II. — CAUSES DES CONSTITUTIONS MÉDICALES
Quelques-uns ont invoqué ici encore les agents météoriques,, et attribué aux intempéries l'origine de cette constitutions avec autant de conviction qu'ils avaient rapporté les constitutions saisonnières aux qualités régulières de l'atmosphère.
Pour maintenir, malgré les apparences, la relation de cause h effet entre les agents météoriques et les consliiutions régnantes, on a émis l'opinion que ces constitutions résultaient tardivement de certaines influences saisonnières, et ne représentaient plus par conséquent le résultat morbiflque de la saison actuelle.
La fameuse phrase de Cœlius Aurelianus : N'on solum interest qmles (lies sint, sed etiam quales mile prœcesserint, exprime un dogme vrai : l'influence, sur la réceptivité de l'organisme, des impressions extérieures auparavant subies (1). Mais, pour les partisans
(1) Sous le titre de Loi ck succession météorologique, Lombard a su exposer d'une manière générale et complète les modifications imprimées ii. l'organisme dans les divers climats par les influences atmosphériques et les prédispositions morbides qui en résultent. Voir Lombard : Traité de climatologie médicale, t. I, p. .3l(i et suiv. Paris, 1817.
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES
des constitutions régnantes, elle correspondrait surtout à la pensée
que, dans certains états de l'air, on pouvait prendre le germe d'une
maladie qui n'éclaterait que fart longtemps après. Entre autres preuves, on citait l'histoire des personnes qui
éloignées d'un pays antérieurement habité par elles étaient atteintes, à distance, et malgré l'immunité de leur entourage par des épidémies éclatant dans leur ancienne résidence. Elles en avaient exporté avec elles les chances morbifiques créées par les intempéries qu'elles y avaient subies. On omettait, bien entendu, toute recherche ayant pour but d'établir si, avant ou après leur changement de résidence, ces personnes ne s'étaient exposées à aucune occasion de contage ou d'infection.
Sydenham abandonna complètement la doctrine de l'influence de.saisonssur la production des constitutions médicales régnantes ; eti abandonna paree qu'il en avait constaté l'inanité. Le retour dételle conslitutiou atmosphérique, semblable à celle des années antérieures, n'avait point cependant ramené la constitution médicale qui devait lui correspondre ; d'autres fois, comme en 1676
elles de 1 année précédente, malgré une différence considérable de const. ulions météorologiques. Il suffit de se rappeler que ] s malad.es les plus diverses, les plus indépendantes, au m^ dan eur cause essentielle, des influences atmosphériques, la vaHoie a peste, es typhus, étaient englobées dans les constitutions ml: dicales de cette époque, pour comprendre combien é a^nt
rrt^Lr!"^^^ naturellest^:
En renonçant au dogme des intempéries, et en accusant Hp a production des épidémies certaines vapeurs mystér u s so/' tant aes entrailles de la terre, Sydenham a jeté la ba se es Téort qui devaient être mises en honneur par divers épidém ologilt s au ont successivement incriminé l'influence morbifiqurdu sô Ln avons , qu'on n'avait fait qu'amplifier sa doctr n e ou ni
e°r:e 11? r Vf à une cause co^î
,uTa J r "^termittente, àdes miasmes analogues
^Zà ft^^^^^^ développe-
lyphoide J T''. de la fièvre
yphoide, par un épidémiologiste moderne, Pèitenkofer (1).
{'} Voir p. I3C et suiv.
LÉON Colin, mal. épidém. ^3
C'est encore au sol qu'on a demandé compte de la constitution stationnaire dont la durée semblait mieux répondre à des influences plus fixes que celles des saisons.
Or ici encore l'explication ou plutôt l'affirmation de Sydenham n'offre rien qui satisfasse la raison ; il a simplement reculé la difficulté sans éclaircir la question, et empêché peut-être de s'adresser plus tôt qu on ne l'a fait à des conditions d'ordre hygiénique que nous invoquerons plus loin.
Le sol a une part incontestable dans le développement de bien des milieux épidémiques ; mais, en maintes circonstances, les constitutions médicales dépendent si peu des influences lelluriques qu'on les voit s'étendre simultanément aux pays géologiquement les plus différents.
Aussi d'autres auteurs n'ont-ils pas hésité à demander compte de leur retour à des influences plus générales et plus éloignées, particulièrement aux mouvements réguliers des astres, comme on l'avait déjà fait pour les épidémies (p. 29).
Toaldo, "astronome de Padoue, crut pouvoir établir, après cinquante-deux ans d'observation, que les constitutions fixes reviennent chaque dix-neuf ans, époques correspondant aux prmcipales phases de la lune.
Est-il nécessaire de faire remarquer que ce prétendu retour périodique des constitutions médicales ne repose que sur des conjectures hasardées, à tel point que les époques en ont varié suivant les auteurs : Sydenham, Raymond de Toulouse, Poupee- Desportes, etc. ?
I III. — VAniÉTÉS DES CONSTITUTIONS MÉDICALES.
Les constitutions régnantes ont été diversement qualifiées suivant les doctrines de l'époque où on les observait; les épithetes les plus fréquemment employées ont été celles de constitutions inflammatoire, catarrhale, exanthématique, bilieuse, scorbutique, vermineuse. Les quatre premières sont encore souvent invoquées de nos jours; les deux autres n'appartiennent plus qu à l histoire.
10 Constitution inflammatoire. - La constitution inflammatoire est caractérisée par la fréquence des maladies aiguës, soit du tissu interstitiel, soitdesparenchymes,notammentduparenchyme pulmonaire ainsi que des membranes séreuses, inflammation ayant habiluellèmentpour terme anatomique des exsudations séro-fibrineuses.
Quelquefois l'inflammation va jusqu'à la suppuration, quil s'agisse d'affections bénignes comme de ces épidémies de furon-
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES. jgj.
des et de panaris qui se sont manifestées parfois pendant une série d'années sur une surface étendue de territoire; qu'il s'agisse de maladies d'une gravité exceptionnelle comme de péritonites, de méningites cérébro-spinales.
Les conditions originelles de la constitution inflammatoire sont bien difficiles à déterminer ; on la considère comme plus commune dans les agglomérations qui ne sont débilitées par aucune cause morbide antérieure ; nous verrons cependant le rôle, dans le développement de certaines inflammations épidémiques, de modifications préalables de l'économie, par des influences de nature infectieuse (méningite cérébro-spinale, furoncles, panaris).
2° Constitution catarrhale.— La consliluiioncsitâTrhsile, de toutes la plus fréquente, représente les difl"érents types morbides appartenant au groupe des afl"ections saisonnières, avec cette différence que ces affections ne se développent pas alors parallèlement à la marche de leurs saisons respectives. Elle off"re une grande affinité avec certaines maladies populaires bien déterminées, mais beaucoup plus éventuelles que les maladies saisonnières : d'une part avec les épidémies de grippe, qui paraît en être la manifestation suraiguë, et avec la coqueluche ; d'autre part, avec les fièvres éruptives, notamment avec la rougeole, qui semble trouver sous son règne des conditions toutes spéciales de développement. La prédominance de ces constitutions dans le nord des deux hémisphères, l'analogie des maladies qu'elles entraînent avec celles de la saison froide, semblent bien indiquer leur origine météorique (voy. p. m).
