V. — MIASMES BAPPORTÉS PAU ANALOGIE AUX INFLUENCES TELLURIQUES
Ces influences ont été fréquemment incriminées à l'égard de bien des maladies ; elles l'ont été surtout depuis Sydenham qui, ne trouvant dans l'action des météores aucune raison de la modification des constitutions médicales, en rapporta l'origine à l'action de vapeurs sortant des entrailles de la terre.
Cette idée, acceptée par ses successeurs, notamment par Hildenbrand qui attribuait la plupart des maladies, y compris le typhus pétéchial, aux exhalaisons du sol, est en grande faveur actuellement; sous le titre Ao. Doctrine tellurique s'est élevée une pathogénie toute nouvelle, d'un caractère scientifique incontestable, mais trop exclusive dans ses déductions.
1" Maladies pestilentielles. — Suivant nous, c'est de Chervin qu'est partie à notre époque l'impulsion la plus énergique en faveur de l'application, à la genèse de différentes affections et surtout des maladies pestilentielles (choléra, peste, fièvre jaune), de la doctrine d'émanations comparables aux effluves palustres. Pour la fièvre jaune notamment, sur le littoral de l'Espagne aussi bien que sur celui de l'Amérique, à Gibraltar comme à la Nouvelle-Orléans, il a lutté énergiquement contre la doctrine d'importation, pour en affirmer la spontanéité par le fait de, ces miasmes d'origine locale 1 Le mal surgissait comme aurait fait une épidémie de fièvres intermittentes.
11 est certain que les conditions climatiques et lopographiques des berceaux des trois affections pestilentielles, leur adhérence à quelques-unes des localités qu'elles envahissent, l'analogie de leurs symptômes avec différents types de fièvres pernicieuses, les rapprochent singulièrement des maladies enfantées par la malaria. 11 semble même
CAUSES, EFFICIENTES DES ÉFlDÉMIiiS. ,3^ établi que la contaminalion d'un navire par l'une ou l'autre de ces trois maladies ne s'accomplirait habituellement qu'à condition d'un rapprochement presque intime entre le navire et le sol même du berceau originel de l'affection, rapprochement dans lequel le bâtiment s'imprégnerait, pour ainsi dire, de l'élément tellurique nécessaire au développement épidémique du mal.
Mais, disons-le de suite, de pareilles analogies entre les fièvres intermittentes et les maladies pestilentielles sont loin d'exprimer identité ou même similitude de nature; bornons-nous à rappeler que, pour chacune de ces trois affections, la limite de son foyer origmel, sa tendance à la propagation épidémique, sa dissémination par les communications humaines, son traitement, l'absence d'une cachexie consécutive créent autant de barrières qui la séparent de l'intoxication palustre.
Malgré la part qui revient probablement, dans leur développement originel, à la décomposition des matières organiques, le nom de foyers infectieux donné aux localités où surgissent ces trois affections n'implique nullement que l'on ait constaté qu'elles se rattachent aux conditions même du sol, comme la malaria qui en dépend absolument. On a fréquemment réuni la fièvre jaune le choléra, la peste d'Egypte, dans une synthèse imagée et assigné à chacune d'elles, comme condition originelle, les émanations du Delta d un grand fleuve : Nil, Gange, Mississipi. Ce ne sont là que des données géographiques entièrement approximatives, parfois complètement erronées ; pour la fièvre jaune en particulier, son berceau originel est bien loin de correspondre exactement à l'embouchure d'un fleuve (1).
Nous inclinons à croire que l'on a trop facilement confondu le rôle essentiel du sol lorsqu'il agit comme générateur indispensable de certaines affections bien déterminées, les fièvres intermittentes, avec son rôle relativement accessoire lorsque son influence est réduite à celle de milieu favorable, mais nullement nécessaire à l'enrnl'l" ^"/enoavellement de divers autres germes morbides, comme ceux des maladies pestilentielles
ment W^oif VJ'"^''''' ~ ^"j^^^^'^'b^i- «'«st plus spécialement le choléra et la fièvre typhoïde dont on cherche à rapprocher
les co„d.t.ons génératrices de celles qui enfantent les aïections
palustres ; c est contre les excès de cette doctrine, dont Pettenkofer
est le-promoteur principal, que nous devons tout d'abord prému-
(0 Voir livre IV, article Fièvr.
e jaune.
nir le lecteur, en prouvant combien, au contraire, diffèrent de
part et d'autre ces conditions originelles.
