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II. — CONSTITUTIONS SAISONNIÈRES

D'après les épidémiologistes des deux dentiers siècles, la résultante des influences météorologiques, c'était la constitution saisonnière, qui formait, avec la grande épidémie et avec la constitution stationnaire (1), le faisceau étiologique de toutes les maladies populaires.

Elle différait de la constitution stationnaire par son caractère essentiellement transitoire, chaque saison mettant fin aux maladies produites par la saison précédente ; cette durée éphémère la rapprochait de la grande épidémie, dont, d'autre part, elle se distinguait par la périodicité, la fréquence de ses retours, et le caractère banal des affections qu'elle engendrait.

Il y a longtemps que l'influence des saisons est mentionnée en tête de la série des conditions morbiflques les plus communes. Dans un chapitre presque entièrement consacré à cette question, Hippocrate émet l'aphorisme suivant :

« Les maladies sont principalement engendrées par le changement de saison, et, dans les saisons elles-mêmes, par les alternatives de chaud et de froid (2). » M. Littré fait remarquer que cette observation avait déjà été faite par Hérodote, et exprimée à peu près dans les mêmes termes. « Les maladies sont produites chez les hommes par les changements quels qu'ils soient, mais surtout par les changements de saison. »

Non-seulement cette opinion fut acceptée par les successeurs d'Hippocrate, mais elle fut singulièrement transformée par un grand nombre d'entre eux, et devint le point de départ d'une doctrine absolument différente de celle qu'enseignait le père de la médecine. Et voici comment :

(1) Voir chap. iv, Coiistitution médicale.

(2) Hippocrate, Aplior., III, I.

Hippocrate, ayant observé que des individus d'âge et de sexe différenls, d'une manière de vivre quelquefois si opposée, dont les uns sont sobres, et les autres intempérants, qui se livrent à l'exercice ou au repos, etc., étaient atteints à la n^ême époque de maladies épidémiques, en avait conclu qu'il devait y avoir, pour la production des épidémies, une cause généralement répandue qu'il dit exister dans le médium ambians.

Qu'on veuille bien se rappeler qu'Hippocrale appelait épidémies non pas les affections étranges, éventuelles qui depuis, par un singulier abus de langage, ont été regardées comme en étant le type, puisqu'on les a appelées e/j?6?émzes prop?"eme?i^ t/eVes; qu'on se rappelle que pour lui les épidémies étaient bien plutôt les maladies communes et banales; et l'on comprendra alors que le père de la médecine n'imposait la genèse d'ordre météorologique qu'aux affections les plus vulgaires, les plus populaires, aux maladies saisonnières en un mot.

Et cependant cette observation, si vraie d:Hippocrate, a été le point de départ des doctrines qui, vingt siècles plus lard, se sont basées sur l'autorité de son nom pour affirmer que leurs opinions sur le rôle des constitutions atmosphériques étaient consacrées par l'antiquité de leur origine ; que de ces constitutions dépendaient non-seulement les affections annuelles, les plus banales de toutes les maladies, mais encore les affections les plus éventuelles • que là résidait, en un mot, l'étiologie de tout le cadre pathologique.

On ne peut aujourd'hui s'empêcher de sourire de la satisfaction de Baillou, l'un des premiers et des plus célèbres contemplateurs des mfluences saisonnières, donnant aux faits météorologiques, au nom d'Hippocrale, une importance que jamais ne leur avait accordée le pere de la médecine, et affirmant qu'il y trouvait l'explication des affections les plus étranges, de celles qu'on a depuis appelées : grandes épidémies. « Celui qui se livre à l'exercice de la médecine sans se préoccuper de l'étude des saisons, élude non mojns importante pour connaître les maladies que pour les traiter se conduit comme le voyageur qui entreprend un voyage sans s'enquérir de la route qu'il doit suivre. Par contre, ceux-là sont convenablement préparés aux fonctions de notre ministère, qui se sont iamihansés avec la connaissance des constitutions antérieures et la prévision des constitutions prochaines, de manière à ne pas crier à la nouveauté lorsque des maladies se présenteront avec tel ou tel génie, et à ne pas être terrifiés par toute aliection nouvelle, comme

s'ils étaient en face de quelque monslre inconnu, ainsi que cela arrive à. ceux qui vivenl au jour le jour, peu au courant des choses d'autrefois ; on les voit tomber dans l'étonnement des demi-savants et dans les explications du vulgaire. »

Bien des médecins n'ont pu partager ces illusions de Baillou, et l'on comprend l'aveu fait par Sydenham du peu de valeur des résultats qu'il avait obtenus, dans l'analyse des causes morbides, de sa longue observation des qualités manifestes de l'air. Aussi renonça-t-il, au grand scandale des partisans absolus des constitutions atmosphériques, à chercher, dans l'altération de ces qualités, les conditions productrices des constitutions médicales et des épidémies.