3» Constitution exanthématique. — Les fièvres éruptives se groupent entre elles pour former ce qu'on a appelé constitution exanthématique. Cette union a existé pour la variole et la rougeole, depuis leur apparition en nos climats (W siècle de J.-C), comme le prouverait à lui seul le nom donné d'abord à cette dernière affection morbillus, par comparaison avec la maladie grave, morbus, qu'elle accompagnait; au xvi« siècle est venue s'y ajouter la scarlatine.
L'érysipèle est également commun pendant les constitutions exanthématiques. Il en est de même des épidémies de furoncles. • La diphthérie aété propagée en Europe (xviii" siècle), en même temps que régnait de graves épidémies de fièvres éruptives, surtout de scarlatine, et celte affinité n'a reçu depuis cette époque que de trop fréquentes confirmations. Les oreillons appartiennent, au même titre, aux constitutions exanthématiques, ainsi que la coqueluche. "•
En résumé, les maladies virulentes, à virus diffusible suscep-
tibles de constituer des épidémies, forment, non-seulement au point de vue de leurs similitudes étiologiques, mais encore en raison de leurs connexit^s si fréquentes, un véritable groupe naturel, où figurent d'abord les trois fièvres éruptivcs : variole, rougeole, scarlatine; puis d'autres affections qui, au point de vue clinique, semblent si différentes de ces pyrexies exanthématiques, mais qui cependant leur sont unies par de nombreux rapports : les oreillons, l'érysipèle, la diphthérie.
Nous n'avons jamais observé d'exemples plus remarquables que dans l'armée de la réalité de ces constitutions; dans notre temps d'exercice dans les régiments, nous avons vu, entre autres faits, un corps de troupes dans lequel, en une période d'un an, ces quatre maladies apparurent successivement sans intervalle entre elles. Cette simultanéité indique d'une manière incontestable l'existence de conditions communes favorables à leur développement.
En étudiant le rôle de l'atmospbère dans la formation des milieux épidémiques, nous lui demanderons compte de ce parallélisme, dans leur activité, de germes morbifiques différents.
4° Constiluiion bilieuse. — Les constitutions bilieuses sont peutêtre les plus durables, les plus prolongées de toutes les constitutions médicales. L'œuvre de StoU est, en partie, basée sur la prédominance d'une longue constitution de ce genre. De 1782 à 1784, la Société Royale de médecine reçoit quatre-vingts mémou-es sur les épidémies bilieuses en France; depuis, cette modification des constitutions stalionnaires s'est renouvelée à plusieurs reprises, notamment de 1835 à 1863, période pendant laquelle elle a été spécialement signalée par Monneret et par Cbauffard.
L'embarras gastrique, la fièvre gastrique, l'ictère, en sont les principales expressions cliniques. L'ictère n'est point ici l'ictere simple printanier. Il s'associe fréquemment à des symptômes qui dénotent une atteinte profonde de l'économie, aux hémorrhagies, comme on l'a vu pendant les épidémies de fièvre bilieuse de la garnison de Paris, en 1863. et à ces manifestations cutanées parfois très-graves dont les anciens avaient saisi le rapport avec les affections hépatiques.
C'est à ce titre que se rattache aux constitutions biheuses l'explosion de l'érysipèle infectieux qui a régné en Europe et surtout en Amérique durant la période précédente; lia été remarquable aux États-Unis surtout, par la fréquence des plus graves complications : angines gangréneuses, méningites, pârotides, etc. La constitution biheuse nous semble devoir être rapportée i\
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES
l'influence de conditions générales, sans doute aussi météorologiques, qui augmentent lanocuitédes foyers de décomposition de matière animale ; nous verrons que telle est h notre sens la condition principale d'origine des fièvres bilieuses.
Mais il importe de noter que la cause la plus réelle de l'emploi jadis fréquent du terme de constitution bilieuse, c'est que ce terme recouvrait habituellement une entité morbide autrefois méconnue : la fièvre typhoïde. Nous en avons la preuve évidente dans la succession des rapports sur les épidémies dus à l'Académie de médecine (1). A partir du jour où la Commission des épidémies employa le nom de fièvre typhoïde pour caractériser certaines ^affections dénommées aupav^wanl maladies bilieuses, ces constitutions devinrent de moins en moins communes et flnirent par ne plus être signalées que rarement (2).
S" Constitution scorbutique. — 11 existe d'autres constitutions, également à peine invoquées aujourd'hui, et dont la genèse également mieux déterminée a presque entraîné la disparition du langage médical.
Une de celles qui avaient été le plus fréquemment signalées à partir du xv' siècle, c'était la constitution scorbutique ; dans les siècles suivants, il y eut certainement maintes occasions de constater la tendance au scorbut de tant de populations épuisées de faim et de misère ; dans les guerres même actuelles, la constitution scorbutique s'est affirmée soit d'une manière évidente et complète comme en Crimée (1854-56), soit d'une manière plus obscure comme pendant le siège de Paris (1870-71).
Mais l'extension donnée jadis à cette expression tenait à sa confusion avec les symptômes des différentes cachexies, et ce terme s'appUquait aussi bien à l'anémie des grandes villes, à celle des campagnes fébrigènes qu'au scorbut lui-même. On rapportait volontiers à la constitution scorbutique la tendance aux hémorrhagies dans les affections les plus diverses; et, en temps de variole noire, de scarlatine hémorrhagique, on invoquait immédiatement l'intervention d'une dialhèse scorbutique responsable de ces accidents.
(1) Mémoires de l'Académie de médecine, Paris, 1828-1870, 29 vol. pussini.
(2) Dans son Rapport sur (es épidémies gui ont régné en France, de 1841 à 184C Gaultier de Claubry fait observer que la Commission académique crut pouvoir donner, après examen, le nom qu'elles méritaient à la plupart des épidémies relatées sous tant d'autres noms; de cette époque, qui constitua certainement un progrès, datent la diminution notable des observations de fièvres bilieuses, putrides, muqueuses, etc., et l'augmentation de celles de lièvre typlioïdu. (Gaultier de Claubry, Rapport sur les éiÀdénws de 1841 à 1846; in Mém. de t'Acad. de méd. t. XII.)'
Or, les observations que j'ai recueillies à Bicôlre pendant le siège de Paris (1870-1871) m'ont démontré l'indépendance absolue de la variole hémorrhagique et du scorbut.
La fréquence de cette forme de variole dans une ville assiégée était bien faite pour m'inspirer la pensée de l'intervention du scorbut dans sa détermination. Je me borne à transcrire le passage suivant qui constitue, à cet égard, le résumé de mes impressions.
a Nous ne voudrions pas affirmer d'une manière absolue que les conditions spéciales créées par le siège de Paris, en particulier les privations de tout genre, n'aient pas eu leur part dans celte modification de l'épidémie de variole, et concouru à ces manifestations fréquentes de la forme hémorrhagique. Mais il faut avouer que l'action de ces causes est loin d'être évidente, et peut même, après examen, être considérée comme problématique.
