‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 32 sur 195 · III. — CONSTITUTION DES MIASMES ET DES VIRUS · texte numérisé non relu

III. — CONSTITUTION DES MIASMES ET DES VIRUS

1» Doctrine parasitaire. — Depuis longtemps, dans la pensée de donner à l'éliologie de la plupart des maladies une netteté aussi grande que possible, on a comparé le processus pathologique à certains faits extra-médicaux, et plus spécialement aux fermentations; et, comme preuve, il suffit de remarquer combien est devenu commun, depuis son emploi par William Farr, le terme de inaladies zymotiques (de Çujxow, fermenter).

En Angleterre, celte expression de maladie zymotique a pris une extension démesurée; il en a été de même aux Élats-Unis; c'est au point que les médecins de ces deux pays font rentrer sous cette dénomination à peu près toutes les maladies qui ne sont ni constitutionnelles ni locales ; ainsi, les pyrexies, les maladies d'alimentation, les affections parasitaires, et même les maladies catarrliales et rhumatismales.

Les études et les découvertes modernes ont notablement encouragé cette doctrine, en modifiant profondément l'opinion qu'on se faisait en général de la constitution des germes morbides répartis dans l'atmosphère.

Depuis les recherches actuellement nombreuses sur l'air des marais, depuis les études analogues sur la composition de l'atmosphère des grandes villes, on a presque complètement abandonné la pensée que les propriétés morbifiques des atmosphères impures puissent tenir à l'action des gaz connus ou non qui résultent, dans ces divers milieux, d'un surcroît d'échanges organiques et de modifications chimiques. Les animaux sub'ssenl l'influence nocive de l'air confiné, bien qu'on enlève à cet air, au furet à mesure de sa production, son excès d'acide carbonique (Gavarret); on a reconnu que les gaz de la putréfaction végétale, invoqués comme cause de la màlaria, ne produisent, par eux-mêmes, rien qui rappelle la fièvre intermittente.

iOn en a conclu, prématurément peut-être, à l'inanité des anciennes croyances à l'état gazeux des germes spécifiques renfermés dans l'air. L'École moderne, fatiguée de tant de recherches inutiles sur la^composition chimique des atmosphères morbifiques, déclare surannée cette idée des germes gazéiformes ; et c'est désormais sous forme solide qu'on veut se représenter l'agent patliogénique, qu'il soit animé ou pulvérulent.

Les expériences de Tyndall démontrant l'innocuité de l'air optiquement pv7', au point de vue de la putréfaction, ont été considérées comme prouvant aussi l'innocuité pathogénique de toute atmosphère débarrassée de particules solides.

On a tout d'abord incriminé la masse de matière organique indéterminée, si abondante dans l'atmosphère des villes et des marais, et accusée par les septomètres.

Puis, à cette notion de la corruption de l'air par la matière organique privée de vie, s'est substituée la doctrine des germes vivants. En signalant, dans l'air, le nombre immense d'organismes inférieurs dont il comparait la masse aux accumulations slellaires

de la voie lactée, Ehrenberg a jeté les bases de la panspermie morbiflque.

La difficulté était de déterminer, dans ces quantités infinies de poussières animées qui saturent l'atmosphère, quelle est la fraction qui peut intervenir dans les phénomènes généraux de la vie, et devenir peut-être dangereuse et mortelle pour l'homme.

On connaît l'œuvre de Pasteur, et l'application faite de sesgrandes découvertes à la pathogénie des maladies infectieuses, en substituant à la doctrine du milieu septique celle du milieu fermentescible L'extrême vitalité des organismes inférieurs, leur révivification complète sous l'influence d'une certaine température et d'une certame humidité, après une période quelquefois très-longue de mort apparente, leur mort définitive ou temporaire par l'action d'un froid ou d'une chaleur intenses, rappellent involontairement des modifications analogues subies par les miasmes dans les divers milieux oij nous les envisagerons.