Nous tenons d'autant plus à bien établir cette distinction que l'on pourrait nous considérer comme étant de ceux qui ont contribué à étendre démesurément l'action morbifique des exhalaisons du sol.
En réunissant une série de faits destinés à prouver que les émanations fébrigènes ne sont nullement limitées, dans leur production, à la surface des marais, en établissant que dans les régions du globe où elles sont le plus délétères, dans les zones intra et juxta-tropicales, elles proviennent surtout d'un sol qui ne présente aucune apparence marécageuse, en substituant en un mot la doctrine de l'intoxication tellurique à celle de l'intoxication palustre, nous avons nous-même de beaucoup agrandi la sphère des influences pathogéniques provenant de la terre. Nous avons de plus, dans notre traité des i^«èu?'es intermittentes, et dans plusieurs autres travaux, émis lopinion que certaines formes de fièvre palustre pouvaient se transformer en fièvre typhoïde : c'était reculer d'autant les limites de l'action pathogénique du sol.
Nous désirons aujourd'hui bien établir que notre pensée iVa jamais été de chercher dans les influences directes du sol la raison de cette dernière maladie. Nous tenons à prouver que dans sa genèse et sa répartition géographique, la fièvre typhoïde, absolument comme le choléra, diffère essentiellement des maladies d'origine tellurique.
Genèse. — Si nous comparons, au point de vue de leurorigme, les affections dépendant essentiellement d'émanations telluriques, les fièvres intermittentes, au choléra et à la fièvre typhoïde, nous voyons combien diffèrent, dans chacun de ces groupes, la nature et l'influence des miasmes provenant du sol.
Les effluves fébrifères en relèvent d'une manière exclusive et constante. Ces effluves, en effet, ne tiennent pas seulement aux gaz fournis par la décomposition des matières organiques; et comme nous l'avons établi précédemment (page 129), le sol concourt activement à leur élaboration.
Aussi, tout en considérant les marais comme le type des foyers fébrigènes, avons-nous dit que l'expression de miasme tellurique était ici justifiée par le rôle essentiel qui revient au sol, au tellus, dans son développement.
Voyons s'il en est de même pour le choléra et pour la fièvre
typhoïde.
On sait, relativement au choléra, que Fourcault avait attribué une importance considérable à la composition géologique du sol sur la marche du choléra, admettant l'affinité du fléau pour les terrains de formation récente, et l'immunité relative des régions constituées par les terrains primitifs.
On sait de plus que, d'après la répartition de l'épidémie de 1832, Nérée Boubée avait noté de très-frappantes relations, d'une part' entre l'atteinte et l'immunité de nombreux pays, et d'autre part,' le degré de porosité du sol, quelle que fût, remarque importante^ l'ancienneté de ce sol ; il établissait que la condition essentielle était la perméabilité des couches superficielles de la terre, n'importe leur âge ; et que, si cette perméabilité se rencontrait plus fréquemment dans les terrains d'alluvion, on la trouvait aussi dans certains terrains anciens, mais où l'altération des granités, des porphyres, des schistes donnait au sol une porosité presque aussi considérable que celle des alluvions. Nérée Boubée appuyait ses conclusions sur la répartition de l'épidémie non-seulement dans les principales régions d'Asie, d'Allemagne, d'Angleterre, de France, d'Amérique même; mais, circonscrivant son observation aux territoires de Paris et de Lyon, il établissait le rapport de l'épidémie dans ces deux villes, d'une part avec la porosité du sol dans les quartiers frappés d'autre part avec l'existence d'une couche souterraine imperméable retenant les eaux pluviales à une faible profondeur, et les livrant à une évaporation excessive à la moindre élévation de température Alors se produisaient des exhalaisons d'autant plus intenses que es plmes antérieures avaient été plus abondantes, et que la chaleur était ensuite plus considérable. - Nous insistons sur cette remarque, parce que nous allons voir l'appui donné ultérieurement au fait signalé par N. Boubée, « des recrudescences cholériques venant toujaurs, à la suite des jours humides et pluvieux, pendant les jours plus secs et plus chauds. »
II y a douze ans, après avoir compulsé les documents adressés à 1 Académie de médecine de Paris sur les épidémies de fièvre typhoïde, Magne (1) affirmait la fréquence infiniment plus considérable de la fièvre typhoïde sur les terrains relativement modernes en particulier sur les terrains de formation postérieure aux terrains houillers, notamment sur ceux qui appartiennent au trias et à la lorraation oolithique.
