CHAPITRE PREMIER
INDICATIO.NS ET BASES DE LA PHOPflYLXXIE.
i° Indications fournies par l'épidémie elle-même. — Dans les intervalles des épidémies, l'étude de leur prophylaxie est habituellement trop négligée. Ce n'est en général qu'après l'apparilion d'un iléau exceptionnellement grave que les médecins expriment leur ■conviction en faveur des mesures qui auraient pu le prévenir; alors apparaissent les plans, souvent les plus grandioses et les moins réalisables, de réorganisation sanitaire; puis, à mesure que ce mal arrive à sa période stationnaire, et surtout à son déclin, on se laisse gagner par la pensée qu'il n'y a plus lieu d'appliquer les améliorations tout d'abord invoquées ; peu à peu on se réconcilie avec les errements anciens; le calme renaît entre administrateurs et médecins, pour une période plus ou moins longue, sur une question qui,, plus tard, reviendra tout aussi urgente. Retournant à leurs travaux de prédilection, les médecins abandonnent cette étude, pour se livrer plus spécialement à l'analyse des lésions, des symptômes observés; et l'histoire clinique de l'affection qui vient de passer sous leurs yeux y gagne plus, en général, que la science des moyens à opposer à sa réapparition.
En quelques [pays cependant, le retentissement de ^ces faits est plus durable; on applique les conclusions prophylactiques qui en découlent ; c'est à ce titre qu'on a pu dire en Angleterre que, de tous les conseillers sanitaires, le plus efficace avait été le choléra.
L'inertie est plus grande encore quand il s'agit de ces maladies populaires de chaque jour, de provenance autochtone qui, moins
effrayantes parce qu'elles sont plus familières, jouent un rôle mortuaire plus considérable que celui des affections exotiques. A peine songe-t-on, dans les grandes villes, à en déterminer le lieu et les conditions d'origine. Nous sommes informés, par les patentes de santé des navires, des dangers de certains foyers morbifiques lointains; si nous savions d'où proviennent les premiers cas d'une recrudescence de variole, de fièvre typhoïde,la question de prophylaxie découlerait de cette notion aussi bien que les indications thérapeutiques surgissent de l'évolution morbide elle-même. Rien n'est plus important que cette circonscription initiale du foyer morbide (p. 368). A Paris, par exemple, tout cas de maladie épidémique et contagieuse devrait être signalé non seulement quand il se manifeste dans un garni, comme le prescrivent les règlements (1), mais n'importe la demeure où il est observé. Il faut que le vide soit comblé entre le médecin d'hôpital qui est le plus à même d'observer la masse des maladies populaires, et le médecin de quartier, témoin de leur développement en telle rue, en telle maison ; que d'épidémies encore domiciliaires, faciles à entraver, passent inaperçues et se développent sourdement, parce que le transport du malade à l'hôpital en fait perdre la piste! Giâce aux médecins du conseil de salubrité, à ceux des bureaux de bienfaisance, on peut avoir la géographie médicale de Paris avec ses variations et ses indications prophylactiques quotidiennes; et ici encore on ne ferait qu'imiter Bruxelles.
Dans les départements on voit, par des publications récentes,, combien il reste à faire pour que les Conseils d'hygiène arrivent aussi à cette détermination locale des dangers à combattre (2). Je constate, à quarante ans d'intervalle (3), les mêmes doléances sur
(1) Voy. Ordonnance du 7 mai 1878. — E. Trélat et 0. du Mesnil, Rapport sur les logements des classes nécessiteuses, et Du Mesnil, Les garnis insalubres de la ville de Paris {Ann. d'hyg., 1878).
(2) « Si les questions d'hygiène intéressant certains centres de population urbaine ou rurale ont été bien étudiées et bien résolues sur quelques points de la France, l'hygiène générale, celle qui a pour base les recherches démographiques et l'élude des endémies dans leurs rapports avec la topographie, est toute à faire et ne se fera que sur un effort simultané et persévérant de tous les conseils d'iiygiène. » Bergeron, les Conseils d'hygiène des départements, in Rev. d'hyg., t. I, p. 40, 1879. Voy. aussi Drouineau, Nos Institutions d'hygiène, id., p. 177.
(3) « C'est en général lorsque le mal a frappé les populations, que les instructions sont données ; on s'occupe plutôt de le combattre que de le prévenir. » Piorry, Rapp. sicr les épid. qui ont régné en France de 1830 à 1836, in Mém. de l'Acad. de méd., t. VI, p. ), 1837.