‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 28 sur 195 · V. — CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

V. — CONCLUSIONS

En fm de compte, les affections météoriques, même celles qui prédominent dans les saisons les plus diverses, les plus opposées, présentent ce caractère commun de relever presque toutes d'une . influence similaire, d'une brusque oscillation de température ; dans la majorité des cas, cette oscillation est un abaissement thermique. On est disposé à accepter cette étiologie plus particulièrement, et même exclusivement, pour les maladies de la saison froide : pneumonie, bronchite, pleurésie, rhumatisme, et à la considérer comme moins bien établie pour les affections des autres saisons. Tel n'est pas notre avis ; c'est surtout dans la production de la dysenterie, du choléra nostras de la période estivale, des angines des périodes printanière et automnale, qu'agit le plus nettement l'influence brusque a frigore, tandis que maintes fois les épidémies delà saison froide s'établissent au moment même d'une ascension thermométrique.

^ Nous accordons une large place à l'action directe des influences météoriques dans la production des maladies populaires; nous pensons qu'une part considérable leur revient dans le développement des affections des climats extrêmes, non-seulement dans celles des climats froids, mais dans celles des climats chauds aussi oiaTon tend peut-être à incriminer trop exclusivement l'insalubrité du sol; nous verrons les météores jouer un rôle important dans la pathogénie de la zone intevtropicale, et s'opposer pour leur part à l'acclimatement dans ces régions. Mais nou s récusons la doctrine des auteurs qui, généralisant cette influence, ont prétendu expliquer par l'action météorique directe la plupart des maladies du gîobe ; suivre cette voie, c'est fermer les yeux ù toutes les décon.vertes'fécondes qui démontrent chaque jour la prépondérance de foyers morbigènes plus accessibles à la science et par conséquent à la prophylaxie.

Dans nos climats môme, les météores nous semblent bien la cause efficiente du plus grand nombre des maladies dites banales et spécialement des maladies saisonnières; mais ils n'interviennent qu'indirectement dans la production des autres épidémies;

Les influences atmosphériques qui nous environnent ne diffèrent peut-être pas beaucoup de ce qu'elles étaient au moyen âge ; et, comme ces épidémies ont notablement diminué, ce n'est pas à la modification des agents météoriques qu'il faut en demander la raison ; c'est au progrès de l'agriculture, à ceux de l'hygiène bromatologique, à l'abandon, pour des dem.eures plus saines, des véritables foyers d'infection qui jadis, dans la plupart des grandes villes et dans tant de villages, abritaient la majeure partie de la population; c'est enfin à la notion de la contagion et aux déductions prophylactiques imposées par cette notion, que l'on doit attribuer ces heureuses modifications ; heureuses et de plus en plus nécessaires, à mesure que la multiplication et la rapidité des communications augmentaient dans une proportion infinie les dangers de contamination de l'homme par l'homme.

L'action des météores acquiert une intensité toute spéciale sous l'influence des conditions de réceptivité de l'agglomération qui la subit. Sur une population atteinte de cachexie scorbutique, palustre, ou seulement d'alcoolisme, de môme que sur les phthisiques, les intempéries exerceront une influence néfaste. Nous verrons la saison froide occasionner un chiffre de mortalité considérable parmi les cachectiques des pays à fièvre, même dans les climats chauds, alors qu'elle correspond au maximum de bien-être des individus indemnes d'intoxication tellurique.

Il en est de même dans les armées en campagne, dont Garreau a parfaitement résumé les prédispositions aux actions météoriques :

« Au début d'une campagne et aussi longtemps que les privations, les fatigues, les émanations méphitiques, n'ont pas altéré le sang et par suite les forces de l'organisme, les soldats résistent admirablement aux intempéries des saisons. Ce n^est que lorsque l'équilibre est rompu, lorsque les recettes alimentaires réparatrices ont cessé de compenser les dépenses journahères de l'organisme, que les momdres variations atmosphériques donnent lieu à des maladies nombreuses. Ce ne sont plus alors des inflammations franches et peu meurtrières ; ce sont des maladies typhoïdes, des diarrhées epidémiques, des dysenteries de mauvais caractère, le scorbut, l'anémie, etc.

« On est trop disposé à s'exagérer l'influence malfaisante des intempénes des saisons. Le froid, le chaud, lèvent, la pluie, les changements brusques sont certainement des modificateurs puissants ; mais pour la production des épidémies de mauvais caractère, ils n arrivent qu'en seconde ligne. Une fois l'organisme affaibli par

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une série de privations, la cause climatérique est simplement une cause occasionnelle, une condition; la cause efficiente du mal gît dans un sang altéré, soit lentement par la série de toutes les misères, soit tout à coup par un miasme spécifique formé quelque part et absorbé. »

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