D'autres circonstances ont semblé militer également en faveur de la nature parasitaire des germes morbides, notamment l'amplification de nocuité acquise parfois par ces germes en dehors de l'organisme ; c est un fait dont avaient été frappés des auteurs du siècle

D'après Howard, une petite quantité de coton empesté communique a toute la balle la propriété contagieuse ; c'était là une croyance commune : ainsi, Autrechau affirme qu'à Toulon une seule pièce de linge avait transmis la faculté de contamination à une masse considérable de linge. •'auiiuaiion a

Mertens assure que le germe de la peste, lorsqu'il est ainsi renf rmé avec les matières qui le contiennent, acqJiiert tan d o-

péTd; ^^^-^^^ ^-^-^^^ ^-p-

Beaucoup d'auteurs admettent actuellement que les germes snécifiques mis par un malade sont susceptibles non-seul ment c e

^l'^ZnolïZrl'r' l'"Pr<='n3nt dites,

ste Lw'hl l i"°^"'»W'>Vii suriinail d'un parai

^talion ;t r'" "'™'' P™"' "''"P»»»'' ^'^^'^i'^ ' '» <=0"la-

™ n lel \^7; '""^'^ '=°-"P-»We à celle <,uo produit

D'autre part, pour certaines afiections, notamment pour la fièvre typhoïde cl le choléra, le parasite émis par le malade ne pourrait agir morbifiquement, sur l'homme sain, qu'à la condition d'une transformation subie dans un milieu intermédiaire ; semblable au ténia, qui ne passe de l'homme à l'homme qu'après avoir accompli, en dehors de l'organisme humain, une évolution complémentaire, le germe parasitaire de ces deux maladies serait inoffensif dès sa sortie de l'économie, comme le prouve, rfzi- on, l'immunité des voisins des malades, et comme le démontrerait mieux encore l'inefficacité des inoculations; il ne redeviendrait dangereux pour l'homme qu'après avoir subi au dehors quelque modification morphologique comparable à celle des parasites à génération alternante (1).

L'étude, plus complète, des germes atmosphériques tend d'ailleurs aujourd'hui, surtout d'après les travaux de Béchamp, de Trécul, de Chauveau en France, d'Huxley en Angleterre, à prouver que ces germes se relient les uns aux autres par des métamorphoses qui, de l'état de simple granulation, peut les élever aux formes plus complètes de leptotrix et de bactérie.

Il en est de même des cultures artificielles, appliquées à certains micro-organismes provenant de liquides soit septiques, soit charbonneux. Gohn constate l'évolution incessante des germes septiques qui, aux différentes périodes de leur culture, se présentent sous des aspects très-divers. Tout récemment. Pasteur démontrait, de son côté, les variations de formes de la bactérie charbonneuse, réductible, suivant les milieux, à l'état de spores tellement petits, qu'ils ne sont reconnaissables que par l'éclat de

leur réfringence. .

Grâce à la connaissance de ces variations morphologiques, les dernières recherches de Pasteur ont apporté un appoint considérable en faveur de la doctrine parasitaire du charbon et de la septicémie. , , . , ,

Le vibrion septique, absolument comme la bactéridie charbonneuse est susceptible de se transformer en corpuscules germes (corpuscules brillants), et, sous celte forme, de supporter impunément soit l'action de l'oxygène à haute tension, soit le contact de l'alcool absolu ; c'est cette conservation du germe parasitaire dans

Vovez LLrmeister, Abdominal Typhus i.i HandbucU der Speciellm Pa- J, - L Î-ZLen Leipzi-, 1876; - HomoUe. /rj Fièvre typhoïde, Êhologie fSX . n Silences médicales, t. X. p. 681 ; - Vallin. in Gne-

sLger, rSdes maladies infectieuses. Préface, p. xv et xvi.

