I VI. - DU LAIT CONSIDÉRÉ COMME VÉHICULE DES MIASMES ET DES VIRUS
Le monde médical a été récemment ému de la publication d'un certam nombre de faits, observés surtout en Angleterre, tendant Ji prouver le rôle du lait comme agent de propagation de la fièvre typhoïde ; lait dont le plus important (épidémie de Marylebone) a eu pour observateur un médecin d'une autorité toute spéciale en pareille matière, Murchison.
Nous reconnaissons au lait la faculté de se charger de principes putrides non-seulement par son mélange avec de l'eau impure mais en outre par l'absorption des miasmes répandus dans l'atmosphère ambiante (1). ,
Nous n'osons cependant encore nous prononcer sur la valeur des faits précédents dont rien, dans le cercle des observations faites en notre pays, n'est venu jusqu'aujourd'hui confirmer la valeur
Nous partageons pleinement à cet égard les doutes formulés par Jules Arnould (2), et nous nous demandons surtout si, dans ces circonstances, il n'existait point d'autres intermédiaires plus suspects entre les familles atteintes et les laiteries incriminées.
(1) John Dougall, On the Dmemination of Zymotio Diseuses by Milk, in The Olasgow med. Journal, mai 1873. y , m tnc
(2) Jules Arnould, ÉUolor/ie de la Fièvre typhoïde: Paris, 1875, p. 51.
ART. YI. — PARASITES.
On connaît la définition de Davaine : les parasites sont des êtres vivant aux dépens d'autres animaux d'une organisation supérieure ;\ la leur, et dans lesquels ils trouvent leurs conditions de résidence, d'alimentation et souvent de reproduction (1).
Nous ne faisons allusion ici qu'aux parasites dont la science a déterminé l'existence réelle et l'influence incontestablement pathogénique. Le nombre en est considérable déjà, et tout fait supposer qu'il s'accroîtra chaque jour ; des recherches toutes modernes, notamment celles qui ont eu pour objet l'ankylostomeduodénal, lesanguillules du catarrhe intestinal de Cochinchine, les filaires du sang, témoignent du rôle de parasites bien déterminés dans les maladies populaires, et prouvent qu'il est légitime d'espérer la continuation de ce mouvement de progrès. Plus augmentera le cadre des affections évidemment parasitaires, plus diminuera celui des maladies, dont le parasitisme n'est encore qu'hypothèse (2); et chaque pas en avant entraînera une indication prophylactique certaine, déterminée elle-même comme la cause morbiCque.
§ l". — IMPORTANCE DES PARASITES COMME CAUSE DES MALADIES POPULAIRES. • CONSTITUTION VERMINEUSE. HELMINTHIASE.
On sait l'importance attribuée jadis aux parasites, notamment aux parasites intestinaux dans la production des maladies populaires. Moreali fait des vers intestinaux la cause de certaines affections dont le détail môme des observations indique la nature typhique (3). Depuis Morgagni, le terme de péripneumonk vermineuse a été fréquemment employé, surtout par Marteau de Granvilliers et Rau- Hn (4). Lepecq de la Clôture va jusqu'à décrire au long une épidémie qu'il appelle vermineuse, bien qu'on n'y rencontre aucun signe particulier démontrant d'une manière évidente la présence de vers cbez les malades.
On en arriva à attribuer aux vers toutes les maladies possibles, sans s'arrêter à la pensée queleshelminlhes trouvent en certaines conditions morbides de l'organisme, spécialement en celles qui s'accom-
(1) Davairio, Trcnté des cnlozoaires, 2* ('ilition. Paris, 1878.
(2) Voir plus haut, pages 71 et suiv.
{3j Moreali, Fu vres malùjne^ et conlagieuses produites par les vers. Modèiie 1789. (■4) Raulin, liuciieil périodique d'vbsertations de ihédecine, t. VII, p. 13-4 et 372.
pagnent de troubles gastriques, des conditions favorables d'habitat dans Jes divers milieux du corps, surtout dans l'intestin.
