‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 170 sur 195 · DE COCHIN · texte numérisé non relu

DE COCHIN

Cette affection, absolument distincte de la lèpre des Grecs, et caractérisée par la dilatation des veines et des lympbatiques souscutanés, peut se manifester à l'état sporadique sur tous les points du globe (3) ; mais c'est dans les pays chauds qu'elle constitue des endémies parfois très denses (4) à côté de localités absolument préservées; cette circonscription avait frappé les historiens de l'antiquité :

Est Elephas morbus qui propter flumina Nili

Gignitui- iEgypto in medio, neque prsetereà usquàm >>. .

(1) Ce dermophyte proviendrait, suivant Weber, soit directement d'un sol spécialement apte à de semblables végétations, soit des dattes dont il constituerait un parasite se développant à l'époque de leur maturité.

(2) A Alep, les inoculations ont été négatives (J. Vortabel, Med. Times and Gnz. 1874). A Biskara même, Weber aurait réussi deux fois ; mais nous aurions aimé connaître le résultat d'inoculations pratiquées dans une localité autre que celle où l'affection est endémique ; nous nous demandons en effet si une simple piqûre ne peut suffire, dans les foyers d'endémicité, à déterminer l'apparition du clou, sans qu'aucun élément spécifique ait été introduit sous l'épiderme.

(3) Hirsch, /oc. ctY.; Ern, Besnier, de VÉléphantiasis, in Gaz. des hâp., 'î818.

(4) Aux Indes orientales, quelques districts sont tellement atteints qu'à Hugli il n'existe peut-être pas une famille dont ufi membre soit épargné; qu'à Cochin, suivant Annesley, on rencontre l'élépliantiasis chez un dixième des habitants. Ceylan en est un des foyers les plus intenses, surtout sur le littoral.

Il en existe également des foyers nombreux, isolés aussi les uns des autres, en Australie et en Polynésie.

En Arabie, en Égyptc, le mal est commun comme autrefois; et sur divers autres points du continent africain, en Algérie, en Sénégambie, au Cap, aussi bien que dans les lies voisines: Séchelles, Maurice, Réunion, il est endémique.

Dans l'Amérique du Nord, il n'existe qu'au voisinage de l'équateur h Mexico, aux Antilles, notamment aux Barbades, dont il porte le nom : mal des Barbades, et où il a été l'objet du travail si intéressant de Hendy. Sa fréquence est considérable au Brésil et au Pérou.

(6) Lucrèce, De rerum natura, LVI.

Cette limitation nous empêche d'accepter l'influence pathogénique de la répercussion sudorale invoquée par les auteurs qui en ont attribué la genèse à l'action de brusques refroidissements sur la peau en sueur (1); ce ne peut être là qu'une cause occasionnelle à laquelle s'adjoint sans doute la tendance, en ces pays, aux éruptions les plus diverses.

Malgré le développement progressif de la maladie par accès, malgré sa fréquence dans les localités basses et humides, l'impaludisme n'y est pour rien. A la Réunion, l'éléphantiasis était commun à l'époque où les fièvres intermittentes étaient inconnues (2).

On a incriminé l'usage en boisson de l'eau altérée par la décomposition de produits organiques, et spécialement par la macération des feuilles du Pandanus odoratissimus, mais Hendy fait observer qu'aux Barbades, où le mal est à son maximum de fréquence, l'eau à boire est excellente.

Nous avons indiqué la possibilité de son origine parasitaire (3).

Suivant la plupart des observateurs, l'éléphantiasis est commun, surtout chez les hommes de couleur; à la Réunion, Mazaé-Azéma l'a rencontré plus souvent chez les créoles et a constaté sa rareté chez les individus de race noire sans mélange. L'anémie, la misère, la malpropreté y prédisposent. Non seulement chez l'homme la réceptivité existe à tout âge, mais les animaux y sont aptes, comme ils le sont au goitre ; comme pour le goître encore, un changement de climat atténue et souvent guérit l'affection. Mais, d'après les observations de Levacher aux Antilles, de Guyonen Algérie, le mal, contrairement au goître, n'apparaît chez les étrangers qu'après un séjour de plusieurs années dans son foyer d'endémicité.

§ V. — VEBUGA.

C'est la plus circonscrite des endémies : elle serait limitée à une

(1) Suivant Levacher, l'habitude des nègres, des Lidous, de marcher nu-pieds dans leurs rizières à moitié inondées, serait pour beaucoup dans la fréquence de cette maladie aux Lides soit orientales, soit occidentales. Voy. aussi Mazaé- Azéma, Traité de la Lymphaiigite endémique des pays chauds, p. 54.