(( Cherchera-t- on, par exemple, un rapport direct entre les privations alimentaires et les hémorrhagies de nos varioleux, par analogie avec l'influence de ces privations sur la production du scorbut? Nous-même en avons eu un instant la pensée, à la vue surtout de ces varioles hémorrhagiques initiales où, avant tout mouvement fébrile, la surface cutanée est parsemée de vastes ecchymoses, en même temps que se manifestent des épistaxis, des hématuries, et des suffusions sanglantes des conjonctives; mais nous abandonnâmes bientôt cette pensée en nous familiarisant davantage avec les varioles hémorrhagiques tremblée, et surtout en constatant leur disparition presque complète au milieu du mois de janvier 1871; or, à cette dernière époque, les privations alimentaires, subies par la garnison de Paris, étaient arrivées à leur maximum; quelques 3as de scorbut se manifestèrent dans l'armée, quelques-uns de ces scorbutiques eurent la variole, et ces varioles furent bénignes. Ce qui prouve enfin que, dans la palhogénie de la variole hémorrhagique, il n'y avait rien d'analogue au scorbut, c'est que cette forme morbide a dominé simultanément en dehors de Paris, dans différents villages qui ont été frappés sans qu'on puisse invoquer pour eux aucune influence aUmentaire (I). »
6° Conslïluiion vermmeuse. — Une des constitutions, dont on a aussi bien souvent invoqué le rôle, c'est la constitution vermineuse, dont nous avons notamment démontré l'imporlance pour les ép'idémiologistes du siècle dernier (2), et qui, elle aussi, a dis-
(1^ Léon Colin, La variole et la rougeole à V hôpital mililaire de Bicêlre pendant le siège de Paris\union médicale, 2' série, 1873). (2) Voir p. IHO.
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES. 199
paru en partie, devant des déterminations éliologiques plus précises et plus scientifiques.
§ IV. — INFLUENCE DES CONSTITUTIONS MÉDICALES SUR LES MALADIES POPULAIRES.
Le rôle des constitutions médicales est invoqué principalement :
i° Dans les variations cliniques et pronostiques des maladies; 2° Dans la simultanéité de plusieurs affections ; 3° Dans la procréation de diverses maladies ; A" Dans l'influence ressentie par ceux-là mêmes qui ne sont pas atteints de ces épidémies; 5° Dans la suppression des autres affections.
1° Variations cliniques et pronostiques des maladies. — On a attribué aux variations de la constitution médicale les modifications symptomatiques et pronostiques des maladies habituelles dans une localité donnée.
Il suffit d'avoir observé quelques années pour se convaincre, par exemple, que les épidémies de fièvre typhoïde sont loin de réapparaître avec les mêmes caractères symptomatiques ; que de modifications dans la prépondérance relative des symptômes abdominaux et des symptômes thoraciques, dans la fréquence et l'abondance des éruptions, des hémorrhagies, etc. !
En est-il autrement des rhumatismes, dont les localisations sont plus ou moins généralisées, la réaction plus ou moins vive, suivant les épidémies ? des pneumonies, dont certaines séries seront remarquables par la prédominance de la lésion au sommet des poumons, par la rapidité de la défervescence, d'autres par l'atteinte des bases, la lenteur de la convalescence, etc. ?
Quant aux fièvres éruptives, elles constituent peut-être l'exemple le plus saisissant de ces variations de la modalité et de la gravité d'une même affection, puisqu'il n'en est aucune qui ne nous fournisse, durant des périodes parfois très-longues, le type des maladies les plus bénignes, pour revêtir ensuite le caractère de malignité des épidémies les plus redoutables.
2» Simultanéité de plusieurs épidémies. — Nous avons indiqué l'association des maladies éruptives pour former une constitution exanthématique : on a cru pouvoir également rapporter à des constitutions régnantes communes certaines autres maladies; associer, par exemple, d'une part : la giippe, la suette, le choléra, les fièvres intermittentes ; d'autre part : la méningite et les maladies
pyogéniques. Nous verrons que ces associations sont bien plus éventuelles que la précédente.
3° Proc7'éation de diverses maladies. — La transformation progressive des conditions sanitaires d'une population représente souvent un véritable acbeminement vers telle maladie ; on considère alors la constitution médicale comme ayant été la pbase préparatoire, ou mieux encore initiale; elle indique le changement du milieu épidémique en foyer épidémique.
Cette transformation progressive se révèle surtout dans la période d'enfantement des maladies populaires qui relèvent des grandes influences météoriques, telluriques, bromatologiques et typbiques. De même que la fréquence exceptionnelle et la gravité des bronchites et des rhumatismes annoncera l'imminence de nombreuses pneumonies, de même que l'apparition des fièvres intermittentes simples fera redouter l'explosion d'accès pernicieux, de même le scorbut sera précédé d'un nombre considérable de cas morbides mal déterminés, mais caractérisés en général par l'anémie, les troubles digestifs de ceux qui en sont atteints.
De même, encore, dans les maladies par infection humaine, on voit apparaître des modalités pathologiques plus ou moins déterminées, depuis les troubles intestinaux jusqu'aux affections spécifiques, typhus, fièvre typhoïde.
La preuve en est écrite, pour le typhus, par nos collègues de l'armée d'Orient, par Cazalas (1) et par Fauvel (2). Pour la diplithérie, d'après Radclitfe (3), il semble bien établi que son apparition en Angleterre, et sa généralisation en ce pays ont été précédées, duianl plusieurs années, d'un nombre insolite de petites épidémies d'angines inflammatoires, créant, pour ainsi dire, un véritable appel local aux déterminations spécifiques de la maladie.
C'est principalement lors de l'apparition de maladies nouvelles ou réputées telles qu'on a accepté l'influence procréatrice des constitutions médicales. La méningite cérébro-spinale n'a-l-elle pas été considérée comme la détermination extrême des influences qui enfantaient à la même époque des maladies à suppuration rapide : ophthalmie purulente, fièvre puerpérale, pneumonie grise, etc.?
(1) Cazalas, Maladies de l'armée d'Orient. Paris, 1860, ia-g».
(2) Fauvel, Guerre d'Onenf. Rapports sw les maladies qui ont régné parmi les années belligérantes en 1854, 1855 et 1856 {Recueil des trnv. du Comité consultatif d'hy g. pnbl. de France. Paris, 187 i,t. III, p. 1).
(3) Radcliffe, On ihe récent Epidémie of Diphtheria [Trms. of the Epid. Soc. of London, t. I, 1862).
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES
Mais c'est surtout dans leurs rapports avec les grands fléaux éo^ demiques que les constitutions médicales ont été inyoguées On leur a attribué les modifications brusques ou graduelles des maladies épidémiques qui ont successivement dominé l'état sanitaire d un pays ou d'une localité.