(1) Magne, Rapports entre la composition des terrains et le développement des mwes hjphoïdes épidémiques {Bulletin de l'Académie de médecine, octobre 18G5 tome XXXI, p. 94).
C'est donc à ces observateurs que revient le mérite d'avoir indi- -qué, les premiers, l'influence du sol sur ces deux affections. Mais il est juste de reconnaître que ces recherches ont été reprises façon magistrale par Pettenkofer (i), qui a édifié sur de nouveaux faits la doctrine tellurique (Boden théorie) de la dissémination et de la répartition de la fièvre typhoïde et du choléra.
Dans l'une comme dans l'autre de ces maladies, il prétend établir la nécessité, pour déterminer une épidémie, de certaines conditions du sol :
1° Perméabilité des couches superficielles ; 2° présence dans ces couches de matières organiques en décomposition; 3° et enfin oscillations de niveau d'une nappe d'eau souterraine, oscillations qui dégageront plus ou moins complètement, suivant la température extérieure, les émanations morbifiques, par la liberté que leur abaissement rend aux gaz qui proviennent des matières précédentes.
On sait que cette doctrine s'appuie, relativement au choléra, sur la réceptivité ou l'immunité, à l'égard de cette affection, de certaines villes étrangères, et surtout de quelques-unes de nos grandes ■cités : Paris, Versailles, Lyon.
Quant à l'influence du sol sur le développement de la fièvre typhoïde, cette influence paraît établie par une série d'observations poursuivies pendant dix-sept ans et dont on peut ainsi résumer les conclusions :
Les oscillations de la mortalité par fièvre typhoïde dans la garni- -son de Munich ont offert, pendant ces dix-sept ans (de 1851 à 1867), une relation constante, et constamment inverse, avec les oscillations de la nappe d'eau souterraine, l'élévation du chiffre des décès correspondant toujours à l'abaissement du niveau de cette nappe, la mortalité s' abaissant au contraire chaque fois que s'élevait la surface de l'eau souterraine, et proportionnellement à cette élévation. Ce rapport inverse ne s'est pas démenti une seule fois entre les courbes de niveau de la couche d'eau souterraine et les courbes de mortalité.
Devons-nous admettre cependant, d'après ces observations, que le sol constitue h lui seul le réceptacle ou plutôt le régénérateur de la cause morbide : typhique ou cholérique? Non certainement, surtout devant les faits nombreux qui établissent que ces deux affections : fièvre typhoïde et choléra, ont une singulière tendance
(1) Voir Decaisne, La Théorie tellurique de la disséminatioti du choléra {Ann. ■d'hyg., 2' série, t. XLIV, p. 63, 1875).
à constituer des épidémies de maisons, à pénétrer par un individu dans une famille, et à se développer sur ceux qui vivent autour de lui.
Combien sont communes les atteintes de personnes qui n'ont été en contact qu'avec des cholériques ou des objets provenant de ces cholériques, comme dans les hôpitaux, sans avoir été nullement exposées aux prétendues influences morbifiques du sol (V. p. 103)? En est-il de même de la fièvre intermittente dont chaque individu atteint aura été toujours, au contraire, chercher le germe dans le foyer tellurique dont elle émane?
La fièvre typhoïde et le choléra trouvant un milieu favorable à leur développement dans des locaux fermés, comme des maisons,, comme des casernes, il faut bien admettre que le sol favorable à leur éclosion n'est pas seulement le sol terrestre, mais encore les murs, les planchers, les égouts, les latrines de la maison où ce développement a lieu.
Pour s'expliquer les résultats obtenus par Pettenkofer, il faut se rappeler que les oscillations de la nappe d'eau souterraine correspondent à certains autres faits d'une importance majeure en hygiène. Lors, en effet, que cette couche s'abaisse, il se produit des conditions spéciales d'insalubrité complètement différentes, dans leur nature, des émanations telluriques. Les circonstances météorologiques qui entraînent cet abaissement, sont la sécheresse prolongée et l'élévation de la température; elles amènent parallèlement le dessèchement des bords des rivières, celui des égouts, des conduits de vidange qui, n'étant plus suffisamment submergés' deviennent autant de foyers putrides à ciel ouvert.
