VI. — PROPHYLAXIE DES MALADIES ALIMENTAIRES
Les progrès de l'agriculture, la facilité des communications, et par conséquent des ravitaillements, ont contribué à la réduction, «n nos climats, de la fréquence des maladies alimentaires. La vulgarisation de l'usage des pommes de terre a diminué les épidémies d'ergotisme; le choix des semences et le grillage des grains suspects après la récolte ont atténué les épidémies de pellagre.
Quant au scorbut, sa prophylaxie a pris un caractère de certitude scientifique de plus en plus marqué.
Tous les éléments qui concourent à l'intégrité de la nutrition sont des antiscorbutiques: substituer desdemeureasalubresà des maisons
y24 PROPHYLAXIE DES ÉPIDÉMIES.
trop humides, installer sur le pont des navires, en les exposant à l'action solaire, les individus d6bilit(^s par un séjour trop prolongé à l'intérieur du bâtiment, c'est combattre l'altération des fonctions cutanées. Mais c'est surtout l'alimentation qui doit être surveillée, et dans le sens indiqué plus haut (p. 707) : sulfisance proportionnelle des végétaux frais. Les exigences de l'aménagement des navires ne permettent souvent que l'embarquement du principe utile de ces végétaux : leur suc. On ne peut qu'approuver l'application à notre flotte de la méthode prophylactique usitée en Angleterre, les distributions de jus de citron; et nous nous associons pleinement aux vœux exprimés pour son introduction réglementaire dans notre marine marchande (1).
Pour apprécier la valeur de ce moyen prophylactique, il ne faut tenir compte que des circonstances dans lesquelles le lime-juice a été préparé, conservé et distribué avec les soins convenables. Dans son travail si riche en faits et en déductions pratiques, Waller Dickson (2) a démontré que les prétendus insuccès reprochés à cette substance se rapportaient surtout à deux ordres de circonstances,, dont on ne peut certainement arguer contre elle :
1° A la fabrication, actuellement répandue en Angleterre, d'un lime-juice factice, préparé avec de l'acide citrique et une minime quantité de carbonate de potasse ; cette préparation, qui se décompose moins facilement que la conserve de citron, est, pour cela, préférée par les capitaines de commerce : mais elle n'en offre point les propriétés antiscorbutiques, ne renfermant pas la matière végétale fraîche, qui, sans doute, contribue surtout à l'action du véritable lime-juice.
La fraude essaye cependant chaque jour de substituer, à la conserve de citron, des compositions artificielles (3).
2" A l'altération, à bord des navires, du véritable jus de citron qui, en maintes circonstances, n'est plus accepté qu'avec répugnance par l'équipage : cette altération résulte de la mauvaise habitude prise par quelques capitaines, d'emporter leur approvisionnement de /wieiuice dans un tonneau d'une capacité considérable (13 à 20 gallons) ;
(1) Voy. Matbelin, De la prophylaxie du scorbut dans la manne marchande (Bull, de la Soc. de méd. publ., 22 janvier 1879 et Annales d'hygiène, /879).
(2) W. Dickson, OnScurvyin the mercaiiliie marine, iSGG.
(3) D'après les rapports de Bell, directeur du laboratoire de Somerset House, on a dû, dans le cours de la seule année 1875, refuser environ 23,000 gallons (soit environ 1000 heclolitres) de lime-ji'V'e préparé pour l'usage de la marine marchande. Dans la plupart des cas, ce prétendu lime-iuice était une solution factice de divers sels.
le vide produit dans ce tonneau, à mesure qu'on fait les distributions, entraîne la décomposition du reste de l'approvisionnement, décomposition favorisée par les mouvements du navire qui agite d'une manière permanente le liquide au contact de l'air, i/altération est rapide surtout, on le comprend, dans les régions tropicales.