(2) Mazaé-Azéma, loc. cit., p. 58.

(3) La maladie éléphantoîde de Patrick Manson, qui ne représente en somme que l'ensemble des symptômes de l'éléphantiasis des Arabes, dépendrait surtout, en ses diverses manifestations, de l'obstruction mécanique des lymphatiques parles filuires embryonnaires du sang (Voy. p. 769).

Elle cesserait d'être endémique dans les localités du globe où les moustiques ne sont plus représentés que par des espèces incapables de nourrir les filaires à leur état embryonnaire.

ENDÉMIES PROPREMENT DITES. 887

région du Pérou sise sur le versant occidental des Andes, d'où le nom de Veruga Andicola, et comprise entre les 9" et 16° degrés de lat. sud, et les 75° et 81° degrés de long, ouest (1). Dans celte surface rectangulaire, l'affection serait d'autant plus grave qu'on s'éloignerait davantage du littoral pour remonter dans les vallées qui s'élèvent vers l'axe de la chaîne des Cordillères (2).

L'origine en est fort obscure; on croit peu aujourd'hui à la puissance toxique de VEau de Veruga (3). Quant à ce prétendu miasme, analogue au miasme palustre , et qui, suivant Dounon, acquerrait son maximum de densité et de nocuité dans les villages de San-Ulaya et de Hatucana, situés au fond de gorges mal aérées, le rôle en est aussi douteux que celui des oscillations de température entraînées en ces régions par la violence des vents qui, ;descendant des Cordillères, balayent brusquement les vallées où règne l'endémie.

Il ne suffit pas de traverser le foyer de l'endémie pour être atteint, pas plus qu'il ne suffit de boire une fois aux sources incriminées par Tschudi; mais l'affection se développerait presque fatalement après quelques semaines de séjour (4).

(1) Dounon, Arch. de méd. nav.,t. XVI, 1871 ; - Bource, Quelques mots sur la Veruga, in Arch. de méd. nav., t. XXV, 1876.

(2) Ainsi la mortalité des malades traités h Lima, et provenant de localités voisines, d'une altitude de six à huit cents mètres, ne serait que de 1 sur 50, tandis qu'à des altitudes plus considérables, et dans les localités les plus éloignées du littoral, le pronostic de la maladie serait comparable à celui des affections Ips plus graves. Dounon, loc. cit.

(3) Tschudi, qui en a rapporté l'origine à l'eau de certaines sources, appuie son opinion sur cette circonstance du développement de l'endémie dans un bataillon qui s'était abreuvé à l'une de ces sources, alors que les soldats d'un autre bataillon qui n'avait point fait usage de la même eau furent complètement ménagés. Or Dounon conteste formellement cette étiologie ; il insiste même sur la bonne qualité, apparente au moins, des eaux des villages de San-Ulaya et Hatucana dont la saveur, la limpidité et l'analyse chimique excluent l'altération soit par un excès de principes minéraux, soit par des matières organiques en putréfaction. Il cite un certain nombre de personnes qui ont bu impunément cette Eau de Veruga sans ressentir aucun des symptômes qui, suivant Tschudi, eussent dû se développer aussi fatalement qu'après une intoxication.

(4) Bource rapporte que sur 40 marins déserteurs d'un navire anglais, 30 succombèrent à cette affection après quelque temps de résidence dans la vallée de ca Oroya, à travers laquelle on établit le chemin de fer Transandin destiné, comme son nom l'indique, à établir une communication entre le Pérou et le versant brésilien des Cordillères. La construction de ce chemin de fer a occasionné dans cette vallée une agglomération exceptionnelle d'ouvriers de toute nation, qui ont fourni matière à une épidémie de veruga de 1872 îi 1874.

e'i'iff étrangers indique au moins que c est là une affection indépendante de toute condition héréditaire caractère qui la rapproche peut-être de certaines endémies comme le bouton de Biskara, et l'éloigné des profondes cachexies, lèpre syphilis, dont le concours détermine tant de maladies complexes dans les pays chauds, mais les détermine surtout parmi la population autochtone, soumise de longue date à ces inQuences morbides, qui s'augmentent à chaque génération (p. 268) ^ Quelle que soit la nature de l'affection, on ne peut lui contester, jusqu à plus ample informé, une certaine individualité symptomatique qui nous force à suspendre encore notre jugement sur ses rapports avec des maladies mieux connues (1).

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