‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 164 sur 195 · VIII. — ÉPIDÉMIES DE MALADIES NERVEUSES · texte numérisé non relu

VIII. — ÉPIDÉMIES DE MALADIES NERVEUSES

Les processions de flagellants, notamment celles que provoquaient en 1349 les ravages de la peste noire, les épidémies de danse de Saint- Guy qui, en 1374, puis en 1418, se manifestèrent à Aix-la-Chapelle, Liège, Utrecht, Metz, Strasbourg, la croisade d'enfants de 1458 au mont Saint-Michel, sont les manifestations populaires les plus frappantes de maladies nerveuses, manifestations non isolées d'ailleurs, mais se rattachant à nombre de faits antérieurs du même genre (3) et se reproduisant sous forme atténuée jusqu'à la fin du siècle dernier.

côtes de In mer Rouge, les soldats turcs sont ménagés relativement aux soldats arabes. A Nossi-Bé, comme à Mayotte, encore les nègres et les indigènes. Azéma constate que les blancs atteints d'ulcère de Mozambique sont ceux qui avaient adopté la vie misérable des nègres. Voy. Hirscli, toc. cit.

(1) Didiot, Relation de la campagne de Cochinclnne, in Rec. méd., mil., t. XIV.

(2) J. Rochard, Etude synthétique sur les maladies endémiques.

(3) Dès le treizième siècle en Italie s'étaient réunies des troupes de flagellants, notamment en 12C0; quant à In danse de Saint-Guy, Hecker cite plusieurs faits antérieurs à 1418 : le premier aurait été observé en 1021 à Kolbig, où 12 paysans, qui troublaient par leurs cris et leurs danses l'offlce de Noël, furent maudits par le prieur du couvent, Ruprecht, qui leur souliaita de crier et danser ainsi pendant un an ;4 d'entre eux succombèrent, et le supplice des autres cessa grâce à l'intercession de deux évoques. Le voyage des enfants au montSaint-Micliel n'est que la répétition, suivant Hecker, do la croisade d'enfants [Kindcrfahrten) entreprise déjà en 120i, et dont le pâtre Étienne avait été l'apôtre.

A côté de ces faits, mentionnons ces névroses épidémiques parmi les martyrs des premiers temps du Christianisme, puis parmi les sorciers et les possédés du moyen âge, et qui se sont reproduites plus tard, sous forme identique, à Loudun sur la tombe d'Urbain Grandier, dans les Gévennes parmi les protestants persécutés par Louis XIV, à Paris autour du tombeau du diacre Pâris, et, plus près de nous encore, autour du baquet de Mesmer, et de quelques tables tournantes (-1).

On a considéré ces différentes maladies nerveuses comme appartenant à des types morbides disparus; c'est une erreur.

Les processions de flagellants, les pèlerinages d'enfants, ne représentent-ils pas, pour ces périodes de schismes et de fanatisme religieux, l'exagération de certaines pratiques de notre époque? Y a-t-il beaucoup de différence entre les bandes de danseurs du quinzième siècle, et les derviches tourneurs de l'Orient? certaines sectes protestantes de l'Amérique ne renouvellent-elles pas, dans leurs camp-meetings, ce tableau d'une manière frappante (2)?

Les anciennes épidémies de danse de Saint-Guy, dont Sydenham, puis Trousseau ont confondu à tort la nature avec la chorée, qui n'est qu'une maladie de la motricité, ne sont autre chose que l'hystéro-épilepsie de notre temps.

La démonstration clinique en a été donnée par Charcot; il a prouvé l'identité des attaques hystéro-épileptiques provoquées sous les yeux de son auditoire, et des crises représentées par les peintres des possédées et des convulsionnaires des quinzième et seizième siècles : la physionomie, les gestes, les attitudes de ces portraits correspondent aux diverses périodes de contorsions, de convulsions toniques ou cloniques, etc., considérées jadis comme des attaques démoniaques, et qui constituent les diverses phases de l'hystéro-épilepsie. Alors, comme aujourd'hui, les malades étaient immédiatement soulagés par la compression de Tabdomen (3).

(1) Andi'al, Maladies épidémiques, iii Dict, de méd. et chir. praf., t. VII, 1831.