Ainsi ce qui doit tout d'abord réduire de beaucoup la valeur de la doctrine des saisons et des intempéries comme causes uniques des épidémies, c'est que cette doctrine est une doctrine relativement moderne, dont on a, par erreur, fait remonter l'origine à Hippocrate. Nous recommandons à ceux qui voudront se convaincre de cette erreur la lecture du livre si intéressant du docteur Max Simon (1), qui prouve, comme l'ont établi également Andral et Littré,que les épidémies d'Hippocrate n'étaient en somme que la série des affections vulgaires observées dans un même lieu et variant suivant les saisons. La théorie des maladies épidémiques, telle que l'ont conçue les médecins des deux derniers siècles, est, on le voit, toute différente de la tradition hippocratique. Quand le père de la médecine parle d'affections autres que les affections vulgaires, c'està-dire des épidémies, et môme des épizooties, il montre admirablement bien qu'il y a, pour déterminer ces affections, une cause d'une tout autre nature qu'une simple intempérie. Il prononce alors le mot miasme que les études modernes sur la spécificité des maladies devaient remettre en honneur, et qui, pour nous, comme pour Hippocrate, constitue la cause, par excellence, de tant d'affections épidémiques. « Lors donc que l'air est infecté des miasmes qui sont ennemis de la nature humaine, les hommes sont malades ; quand, au contraire, l'air devient impropre à quelque autre espèce animale, c'est celle-là qui est frappée (-2). »

Il avait même lutté pour démontrer que d'autres affections encore, les maladies d'aUmentation, dépendaient de toute autre cause que des influences atmosphériques.

(1) Max. Simon, Étude pratique réirospeclive et comparée nur le traitement des épidémies au dix-huitième siècle, Paris, 185'..

(2) Hippocrate, Œuvres, ivnà. LiUré. t. VI, p. 99.

CAUSES EFFIClEiNTES DES ÉPIDÉMIES.

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Du temps d'Hippocrate les médecins admettaient le cliaiid et le froid, ou le sec et l'humide dans le corps humain ; ils faisaient dériver toutes les maladies de l'action, sur ces qualités inhérentes à l'organisme, de qualités semblables communiquées par l'atmosphère. Hippocrate les combat : un homme épuisé par un mauvais régime ne sera guéri, dit-il, ni par le chaud ni par le froid, ni par le sec ou l'humide, mais par un bon régime.

Cette conviction d'Hippocrate sur la multiplicité des causes des maladies populaires ne se retrouve-t-elle pas en tête du chapitre sur les airs, les eaux, etc., dans l'aphorisme où il recommande d'acquérir les notions précises sur la nature des eaux, d'étudier les divers états du sol, et de reconnaître le genre de vie des habitants?

Mais il y a plus : ce n'est que par un entraînement dogmatique que l'on a pu vouloir retrouver, dans les constitutions saisonnières de nos climats et de notre époque, la reproduction parfaite des obsei'vations faites au pays et à l'époque d'Hippocrate. N'est-il pas remarquable que les ihustres observateurs qui ont cherché à féconder la doctrine hippocratique des influences saisonnières, Baillou, Sydenham, Stoll, Lepecq de la Clôture, aient admis, sans plus d'hésitation, que les épidémies qu'ils allaient observer, soit à Paris soit à Londres, soit à Vienne, soit en Normandie, continuaient, 'dans des conditions identiques, les épidémies observées dans l'Archipel en Thrace et en Macédoine ? '

Cet oubli complet de la différence des conditions climatériques n'est-il pas singulier pour des hommes qui analysaient avec tant de sagacité les influences morbifiques du milieu ambiant? Où ils étudiaient la saison, ils supprimaient l'étude du climat.

