‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 26 sur 195 · I". — PREUVES ET LIMITES 1)E LEUR ROLE · texte numérisé non relu

I". — PREUVES ET LIMITES 1)E LEUR ROLE

A l'époque où les conditions étiologiques de la plupart des maladies populaires étaient ignorées, l'esprit des observateurs se reportait volontiers vers la pensée de l'intervention toute-puissante du milieu ambiant, dont les variations brusques ou saisonnières correspondent d'ailleurs si évidemment aux oscillations d'un grand nombre de ces maladies.

Aussi rétonnement était-il général lorsque, les conditions atmosphériques semblaient en désaccord avec quelque profonde modification de l'état sanitaire,notammcnt avec une explosion épidémique.

44 OKIGINE DES ÉPIDÉMIES.

On sait combien fut grave la peste qui frappa Rome sous Néron en l'an 66 de noire ôre; elle n'épargna personne ; les maisons, les rues étaient encombrées de cadavres, et, fait remarquable pour les contemporains, le ciel resta constamment pur {Nulla cœli intempéries quse ocrurreret ocvlis) (1). On ne soupçonnait pas alors le rôle soit de l'infection, soit du contage, et il semblait étrange qu'un état atmosphérique anssi parfait pût se prêter à l'expansion d'une maladie aussi cruelle. A notre époque encore beaucoup d'auteurs considèrent comme suffisante Faction des météores dans la production des maladies les plus nettement spécifiques.

C'est ainsi que les recherches récentes de Cuningham aux Indes semblent démontrer l'influence considérable, sur le développement originel du choléra indien, d'un état hygrométrique de l'air et de la direction des courants atmosphériques.

Mais ces conditions météoriques ne sont pour nous que des circonslances adjuvantes d'une cause bien plus nettement déterminée, d'un miasme et d'un virus; nous ne croyons pas plus à l'étiologie météorique de cette maladie que nous ne croyons à sa propagation au reste du monde par des nuées cholériques, pas plus que nous ne croyons à la genèse de la suette ou du scorbut par les brouillards, à celle de la fièvre jaune par les sécheresses prolongées, circonstances toutes du plus haut intérêt et que nous apprécierons en étudiant plus loin nous-même le rôle prédominant qui revient à l'atmosphère dans la constitution du milieu épidémique (2).

Nous n'avons à nous occuper ici que de l'action des météores en tant que causes directes, efficientes de Tépidémie. L'influence directement morbifique de l'atmosphère est incontestable; la gravité de certaines dermatoses dans les climats extrêmes, la différence de pronostic des traumatismes suivant que le malade réside dans les pays chauds ou dans les pays froids, ou suivant la température imposée au membre lésé, suffiraient à le démontrer.

Nous partageons l'opinion émise par nombre de chirurgiens, et tout récemment formulée par Chauvel (3), à savoir que l'air, par ses qualités propres, indépendamment de tout germe morbide, influence singulièrement la marche des plaies ; d'où, en partie, - bénéfice de leur occlusion.

Les ca,uses météoriques sont remarquables par la généralisation

fl) Tacite, /IwMa^e.f, Hb. XVI.

(2) Voy cliap. iv,fl(5/e (feratmosphcre dnm la constitution fhi77ulteuépidemif}7ic.

(3) Chauvel, Dp l'action dn l'air sur les plaies. Paris, 1878.

CAUSES EFFICIENTES DES Él'IUÉMIES.

do leur influence ; d'où production de maladies, populaires entre toutes, oiîi cette influence joue le rôle prépondérant. Les maladies ainsi produites sont de deux ordres : 1° Il est des cas dans lesquels cette influence se manifeste avec une soudaineté presque comparable à celle d'un agent traumatique, et ces cas, on les observe surtout dans les armées en campagne, c'est-à-dire dans des agglomérations assez nombreuses d'une part pour donner le caractère d'épidémie à toute affection populaire qui les atteindra, et d'autre part assez dénuées des conditions habituelles de protection contre les intempéries pour en subir pleinement la rigueur.

C'est ainsi que font souvent explosion les épidémies de congélation et d'asphyxie par le froid ; c'est en une seule marche que Charles XII perdit 2,000 hommes de son armée dans les plaines de l'Ukraine (1709) ; lors de la retraite de Bou-Tbabb, une colonne de 2,800 soldats français fut frappée si brusquement du froid qu'en moins de quarante-huit heures on perdait 208 hommes et que 2,332 furent atteints à divers degrés, dont 19 succombèrent à l'hôpital de Sétif.

Rapprochons de ces faits, comme entièrement similaires, les épidémies d'insolation qui, en quelques heures, peuvent frapper un si grand nombre d'individus; durant la campagne d'Italie de 18S9, près de 2,000 hommes de notre armée tombèrent ainsi en un seul jour. D'autres affections encore apparaissent brusquement par le fait des météores. On verra des épidémies d'angine faire explosion subitement sous l'influence du souffle du vent du nord.

Des maladies bien autrement complexes dans leur processus, bien autrement graves par leur densité épidémique et la durée de leur évolution clinique, peuvent survenir tout aussi rapidement.

C'est la dysenterie, par exemple, atteignant toute une armée en quelques heures, alors que cette armée, épuisée de fatigue et de chaleur, a été soumise sans abri à l'action d'une pluie torrentielle; tel fut le cas de l'armée anglaise après la bataille de Dettingen (Pnngle) ; de ce fait on pourrait rapprocher l'explosion de la dysenterie dans nos colonnes expéditionnaires d'Algérie, alors qu'elles avaient dû traverser ù gué des torrents subitement grossis par des pluies diluviennes.

Voilà donc des exemples, dont il serait facile de grossir le nombre, qui démontrent combien peut être rapide, dans son action morbihque, l'influence de divers éléments météoriques : froid, chaleur, vents, pluies.

2" Ordinairement, l'action pathogénique des météores s'accomplit plus lentement. Dans les maladies même dont l'état de l'atmosphère domine l'étiologie, dans les bronchites en hiver, dans les dysenteries en été, le mal ne deviendra épidémique que progressivement, par l'accroissement graduel du nombre des cas isolés dont la succession indique le degré de prédisposition des individus qui les subissent. Telles sont les maladies saisonnières. Quant aux constitutions saisonnières, nous allons voir que ceux qui en ont créé le dogme ont singulièrement amplifié l'action des météores.

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