Le sol peut alors servir de substratum à une masse plus ou moins considérable de matières organiques en putréfaction. Dans une locahté habitée, tout sol poreux non drainé constituera un véritable égout, sans paroi; il augmentera la diffusion de ces matières, mais sans modifier en rien la nature des émanations qu'elles produisent • ces substances, placées dans un vase quelconque, donneraient' sous la même température, naissance à des miasmes tout aussi redoutables; en maintes circonstances on a noté l'influence trop évidente, sur le développement de la fièvre typhoïde et du choléra, d'effluves provenant de latrines parfaitement isolées de la croûte terrestre. Dans la pathogénie de ces affections, le rôle du sol est donc purement physique, il n'intervient nullement dans la. constitution du miasme morbifique, contrairement à son mode û intervention dans la production de la malaria. En un mot, ce ne sondas h\ des afiections telluriques.
B. Répartition géographique. — Rien de plus évident que la fixité des limites désaffections qui relèvent des influences telluriques: on a considéré à bon droit ces affections comme le type des endémies; et si, à notre époque, il est des maladies dont les traits rappellent d'une manière frappante les descriptions hippocratiques, ce sont celles qui, naissant sur le littoral fébrigène de la Grèce et de l'Italie, nous prouvent qu'à 3,000 ans de distance le miasme palustre entraîne aujourd'hui comme autrefois les mêmes phénomènes d'intoxication, soit bénigne, soit pernicieuse.
Veut-on borner son champ d'observation à une période plus moderne et aux limites de la France seulement? Chaque année, le retour des fièvres intermittentes et leur prédominance dans les mêmes localités établissent leur dépendance absolue de conditions permanentes et circonscrites. Tous les ans, par exemple, la statistique médicale de l'armée française nous montrera la prédominance des fièvres palustres dans certaines villes du littoral méditerranéen (Antibes, Cannes, la Ciotat, Perpignan, Prades, etc.), dans "presque toutes nos'garnisons du département de la Corse, ou dans certains foyers parfaitement connus (Rochefort, la Rochelle, Saintes, Saint-Maixent, Napoléonville) des départements de l'Ouest.
Pour ces affections, nous pourrions, sans grande chance d'erreur, affirmer à l'avance l'impossibilité de leur développement dans telle ou telle zone de notre territoire; tandis que de semblables prédictions, pour la fièvre typhoïde comme pour le choléra, risqueraient fort d'être démenties par les événements. Si, dans l'étude de la fièvre typhoïde, nous devons constater une affinité spéciale de l'affection pour certaines régions de notre territoire, nous aurons en revanche à signaler la mobiUté de cette maladie que nous verrons envahir les localités les plus différentes au point de vue géologique. Quant au choléra, d'après les conditions géologiques et topographiques de la Suisse, respectée par la première épidémie (1832), Marc d'Espine avait annoncé l'immunité future de ce pays, immunité qui n'a pas été plus confirmée par les épidémies ultérieures que celle que Pettenkofer avait prédite à certaines villes d'Allemagne, atteintes malgré cette prédiction durant l'épidémie de 1873. La marche du choléra n'esl-elle pas, ordinairement, trop rapide, trop transitoire pour que l'on admette son adhérence au sol du pays qu'il traverse?
Nous pensons que Pettenkofer s'est laissé trop hâtivement entraîner à généraliser les conclusions des faits qu'il a observés sur le plateau de Munich; et nous croyons qu'il reste encore bien
des points à éclaircir avant de pouvoir reconnaître à l'avance que tel sol, ou tel autre, sera propre à la fructification du germe typhoïde ou cholérique, comme l'agriculteur reconnaît à l'avance que tel champ se prêtera mieux ou moins que tel autre à la germination d'une semence donnée.
3° Byssenténe, hépatite. — On sait qu'il y a un demi-siècle, à l'époque de nos premières guerres d'Algérie, on confondait l'étiologie des fièvres intermittentes avec celle de la dyssenterie, des abcès du foie, et l'on faisait de la malaria le substratum obligé de toutes les affections des pays chauds.
Depuis celte époque, une analyse plus attentive a permis de scinder complètement la genèse de la dyssenterie de celle des fièvres intermittentes; là même où il y a coïncidence de ces deux affections, comme dans une armée en campagne sur un sol fébrigène, l'analyse étiologique permet de constater que la dyssenterie ne relève pas de l'intoxication tellurique, et que le plus habituellement elle dépendra soit des brusques oscillations de température subies par les troupes obligées de bivouaquer sans abri, soit de l'usage alimentaire d'eaux de mauvaise qualité. Aussi la dyssenterie se développera-t-elle, sous ces mêmes influences, dans des régions indemnes de fièvres intermittentes ; nous constaterons la même indépendance pour les abcès du foie.