CAUSES EFFICIENTES DES ÉPIDÉMIES. 75 les liquides soumis par Paul Bert à ces deux réactifs, qui expliquerait le maintien des propriétés morbifiques des humeurs charbonneuses et septiques alors que chacune de ces expériences y détruit b^ctéridie et vibrion ; destruction qui conduisait Paul Bert à admettre la virulence propre sans organisme. • L'argument de Pasteur est singulièrement corroboré par l'application au sang charbonneux d'un mode de filtration (consistant dans l'emploi déplâtre et de l'aspiration par le vide), « qui est si sûr que ce sang, rempli auparavant de bactéridies, n'en renferme plus une seule, ni ^emes quelconques, après qu'il a été filtré, et qu'il peut être dès lors injecté dans le corps, sans produire ni le charbon, ni le moindre désordre local. »

On sait que Burdon-Sanderson est également parvenu, au moyen d'un système de filtration très-délicat, à supprimer les corpuscules virulents des liquides septiques et à rendre ainsi ces liquides pleinement inoffensifs.

Mais peut-on, de ces faits d'observation toute spéciale, conclure à l'existence en chaque maladie spécifique d'un germe de nature ammée? On l'a prétendu et l'on a dit que l'évolution morbide était le résultat de la germination des contages dans l'organisme. Les spores produits par cette germination chercheraient autour d'eux tous les matériaux nécessaires à leur développement ; ce serait en somme pour parfaire leur achèvement que les germes accompliraient les désordres qui caractérisent l'état fébrile.

2° Objections à la généralisation de la doctrine parasitaire — On a souvent objecté à cette généralisation le caractère tout locâl périphérique des affections entraînées par les parasites connus ; dans le muguet, la gale, la teigne, le germe ne pénètre pas l'économie et ne produit rien de comparable aux troubles généraux des maladies spécifiques. Celte objection est insuffisante, car il est une affection dont la facihté d'observation, dans toutes ses phases, démontre de la façon la plus évidente le rôle de certains parasites dans l'évolution d'une maladie incontestablement très-généràle par l'ensemble des symptômes.

C'est la trichinose où l'intervention du germe morbide s'accomp itdune mamère grossièrement saisissable, où chacun des symptômes est la conséquence évidente et de la pérégrination de ce germe et de son évolution, et où l'ensemble morbide arrive à représenter le tableau d'une maladie infectieuse; c'est tellement vrai que certams cas de trichinose avaient reçu, par erreur de diagnostic, la dénomination de fièvre typhoïde.

Nous irons plus loin et lâcherons de réduire encore la valeur de quelques autres objections opposées à la doctrine zymotique; on a dit que toute maladie parasitaire, analogue en cela à toute fermentalion, devrait entraîner le changement total du milieu où pénètre le germe morbide, c'est-à-dire, dans l'espèce, entraîner la destruction, la mort de l'organisme atteint; on a dit aussi que dans l'hypothèse de l'étiologie parasitaire, il serait difficile de comprendre soit le silence de cette période d'incubation qui signale habituellement le début des maladies contagieuses et infectieuses, soit l'influence des prédispositions et des immunités individuelles, influence peu conciliable avec la fatalité d'action des germes animés (1).

C'est vrai; mais il nous semble juste de ne pas s'exagérer ces différentes difficultés.

Tout d'abord l'esprit peut concevoir ou accepter l'existence de germes organisés d'une nature moins maligne que ceux qui, produisant le charbon, arriveront à l'extinction de l'organisme en enlevant aux hématies l'oxygène nécessaire à la vie ; par conséquent, toute affection parasitaire ne peut, à priori, être considérée comme devant devenir forcément fatale.

Peut-on expliquer cette période silencieuse dite d'incubation durant laquelle l'organisme, malgré la pénétration de la cause morbide, demeure dans un état de santé en apparence normal? Oui encore, si l'on accepte que le germe parasitaire ne prend qu'après cette pénétration les conditions de forme et de développement nécessaires à son action pathogénique.

L'incubation correspond alors àla phase durant laquelle le protoorganisme, changeant de milieu, complète silencieusement son développement, et atteint la forme sous laquelle il est fécond, et devient nuisible. C'est là évidemment une hypothèse, mais notablement appuyée par l'histoire de la trichinose.