Pour mon compte, ayant pratiqué à Rome et en Algérie où se retrouvent encore tant de types morbides consignés dans là tradi-

îl?..^'Tr*''^'''' j° P"'' ^^^'"^^^ q'^'o" trouve là sur un théâtre d observations entièrement différent du centre de l'Europe Peut-on comparer les influences saisonnières de ce dernier milieu" où le printemps et l'automne occupent une si large place, à la Grèce et autres régions du littoral méditerranéen où il n'y a nlus nue des maladies d'hivér et d'été ? ^ . ^

Aux différences de climat ajoutons les influences de localité ciui augmentent encore la difficulté de tels rapprochements

Plaçons un observateur dans un milieu préservé de toute émanation fébrifère, et un autre dans un milieu. palustre. Pourront-ils réellement, si leurs observations sont réelles et authentiques, arriver au même résultat? Dans le premier de ces milieux, les mala- Léon Colin, mal. épidém. ^

50 OIUGINE DES ÉPIDÉMIES.

dies annuelles évolueront suivant l'ordre successif des impressions produites sur l'organisme par les influences météoriques ; aux affections pulmonaires, bronchiques, rhumatismales de la saison froide, succéderont régulièrement les angines, et les érysipèlcs du printemps, les embarras gastriques et les diarrhées de la saison chaude, chacune de ces impressions successives n'empiétant que peu ou point sur les suivantes. 11 en sera tout autrement dans le second de ces milieux ; en effet, non-seulement on y verra surgir en été et en automne un nombre considérable de cas de maladies à peu près inconnues dans les pays salubres ; mais, outre ces maladies qui donneront à la période estivo-automnale un cachet tout particulier, il faudra tenir compte de l'altération profonde subie par l'organisme, et qui le prédisposeront, après cette période, durant l'hiver, à des affections secondaires : pneumonies, dysenteries des cachectiques, à peu près inconnues dans les pays salubres.

Pourra-t-on comparer les maladies annuelles d'une population sujette au scorbut, à celles de populations indemnes de cette affection, les maladies annuelles d'un pays situé à une certaine altitude à celle d'un pays plat?

Aussi, nombre d'auteurs, et des plus distingués, Fernel, Sydenham, ont nié que les qualités sensibles de l'air fussent la cause des maladies annuelles ; ils s'appuyaient sur les nombreuses circonstances dans lesquelles ils avaient vu régner les mêmes affections populaires sous des états atmosphériques différents, et des affections différentes par des temps entièrement semblables.

Quelques-uns allèrent même jusqu'à.contester aux influences météorologiques l'origine des maladies saisonnières. Tel Schnurrer, qui pense que les changements qui surviennent dans le cours d'une année sont moins le produit immédiat des différentes températures d'une saison que le résultat d'une cause plus cachée, puisque, ditil, les maladies annuelles dans nos climats observent une marche successive plus rigoureuse que celle des températures.

Je suis convaincu, pour mon compte, que la difficulté de faire cadrer les maladies annuelles de nos pays avec les influences saisonnières signalées par Hippocrate comme efficaces en Grèce, a été pour beaucoup dans la tendance des auteurs modernes, notamment de Lepecq de la Clôture, à chercher la cause des maladies populaires non plus dans le décours normal des saisons, mais dans, certaines irrégularités, soit de leurs qualités, soit de leur marche, dans les intempéries en un mot.

11 faut, suivant ces auteurs, non-seulement tenir compte des ui-

CAUSES EFFICIENTES DES ÉPIDÉMIES. - m,

tempéries de la saison actuelle, mais additionner ces intempéries à celles de la saison suivante, et, d'après la continuité plus ou moins absolue de ces écarts méléorologiques, déduire les lois de la constitution médicale qui en découlera.

Il y a là beaucoup d'idées justes ; ces influences successives des saisons s'accumulent sur l'organisme, comme s'accumuleraient les impressions produites par des résidences successives en diflérents climats. Mais l'obscurité commence quand, de ces variations incessantes, on veut tirer la loi de formation de toutes les maladies et les considérer comme la combinaison des états morbides, réguliers ou non, attribués à chaque intempérie.