^° Scorbut. — Le scorbut lui-même a été considéré longtemps comme propre aux habitants des pays humides, marécageux; cette opinion a un côté vrai qu'il faut savoir dégager: dans ces pays, en effet, le scorbut se rattache au sol, non-seulement parce que la culture insuffisante de ce sol négligé produit la misère, mais encore par l'humidité atmosphérique de ces régions: cette humidité agit certainement sur la nutrition en compromettant les fonctions cutanées; les deux conditions pathogéniques du scorbut, froid humide, alimentation vicieuse, ont donc un point de contact incontestable dans leur action commune sur la nutrition ; voilà pourquoi avec des approvisionnements égaux, les équipages seront atteints de scorbut plus rapidement dans les mers du Nord toujours couvertes de brouillards que sous des latitudes plus méridionales; voilà pourquoi le scorbut a disparu de la Hollande, des environs de Strasbourg, de Munich, depuis l'assèchement de grandes surfaces marécageuses.
Pneumonie, catarrhes. - On se rappelle que Laënnec rapportait la pneumonie à certains miasmes provenant du sol, opinion qui avait sa raison d'être en un fait réel : l'indépendance relative
144 OIUGINE DES ÉPIDÉMIES.
de celle affeclion des influences méléorologiques banales dont l'aclion est bien plus évidente dans les autres phlegmasies des voies respiratoires. Les Anglais, les Américains, placent les aU'ections catarrhales au nombre désaffections miasmatiques; et récemment un de nos compatriotes, le D'' Bailly, de Bains, a émis une opinion identique en rapportant le catarrhe à un miasme né dans le sol (1); ce ne sont li que des hypothèses.
6° Scarlatine. — La limilation assez nette de la scarlatine à certains districts de la Grande-Bretagne ne leur a-t-elle pas valu le nom de foyers scarlatineux, exprimant l'idée de la formation sur place du germe de cette affection ?
7° Suette. — La suette, elle aussi, a été regardée tout récemment comme d'origine tellurique, parce qu'elle se limite à des circonscriptions régionales souvent très-précises, et en outre parce qu'en certaines épidémies elle a coïncidé avec des inondations, des curages de fossés, etc.; mais ces coïncidences sont exceptionnelles. En général, cette affection n'apparaît qu'à des intervalles très-irréguliers, quel que soit l'état du sol des régions où elle se développe ; sans aucune modification de ce sol, elle abandonne fréquemment certaines localités pour n'y reparaître jamais, et semble plutôt dépendre de divers phénomènes météorologiques, vents, brouillards, etc., dont nous sommes loin d'ailleurs de saisir le mode d'action.
8° Endémies. — Dans ces dernières années, enfin, on a singulièrement altéré ou exagéré le sens de l'expression tellurique en qualifiant de ce titre la cause si obscure de certaines affections bien plus spéciales encore aux localités que la suette, nous voulons parler des endémies; la difficulté d'en découvrir la genèse dans les conditions climatiques, sociales, hygiéniques du milieu atteint, a fait recourir à l'hypothèse d'une influence du sol. Le goitre, le crélinisme, le bouton d'Alep, l'éléphantiasis des Arabes, types des endémies, ont été tour à tour considérés comme d'origine tellurique. Nous verrons combien il reste à faire encore pour justifier de telles suppositions.
9" Conclusions. — La généralisation de la doctrine tellurique est en somme aussi contraire à la réalité des faits que celle des doctrines météorique, miasmatique, parasitaire, etc. Elle n'est point ou elle n'est que partiellement applicable aux maladies autres que la fièvre intermittente. Que l'on n'oublie point la possibilité, pour
(1) Brochin, Did, encycl. des sciences médicales. Art. CATARniiE.
CAUSES EFFICIENTES DES ÉPIDÉMIES \ • i lo
la plupart de ces maladies, de leur développement en pleine mer loin de tous ces prétendus foyers telluriques dont elles relèveraient'.
Ce qui fait le caractère de la malaria, et la distingue des autres agents pathogéniques, c'est qu'elle naît essentiellement du sol ou . d'un milieu analogue, que le séjour en mer en constitue le meilleur moyen prophylactique, comme le prouve l'immunité des équipages naviguant sous les latitudes où l'atterrissement est le plus dangereux.
ART. VI. — VICES d'alimentation.