On a môme donné à l'épidémie naissant alors le nom de constilu-
'^'^-^ - les constitu.
La syphilis, le typhus, le scorbut, qui, tous trois, ont atteint le max,mum de leur généralisation pendant les xv« et xvîo siée e la suetle anglaise qui alors faisait ses explosions, ont été ap o a une profonde modification delà constitution des peuples mod ficat.on qu> n'était pas toute dans le sens du mal, pufsq^ ,a même époque on voyait rapidement dédiner et disparaîtr des reg oT. es plus c.v.hsées de l'Europe, les deux affections qui, depu s de
^r^d'e^reÏ '^"^ """'^ P^^^ -^uinale et L
De nos jours encore, on a affirmé le rôle étiologique de la con
iClue On T'f mt" ''T'' "^^^^^^^ PestilentieHes de' 1 époque. On la même opposée à Imfluence morbifiaue efficarp entre toutes, au germe spécifique loiûiuque etficace
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s'occZr d^améTio^^^^^^^ ^^"^^^"^-"aire ; mieux e^ût'valu
clelapZtZ r r hygiéniques delà localité et
lion Tu r ^'««^"tmienls, entre les partisans de l'importa- '^^n et les partisans de la spontanéité locale des maladies nfeC
lieuses, ne se sonl-ils pas reproduits également par les autres maladies pestilentielles ? N'ont-ils pas été la base des conclusions complètement opposées, au point de vue sanitaire, auxquelles sont arrivés les différents observateurs de l'épidémie de peste de Marseille en 1720 ? Ne se sont-ils pas reproduits plus récemment et avec autant d'éclat pour la fièvre jaune? Tandis que les uns soutenaient que jamais cette affection ne s'était développée dans un port d'Europe sans y avoir été importée, Chervin et ses partisans affirmaient que ces explosions étaient d'origine toute locale, absolument comme les explosions de fièvres intermittentes; et, pour en prouver la spontanéité, on démontrait encore ici qu'avant l'arrivée du navire prétendu infecté, la constitution médicale de la ville s'était notablement modifiée en raison d'une augmentation d'insalubrité du port, que des fièvres bilieuses avaient apparu, prenant chaque jour un plus mauvais caractère, et que la fièvre jaune avait été le terme de cette aggravation de l'état sanitaire local. r j
On a vu de tout temps des auteurs s'appuyer sur des faits de ce genre, pour soutenir la non-importation de ces épidémies, et leur spontanéité dans des milieux dont tous ces cas frustes ou ébauchés indiquaient, suivant eux, une élaboration morbide locale.
Ainsi il fut une longue période où l'Europe sembla frappée d une véritable constitution pestilentielle, xu» au xvi« siècle; on croyait alors à une influence occulte, inaccessible aux moyens de l'homme, et présidant au développement et à la propagation de cette maladie Aujourd'hui, et surtout depuis la grande épidémie cholérique de 1832, grand nombre de médecins sont devenus les parlisans convaincus et exclusifs de ce principe mystérieux, insaisissable, des propagations épidémiques; et, partant de cette opinion, on a dit : constitution cholérigène, comme autrefois on d.sa. consti ution pestilentielle. C'est toujours la constitution médicale opposée à la contagion, comme on l'avait fait pour l'épidémie.
Les partisans de l'influence des constitutions médicales, sur 1 apparition des épidémies, ont invoqué, à l'appui de leur doctrine un certain nombre d'autres faits très-frappants au premier" abord et où l'on voit la contagion faire défaut aux maladies citées à chaque instant par les conta gionnistes comme type de transmissibihté. Pourquoi, disent-ils, la fièvre jaune est-elle si peu transmissib e que îa masse des habitants qui s'enfuient d'une ville atteinte, ne la donnent point aux populations des environs, bien qu allant parfois eTmômcs succombe; au milieu de ces populations? Pourquoi
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES. ' éléverait-on des barrières au typhus, quand on Ta vu si fréquemment s'éteindre de lui-même au milieu des populations où le faisait pénétrer une armée ? Pourquoi la peste, qui a pénélré dans tant de villes bien gardées, rigoureusement isolées, n'est-elie jamais transportée en Arabie par les quatre-vingt mille pèlerins qui chaque année s'y rendent de l'Égypte ?
En résumé, on a rejeté sur l'influence de la constitution stationnaire de l'époque les faits épidémiologiques les plus opposés : dans tel cas la permanence d'une maladie pestilentielle, dans tel autre son brusque passage à travers le monde ou, au contraire, sa difficulté de pénétration en certains pays.
4» Influence ressentie par ceux qui ne sont pas atteints de la maladie elle-même. — La constitution médicale marque son empreinte, durant le règne des maladies épidémiques, par des troubles caractéristiques chez ceux-là même qui ne sont pas frappés de ces maladies.
« Pendant la fièvre jaune qui régnait à Philadelphie, en 1793, Rush avait observé que les individus bien portants avaient, dans le fort de l'épidémie, la conjonctive et l'organe cutané d'une couleur extrêmement jaune, et le pouls d'une fréquence extraordinaire : ce phénomène avait lieu chez le blanc comme chez le nègre ; il n'a vu que deux personnes chez lesquelles il ne s'était point rencontré (i). »
« Orrseus. ajoute Schnurrer, a décrit d'une manière bien plus remarquable encore les phénomènes que présentent les individus bien portants durant une épidémie. Ils étaient sujets à des furoncles dont la suppuration avait un caractère tout particulier, et si l'on parvenait à résoudre un bubon chez quelque pestiféré, il survenait sur toute la surface du corps une quantité plus ou moins considérable de cesfuroncles (2). ,> Je ne cite ces exemples, que parce qu'ils sont les premiers en date parmi tant de faits analogues et dont nous avons résumé les prmcipaux dès les premières pages de ce travail (3) S" Suppression des autres affections. - La constitution médicale était caractérisée non-seulement par le groupement de certaines afi-ections, et par le caractère commun imprimé à des maladies difl^érentes, mais encore par la disparition ou tout au moins la diminution notable, pendant son règne, d'un grand nombre d'espèces morbides. ^
On sait que les grandes épidémies absorbent fréquemment tout
(1) Schnurrer, loc. cit., p. 123.
(2) Histoire de la peste qui régnait à Jassij, in Schnurrer, loc. cit., p. 124
(3) Voy. livre I, p. 14. > i •
le cadre pathologique du pays qu'elles dévastent. De celte observation il n'y avait pas loin à la pensée d'un antagonisme entre les maladies doniralternance semblaitindiquer la distinction originelle.
En Orient, l'apparition de la variole à l'époque où la peste régnait, était considérée comme d'un heureux augure ; elle indiquait, disait-on, la fin prochaine de l'épidémie peslilentielle.
Paris affirme même qu'en Turquie, lorsqu'un pestiféré vient loger dans une maison où il se trouve des enfants attaqués de la petite vérole, la peste finit et le venin disparaît sans infecter d'autres personnes; qu'une personne soignant des enfants atteints de petite vérole n'aura jamais la peste. On a également soutenu l'antagonisme ae la fièvre typhoïde et du choléra.
