DOCTRINES DES CAUSES INACCESSIBLES A L'HOMME
dans leur origine, se grouperaient entre elles, pour constituer à la surface du globe une vague pandémique, parallèle à l'équateur magnétique et qui serait douée d'un mouvement d'ascension régulier du sud vers le nord. Elle mettrait quatre ou cinq ans à remonter du cap de Bonne-Espérance à la limite septentrionale des climats tempérés. A diverses reprises, Robert Lawson aurait constaté le cours ascendant vers le nord de cette vague pandémique, sur une immense surface limitée à l'est par l'île de Ceyian (80° lat. est), à l'ouest par la Nouvelle- Orléans (90° lat. ouest), au sud par le cap de Bonne-Espérance, au nord par l'Irlande, sur la moitié par conséquent du monde habité. Il prend comme base de ses observations les variations de mortalité dans les diverses stations de l'armée anglaise, on le passage de la vague en question augmenterait le nombre des fièvres de tout genre et le chiffre des décès, pendant une période de temps qui indique une influence assez prolongée, puisque celte période peut être de deux à trois ans dans chaque localité.
Il cite comme exemple la gravité des maladies au cap de Bonne- Espérance en 1822, suivie d'une aggravation analogue : en 1823, sur la côte d'Afrique et à Maurice; en 1824, à Ceyian, à Malte et à Gibraltar; en 1823, aux Indes occidentales, et particulièrement à la Jamaïque où l'épidémie fut terrible ; en 1826, en Europe où régnèrent exceptionnellement alors les fièvres intermittentes.
D'autres vagues auraient surgi en 1845, en 1853, etc., vagues remontant toujours du sud au nord, parallèlement aux lignes de même inclinaison magnétique.
D'après cette doctrine, il semblerait que la fièvre soit une maladie indéterminée, prenant la forme de fièvre jaune en Espagne, de fièvre palustre bux Indes, de fièvre typhoïde en France, de peste en Asie, de fièvre à rechute en Irlande. Cette manière de voir nous rappelle sous divers rapports une conception purement spéculative émise par Audouard. Voulant peindre à l'esprit la répartition géographique de la peste en Afrique, de la fièvre jaune en Amérique, delà fièvre pernicieuse au sud de l'Europe, et du typhus au nord de cette dernière région, Audouard a tracé (1) l'image d'un être fictif, d'un monstre tétraogénique, qui, sous quatre formes différentes, dévore l'espèce humaine.
C'est, suivant nous, faire une abstraction trop complète de la clinique et tomber dans l'exagération contraire à celle des auteurs
(1) Audouard, Recherches sw la contagion des fièvres intermittentes, p. 259
qui ne voient partout que des foyers morbides différents et des affections distinctes.
Si la doctrine de Robert Lawson laisse encore bien à désirer , elle constitue néanmoins, comme tendance, un progrès parce qu'elle substitue une certaine donnée scientifique à la simple notion d'épidémicité ; elle encourage ceux qui cherchent à analyser cette obscure étiologie et à soulever plus ou moins le voile dont elle est demeurée trop longtemps couverte.