Rien de plus évident que la part d'influence morbide, qui revient, dans ces maladies, aux conditions météorologiques antérieures' Les impressions subies par les grands appareils de l'économie • nutrition, respiration, sécrétion urinaire et cutanée, varient notablement suivant les saisons, etpar conséquent on pourrait admettre « pnori, la variabilité des conditions de réceptivité morbide dé 1 organisme sous des influences aussi diverses que celles-là Nous regardons comme incontestable la prédisposition spéciale aux affections thoraciques engendrée par Ténergie des fonctions respiratoires durant les hivers prolongés des climats tempérés et froids, d ou la fréquence habituelle des pneumonies aux mois de mars et d avril; nous considérons de même, comme une des raisons de la réquence des dysenteries d'automne, l'état de congestion, d'excitation relative des viscères gastro-hépathiques durant la saison ' chaude. Nous reconnaissons, nous professons que plus l'été sera

mahdiP^'TT' f""' développement de certaines

maladies liées directement aux influences météoriques : insolation diarrhée dysenterie, flèvre gastrique; de même qu'un hiver trè !

etlfrl^nf'T'''''"^'^'^'^ "^^^^^^ aux affections calarrhales et rhumatismales, et surtout aux congélations

Mais ce que nous admettons bien moins facilement c'est la puissance de création morbide attribuée par les anciens 'e n n par des auteurs modernes, aux constitutions saisonnières Pou i eux LtTes^L^Itr"^ P-^"--^-slesa.ec-

nuefles ""TTJ^"'"" '^""^'^ '""^ «^«'^dies an-

lesaffe;tl 'Agents atmosphériques,

infln!'. ^ certamement peuvent subir à un certain degi le influences des météores, mais dont la cause, en général, est bien , autrement complexe : les fièvres continues, intermittente , les apo^

OHIGINE DES ÉPIDÉMIES.

plexies, les angines, les pleurésies, les dysenteries, les dothinenléries, les érysipèles, les rougeoles, les varioles (1).

Que Baillou ait fait cette confusion, et qu'elle ait eu cours avant lui, la raison en serait, jusqu'à un certain point, facile à comprendre. L'étiologie des affections épidémiques était élémentaire à une époque où l'on ignorait la contagion, où l'on soupçonnait à peine l'influence morbide de foyers infectieux, où en somme l'on n'avait, sur la pathogénie en général, et notamment sur celle des maladies spécifiques, aucune des idées précises qui sont devenues banales dans les temps modernes.

Nous irons plus loin, et nous dirons qu'à notre sens la plupart des prévisions énoncées par Hippocrate, d'après les constitutions saisonnières, s'appliquent à des affections complexes dans leur origine et sur le développement desquelles les influences météoriques n'ont qu'une action partielle.

Ainsi, en plusieurs passages, Hippocrate présage la fréquence et la longueur des maladies quand l'été aura été pluvieux ; ces maladies seront rares. et courtes, si cette saison est sèche. C'est là une Vérité affirmée par tous ceux qui, depuis Hippocrate, ont pratiqué sur le même théâtre que lui ou sur des théâtres analogues, c'est-àdire dans les zones fébrifères des pays chauds, zones où fréquemment n'existent pas de marais proprement dits, mais dont le sol, riche en humus, et l'atmosphère brûlante présentent toutes les conditions voulues pour engendrer le miasme tellurique, s'il vient s'y joindre un degré suffisant d'humidité.

Mais appliquer cette formule dans nos climats salubres, et prédire, sous le ciel de Londres et de Paris, la probabilité de maladies graves, si l'été a été pluvieux, c'est oublier la différence des lieux d'observations et risquer des conjectures très-hasardées.

D'autres maladies infectieuses ont également, suivant les lieux, des rapports incontestables avec les saisons antérieures; il semble bien prouvé aujourd'hui que les sécheresses prolongées de l'été, en abaissant le niveau soit des cours d'eau, soit des nappes souterraines, en favorisant ainsi la putréfaction à l'air Hbre de substances organiques, ont contribué, en maintes localités de la zone tempérée, à rendre plus graves et plus générales les recrudescences automnales de la fièvre typhoïde. Mais, ici encore, il ne s'agit point d'une maladie d'origine météorique, et la sécheresse de l'été n'a été dan-

(1) Fuster, Des Maladies de la France, passm> notamment p. 149.

gereuse qu'à la condition de conditions morbifiques préexistantes dont elle n'a fait qu'augmenter là puissance.

