DOCTRINE ANALYTIQUE
années, elles sont relativement rares et bénignes. Nous pensons que, devant de semblables faits si souvent répétés, il est sage de se demander s'il n'existe pas une influence générale susceptible de produire cette simultanéité des oscillations du mal en des lieux éloignés les uns des autres; si, par conséquent, il ne faut pas réduire, dans une certaine mesure, la valeur de toutes les causes locales invoquées par chacun de ceux qui ont observé ces épidémies en particulier, causes parfois très-différentes entre elles, qui, dans le lieu même d'observation, prennentune importancecapitale.'pat-ce qu'on manque de termes de comparaison pour en contrôler la valeur. ^ On nous accusera peut-être de recourir, en cette occurrence, à l'évocation d'une influence plus occulte que ne le permettent les aspirations de la science moderne, et de ressusciter, après l'avoir combattue plus haut, la doctrine pure et simple du génie épidémique, au détriment des causes incriminées et parfois démontrées par les observateurs de chacune de ces épidémies.
Loin de nous cette pensée ; notre opinion est que ces différentes causes, localement invoquées, ont toutes une importance trèsconsidérable, et que, sans leur influence, le mal, sans doute, n'aurait pas apparu dans la localité atteinte; mais nous croyons aussi qu'il existe des conditions générales, fort obscures assurément, tenant peut-être à des modifications encore mal déterminées de l'atmospheredesquellesdépendrontuneplus grande facilité dans le développement et la généralisation de la maladie, et grâce auxquelles les germes de l'affection seront plusou moins actifs ; ce quinous explique 1 explosion du mal dans tant de localités où l'on accuse, de son origme des conditions d'infection existant elles-mêmes depuis des années, sans que cependant la maladie se soit antérieurement développée.
Ces considérations aideront à comprendre pourquoi certaines opmions, déduites de faits en apparence très-probants, parce qu'ils étaient isolés pour chacun des observateurs respectifs, ne doivent être admises qu'avec une certaine réserve.
C'est l'interprétation hâtive de ces faits isolés qui a maintes fois empêché les meilleurs esprits de tenir compte de faits contradictoires, ce qui les a souvent amenés à des conclusions excessives en tel ou tel sens; d'où parfois triomphe momentané d'une éliologie qu'une étude plus complète n'eût pas permis d'affirmer aussi absolument.
Ces exemples suffisent pour nous prouver la diversité, la nonidentité des conditions génératrices des épidémies. Ils nous expliquent pourquoi, depuis que ce dernier mot est devenu la base d'une doctrine, les observateurs qui se laissaient entraîner parla pensée de l'unicité de cause, ont dû modifier et récuser, au gré des circonstances oîi ils se trouvaient, la pathogénie invoquée par leurs prédécesseurs.
Il en est de même de l'importance plus ou moins grande attribuée par les divers auteurs aux circonstances favorables à l'expansion et à la propagation de la cause morbide, une fois celle-ci développée.
L'air, l'eau, le 50I, tels sont, avons-nous dit (voy. page 21), les trois éléments les plus communs à l'ensemble d'une population, et dans l'influence desquels il est naturel qu'on ait cherché la raison d'être des maladies épidémiques; car, devant l'altération de chacun d'eux, le danger est commun pour chaque membre de la population, et il y a chance d'épidémie dans l'acception la plus naturelle du mot.
Or, l'un ou l'autre de ces éléments a prévalu à son tour, servant de base à une doctrine dont le principal défaut était d'être exclusive, et de prétendre annihiler absolument chacun des deux autres.
L'influence atmosphérique, sur laquelle s'est édifié le dogme des constitutions saisonnières, a dominé à peu près exclusivement jusqu'au commencement de ce siècle, faisant place à la doctrine de l'influence du sol, puis à celle de l'influence de l'eau de boisson qui, aujourd'hui, atteint un degré de faveur tout particulier. L'étude des faits nous démontrera, au contraire, la combinaison fréquente de ces trois éléments principaux de la pathogénie des épidémies,
La seule manière d'être d'accord avec les faits c'est de tenir compte de tous les facteurs de l'épidémie, c'est de constater, dans la limite du possible, les conditions du milieu oti elle se développe. Que de relations utiles si, au lieu de suivre son idée première, et de n'être frappé que d'une seule circonstance dans un milieu à causes cependant multiples, chacun s'était imposé d'observer tout; que d'erreurs entretenues par une observation incomplète : les influences palustres passant inaperçues pour ceux qui ne contemplaient que les agents météoriques, la dysenterie considérée comme palustre par ceux qui négligeaient les modifications atmosphériques ; le typhus moissonnant les populations des hôpitaux, des casernes, des vaisseaux quand on ignorait l'influence de l'encombrement ; le scorbut considéré comme maladie épidémique, n'ayant
ni prophylaxie ni thérapeutique avant que l'on ait reconnu le rôle de l'alimentalion dans son développement !
Au lieu de continuer à tourner dans ce cercle sans fln de croyances successives à un seul agent épidémique, que ce soit la contagion, l'influence des météores, celle des émanations telluriques, ou enfin l'action occulte du quid divinum; au lieu de maintenir cet exclusivisme des diverses opinions, exclusivisme résultant surtout de la tendance des auteurs à considérer l'épidémie comme une entité spéciale, ayant ses allures à elle, et pouvant être, dès lors, étudiée indépendamment de la maladie dont, à nos yeux, elle n'est qu'une résultante, puisqu'elle ne fait qu'en exprimer la fréquence; ne vaut-il pas mieux reconnaître aux divers facteurs étiologiques l'influence qui revient à chacun d'eux, et rechercher, en outre, suivant quel mode ils peuvent se combiner pour constituer un milieu propre à l'apparition d'une épidémie, un milieu épidémique ?
Nous étudierons donc successivement : 1° les principales causes efficientes des maladies populaires ; 2Mes conditions favorables à l'action de ces causes, ou les milieux épidémiques.