Aujourd'hui encore il est des pays, spécialement sur le littoral méditerranéen ; Corse, Italie, Espagne, oii la constitution vermineuse est invoquée dans la production des maladies les plus diverses, . A côté de cette doctrine s'est élevée celle des diathèses vermineuses, dite aussi de l'helminthiase , d'après laquelle l'organisme, en certaines conditions, engendrait lui-même les parasites, ceux-ci devenant dès lors non plus la cause, mais le résultat de Taffection. Il est certain que cette création est une erreur, dont on aurait peine aujourd'hui à comprendre le succès si l'on ne se rappelait qu'elle était englobée dans la vaste doctrine de la génération spontanée.
S'il est des affections oîi la lésion soit bien détachée de l'organisme, indépendante de celui-ci, ce sont certainement les affections parasitaires.
Auèsi bien avant l'époque actuelle certains esprits sages avaient compris et même signalé l'exagération des opinions précédentes. Torli, Pringle, avaient eu la sagesse d'observer que la présence des vers intestinaux ne modifie en rien ni la forme, ni même les indications thérapeutiques des fièvres intermittentes.
§ II. — RAPPORT DES MALADIES PARASITAIRES AVEC L' ALIMENTATION ET l'hYGIÈNE.
Il est une vérité qui doit survivre à ces doctrines erronées : c'est qu'il y a dans l'organisme des conditions spéciales qui sont nonseulement favorables, mais presque indispensables pour que cet organisme devienne le réceptacle des parasites.
La faiblesse des individus, la mauvaise nourriture, indépendamment des germes d'affections parasitaires dont elle peut être la voie d'introduction, prédisposent notablement à contracter ces affections.
C'est dire que l'alimentation constitue, elle encore, une des conditions de développement et de propagation des maladies qui nous occupent.
Nous allons l'établir en démontrant la connexité intime qui existe entre les maladies alimentaires et les maladies parasitaires :
1° Connexité au point de vue épidémique, historique et géographique. — Les épidémies parasitaires, si générales autrefois comme les épidémies alimentaires, sont aujourd'hui relativement rares ; elles se limitent actuellement en nos climats à certains groupes de la
ORIGINE DES ÉPIDÉMIES, population, et, sur l'ensemble du globe, à certains peuples dont les ressources bromatologiques et les conditions hygiéniques laissent également à désirer.
Comme les maladies d'alimentation, les affections parasitaires se partagent en deux classes suivant leur tendance à se répandre on à se circonscrire plus ou moins étroitement. Ainsi, parmi les parasites de l'homme, quelques-uns peuvent être considérés comme cosmopolites : le ténia inerme, l'ascaride lombricoïde, les oxyures, par exemple, et, comme épizoaires, V acavus scabtei; il en est de même de la plupart des épiphytes : la teigne faveuse, l'herpès tonsurans, le pityriasis versicolor se rencontrent partout. D'autres, comnie la chique, la fllaire de Médine, l'ankyloslome duodénal, la trichine, n'existent que dans des foyers assez déterminés, à tel point que l'on a même donné le nom d'endémiques aux affections qu'ils y produisent (1), bien que ces limites soient moins précises qu'on l'a affirmé (Voy. plus loin : Endémies).
Les affections parasitaires ont, il est vrai, pour leur généralisation une faculté que ne possèdent pas les maladies d'alimentation; beaucoup d'entre elles sont transmissibles, et par conséquent susceptibles de se disséminer par contagion.
2" Connexitéau point de vue étiologique. — C'est parles aliments que pénètre le germe de la trichinose et l'étude de la propagation des ténias nous démontrera également le rôle de l'alimentation dans leur fréquence en certains pays. Les boissons jouent aussi, pour une large part, ce rôle de véhicule des germes parasitaires; nous y insisterons principalement à propos de la reproduction du ténia inerme qui, suivant nous, pénètre dans le tube digestif aussi bien par l'intermédiaire de l'eau de consommation que par celui des aliments solides.