Plusieurs auteurs, notamment Hecker et Hœser, ont cherché à rattacher les manifestations épidémiques observées en ce siècle même à certaines lois d'alternance qu'ils ont indiquées entre les divers groupes morbides appelés à dominer tour à tour, en absorbant, pendant une période plus ou moins longue, tout le cadre pathologique. C'est ainsi qu'à leurs yeux la constitution bilieuse qui, durant les deux premières épidémies de choléra, s'est imposée à toute l'Europe (1830-34, et 1847-56), aurait coïncidé avec une extrême rareté des fièvres éruptives : tandis que la constitution exan thématique dont la variole constitue l'une des manifestations dominantes, aurait, à son tour, et à plusieurs reprises (1822-29, \ 834-38, 1845-47 ; ajoutons-y 1869-72), exclu de la scène les affections bilieuses et particulièrement le choléra (1).
Nous allons voir combien les faits imposent encore de réserve i\ l'égard de ces doctrines.
§ V. — INCONVÉNIENTS DE LA DOCTRINE ABSOLUE DES CONSTITUTIONS MÉDICALES.
L'omission la plus importante, commise par les partisans absolus des constitutions médicales, est celle du germe spécifique qui tant de fois a pénétré dans le milieu où ils ont prétendu que l'épidémie trouvait ses conditions complètes de développement. De même que l'épidémicité, la constitution médicale a été opposée surtout à la contagion.
On a invoqué comme preuves les formes morbides atténuées observées soit dans le cours, soit surtout au début de l'épidémie, et considéré ses premières manifestations comme l'indice de la transformation spontanée d'un état sanitaire local.
(1) Schnurrer, loc. cit., p. 57.
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES
Le point délicat est de savoir si ces formes ébauchées n'étaiem déjà pas elles-mêmes le résultat de l'importation du mal le fait de cette contagion qu'on tenait à nier, et dont on n'avait pas saisi le mécanisme. Nous sommes convaincu qu'il en a été ainsi dans la grande majorité des cas. Dans la plupart des affections contagieuses ce n'est pas aux modifications lentes de la consti tution médicale d'une localité; c'est à la pénétration d'un germe nécessaire et suffisant à lui seul, qu'est due l'explosion épidémique. ^
Ces diarrhées si nombreuses qu'on voit précéder l'explosion du choléra ces fièvres bilieuses qui annoncent l'imminence du vomito es accidents qui se manifestent chez les femmes en couches, à 1 approche des épidémies puerpérales, peuvent, comme l'a dit sagement Bemutz(l), être des manifestations atténuées du mal
r' °? d'annoncer la venue, elles prou-
veraient déjà l'existence.
Beaucoup des affections considérées comme fournissant la preuve du re entissement d'une constitution médicale sur les per onnes non atteintes de l'épidémie, comme les bubons en temps de pest ne représentent que des cas frustes de l'affection régnante Je
lens a en emprunter la preuve à un des partisans les plus couvain eus de ces constitutions, à Schnurrer; il rapporte que pendant u e
pi mie de rougeole, observée par Rush, la plupaJt de ceux q" longt mps auparavant, avaient eu cette maladie, étaient pris du^
nea itr if!' ''"^ '^""^ ^rysipélateuse a;ec éruptf n 'à a peau laquelle éruption ressemblait à l'urticaire; et on remarquait dans le courant de la maladie, depuis le commencementrasquï à fm, tous les avant-coureurs et les symptômes concomit nts de a rougeo e même. N'était-ce pas là une rougeole modifiée No
■en e d: ^rr 'r ^'^''^^ ""^ ^P^^^™*^ ^«^'^l^tine, l'inn. ence de 1 affection régnante se traduire par un chiffre considérable d angmes. véritables cas frustes que nous signalâmes à ll so ciété médicale des Hôpitaux (mai 1868)
rnce de ceTe ^T. ''T^'"'' ''''' non-seulement l'in^ IZTe V^^^^^^^ autres affections régnantes, mais
éruntinn Z . ^'"'^ vanolique qui vient alors, et sans
éruption, se surajouter aux varioles normales (2).
m Voir livre IV, art. Variole.
N'en est-il pas de même de certaines lésions anatomiques démontrant l'extension, beaucoup plus considérable qu'on ne l'admet, non pas de la constitution épidémipare , mais du principe morbifique qui préside au développement de la maladie populaire; comme, par exemple, la psorentérie intestinale, rencontrée, en temps d'épidémie cholérique, chez des individus enlevés par d'autres affections que le choléra lui-même?
C'est pour avoir négligé d'une part le rôle de la contagion, d'autre part les variations de ce rôle suivant tant de circonstances indiquées plus haut (pages 93 et 96), qu'on a donné une telle importance aux constitutions médicales dans la procréation, la durée, la limitation des maladies populaires.
Quant aux alternances des épidémies entre elles, elles peuvent résulter très-naturellement de la difTérence des prédispositions populaires à telle ou telle affection (voy. art. VIII, Rôle des prédispositions Individuelles) ; il nous semble d'ailleurs que le hasard a la part principale dans de semblables alternances dont les faits sont, du reste, bien loin de confirmer souvent la réalité ; on a opposé les épidémies de choléra à celles de variole (page 204) et de fièvre typhoïde ; or pendant l'année 1872, la variole ne prenait-elle pas une extension nouvelle en Russie, sans que sa propagation fût en rien amoindrie par les foyers cholériques du nord-est de l'Europe ?
Pendant la dernière épidémie cholérique de Paris (1873), nous avons non-seulement observé la coïncidence de cette affection avec une épidémie de fièvre typhoïde, mais encore publié l'observation d'un malade qui, soigné de cette dernière afTection dans notre service, y fut enlevé par une attaque foudroyante de choléra, et nous offrit les lésions types de ces deux maladies.
Pour l'enfanlement des grandes épidémies, il faut bien autre chose que les constitutions médicales.
Ne voyons-nous pas chaque jour, dans les localités éloignées du littoral, à Paris, par exemple, se manifester des séries d'affections bilieuses, à type rémittent, identiques à celles qui caractérisent la constitution médicale mère de la fièvre jaune, et sans que cependant personne ose avoir l'idée de prédire l'apparition parmi nous de cette dernière affection, contre laquelle nous protège notre situation intra-continentale?
Durant l'épidémie de choléra de 1873, à Paris et à Berlin, n'at-on pas, en revanche, constaté la rareté remarquable des affections qui semblent préparer l'explosion du fléau indien, notamment des diarrhées choléril'ormes des enfants ?
