus communs ; de Boyer accusant les consLitulions atmosphériques froides et humides; de Bégin affirmant que ces maladies peuvent provenir de causes aussi complexes que les maladies internes, sont d'autant plus importantes et plus vraies peut-être que ces auteurs s'occupaient peu de doctrines épidémiologiques.

Les médecins anglais ont noté la fréquence, pendant les épidémies de furoncles, du charbon et de la pustule maligne; ne peuton de ce fait rapprocher l'apparition commune des furoncles et anthrax en temps de peste ? Ils sont fréquents chez les ouvriers soumis à l'action de miasmes putrides, comme lors du curage des égouts. N'est-ce pas à des conditions d'infection animale qu'il faut aussi attribuer leur apparition dans la convalescence de diverses maladies ; érysipèle, fièvre typhoïde, diabète, cachexie famélique?

Ici encore nous pouvons invoquer l'autorité de Fonssagrives (2) et de Jules Arnould (3).

Parfois, en revanche, il semble que la fréquence de ces accidents corresponde à une constitution inflammatoire (p. 194-195). Suivant Martin, l'épidémie du 57° de ligne coïncidait avec un état sanitaire du régiment aussi bon, meilleur peut-être que jamais : elle était même à ses yeux l'indice d'un surcroît d'énergie vitale dû au bien-être éprouvé par les soldats installés chez l'habitant ; cette

(1) Comme maladies concomitantes, Hunt et Kinglake insistent sur la fréquence de la scarlatine, de la variole en Angleterre; durant les années 1852-1853, Potier- Duplessy observait simultanément furoncles et rougeole.

(2) Il y a, dit Fonssagrives, des navires h. furoncles, et il semble que ces affections soient communes surtout dans les bâtiments dont l'impureté des cales donne lieu à des émanations considérables de gaz sulfhydrique. Cette infection sulfliydrique atteint son maximum dans les circonstances où les mouvements du navire entraînent une agitation plus considérable du marais nautique, et l'on comprend ainsi la fréquence relativement considérable de cette affection dans certains parages où ces mouvements atteignent leur maximum, comme aux environs du cap Horn. (Fonssagrives, Traité d'hygiène navale, p. 694.)

(3) « Les innombrables furoncles des élèves de Saint-Cyr ne seraient-ils point la manifestation de l'impression faite sur l'économie par l'atmosphère nécessairement animalisée de la vie en commum î N'y aurait-il pas là comme un degré inférieur, et très mitigé d'une impression miasmatique générale ? » Jules Arnould, Sur l'éliolocjie des furoncles et de Veclhyma dans la cavalerie, in Rec. de mém. de méd. mil., 3* série, t. XXXIII, p. C3, 1877.

tendance périphérique des manifestations morbides constituait pour lui une garantie contre les maladies internes. Peut-être l'abus de certains aliments épicés, de piment, de boissons spiritueuses contribuait-il à exagérer cet état pléthorique ; l'élévation de la température agissait parallèlement, d'ailleurs, comme le prouva l'augmentation de fréquence de ces inflammations superticielles durant les deux étés 1834 et 1833 (p. 811, note Ij.

A côté de l'influence delà chaleur subie dans les mers tropicales, Delioux de Savignac invoque aussi, comme cause des furoncles chez les marins, le régime échauffant du bord, vu la quantité relativement considérable de viandes salées et d'épices qui ûgurent dans ce régime, et la tendance ù la constipation, résultat de cette alimentation et de l'insuffisance d'exercice corporel.

§ vu. — PHAGÉDENISME DES PAYS CHAUDS.

Ulcères de Cai/enne, de Cochinchine, de Mozambique, de Sierra Leone, plaie de l'Yémen, de la Nouvelle-Calédonie, etc. — Une étude aujourd'hui plus complète, grâce aux travaux de Hirsch et aux recherches de nos collègues de la flotte (1), a permis de réunir en un groupe commun ces redoutables affections considérées longtemps comme distinctes, vu l'éloignement de leurs foyers réciproques; et d'y rattacher même des observations plus récemment recueillies à Taïti, Mayotte, et Nossi-Bé (Monestier).

Elles offrent le caractère commun de succéder fréquemment au traumatisme le plus léger : piqûres de moustiques, égratignures, pénétration, sous l'épiderme, du pulex penetrans (p. 745).

Mais ces causes purement occasionnelles n'agissent efficacement, dans la majorité des cas, que sur les organismes préalablement débilités par la misère et les maladies (2). C'est là, avant tout, une détermination locale d'une dyscrasie, quelle qu'en soit la nature.

Le miasme palustre, la syphilis, le scorbut, auxquels on a demandé compte de l'étiologie de ces ulcères, n'y conduisent que par la détérioration consécutive de l'organisme.

La rareté des atteintes des troupes européennes (3), l'immunité

(1) Ilirsch, Handb. fier Eisl. Geog. Path. - Voy. Ar-cli. de méd. 7iav., 18C7, p. 379. — J. Rocliard, E'/urfe synthétique sur les maladies endémiques. P&via, 1871.

[1) Le Roy de Méricoiirt, Arch. gén. de médewie, t. III, 1864.

(3) A Sierra-Leone l'ulcère atteint surtout la population nègre; en Coclnnclune la population indigène; pendant, la campagne de 1861-1862, en ce dernier pays es coolies chinois furent atteints bien plus que les soldats français (Did.ot); sur les

absolue des officiers tiennent à Ja supériorité de leurs conditions sanitaires.

Pour la môme raison, sans douLe, l'ulcère est plus grave à GayenTie, au Sénégal, sur la côte de Mozambique qu'à la Nouvelle- Calédonie dont le climat n'engendre, ni cbez les Européens ni chez les Indigènes, d'aussi profondes cachexies.

On peut se faire idée de la fréquence et de la gravité de cette affection par les chiffres suivants :

En Cochinchine, un corps d'armée de 6,000 hommes en offre 700 cas, dont 100 suivis de mort, et 30 d'ampulation (1).

En Arabie, la plaie de l'Yémen est si commune, qu'en trois ans elle réduisit de 4,000 à 1,300 un régiment turc (2).

Enfin à Cayenne oh, d'après Chapuis, l'ulcère phagédénique est fréquemment la conséquence de l'irritation dermique causée par la chique ou pulex peneti^ans (p. 745), cette affection se serait développée environ cbez le tiers d es condamnés (2,812 cas sur 8,373 transportés).

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