Aussi ai-je peine à comprendre la confiance des médecins qui, à notre époque, prétendent trouver dans l'analyse des météores le point de départ des affections les plus diverses et des maladies exotiques, comme le choléra indien.

J'ai suivi avec attention le détail des circonstances météorologiques mentionnées, souvent avec tant de précision, par les auteurs qui ont accepté la toute-puissance des constitutions atmosphériques; Baillou, Stoll, Lepecq de la Clôture, Fuster nous en ont légué mainte description; j'avoue ne pas être arrivé à saisir, dans l'immense majorité des cas, le rapport étiologique de ces circonstances météorologiques avec les affections qu'on leur attribuait.

J'avoue n'avoir jamais été bien convaincu, en lisant les tableaux des intempéries passées, de l'influence à longue portée de ces intempéries sur les maladies actuelles.

Il en a été tout autrement des observations des médecins qui, au lieu de se contenter de mentionner l'état de l'atmosphère et des météores, et de leur rapporter directement toute l'influence morbifique subie par un milieu donné, ont élargi le cadre de leur enquête et complété cette étude par l'analyse des autres conditions pathogéniques, résultant ou non de ces circonstances atmosphériques .

Ce qui donne aux constitutions épidémiques de Ramazzini un caractère incontestable de progrès scientifique, c'est qu'au lieu de se borner à indiquer les qualités manifestes de l'atmosphère, il examine, en outre, l'ensemble des autres conditions pathogéniques qui dépendent de ces qualités : 1» mode d'altération des aliments usuels, fruits, grains, légumes; 2° méphitisme de l'air par la stagnation des eaux après les inondations; 3" et même les prédispositions des diverses classes sociales suivant leur profession; leur installation, etc.

La filiation, entre les intempéries et les maladies les plus essentiellement spécifiques, c'est-à-dire indépendantes des causes banales est parfois plus simple encore que dans ces trois cas, sans être pour cela plus directe.

F. Hofi"mann, par exemple, considère, comme la principale cause de la fièvre de Hongrie (typhus pété^hial), les al ter nances de la chaleur très-forte du jour et de la fraîcheur de la nuit, d'où fréquentes suppressions de la transpiration cutanée ; aussi, dit-il, le mal est-il plus commun en hiver. Ne voit-on pas qu'il s'agit là d'une des circonstances les plus favorables au développement du typhus,

non pas que celui-ci dépende directement des oscillations thermiques du nycthémère, mais parce que, dans les saisons et dans les climats froids, l'habitant cherche instinctivement un abri plus complet et plus constant contre les intempéries atmosphériques ; de là, séjour prolongé dans l'air confmé, et production ou transmission plus facile des miasmes typhiques ?

En est-il autrement de tous ces cas de typhus apparaissant à Naples pendant l'épidémie catarrhale de 1764, épidémie relatée par Sarcone? de ces fièvres rhumatismales putrides, pétéchiales putrides, etc., observées par Stoll en 1779 à la suite de nombreuses et subites vicissitudes de l'air? Ces affections, en somme, ne relevaient que bien indirectement de l'influence atmosphérique. En faire dépendre le typhus, c'est agir comme ceux qui ont rapporté cette aCTection aux émanations du sol dont le rôle est aussi accessoire que celui de la température ambiante.

N'a-t-on pas depuis, pour tous les grands fléaux qui ont ravagé l'humanité, pour la peste noire; comme pour le choléra, invoqué également l'influence des intempéries ? Pourquoi l'irrégularité des saisons, étant en somme un fait si fréquent, n'entraîne-t-elle pas plus d'épidémies? Pourquoi, cette cause étant, sinon universelle, au moins très-étendue, n'est-elle habituellement invoquée que pour des affections limitées à telle ou telle localité ?

Une conséquence grave de. l'opinion qui rapportait toute maladie à ces influences, c'est l'obstacle qu'elle a imposé aux progrès de la science moderne.