Ces faits prouvent au moins qu'il n'y a pas, entre la constitution médicale d'un pays et les grandes épidémies, la relation de cause à effet qu'on a voulu leur attribuer. Cette doctrine des constitutions médicales a fait maintes fois obstacle au progrès de la science à ceux de la thérapeutique et de la prophylaxie. '
La croyance à une constitution épidémique stationnaire a entraîné nombre d'auteurs à regarder comme de même origine de même nature, toutes les maladies qui se montrent dans cette constitution, à en faire une maladie unique ne variant que par ses formes, et n'exigeant qu'une seule et même méthode de traitement; c'était la fièvre stationnaire, la maladie cardinale de 1 époque, toujours la même au fond, variant seulement par ses caractères symptomatiques.
Pour Stoll, la fièvre bilieuse règne épidémiquement en été et par métastase engendre les accidents les plus divers : elle se porte à la tête, et détermine des apoplexies, des convulsions, le délire; aux yeux, et provoque des caratactes, des amauroses • à la poitrme et cause des inflammations, des hémoptysies; au basventre, et donne naissance à des dyssenteries ; enfin aux parties externes, et suscite des rhumatismes, des érysipèles, des éruptions cutanées. ^
De semblables doctrines devaient, comme celle des constitutions saisonnières (1), échouer devant les progrès de la science, surtout devant ceux du diagnostic physique et de l'anatomie pathologique qui à notre époque, ont donné à chaque affection, localement distincte, son caractère indépendant et personnel
En proclamant que la peste dépendait de certaines qualités occul- IP r'^f ^°^^-^tour était fatalement assujetti à des lois de périodicité qui la faisaient reparaître à Londres to^s les quarante
sus;enHhr r f^'^''"^' irnplicitement étranger aux mesures susceptibles de combattre le retour de ces épidémies
endu re our périodique n'avait rien de fatal ni de nécessaire et qu il était au pouvoir de l'homme de le conjurer dottdinf 1^ ^^érapeutique pouvaient-ils laisser subsister la ^u â anfir T '^'""''' constitutions épidémiques, pour d'él're r u ^"^^^"^^^^'^^ ^"'-^^i^^' il était de-précepte
V If T ^î'^^^^'^^i^" plus ou moins longue de cas heu- 'eux et malheureux?
(1) Voir p. 54.
Qui songerait aujourd'hui h demeurer ainsi spectateur d'une épidémie naissante, et à laisser grandir l'incendie avant de songer à l'attaquer?
Que dans un groupe bien déterminé de la population, dans une caserne, dans un lycée, on voie survenir un nombre exceptionnellement considérable d'embarras gastriques, d'ictère, puis bientôt de fièvre typhoïde, beaucoup se laisseront aller volontiers à voir en ces faits l'évolution d'une constitution médicale bilieuse, dont ils suivront les phases, avec la résignation et l'inertie imposée en somme par les causes fatales et insurmontables. D'autres, mieux avisés, chercheront et pourront trouver dans les conditions d'installation de cette caserne ou de ce lycée, dans l'insuffisance de dimension des locaux, dans l'aménagement vicieux des latrines et des égouts, la raison naturelle, et dès lors facile à combattre, de cette prétendue constitution médicale.
Que de fois, en de pareils milieux, a-t-on également considéré comme se rattachant à une constitution médicale la fréquence exceptionnelle de cas de diarrhée, de dyssenterie, de choléra nostras, alors qu'une enquête sagement dirigée permettait de constater que la seule cause morbide était l'impureté de l'eau de consommation.
C'est parce que les progrès de l'hygiène ne se sont pas arrêtés devant le veto que leur imposaient d'antiques croyances, que l'on ne voit plus aujourd'hui aussi fréquemment arguer de l'ignorance et de l'impuissance de l'homme devant ces transformations de l'état sanitaire; que de victimes ont faites bien d'autres affections que les précédentes : le scorbut, alors qu'on le regardait comme enfanté par une constitution scorbutique ; les maladies virulentes alors qu'on les considérait comme le résultat naturel et forcé d'une constitution exanthématique 1
Qui aurait, dans le premier cas, songé à entraver la maladie par une alimentation convenable? dans le second par l'isolement des malades, et, en cas de variole, par la vaccination ? Là on méconnaissait l'influence bromatologique ; ici l'influence virulente, deux des principaux éléments pathogéniques des épidémies.
On comprend, jusqu'à un certain point, le sentiment qui a entraîné les hommes de progrès à rejeter la doctrine des constitutions médicales, à la considérer comme l'astrologie de la médecine, parce qu'en somme elle frappait de stérilité les efforts les plus féconds des anatomistes et des cliniciens.
Mais il est plus sage de chercher à utiliser, ici encore, en les
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traduisant, dans le langage de notre époque, quelques-unes d!! ventés incontestables cachées sous cet ancien dogme.
§ VI. - APPnicUTION RAISONNÉE DE L'.NFLUENCB DES CONSTITUTIONS MÉDICALES.
Pour nous la constitution médicale existe ; c'est un élément in dispensable de l'évolution des maladies populaires. Mais H ne f u't pas se contenter du mot, pas plus que nous ne nous sommes con tentes du terme génie épidémiqve. sommes con-
Suivant nous, les constitutions médicales révèlent surtout les condiUons d'opportunité de telle ou telle épidémie dans u e population ou dans une classe de cette population
Elles ont pour point de départ l'action synergique de tous les éléments qui concourent à la formation d'un m\Zu a aT depuis les influences extérieures à l'horme : lim o o^lï!:' jusqu aux influences d'agglomération sociale et d; préd snos ion' ind.v.duelle De ce concours résulte une modification d l sanTé publique, plus ou moins profonde nlus on moin» a i.V la constitution médicale. ' ^
Si l'on y regarde de près, on reconnaîtra que ces conditinnc bides communes sont d'ordinaire beaucoupVo ns gé'é^^^ 1^ coup plus circonscrites que ne l'admet la dn.T^ î u '
constitutions médicales^eprogrésrnsis^^^^^^^^^^^
à bien tenir comnte de rps UmJiDt,-..^ • suivant nous,
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influenceront dans Te même e^ , 0" prostitution
et rendront ces popuhl on! T T'" P'-«'ii'^P°sitio„s morbides, cales basées sur l'ai? il""™' conslitulions médiles intoxlcaTions divetes '° ''-«""'-^P- la misère et
une personne, prédisposée par la dialhèsc tuberculeuse, il suffira d'un refroidissement pour entraîner l'explosion des accidents pulmonaires les plus graves, de même sur une population épuisée par l'anémie, par la famine, la moindre oscillation atmosphérique donnera lieu h de graves épiiiéniies [de pneumonie et de dysenterie. La cause occasionnelle, le refroidissement, aura pu être minime ; mais elle aura élé fécondée par l'état de prédisposition commune de toute une masse d'individus.
La population d'une seule localité ne passe-t-elle pas ellemême, plus ou moins graduellement, par des conditions palhogéniques toutes différentes? L'instabililé de nature des Milieux épidémiques, soit dans l'espace, soit dans le temps, est la raison principale de la différence des constitutions médicales dont l'étude rentre presque entièrement à nos yeux dans celle de ces Milieux.