(2) On voit en Amérique, parmi les nombreuses sectes du Méthodisme, des congrégations religieuses composées quelquefois de 10 à 12,000 personnes qui sautent, cliantent, dansent, rient, pleurent, écument, se roulent, s'évanouissent par centaines; dans une seule de ces assemblées, le nombre des maniaques tombés en pâmoison s'est élevé à 800. Voy. Alban, De la danse de Sai7it-Gu!/, Thèse de Paris, 1872, et Calmeil, De la folie, t. Il, p. 168.

(3) Ils réclamaient cette compression des assistants; ils plaçaient eux-mêmes à l'avance une ceinture qu'on n'avait qu'à serrer avec un bâton, un véritable garrot;

Aujourd'hui encore, chez nombre d"hysLériques, l'attaque est suivie de prédications religieuses, de prophétisations, etc. (Charcot) ; aujourd'hui encore, dans les climats extrêmes, et surtout dans le nord (p. 228-229), on rencontre des groupes épidémiques de convulsionnaires et de possédés dont le besoin de prêcher est l'une des manies dominantes.

Les causes principales de ces manifestations épidémiques à la fin du moyen âge furent : la misère qui non seulement agit sur les facultés intellectuelles, mais sur le système musculaire (J); l'ignorance et la superstition, si favorables à la production des hallucinations et des impulsions qui en résultent. Les sorcières, les lycan- Ihropes, tous ces malheureux, livrés si souvent aux supplices comme possédés du démon, ne furent que des hallucinés (2).

Produites par ces trois causes, les maladies nerveuses trouvaient pour se répandre l'intermédiaire de la contagion morale, de l'imitation (3) spécialement puissante à cette époque, vu la commu-

on obtenait le mÔme résultat. au moyen de coups de pied, de coups de poing, etc. Voy. Hacker, Mém. sur la chorée épid. du mcyenâge, m Ann. d'hyg., 1834.

(IJ Nous avons vu la plupart des maladies d'alimentation : ergotisra'e, béribéri, pellagre, retentir sur le système locomoteur; il en est de même de la tétanie produite dans des milieux soumis à des conditions d'affaiblissement analogues.

Telles sont les contractures des extrémités signalées en 1855 par Aran, à l'hôpital Saint-Antoine, où elle fut observée chez douze convalescents de fièvre typhoïde. Telle est surtout l'affection décrite par Trousseau sous le nom de tétanie, dans laquelle se manifesta non seulement la contracture des extrémités, d'où la flexion forcée des doigts et des orteils comme dans la riiphanie ; mais encore une sensation de fourmillement identique aussi à celui qui se manifeste dans cette dernière affection

(2) Calmeil a accumulé les preuves du rôle des hallucinations non seulement dans les grandes épidémies de délire du moyen âge, mais dans les explosions de théomanie et de démonolâtrie en divers pays (comtés de Vaud, 14 16 ; Artois, 1459 ; Lombardie, 1504-1523; Lorraine, I580-li9o; Savoie, 1574; Languedoc, 1577 ; Jura,' 1598- 1800), et notamment en quelques monastères (Moinesses de Cambrai, 1491 ; de Nazareth à Cologne, 1564; d'Uvertet et de Brigitte dans le comté de Hoorn 1551 • de Milan, 1590 ; Ursulines d'Aix. I6ll ; et de Loudun, 1628; Bénédictines de Madrid IG28; et de Louviers, 1642). Calmeil, De In folie, etc., passim, t. I et IL '

(3) Qu'on dise contagion morale avec Esquirol, ou imitation avec Calmeil cette influence est certaine. Bouchut a consacré une série d'articles intéressants à cette question (voir Union médicale, i8g2, et Nomeaux éléments de patholonie générale, 3« édition. Paris, 1875). Beaucoup de phénomènes nerveux d'ordre physique sont communicables aux témoins : le bâillement, le rire, le vomissement sont de ce nombre; on cite l'exemple dune femme prise de contractions utérines pour avoir assisté à un accouchement. Il en est de môme de divers sympiônjes morbides : toux de la coqueluche, accès épllopiiques, crises de la chorée, et de beaucoup d'impulsions morales; d'où les épidémies de suicide par les mômes moyens celles de lypémanies à formes de délire identiques, etc.

LÉON Colin. — Malad, épidém. 32

nauté des prédispositions morbides des personnes qui enlouraient les malades.

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