III. — BOUTONS DE BISKARA, ALEP, BAGDAD, SUEZ, DELHI, BOMBAT, ETC
Ces affections, de l'ordre du lupus, se manifestent en divers points des zones intra et juxta-tropicale de l'ancien monde : Algérie, Syrie, Perse, Indes; d'où leurs noms vulgaires : bouton d'Alep, (le Delhi, de Suez, clou de Laghouat, de Biskara. C'est ce dernier, le
(1) Le fait suivant, communiqué par Lunier à la commission française, est d'une frappante ressemblance avec les épidémies de goitre dans l'armée:
« Le 17 juillet, dit Lunier, sur huit cents détenus de la maison centrale de Riom, deux cent cinquante-neuf portaient des goitres gros, moyens ou petits, mais généralement de petite dimension, soit 36 pour 100 de sujets goitreux. Or, d après le rapport que M. le docteur Aguilhon a présenté le 3 avril 1864 au conseil d hygiène de l'arrondissement de Riom, la proportion des cas de goitre chez les hommes adultes (obtenue par le dépouillement des procès-verbaux, des conseils de révision de 1833 à 1852) n'aurait été à cette époque, dans la ville de Riom, que ue 3 25 Dour 100 c'est-à-dire dix fois moindre. * Lunier ajoute que ces goitres si nombreux dans la prison de Riom se développent en général rapidement chez les détenus, le plus souvent dès les premiers mois de leur arrivée, (^oy. Bail-
Invtorgi' loC Cîtti
En Î812,'le goîlre aigu épidémique avait atteint, également les prisonniers anglais internés à Briançon.
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clou de Biskara, qui est le mieux connu, et ses caractères cliniques peuvent en général s'appliquer aux autres (1).
Leur endémicité est moins circonscrite que ne l'indiquent leurs noms. La plupart des médecins militaires qui ont observé le clou de Biskara ont démontré son existence dans la plupart des oasis de la région Saharienne (2). De même le clou d'Alep s'observe dans toute la Mésopotamie.
Bien que susceptibles de se développer en toutes saisons, ces éruptions apparaissent surtout à la fin de la période des chaleurs, en automne. Il n'y a rien de fatal dans la durée de l'imprégnation morbide. Il a suffit de quelques jours de résidence à Biskara pour y contracter l'affection ; dans des cas plus rares, la maladie ne s'est développée qu'après trois ou quatre ans de résidence.
Elle est également commune aux divers âges de la vie ; on la rencontre chez les enfants à la mamelle comme chez les adultes.
Les officiers, malgré la supériorité de leurs conditions hygiéniques, contractent le clou de Biskara aussi bien que les soldats. Sa fréquence est la même chez les hommes robustes, sanguins et chez les cachectiques ; une première atteinte ne confère aucune immunité future. Les animaux mêmes (chevaux) y sont sujets. La morbidité n'est pas la même chaque année ; quelquefois elle atteint le
(1) Il se développe dans le derme une petite saillie qui grossit lentement et sans douleur ; au centre de ce tubercule apparaît un petit point blanc constitué par du pus qui, après être passé à travers l'épiderme déchiré, se concrète à l'air en une croûte fendillée sous laquelle l'ulcération s'agrandit, en même temps que la croûte elle-même augmente de largeur. Comme siège d'élection, il faut noter les membres et la figure : sur 183 cas observés par Weber, il y a eu 87 fois- des clous aux membres inférieurs, 73 fois aux membres supérieurs, i7 fois à la face et 6 fois sur le tronc.
L'évolution morbide dure en général six mois, la guérispn survenant régulièrement en mars et avril; et il reste une cicatrice gaufrée, légèrement déprimée, de coloration brune parsemée de points plus clairs.
Il est rare qu'une personne n'ait qu'un clou; il y en a généralement 7 à 8; on en a vu plus de 40 chez le même sujet.