L'influence si incontestable des prédispositions et immunités nidividuelles ne me semble pas non plus un obstacle à l'étiologie parasitaire; les germes exigeraient eux aussi, comme les virus, une réceptivité de l'organisme dont une première atteinte pourrait annuler la prédisposition. Il est constant que certains germes animés ont une activité variable ; on comprend dès lors l'inégalité de leur puissance, et la non-fatalité de leur action ; Pasteur rapporte avoir attendu en vain, pendant quatre mois, la production de la

[1) Chauffard, Étiologie de la Fièvre typhoïde [Bulletin de l'Académie de médecine, 2' série, t. VI, 1877.1.

CAUSES EFFICIENTES DES ÉPIDÉMIES. 77 septicémie dans une 'certaine quantité de sang de bœuf abandonnée à la putréfaction spontanée ; tandis que Davaine, par la culture du vibrion septique, par sa purification de plus en plus grande, adonné à ce poison, d'origine en somme si commune, une virulence progressivement croissante.

Ainsi nous considérons comme réalisable par des germes animés une série de troubles morbides analogues à ceux qui constituent les maladies spécifiques; c'est démontrer combien nous sommes disposé à encourager toutes les recherches accomplies en ce sens et quels vœux nous formons pour leur réussite.

Mais ce que nous ne saurions répéter trop haut, c'est qu'en acceptant la possibilité de ce mode de processus morbide, nous n'émettons qu'une hypothèse que tant d'auteurs transforment gratuitement en réalité, et dont les faits cependant semblent démontrer de plus en plus la fragilité.

Les recherches modernes, celles même qui ont été faites par les partisans les plus déterminés de la doctrine parasitaire, tendent, en effet, à reléguer la propriété virulente en certains éléments dont la vitalité est bien plus contestable que celle des microorganismes tout d'abord invoqués: bactéri'die ou vibrion. Cette propriété résiderait, avec son maximum de ténacité, dans ces parcelles ultramicroscopiques, dénommées corpuscules brillants (Pasteur), corpuscules sphéroïdes (Burdon-Sanderson), microzymas (Bechamp), etc., parcelles dont l'infinie petitesse rend l'analyse et la description impossibles, et dont la vitalité est encore une énigme. Question plus grave : tous ces corpuscules germes ne sont-ils point identiques aux granulations signalées par Chauveau dans les hquides virulents, et qu'il a déclarées absolument différentes, par leur petitesse et l'ignorance où l'on est de leur organisation, de tout ce monde parasitaire auquel on s'était arrêté tout d'abord ?

Diverses considérations viennent appuyer nos doutes sur l'identité entre les contages et les microorganismes qui président aux fermentations.

Si l'atmosphère recélait les germes morbides sous forme d'organismes microscopiques, ces germes occuperaient, sans doute comme la masse des poussières les plus légères, une couche supé- " neure à celle des poussières minérales ; le transport par les courants atmosphériques en serait relativement facile, comme celui ûes grains de pollen, comme celui des poussières organisées recueillies par Ehrenberg loin de leur point de départ. Or, mieux on observe, plus on voit combien on s'était exagéré la puissance

de diffusion des germes spécifiques ; tandis que les sables du Sahara sont transportés jusque sous le ciel de Rome, les germes de la variole, de la rougeole, du typhus, du choléra, de la fièvre jaune même, d'après les atteintes produites, semblent n'être entraînés qu'à une faible distance de leurs foyers. Au lieu de présenter la légèreté des infusoires atmosphériques, ces germes, par les limites de leur transport, sembleraient plutôt devoir être analogues à ces granulations, relativement pesantes, auxquelles nous venons de faire allusion, et qui sont considérées par Chauveau comme la matière du contage. Nous pensons même que le peu d'expansion atmosphérique des germes spécifiques tient à leur rapide oxydation, à laquelle s'opposerait leur vitalité, s'ils étaient animés. Aussi, ne pouvons-nous accepter l'existence de ces nuées de parasites dont le passage réglerait l'évolution des maladies populaires. Considérons donc comme acquises à la science, les intéressantes découvertes de Pasteur et de Davaine sur le charbon et la septicémie. Mais dans l'intérêt même de la vérité, n'acceptons que ce qui est prouvé, et ne proclamons pas à l'avance l'origine parasitaire de toutes les épidémies.

