‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 24 sur 195 · DOCTRINE ANALYTIQUE. — MULTIPLICITÉ DES CAUSES DES ÉPIDÉMIES · texte numérisé non relu

DOCTRINE ANALYTIQUE. — MULTIPLICITÉ DES CAUSES DES ÉPIDÉMIES

Les observations qui aboutissent à la démonstration de certaines influences accessibles à nos sens, ont une bien autre valeur, au point de vue scientifique, que les données si vagues et si peu satisfaisantes de la doctrine de l'épidémicité.

Mais ici encore se dresse un écueil contre lequel nous tenons à

(1) « Hopes that never will be, never can be, realised. » Parkin, Epidemiology , orthe Remote Cause of Epidémie Disease in ihe Animal and Vegetable Création. Londres, 1873.

prémunir ceux qui étudient hi marciie des affections populaires ; c'est l'excès d'importance accordée à la cause qui les a plus spécialement frappés, et la tendance à généraliser l'influence de cette cause, en lui attribuant, désormais et en tous lieux, la palhogénie de l'affection qui s'est déroulée sous leurs yeux.

Quand' on réside en une localité imparfaite au point de vue de l'hygiène, on attribue volontiers à ce desideratum, quelle qu'en soit la nature, la fréquence des affections qui s'y manifestent, et dont on oublie trop facilement les apparitions souvent communes en des localités complètement différentes de ce lieu d'observation.

Telle a été, suivant nous, l'erreur de généralisation de certain auteur qui, d'après les conditions du sol de Munich, a voulu rapporter la fièvre typhoïde îM'influence exclusive de conditions telluriques identiques à celles de cette ville.

Malheureusement, c'est une tendance propre à l'esprit humain que l'intolérance des doctrines nouvelles, et même le discrédit qu'elles jettent sur les opinions qu'on avait antérieurement professées.

Nous voyons actuellement nombre d'auteors fort distingués attribuer le développement de la majorité des maladies épidémiques aux influences de divers foyers de décomposition animale. Il est certain que les maladies pestilentielles, spécialement le choléra, la fièvre jaune, cette dernière surtout, sont singulièrement favorisées, dans leur expansion, par les émanations miasmatiques provenant de ces foyers; il est certain, en outre, que d'autres maladies, susceptibles de recrudescence épidémique, comme la fièvre typhoïde, la dysenterie, semblent non-seulement favorisées, mais procréées de toutes pièces par ces émanations. Mais, quand, à côté des faits ofi cstte procréation a eu lieu réellement, nous en voyons des masses d'autres dans lesquels la même influence putride n'a rien produit, ou bien dans lesquels l'une de ces affections, fièvre typhoïde, dysenterie, s'est développée sans la moindre circonstance infectieuse, comme lorsque la fièvre typhoïde apparaît à la suite de causes morales, la dysenterie t\ la suite de refroidissement, nous devons comprendre que l'influence du foyer de décomposition animale ne constitue le plus habituellement qu'un des facteurs de ces affections et n'en représente pas, .à elle seule, toute l'étiologie.

Que penser de l'opinion qui récemment attribuait ;\ l'infection des égouts de New-York l'explosion de la méningite cérébro-spinale en cette ville? Ce mode d'infection n'est-il pas vieux comme le monde, antérieur de bien des siècles à cette maladie pourtant

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si nouvelle? N'est-il pas moindre aujourd'hui qu'autrefois? Et l'infection invoquée à New York n'a-t-elle pas été simplement une des conditions banales d'exagération de tant de maladies épidémiques?

Parlerons-nous de l'excès de généralisation des auteurs qui, d'après l'étiologie d'une seule affection épidémique, ont voulu conclure à celle de toutes les autres? Tel est, par exemple, le système d'un écrivain moderne, pour qui la plupart des épidémies seraient des formes variées, mais étiologiquement identiques de la fièvre de famine. Depuis la peste d'Alhènes (le terme Xop.oç, appliqué à cette affection, viendrait de Xt[xoç, faim) jusqu'à la fièvre à rechute de Dublin, à la fièvre des jungles de l'Inde^ à la dengue, et à une vingtaine au moins d'autres affections épidémiques, tout serait dû à la famine. Même exagération chez ceux qui demandent toute l'étiologie de ces affections aux influences du sol; non contents de l'immense part faite aux émanations telluriques par les vastes proportions des foyers de fièvre intermittente à la surface du globe, ils chercheront encore, dans ces émanations, l'origine des maladies les plus diverses : choléra, fièvre typhoïde, suette, rhumatisme, etc.