Il faut donc du lime-juice naturel, renfermé dans des tonneaux assez petits pour n'être entamés que successivement et maintenir le médicament à l'abri de l'air. Grâce à cette précaution, le limejuice sera conservé durant des périodes plus longues que celles des traversées les plus considérables; des navires franchiront plusieurs fois l'équateur, sans qu'il s'altère; et grâce à ces précautions, Parry a pu séjourner plus de deux ans au pôle Nord, sans un seul cas de scorbut dans son équipage.
g vu, — PROPHYLAXIE DES MALADIES PAHASITAIH ES.
Les moyens prophylactiques les plus importants sont : 1° contre les parasites pénétrant par l'enveloppe cutanée (pulex penetrans, fllaire), la propreté des lieux et des personnes, la garantie de toute la surface du corps, et surtout des extrémités inférieures, par des vêtements appropriés; 2° contre les autres parasites, la bonne qualité de l'alimentation, et des eaux de boisson.
C'est grâce à la flltration et à la pureté relative de leurs eaux que les populations urbaines sont aujourd'hui à l'abri des épidémies d'ascarides, et qu'en Algérie les accidents causés par les sangsues sont devenus de plus en plus rares (p. 763).
Les hommes les plus compétents, spécialement H. Bouley, rappellent chaque jour la nécessité d'assurer plus complètement l'inspection sanitaire des viandes de boucherie. En Allemagne, cette inspection est rigoureuse et permet de rejeter chaque année de la consommation un chiffre considérable de porcs ladres (1), de jambons, et autres préparations infectées de trichine. Il importe donc de vulgariser les caractères des viandes provenant d'animaux atteints de ces deux affections : ladrerie et trichinose (2) ; car ma conviction est qu'il meurt journellement des individus trichinés dont on ne soupçonne pas l'affection (757).
Si la trichinose humaine était, en nos pays, de provenance au-
(1) En 1876, on reconnut aux abattoirs la ladrerie de 4705 porcs, soit 1 sur 3G7.
(2) Delpecli, De la ladrerie chez le porc, in Ami. d'kyg. pubt. et de méd. lég., 1864, t. XXI, p. 62. — Bouley et Nocard, Des moijens pratiqws de constater la bonne qualité des viandes de boucherie, in Cong. int. d'Injg, de Paris, 1878.
PltOPllYLAXlE DES ÉPIDÉMIES, lochtone, due à la consommation de la viande des porcs élevés sur place, peul-ôtre pourrail-on, en veillant à l'hygiène alimentaire de ces animaux, diminuer leur chance d'en prendre eux-mêmes les germes dans les déjections ou les débris d'autres animaux aptes à lallection, et les rendre ainsi inoflensifs pour l'homme ; mais la plupart des viandes infectées proviennent de l'étranger; on n'a d autre garantie que leur visite, mais leur visite au inicroscope, dont 1 usage, indispensable pour déceler la trichinose humaine, s'impose également pour déceler le même parasite chez l'animal.
La viande de porc doit être l'objet non seulement d'un examen préalable à sa vente, mais d'une cuisson spéciale. D'une manière générale, « quand le rôti n'est plus rouge et qu'en le coupant il n'en sort plus de jus de cette couleur, on peut être parfaitement tranquille à l'égard des trichi nés (1). »
La cuisson suffisante de cette viande conjurera sans doute aussi la propagation du ténia armé, et le même moyen appliqué à la viande de bœuf détruira les germes du ténia inerme.
Dans la plupart des villes des pays civilisés, la prophylaxie de ces parasites nous semble devoir se limiter au choix et à la cuisson suffisante des viandes de boucherie. Rien ne prouve que les anneaux et les œufs évacués par l'homme infectent les animaux élevés dans les banlieues de ces villes (2).
Il en est autrement du pays où coexistent, en s'entretenant réciproquement, les épidémies et les épizooties vermineuses (p. 184 et 752); ici surgissent évidemment les indications, prophylactiques: séquestration des matières fécales, aménagement des cours d'eau, mises en pratique dans les pays civilisés.