■ Il n'y a que la malaria qui aille relativement au loin ; et nous verrons pourtant qu'elle constitue, par l'impossibilité de sa transmission d'homme à homme, un des miasmes les moins comparables, dans son action, aux ferments animés.

Au moment oti nous écrivons, malgré de nombreuses études, on n'est arrivé encore, relativement aux germes parasitaires des principales maladies populaires, qu'à des allégations bientôt démenties par un contrôle sérieux.

L'observation directe et les recherches expérimentales ont été compliquées du reste de cette quantité considérable de germes réellement renfermés dans l'atmosphère, germes souvent indifférents pour l'homme, mais qui, malgré les précautions les plus minutieuses, s'introduisent dans les appareils les mieux disposés en apparence pour la culture des matières dont on espère voir sortir, sous forme de microphyte ou de microzoaire, la cause intime des maladies infectieuses. On sait à quelles conséquences erronées est arrivé Hallier par suite de ces incidents de laboratoire qui lui ont fait admettre comme représentant le miasme du choléra, celui du typhus, certaines végétations microscopiques oh d'autres mycologues ont reconnu les espèces les plus vulgaires et les plus inoffensives .

Ce n'est pas seulement dans les appareils de culture artificielle

des parasites que peuvent pénétrer de pareilles causes d'erreur • les infusoires atmosphériques trouvent parfois des conditions favorables d'entretien et de multiplication à l'intérieur ou à la surface d'organes altérés par des maladies spécifiques ; dans les pseudomembranes diphthéritiques, on a constaté déjà plusieurs espèces de microphytes dont la variété même indique suivant nous la présence complètement éventuelle ou tout au moins l'absence de va-' leur élioîôgîqué; "Combien n'est-il'point de parasites qui ne con- 1 slituent que des coïncidences ou des conséquences, et non point I des causes de l'affection qu'on leur attribue ? Que de fois les expérimentations ont in ûrmé certaines déductions qui se présentaient naturellement à l'esprit !

Il est certain que les spirilles de la fièvre à rechute ont une apparence tellement spécifique et une telle constance pendant les accès qu'il est difficile de ne pas leur attribuer une part considérable dans le processus morbide ; or, en cette affection si bien faite pour encourager les doctrines parasitaires, la sanction principale fait défaut jusqu'à ce jour; car nous ne sachons pas qu'on ait encore réussi dans aucune tentative d'inoculation du sang, même pendant la période des crises, alors qu'il est si riche en spirilles.

Nous sommes des premiers à invoquer, dans l'étude de ces questions, les recherches et les lumières des chimistes et des naturalistes, et en particulier des savants qui, sur un terrain plus vaste que celui de la médecine, ont acquis des titres incontestables de gloire et de reconnaissance nationale.

Mais ceux qui, par profession, s'occupent plus spécialement des maladies, et en particuher des maladies populaires, sont bien obligés de reconnaître que la propagation de ces affections est loin de s'accomplir d'individu à individu, avec la régularité, la fatalité des phénomènes d'une réaction chimique, ou d'une fermentation provoquée par la pénétration d'une particule de levain dans un milieu fermentescible. Les images que nous fournit la chimie sont trèsséduisantes par cette régularité ; mais elles ne sont applicables que par comparaison à la médecine ; l'organisme humain est un réceptacle qu'on ne peut assimiler au miheu plus ou moins inerte, vase ou cornue, où s'accomplissent les réactions chimiques et les fermentations.

Aussi la doctrine des germes animés a-t-elle eu surtout pour pnncipaux défenseurs des savants éminenls, mais auxquels manquait 1 habitude de l'observation médicale. Le clinicien, qui assiste dux évolutions d'un milieu morbide, aux modifications lentes et

graduelles des affections qu'il observe, admet difficilement la pensée de germes qui, introduits les uns après les autres dans ce milieu, en feraient varier beaucoup plus brusquement les types pathologiques ; le naturaliste, au contraire, le chimiste, habitués à constater les différences fondamentales des espèces physiologiques, tout comme celles des venins, des poisons, des ferments, seront, en médecine, partisans, à priori, de la préexistence des germes. Cette doctrine a le tort d'agglomérer en une masse confuse certaines affections très -diverses parle degré de netteté de leur étiologie.