Sans franchir les limites d'un pays, sans remonter dans Thistoire, on peut avoir la preuve de ce rapport intime entre la constitution médicale et les conditions ethnologiques et hygiéniques d'une collectivité humaine déterminée.
C'est ainsi que nous voyons parfois certains groupes de la société s'isoler du reste de la population au point de vue de leurs prédispositions morbides.
J'ai rappelé fréquemment combien la vie propre aux soldats, leur agglomération en masses isolées au milieu même de la population qui les entoure, peuvent modifier leurs aptitudes morbides, et leur créer, pour ainsi dire, une constitution médicale spéciale qui les rend plus ou moins sensibles ou réfractaires aux influences pathologiques circonvoisines.
Ne voyons-nous pas, à chaque instant, tel régiment exclusivement atteint d'épidémie de variole, de rougeole, de scarlatine, d'oreillons, sans que le germe de ces affections (virulentes pourtant) sem.ble trouver ses conditions de développement dans la population avoisinante ? J'ai vu, à Joigny, en 1834, la variole frapper jusqu'à deux cents hommes du régiment dont j'étais l'aide-major, alors que les habitants de la ville étaient à peine atteints, bien que, chez ces derniers, il ait été pratiqué beaucoup moins de revaccinations que chez nos soldats.
Or, en cette même année 18S4, le choléra frappa, lui aussi, la population civile de Joigny : sur 6,000 habitants, il y eut plus de 200 décès tandis que, sur 1,700 militaires, il n'y eut que deux cas de choléra et pas de décès. 11 y a donc une constitution médicale militaire démontrée par la fréquence de l'apparilion, dans les armées
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES
de maladies qui respectent la population civile, et réciproq!"
N'en esl-il pas de même du milieu nautique ? ' . - -
« Chaque navire a sa santé, „ a dit Fonssagrives (1) et sans se borner à cette simple formule, notre émi„e°n. col ègu donne es bases ae l'enquâte à suivre pour déterminer les motl^ de ces d,£rerences ; on ne se contentera donc pas du mot conuL^ Z d,cau pour déterminer les causes des panaris et des Sn ôXZv
ro'ndZ; -
Parlerons-nous enfin de l'afanité si évidente de certaines énid<^ mies, scorbut, choléra, pour les agglon^érations no o r^i e ' de 1 importance des conditions d'aisance ou de misère danr .fn tion des milieux épidémiques les plus diver!?
Pendant la guerre de Crimée IS=ii /iQ^^fl ^ ;a transformatL de l'état santiL'^l^f af. é Lll^ ^^^^^ 1 influence de causes qu'on eût jadis laissées recouv rt d'un voi . obscur, en les attribuant à une constitution m^Hî/i ment bilieuse, scorbutique, cholérS ïïont 'on ? de démontrer les relations étroites avec les dénlo M '''' ' d'hygiène imposées aux soldats. déplorables conditions
Nous reconnaissons néanmoins mi'iM ^„ détermination des causes '"o^s U TéS^rV:
z^rr:Lrdé':r:::-rr'^.'"r™~
à l'action de conditl; almôsnllt, " ' P™''"' 1"'= "'o^'
ncr,qu'll faut den, nlr ' ^1 f "T" "'"'^"«^ "«=™,l-
u.inesépidémies,dei'a;;rrt^:ti::!::re7e'rire:raîadrpT:7Si:;,i::(^r''""''-- --p---» de qTeî;r;t
Mais, à côté de ces faits si obscurs il Pn «=f , permet de pénétrer plus avant et de' d ^ °" ''""^"^'y^^
de constitutions méLalesTnvo ,ts ^ épidémies. C'est là une voie ITZl f quelques
par notre savant^T^ctruï^ltrslu?^^. i:::;^^^^
(I) Fonssagrives, TraZ/c' rf7»/r/îe,,e>2oi./>/p qo^,-*- ■ !2) Voir, ci-après, art. VIF Z n.
Milieu épidémique. ' ■^^'osPHisnE dans la constitution do
OUIGINE DES ÉPIDÉMIES.
1" Association d'une influence calarrhale et d'un élément spécifique. Diphthérie, coqueluche, bronchite capillaire morbilleuse, choléra.
Une des associations les plus fréquentes est celle d'une influence catarrhale et d'un élément spéciPique ; c'est à une pareille association'que nous avons souvent attribué la généralisation épidémique de certaines maladies offrant ce caractère commun de relever d'un contage, qui semble trouver des chances particulières de développement dans un organisme préparé à la détermination morbide par une influence d'ordre catarrhal.
C'est ainsi que l'intoxication diphlhérique trouve de véritables conditions d'opportunité chez les individus atteints d'angines et de laryngites banales, entraînées par les vicissitudes atmosphériques.
Nous avons dit que son apparition en Angleterre, et sa généralisation en ce pays, ont été précédées, durant plusieurs années, d'un nombre insolite de petites épidémies d'angines inflammatoires; que celles-ci avaient semblé un véritable appel local aux déterminations spécifiques de la maladie (Voy. p. 200).
Le même fait a été observé en France, dans plusieurs de nos départements, où l'on constatait la simultanéité des épidémies d'angine bénigne, herpétique ou inflammatoire, et d'angine diphthérique.
La fréquence des épidémies de coqueluche pendant la saison froide ne tient-elle pas aussi à l'association d'une influence catarrhale et d'un élément spécifique?
N'en est-il pas de même pour la rougeole, si commune et relativement si grave aux époques de prédominance des bronchites saisonnières? Nous étudierons plus loin les épidémies de bronchite capillaire morbilleuse qui se manifestent sous cette double influence dont elles affirment toute l'influence pathogénique.
Pendant la saison chaude, nous voyons les manifestations calarrhales de l'été, l'embarras gastrique, la diarrhée, créer des prédispositions, non point indispensables (Voy. p. 206), mais réelles cependant en temps d'épidémie cholérique, aux atteintes de celte dernière affection qui s'atténue d'une manière si remarquable à l'époque de l'année où ces dérangements intestinaux deviennent moins communs, à l'approche de l'hiver.
Dans ces diverses conditions, les constitutions médicales invoquées comme origine soit de la diphthérie, soit de la coqueluche, soit de la rougeole, soit du choléra, et comme cause de leur généralisation épidémique, semblent se résumer dans la combuiaison
synergique du germe spécifique de ces maladies, avec les influences météoriques de la saison froide pour les trois premières, de la saison chaude pour la dernière.
2° Association d'une influence catarrhale et d'une diathèse. Pneumonie secondaire. Périca7-dite hémorrhagiqm .
Dans d'autres circonstances, nous voyons s'associer à l'influence catarrhale certaines conditions d'ordre pathologique qui favorisent singulièrement la manifestation de maladies vulgairement attribuées à l'action de la constitution médicale.