Suivant les partisans de cette doctrine, en effet, chaque saison engendrait une affection susceptible de plusieurs formes, affection qui surgissait et grandissait à la faveur et par les progrès de la saison naissante, puis qui déclinait et disparaissait avec cette saison. Cette affection était elle-même constituée par l'ensemble de tous les états pathologiques observés dans la période en question, états dont on négligeait toutes les différences symptomatiques, anaLomiques, pour en proclamer l'idenlité et en faire la maladie dominante. C'était la suppression de l'examen clinique^ c'était la substitution d'une vue théorique au témoignage des sens. On reconnaissait que ces affections populaires offraient incessamment des formes très-changeantes, sous un état morbide commun, et des étals morbides tout différents sous des formes pathologiques tout à fait pareilles.

Le précepte était donc de ne pas reconnaître l'identité des maladies dont cependant Je siège, les symptômes et les lésions étaient

absolument les mêmes, de ne pas admettre qu'il y eût des groupes d'affections déterminées, qu''il y eût des pneumonies, des dysenteries, des rhumatismes. 11 fallait dissocier tous ces groupes, oublier l'identité clinique des maladies dont ils se composaient, pour trouver en chacun d'eux autant d'espèces morbides différentes qu'il y avait de variétés dans les constitutions atmosphériques qui les avaient enfantées. En revanche, il était sage de considérer, comme représentant une affection identique, les maladies les plus diverses par leur siège et leurs symptômes, mais se développant pendant la môme période de l'année ; de considérer, par exemple, telle pneumonie comme identique à telle dysenterie, à tel rhumatisme; la maladie était au fond la même, l'expression clinique seule variait, ce dont on se souciait peu.

Ces prétentions, inimaginables aujourd'hui, nous les retrouvons cependant encore formulées en plein dix-neuvième siècle.

Fuster décrit un état morbide printanier qui englobe une masse de maladies diverses, et dont nous avons vainement recherché la réalité dans les faits cliniques qui se sont déroulés sous nos yeux.

11 en est de même de l'état morbide estival, décrit par le même auteur, durant de sept à vingt et un jours, englobant diarrhée, dysenterie, fièvre typhoïde, etc. ; c'est pour nous un être de raison. Inutile de s'arrêter à l'état morbide de l'automne, et à celui de l'hiver.

On comprend que de pareilles doctrines, qui bannissaient de la médecine la considération des symptômes, du siège de la maladie, de la lésion cadavérique, ne devaient pas trouver grâce devant Broussais.

§ m. — MODE d'action des météoues.

Malgré la perfection relative des instruments actuels, bien des constatations restent à faire encore sur les modifications morbigènes des qualités de l'air; nous ne pouvons que soupçonner à peine la part qui revient à quelques-uns des météores, comme la lumière, l'électricité.

Il arrive parfois que l'influence des qualités sensibles de l'atmosphère nous échappe parce que nous ne nous rendons pas un compte exact du rôle afférent à chacune d'elles, et du concours qu'elles se prêtent mutuellement.

Nous sommes fréquemment et péniblement affectés de certaines modifications atmosphériques que ne révèlent point les instruments

météorologiques; le Ihermomètre est insensible à l'action du vent qui modifie si profondément nos sensations de température ; le baromètre reste parfois immobile en dépit des tensions électriques qui nous impressionnent vivement.

C'est que chacun de ces instruments n'indique qu'une des qualités du milieu atmosphérique.

Dans les affections de cause nettement météorologique, on voit se grouper, pour les produire, les agents extérieurs dans une synthèse quelquefois facile à analyser et qui nous explique l'augmentation de puissance de chacun de ces agents, mais surtout de la température.

L'insolation, d'une part, la congélation, de l'autre, représentent certainement les eff"ets pathologiques les plus strictement liés à l'influence des météores, notamment à l'augmentation ou à l'abaissement de la température. On s'étonne cependant de ne pas voir ces deux affections coïncider fatalement et exclusivement avec les oscillations extrêmes du thermomètre; l'on est même parti de là pour affirmer que les divers instruments, appliqués à l'étude des variations physiques de l'atmosphère, ne représentaient qu'imparfaitement la nature, le degré de ces variations, dont notre organisme avait plus complètement conscience.

L'analyse des causes purement physiques est facile cependant dans l'étude de l'insolation et de la congélation- pour la production de la première, à l'ascension thermométrique du milieu ambiant devront se réunir le calme de l'atmosphère et son extrême humidité. Le thermomètre ne dira pas tout : il faudra y joindre les indications fournies par l'hygromètre et l'anémomètre. Synthèse identique, mais en sens inverse, pour la production des congélations : à l'abaissement de la température extérieure se joindra l'influence de la sécheresse, de la sérénité de l'atmosphère et de son agitation par des courants plus ou moins violents.