Ce sont d'une part les maladies exclusivement virulentes, naissant toujours par contage, n'ayant rien de banal dans leur étiologie ; n'ayant pour terrain ni le sol ni TaUmentation, mais l'organisme, naissant d'elles-mêmes et ne reproduisant qu'elles-mêmes, sous une forme à peu près toujours identique; en sorte qu'on a pu dire qu'elles étaient spécifiques dans le sens strictement étymologique du mot {speciem facere), car elles font espèce, et se reproduisent comme les plantes et les animaux ; aussi ressemblent-t-elles tellement aux affections parasitaires qu'elles ont justifié, à nos yeux, l'admission de celles-ci dans le cadre des maladies contagieuses (1).

Ce sont, d'autre part, les maladies infectieuses, dont le principe pathogénique, quelle que soit son origine, putride, nosocomiale, tellurique, est susceptible de se révéler par des effets morbides trèsdivers dans leur forme et leur gravité ; nous avons peine à croire que ce miasme soit l'unité étiologique comparable à l'unité ferment dont les effets sont toujours caractérisés par leur profonde similitude. Nous hésitons donc à reconnaître à cette cause morbifique une forme, des limites déterminées, une existence, en un mol, comparable à celle de l'être qui fait espèce ; aussi verrons-nous combien sont grandes encore, suivant nous, les différences qui séparent les miasmes des virus ("2).

Du reste, un éminent chimiste, Dumas, a donné un des meilleurs arguments que nous puissions invoquer à rencontre de l'absolutisme des théories parasitaires même en dehors de la médecine; il a rappelé à Pasteur que certaines influences physico-chimiques étai ent susceptibles de provoquer des fermentations, alcooliques ou autres, aussi évidentes que celles qui résultent de l'action des parasites. Ainsi, en dehors même de la médecine, la présence du germe animé n'est pas indispensable aux divers actes auxquels on l'a prétendu nécessaire, notamment aux fermentations.

m Voir plus loin, Art. m, Be la contagion en particulier. (2) Voir ci-après, § iv, Bifféreiices des miasmes et des virus.

(\ Rappelons enfin, pour modérer le zèle de ceux qui usent si volontiers aujourd'hui du terme zymotique, que, chez ceux-là même gui l'ont mis en circulation dans le langage médical, chez les Anglais, ce terme est considéré comme plus commode que précis; il y a quelques années, la Société de médecine et de chirurgie de Londres, et la Société épidémiologique, consultées sur les bases d'une nouvelle nomenclature, ont explicitement reconnu que cette expression n'avait qu'une valeur de convention, de comparaison, et non pas une signification littéralement absolue. Elle n'a, suivant nous, d'autre avantage que de ramener la pensée vers une série de faits où, sous l'influence d'une cause minime ou occulte, on voit se développer des résultats d'une étendue relativement considérable : l'impulsion morbiflque, entraînée par une gouttelette de pus varioleux, entraînera des (roubles en apparence hors de proportion avec les dimensions de la cause morbide, absolument comme le contact d'une gouttelette de levûre produira la modification complète d'une masse énorme de matière fermenlescible. 3° Conclusion. — En résumé, aujourd'hui même, je ne crois pas

. qu'on puisse définir les germes spécifiques d'une manière plus précise qu'en disant qu'ils sont des particules de matières organiques, détachées d'un malade, s'il s'agit d'un virus, d'un foyer d'infection, si c'est un miasme.

Prétendre que ces particules sont animées, c'est faire une hypothèse; je dirai plus : soutenir qu'elles n'existent qu'à l'état solide, que jamais elles ne sont gazeuses, c'est affirmer sans preuve encore suîîîsanfël

Page 1