Au point de vue anatomique, le clou de Biskara est une dermite diffuse, constituée par l'épaississement du corps muqueux, la multiplication de ses cellules, la formation dans son épaisseur de loges qui se remplissent déjeunes cellules, structure analogue en somme à celle des tumeurs du lupus, des tumeurs syphilitiques de la peau, et au début des pustules varioliques. Voy. Weber, Études sur le clou de Biskara, in Rec. de mém. de méd. mil., t. XXXII, 1876.
(2) Voy. Alix, Castaing, Ctccaldi, Didelot, Ilamel, Massip, Netter, Ricque, Valette, in Rec. de mém. de méd. mil., t. VI, VIII, XI, XXXII, etc. — Le Roy de Méricourt, art. Bootons, in Dict. enc. des se. méd. — Hirsch, Hist -Geoa Pain. '
884 ÉVOLUTION DES ÉPIDÉMIES EN PARTICULlliR.
dixième, quelquefois le tiers, la moitié de la garnison, et des centaines d'individus sont simultanément frappées.
Gomme étiologie, les uns ont incriminé l'irritation des glandes sudoripares par les poussières sablonneuses apportées par les vents du sud, la suppression brusque du travail de ces glandes par le fait de la fraîcheur relative des nuits, hypothèses incompatibles avec l'immunité des personnes qui habitent d'autres régions de l'Algérie, voisines du désert, et y subissent ces mêmes influences.
La coïncidence (comme saison) du clou avec les fièvres intermittentes l'a fait considérer comme une manifestation de l'intoxication palustre ; il constituerait une sorte d'émonctoire critique; mais Biskara est un des postes de l'Algérie où la malaria domine le moins. L'atteinte fréquente des hommes robustes, des officiers, ne permet pas d'y voir un ulcère simplement atonique.
On ne peut davantage, malgré le nom que lui donnent les Arabes (maladie des dattes), l'attribuer à l'usage de ce fruit, dont les indigènes font leur nourriture habituelle en automne, mais que ne consomment guère les étrangers.
Enfin, il est une autre influence bromatologique à laquelle on a fait jouer un grand rôle, c'est l'usage alimentaire d'une eau très salée, l'eau de la Segnia, qui arrose l'oasis de Biskara, et qui renferme environ 2,30 de résidu salin par litre. L'opinion a été émise que l'élimination, par la sueur, de cette eau dont on boit d'autant plus en été qu'elle désaltère moins, entraînait l'irritation des glandes sudoripares; mais, contrairement à cette hypothèse, on voit le clou de Biskara aussi fréquent aujourd'hui qu'autrefois, bien que la ville possède actuellement des citernes dont l'eau ne renferme que 0,73 de résidu salin ; et enfin les mêmes clous s'observent dans nombre d'oasis (El Kantara, Oued-Ziban) où l'eau est très bonne et peu chargée de sels.
Le Roy de Méricourt fait ressortir également l'inanité des accusations formulées contre les eaux dans la genèse, non seulement du clou de Biskara, mais des boutons d'Alep et de Delhi; ici on a reproché à ces eaux l'excès de sulfate de chaux, là l'excès d'alun ou de matière organique, rien en somme de constant et de spécial.
Après avoir démontré l'insuffisance de cette étiologie, Weber lui oppose le résultat des recherches récentes de V. Carter, de Bombay, qui aurait constaté dans les petits canaux lymphatiques de la peau, autour des glandes sudoripares, l'existence d'un cryptogame dermophyte se présentant sous l'aspect de petits filaments, entrelacés et émettant des spores (conidies) à leurs extrémités
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libres (1). Le rôle de ce parasite nous semble cependant encore incertain, d'autant plus que l'inoculation ne donne que des résultats nuls ou très contestables comme valeur étiologique (2).
En général, ces affections (clous d'Alep, de Biskara, etc.) n'occasionnent pas de danger sérieux, et cependant il est important de noter l'apparition, en quelques cas, d'érysipèle qui a pu entraîner la mort, et d'accidents de pbagédénisme.
§ IV. — ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES (MAL DES BARBADES, JAMBE DE SURINAM, PIED