1° Pneumonie secondaire. — Depuis de longues années, dans mes cours, je cite comme exemple les épidémies de pneumonie secondaire. Cette aCfeclion, bien étudiée par Grisolle, diffère notablement de la pneumonie primitive. Débutant moins brusquement, souvent sans frisson ni douleur, s'accusant surtout par de la dyspnée, elle présente à l'examen physique les sigoes d'une hépatisation étendue, progressive, siégeant souvent des deux côtés, et perdue pour ainsi dire au milieu des signes de bronchite générale qui l'accompagne ; sa tendance à l'envahissement de tout le parenchyme pulmonaire, l'état d'affaiblissement antérieur des sujets, en font^ une maladie bien autrement redoutable que la pneumonie franche, si bénigne chez l'enfant et chez l'adulte; celle-ci n'occasionne habituellement dans l'armée qu'une mortalité de 6 à 8 sur 100 malades ; tandis que, d'après mes observations de Rome, la mortalité des pneumonies secondaires s'élève à 60 sur 100.
Ces pneumonies se développent parfois avec un caractère d'épidémicité bien plus considérable que les pneumonies franches; on a invoqué alors l'intervention de constitulions médicales spéciales, de nature asthénique; or, le mécanisme de ces constitutions se réduit à l'association d'une influence catarrhale, d'un refroidissement, et d'une débilitation antérieure de l'organisme, spécialement par l'intoxication palustre et par le scorbut.
Tous les ans, dans les pays à fièvres, au moment des premiers froids de l'hiver, surgit la double condition d'explosion de ces épidémies de pneumonie : l" abaissement de température ; 2° présence d'un nombre considérable d'individus atteints d'anémie palustre. Nous avons observé ces épidémies en Algérie et à Rome sur nos soldats (1).
Ce sont ces pneumonies qui reportent aujourd'hui encore au
(1) L. Colin, Traité des fièvres intermiltenles, p. 303 et suiv.
mois de janvier le maximum de mortalité annuelle dans les hôpi- .1 taux de Rome.
PourLancisi, l'un des fléaux redoutables du climat de Rome, c'est le vent du nord, la tramontana, qui cependant purifie l'atmosphère de la Campagne romaine, mais qui, glacé au contact des cimes neigeuses des Apennins, est mortel pour nombre de cachectiques.
A la Vera-Cruz, on donne le nom de vent de la mort au vent du nord, qui cependant n'arrive chargé d'aucun miasme, soit de fièvre jaune, soit de fièvre intermittente, et dont la fraîcheur semblerait devoir tempérer l'atmosphère de ces régions brûlantes au grand bénéfice de la santé publique. Malheureusement, cet abaissement de température auquel ne seraient pas sensibles les gens bien portants est fatal pour ceux qui sont atteints de cachexie palustre.
11 en est de même dans les régions marécageuses de France. Nepple rapporte que, dans le canton de Montluel, au commencement de l'année 1825, il se manifesta une épidémie de pleuro-pneumonies simeurtrières, que plus de deux cents individus y périrent (1).
En règle générale, quand une épidémie de pneumonie est exceptionnellement grave, dans nos pays, on a de grandes chances d'en trouver la cause dans la détérioration antérieure de l'étai sanitaire de la population par l'anémie palustre. Telle fui, suivant nous, l'épidémie du canton deMonthoir, relatée parHennequin de Gharleville (2); les conditions marécageuses du sol nous semblent avoir joué le rôle principal dans la détermination de la constitution régnante qui imprima une gravité spéciale à cette épidémie.
Nous en dirons autant du scorbut; quand le froid sévit sur des masses épuisées par cette cachexie, les pneumonies secondaires font explosion et causent une mortalité considérable, comme on l'observa pendant la guerre de Crimée (18S4-56).
L'association des deux cachexies , scorbutique et palustre, augmente, on le comprend, la réceptivité des masses à ces épidémies.
C'est ainsi que nous nous expliquons l'extrême mortalité entraînée par la pneumonie dans l'armée des États-Unis qui, pendant la guerre de sécession, perdit, de ce fait, plus de 14,000 soldais; il y eut intervention simultanée desdiathèses palustre et scorbutique.
Quelquefois la pneumonie secondaire se manifeste épidémiquement dans le cours d'affections aiguës diverses ; mais cette épidémicité dépend encore de prédispositions créées par un affaiblisse-
(1) Nepple, Traité des fièvres intermiltentes, p. 124.
(2) Ilennequin, Journal (lénéral de la Société de médecine de Parts, t. LXXXIV» uillet 1823.
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES. 215
ment antérieur des populations. Yoici ce que nous écrivions pendant le siège de Paris :
« La gravité des pneumonies a été, par son caractère excessif, complètement anormale dans notre armée durant ioute la période du siège de Paris (1870-1871); cette gravité a été croissante comme le prouvent les chiffres mortuaires suivants fournis par la population d'un seul groupe de casernes : 3 décès par mois au début du siège, en octobre et novembre, 40 dans le mois de décembre, 124 en janvier.
« C'est que nous n'avions plus affaire à la pneumonie primitive, h cette maladie peu grave en somme de vingt à vingt-cinq ans, mais à la pneumonie secondaire, à celle qui, frappant soit les convalescents de fièvre typhoïde, de variole, de rougeole, soit les individus affaiblis de plus en plus par les privations du siège, offrait les caractères redoutables de cette phlegmasie chaque fois qu'elle survient dans un organisme débilité, comme on le voit chaque jour à la suite de l'alcoolisme, du scorbut et de l'intoxication palustre (1).,)
2" Péficardùe ké)7io7^}'hagique. — N'est-ce pas également à une association pathogénique susceptible d'analyse qu'il faut rapporter ces épidémies étranges de péricurdite hémorrhagique oii les premiers observateurs ont cru retrouver les traits du morbus cardiacus des anciens reparaissant sous l'influence d'une modification delà constitution médicale régnante?
Ces épidémies se sont manifestées sur divers points de la Russie, à Saint-Pétersbourg (1831-1834), à Cronstadt (1839), à Sébastopol (1849). Les caractères principaux de l'affection étaient : au point de vue clinique, la tendance à une asphyxie parfois très-rapide; au point de vue anatomique, la réplétion des séreuses, celle surtout du péricarde, par une grande quantité de'liquide sansuinolent(2).
Or, si nous considérons que ces épidémies se sont développées exclusivement au printemps, exclusivement chez des marins ; par conséquent, d'une part, à l'époque de l'année qui correspond le plus ordinairement aux épidémies de scorbut et de rhumatisme, et, d'autre part, chez une catégorie d'individus particulièrement enclins à ces deux affections par les induences météorologiques et alimentaires auxquelles ils sont spécialement exposés, nous reconnaîtrons, en cette péricardite hémorrhagique, la résultante raor-
(Ij 1,. Colin, Notre armée pendant le siège de Paris, in Gaz. heb. de méd. et de chir., 1871 .
(2) Ilii-scli, llandb. der hist. rjeog. Patkologvi, t. II, p. 331.
bide de deux facteurs, de deux dialhèses, si l'on veut : dialhèse scorbutique et diathèse rhumatismale.
Que d'autres circonstances où intervient l'état sanitaire antérieur pour modifier en tel ou tel sens les maladies produites par des causes banales ou accidentelles !