L'usage d'eaux souillées par des matières fécales est certainement l'une des conditions de fréquence des ascarides dans les campagnes.
Mais, en outre, l'alimentation exerce une influence indirecte sur ces maladies parasitaires.
Plus un cheval a été soumis à un régime insuffisant, plus on aura de chances de trouver de nombreux entozoaires dans son tube digestif. Il en est de même de l'homme. C'est dans les pays où les maladies d'alimentation sont les plus communes, que les entozoaires sont le plus fréquents; dans les autopsies faites en Égypte, on rencontre souvent des ascarides en grand nombre, des oxyures, des
(1) Davaine, loc. cit.
CAUSES EFFICIENTES DES ÉPIDÉMIES. 183 ankylostomes, des ténias, des douves du foie sur le même individu (1).
Et qu'on note bien que les maladies alimentaires ne prédisposent pas seulement aux entozoaires. Elles augmentent également la réceptivité aux épizoaires; en Norwége on a constaté que les croûtes des lépreux étaient souvent remplies de myriades d'acarus de la gale, qui trouvent, dans les lésions cutanées de la lèpre, des conditions favorables de résidence, comme chez les enhnls le pediculus capitis en trouve dans les croûtes impètigineuses du cuir chevelu.
Des influences hygiéniques autres que l'alimentation interviennent, il est vrai, très-fréquemment aussi dans le développement et la propagation des maladies parasitaires.
Pour celles de ces affections qui sont directement transmissibles de l'homme à l'homme, les agglomérations, en certaines circonstances où la malpropreté jouait le plus grand rôle, ont suffi à généraliser le mal, à créer l'épidémie. Les anciennes constitutions médicales auxquelles on attribuait la production de la gale, et qui se développaient surtout dans les hôpitaux encombrés, n'était que le résultat de l'exposition simultanée d'un grand nombre d'individus à la transmission et à la multiplication du parasite.
Des circonstances antihygiéniques spéciales facilitent singulièrement à certains parasites leur pénétration dans l'organisme. On sait, par exemple, que la filaire de Médine a pour habitat principal le sol marécageux; d'où danger plus fréquent pour les indigènes qui circulent les pieds nus ou insuffisamment protégés, ce qui les expose tout spécialement à la pénétration du parasite à travers les téguments des membres inférieurs.
C'est à la vie en commun des hommes et des animaux que semble due la fréquence même de certains épizoaires, comme la chique, ou pulex penetrans, commun surtout chez ceux qui ont dû s'abriter dans les huttes où les Indiens vivent avec leurs pourceaux.
Cette promiscuité favorisera bien mieux celles des maladies qui consistent dans la présence de parasites dont l'évolution 'exige, pour se compléter, le passage par des organismes différents.
Dans nos pays civilisés, et surtout dans les villes où les matières fécales sont aussi soigneusement séquestrées que possible, les anneaux et les œufs de ténia solium évacués par l'homme ne peuvent être que très-éventuellement ingérés par les animaux qui servent à l'alimentation.
(1) Voir Davaine, ioc. cit.
-Il n'en est point ainsi dans les pays sans hygiène et sans civilisation; pays où les matières fécales sont déposées et abandonnées en plein air; où l'homme vit pêle-mèle avec ses troupeaux, qui absorbent des eaux souillées d'excréments humains; où, par conséquent, existent les conditions les plus favorables aux diverses phases de génération allernanle des cestoïdes. On conçoit le danger de la généralisation du parasite quand, dans un tel milieu, camp ou tribu, surviennent des individus atteints de ténia ; c'est ainsi que, en se déplaçant, des peuplades sauvages ont pu déplacer l'endémie parasitaire dont elles étaient frappées .
Pour la même raison, sans doute, les hydatides sont endémiques en Islande; ici encore les habitants vivent en véritable promiscuité avec leurs troupeaux, d'où altération des eaux de boisson d'autant plus dangereuse que, durant les longues nuits des pays polaires, toute surveillance à cet égard devient plus difficile.