Pour d'autres tout serait dû désormais à la contagion. En veuton la preuve ? Grâce au progrès de l'hygiène, le typhus paraît ne plus trouver, dans les pays civilisés des climats tempérés, les conditions génératrices de son développement. Sa non-apparition pendant notre dernière guerre (1870-1871), malgré les souffrances de nos populations et de nos soldats, entraîne dès lors d'éminents observateurs à récuser à cette affection la puissance de se développer sousl'inUuence des miasmes de l'encombrement; on fait table rase d'une observation séculaire prouvant que des explosions de typhus avaient correspondu, depuis Fracastor, à tous les malheurs créés par la guerre, et l'on affirme que le typhus ne peut paraître chez nous qu'à la condition d'y être importé. Et cependant, il y a quelques années à peine, nous avions des exemples de cette spontanéité du typhus, soit durant la guerre de Crimée (1834-56), soit pendant l'épidémie d'Algérie (1867), soit enfin dans quelques circonstances moins considérables, comme par exemple à bord du bâtiment égyptien Vlbraihmieh dont nous-môme avons rapporté l'histoire (1); voilà un fait qui s'est passé tout près de nous, dans un de nos ports, tout récemment, et auquel il semble que les partisans exclusifs de l'importation ne veuillent point s'arrêter I

(I) L. Colin, article MiasmeJu Dictiohnnireencydopéduiue des sciences médicn/ns.

'tO ORIGINE DES ÉPIDÉMIES.

H est certain que l'esprit ne peut admctlre qu'une influence unique ou similaire : infection, contagion, alimentation, engendre, h elle seule, tant de maladies différentes; il n'y a donc pas à s'arrêter à ces excès de localisation exclusive de toute l'étiologie morbide dans l'influence d'un agent identique; c'est à chacun des facteurs négligés au bénéfice d'une cause unique qu'il faut s'adresser tour à tour pour lui demander son rôle dans la pathogénie des épidémies.

En général, quel que soit le dogme auquel on se rattache au point de vuedeTorigine des épidémies, ce dogme, s'il est exclusif, auraitle grand tort, lors même qu'il répondrait aux aspirations les plus modernes delà science, de conduire à deux erreurs : 1° à la croyance en l'uniformité de l'étiologie de toutes ces affeclions, croyance trop facilement acceptée de ceux qui, connaissant une maladie, en déduisent la pathogénie de toutes les autres ; on supprime ainsi une série de laborieuses études appliquées à chacune d'elles; substituer une causalité unique à une série d'influences pathogéniques, c'est substituer une exactitude apparente à la vérité ; 2° à la croyance à une prophylaxie identique contre toutes ces affections, croyance qui, elle, n'est plus seulement une erreur, mais encore un danger.

On se méprend singulièrement d'ailleurs sur la facilité de détermination des causes des maladies populaires. Ainsi la cause locale invoquée dans telle ou telle épidémie, par celui qui l'a observée, cause que les faits paraissent affirmer, doit être elle-même sévèrement analysée avant acceptation définitive.

L'influence attribuée par les divers auteurs aux conditions pathogéniques des seules épidémies dont ils ont été les témoins, prend en effet à leurs yeux une importance qui parfois doit être singulièrement réduite si l'on se place à un point de vue plus élevé.

Ceci demande explication.

Il est une circonstance que nous voyons apparaître souvent lors de la manifestation des maladies épidémiques, même de celles qui sont de nature spécifique, et surtout de la fièvre typhoïde : c'est la simultanéité des explosions du mal sur une surface considérable de territoire, dans des centres de population, non-seulement fort nombreux, mais encore éloignés les uns des autres. Cette coïncidence nous a frappé, nous surtout qui, en raison des exigences de notre enseignement, avons relevé, depuis nombre d'années, les relations d'épidémies publiées par nos confrères de l'armée et des départements. Il est certain qu'il y a des années où ces épidémies se présentent, sur les points les plus divers de la France, avec une fréquence et une gravité exceptionnelles; qu'en d'autres

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