CHAPITRE VIII
Nous avons donné ce nom (p. 3 et 24) aux affections qui répondent habituellement à l'appellation de grandes épidémies : peste, •choléra, fièvre jaune. Ce sont des maladies infeclio-contagieuses de provenance exotique et accidentelles en nos climats, par opposition au groupe des infeclio-contagieuses banales (ch. IV, p. 608).
A. Caractères communs. — Ces trois affections offrent les analogies suivantes : 1° Origine endémique (p. 257) en des lieux souvent voisins d'un littoral maritime (p. 236), oti elles sont soumises à un cycle d'évolution multiannuelle, rappelant celui des autres maladies spécifiques (p. 455); l'intervalle de leurs apparitions, en ces foyers originels, semble indiquer l'influence éventuelle de conditions transitoires, d'origine probablement atmosphérique (1), qui viendraient s'ajouter aux conditions locales habituelles, et réveiller l'activité des germes morbides (p. 288) ; 2° Tendance à des explosions épidémiques, en dehors de ces foyers, suivant la direction des communications humaines, avec préservation relative des régions peu habitées et des altitudes (p. 240) ; habituellement ces explosions épidémiques s'accomplissent simultanément en diverses directions, sans doute encore par suite d'une influence atmosphérique générale, analogue à celle qui, en la même année, favorisera, sur des points éloignés, la nocuité des milieux typhoïgènes (p. 41); on dit alors qu'elles deviennent envahissantes; 3° Formation, sur leur parcours, de foyers secondaires oti leurs germes peuvent se conserver longtemps (p. 4C0), mais non définitivement; elles demeurent donc plus adhérentes à leurs berceaux originels que les autres maladies infeclio-contagieuses ; 4» Elles ne naissent point en mer ; l'irradiation extra-endémique exige un contact intimé entre ce berceau et l'intermédiaire de la transmission épidémique;
(1) Voy. plus haut, p. 41 et 286. Davaiiie invoquait récemment une influence analogue pour expliquer les alternatives de latence et d'activité des germes de la septicémie (Bull. Acad. méc/., févr. 1871, p. 137).
malgré la nécessité de celle imprégnalion locale, nous avons vu la différence de la genèse des maladies pestilentielles et de celle des maladies telluriques (p. 136-137); quant à leur nature parasitaire, nous l'admettrions si l'on avait prouvé, chose plus facile, celle des maladies contagieuses de nos pays : fièvre typhoïde, diphlhérie, variole, etc. ; 5° Enfin elles présentent cet attribut commun, dépendant de leur exoticité, d'être justiciables de mesures de prophylaxie internationale (Voy. livre. V, art. Quarantaines).
B. Caracth-es différentiels. — Ces analogies ont parfois entraîné des généralisations erronées. L'épidémiologie de la peste diffère de celle de la fièvre jaune; elle ne ressemble que de loin à celle du choléra. Que, dans un cours, on groupe ces affections pour mieux en faire saillir les points communs, c'est un procédé pédagogique qui peut avoir des avantages, mais à condition de rétablir, par l'analyse des faits, leurs caractères difiérentiels.
Or, non seulement ces trois maladies diffèrent cliniquement, mais déjà nous avons vu s'affirmer plusieurs autres dissemblances : différence de leurs modes de transmission (p. 96) ; diversité de leurs affinités pour : tel climat (p. 219), telle localité (p. 233), telle saison (p. 426), telles conditions individuelles (p. 302) ; discordance absolue de leur évolution séculaire (p. 466 à 469), etc.