Mais notons bien que, de part et d'autre, l'agent dominant, dans la pathogénie de ces deux affections, c'est la température ; si le calme et l'humidité de l'atmosphère contribuent à rendre les insolations plus faciles, c'est par la diminution qui en résulte dans l'é- ' vaporation cutanée, dans le refroidissement périphérique de l'organisme. Si les vents et la sécheresse de l'air concourent au contraire à la production des congélations, c'est en augmentant cette déperdition périphérique de la température animale. Que d'autres affections plus complexes où l'on pourrait cependant déterminer les éléments de.la synthèse météorique dont elles dépendent !

Les météores agissent fréquemment comme cause morbide dans un sens diamétralement opposé à celui que leur attribue le vulgaire.

Comme le dit Lepecq de la Clôture, ce n'est pas lors des fortes gelées, ni durant les grands froids soutenus que surviennent les catarrhes : c'est plutôt lorsqu'il règne une humidité froide, à l'instant où la glace se fond, oîi le thermomètre remonte, et où le temps passe à la pluie. Dans les climats polaires, c'est surtout quand le thermomètre remonte brusquement àO° qu'on voit éclater les épidémies de bronchite.

Fodéré place également au premier rang, parmi les causes des catarrhes, les vicissitudes atmosphériques, l'humidité de l'air, la prédominance des vents du sud, le dégel après les longs froids. ' Ce qu'on peut dire déplus général, c'est que les brusques oscillations, soit du thermomètre, soit du baromètre, paraissent correspondre, quel que soit le sens dans lequel elles s'accomplissent, aux explosions catarrhales. On le constate aussi bien pour les catarrhes vulgaires que pour les grandes épidémies d'influenza dont l'invasion dans diverses cités est le plus souvent parallèle, il est vrai à des abaissements considérables de température, mais parfois aussi à de brusques élévations du thermomètre, comme à Saint-Pétersbourg en 1782,

§ IV, — INFLUENCE CATABRHALE.

Mais l'immensité de la tâche a fréquemment détourné de cette voie et entraîné ici encore les observateurs à chercher dans le domaine du surnaturel l'explication des faits incompris.

La difficulté de déterminer quel était le mode d'altération de 1 atmosphère nécessaire à la production des maladies météoriques a fait accepter une cause occulte, la cause catarrhale, déterminée d après ses effets, c'est-à-dire d'après l'apparition d'un nombre plus ou moins considérable d'affections identiques entre elles

Avant Schneider, qui disait catarrhe , disait afflux, écoulement vers une région quelconque de l'organisme, de l'humeur renfermée dans le cerveau. Les organes thoraciques et les viscères abdominaux étaient les principaux aboutissants de cette métastase; la découverte, par Schneider, delà muqueuse qui obture les trous ethmoïdiens armné cette antique théorie.

Depuis on entend surtout par là une affection caractérisée par nn lammation superficielle et généralisée des muqueuses, inflammation dont le symptôme local principal est une sécrétion plus ou inoins abondante.

La doctrine calarrliale est basée sur un fait extrêmement vrai : sur les variations de susceptibilité de l'organisme aux diverses périodes de l'année ; ce fait est tellement la règle que, pour le vulgaire lui-même, l'appari tion en été de certaines maladies d'hiver, angine, broncliite, constitue un fait étrange, absolument comme le serait l'apparition des diarrhées et de la dysenterie pendant la saison froide. On a même dit que l'évolution des maladies saisonnières était un fait parfois plus régulier que la saison elle-même dont les caractères pouvaient être sinon intervertis, du moins atténués sans influencer beaucoup la succession de ces maladies (V. p. 50).

La prédominance d'action de l'appareil respiratoire en hiver a été invoquée comme principale raison des atteintes plus communes, en cette saison, de la muqueuse des voies respiratoires. La suractivité du foie et des autres glandes intestinales, pendant les chaleurs, entraînerait la localisation morbide vers la muqueuse intestinale. Mais on ne s'est pas borné à ces atteintes superficielles.

