‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 18 sur 195 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DOCTRINES DES CAUSES INACCESSIBLES A l'hOMME. ARTICLE i"'. ÉPIDÉMICITÉ. GÉNIE EPIDÉMIQUE.

La doctrine de l'origine surnaturelle des épidémies qui s'imposait presque forcément à une époque où l'on ignorait les bases principales de toute étiologie, où l'on ne soupçonnait l'existence ni des miasmes ni des virus, s'est maintenue jusqu'à nos jours, variant seulement dans ses formules dont les plus usitées sont actuellement celles d'épidémicùé et de génie épidémique.

Ces termes sont familiers surtout aux auteurs qui acceptent le caractère impénétrable, inaccessible, à priori, non-seulement à toute explication, mais à toute recherche scientifique, des différentes conditions qui concernent l'origine, la propagation, la marche, la rétrocession plus ou moins subite des grandes épidémies; leur conclusion, on le verra, c'est l'asservissement de l'homme à ces fléaux ; à quoi bon la moindre tentative prophylactique contre désaffections supérieures à tous nos moyens?

Celte notion a été isolée, détachée, pour ainsi dire, de l'affection elle-même, pour constituer cet être impersonnel, inaccessible à la rajson humaine : le génie épidémique, dans lequel, pour beaucoup, il suffit d'avoir foi pour négliger toute autre recherche ; le mot épidémie cesse pour eux de représenter une somme, un groupe daffeclions similaires; il signifie la force créatrice de ces affections, la force qui les guide, la force qui les anéantit.

Des auteurs ont été frappés, dans l'évolution des maladies pestilentielles, d'un certain nombre de faits certainement fort étranges, parmi lesquels ils ont surtout relevé :

1° Le règne presque permanent, à l'état d'activité, de ces fléaux aans les limites de leurs berceaux d'endémicilé ;

2» Puis, sans que les moyens de communication avec les pays lointains se soient notablement multipliés, leurs apparitions à longues intermittences, dans ces derniers pays ;

3" Et, enfin, le mouvement de déclin souvent rai ide de ces invasions épidémiques, mouvement s'accomplissant même quelquefois brusquement, alors que peu d'individus ont été frappés, et qu'il semblait que grand nombre de victimes fussent encore menacées. Dans ces bizarres alternatives de torpeur et d'activité du mal, on a pensé voir un des principaux caractères du génie épidémique, de cette puissance étrange qui viendrait pour ainsi dire s'armer de temps en temps d'un fléau impuissant par luimême à franchir les limites d'une certaine zone géographique. Les conditions hygiéniques des pays atteints, leurs communications avec les foyers pestilentiels, les phénomènes météorologiques demeurant apparemment les mêmes, une influence occulte devait se surajouter pour transformer le mal endémique en mal épidémique, et affirmer l'existence d'un nouveau facteur morbide, du quid divinum, du génie épidémique.

Citons des exemples : chaque apparition du choléra en Europe, chaque expansion de la fièvre jaune en dehors du littoral du golfe du Mexique impliquent des modifications sinon dans la nature de ces affections, au moins dans les causes qui président à leur généralisation, modifications essentiellement adventices, éventuelles, que l'on exprime d'une manière plus saisissante en disant qu'alors le mal devient envahissant (1).

N'en est-il pas de même pour la peste d'Egypte qui, malgré sa contagiosité, a toujours semblé, soit dans son berceau originel, soit dans ses expansions à la surface du monde, assujettie à des périodes d'intermission dont nous indiquerons l'évolution cyclique ?

On sait combien sont nombreuses, incessantes, nos communications avec l'Angleterre, littéralement infectée parla scarlatine qui, dans la mortalité de ce dernier pays, joue un rôle comparable à celui delà fièvre typhoïde chez nous; en France, cependant, la scarlatine ne donne lieu que bien rarement à des explosions épi- 1 démiques, explosions qui s'arrêtent en général rapidement, bien que chaque fois le nombre des individus à atteindre demeure considérable au moment de ce retrait.

N'avons-nous pas vu également la variole, malgré son endémi-

(1) Fauvel, Le choléra, étiologie et prophylaxie. Paris, 1868.

Page 1