Dans la pratique, on a démesurément étendu le cadre de l'affection catarrhale, en reculant ses limites anatomiques bien au delà du système muqueux ; les affections aiguës des séreuses (articulaires et thoraciques) si fréquemment entraînées par les vicissitudes atmosphériques, les inflammations parenchymateuses, comme la pneumonie, oîi certainement ces vicissitudes jouent aussi un rôle pathogénique considérable, les rhumatismes musculaires, les névralgies sont venus, et à bon droit si nous nous en tenons à l'étiologie, grossir ce groupe morbide.

Pour bien des auteurs, nul organe ne serait réfractaire à l'influence catarrhale ; pour quelques-uns môme, ici comme dans les affections générales, une diathèse s'établirait d'abord par le fait des influences atmosphériques; diathèse voisine des intoxications, puisque, suivant plusieurs, elle dépendrait de l'accumulation, dans le sang, des matériaux de la transpiration cutanée, entravée par l'action des météores; et les prédispositions individuelles détermineraient la localisation du mal, qui se fixerait, suivant les sujets, dans les bronches, l'intestin, les nerfs, les muscles, les reins, etc.

Fodéré proclame la nature catarrhale des maladies pituiteuses ou muqueuses, des rhumes, des phthisies pulmonaires, du croup ; il établit môme, « d'après trente ans d'observations consciencieuses », la coexistence habituelle de cette tribu pathologique avec les maladies vermineuses, les fièvres intermittentes et la fièvre nerveuse.

CAUSES EFFICIENTES DES ÉPIDÉMIES. gg

Nous pouvons dire de l'influence catarrhale ce que nous disons de tant d'autres influences morbides. On a voulu tout faire plier devant elle et attribuer à l'action des météores l'origine de toutes les maladies. Celte cause pathogénique a été la cause morbifique universelle; on rapportait tout processus morbide à l'influence atmosphérique, comme d'autres, plus tard, devaient tout rapporter, soit à l'influence tellurique, soit .à l'influence zymotique. On comprend que les auteurs, qui agrandissent ainsi le domaine éliologique des maladies catarrhales, se laissent facilement entraîner à élargir démesurément le champ de ces affections ; jadis on y faisait rentrer une masse de types morbides dont la genèse était, il est vrai, bien plus obscure autrefois qu'aujourd'hui, comme les fièvres éruptives, les typhus, les angines malignes.

Barthez (1) n'associe-t-il pas Té tiologie des maladies rhumatismales banales représentées par le catarrhe fébrile, et le rhumatisme articulaire aigu, à celle de la fièvre catarrhale maligne, de la bilieuse putride, de la gangréneuse, que personne de nous ne rapporterait certainement aujourd'hui aux vicissitudes atmosphériques ?

Fuster (2) résume ces tendances si compréhensives des partisans de la doctrine traditionnelle de l'affection catarrhale en disant : « Toutes les affections étrangères, aiguës et chroniques, peuvent les compliquer de mille manières. Cette combinaison binaire ou plus complexe en modifie diff"éremraent les symptômes, la marche et les crises. La phlhisie pulmonaire, les maladies vermineuses, les fièvres d'accès, les apoplexies, les asthmes, les engorgements viscéraux, les hydropisies accompagnent ou suivent fréquemment les catarrhes. »

Tout le cadre nosologique, on le voit, pourrait être absorbé par l'mfluence mère des afl"ections catarrhales.

Ceux qui, de nos jours, cherchent à ressusciter le dogme de l'affection catarrhale dans toute son ampleur et dans tout son absolutisme, n'ont pas à nos yeux l'excuse de leurs devanciers du moyen âge et de la renaissance. Les progrès de la science ont peu à peu dégagé l'étiologie de nombre d'afi-ections dont aujourd'hui la genèse est assez nette pour qu'il ne soit plus permis de les associer aux affections banales produites par les influences atmosphériques. Uu on ait, au quinzième et au seizième siècle, confondu la variole,

(1) Barthez, Traité des maladies goutteuses, 2» édition. MontpolliRi-, 1819. 18G5 T'iOo' ''^'"'''^"^ ^'c'iï''-clion catarrhale, 2° édition. Paris,

le typhus dans ce groupe si vaste et si hétérogène, nous le comprenons pour une époque où commençait h peine à se dégager le dogme de la spécificité et de la contagion ; nous n'admettons pas aujourd'hui qu'on tente de revenir à cette période de confusion étiologique.

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