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IV. — CLIMATS EXTRÊMES

A mesure que des climats tempérés on se porte vers le nord ou vers le sud, le cadre nosologique diminue au point de vue du nombre des unités morbides qui le composent ; mais chacune de ces unités prend une importance infiniment plus considérable, non-seulement dans le sens de la généralisation, mais encore dans lecui de la gravité de la maladie. J. Rochard (3) a insisté avec soin sur ces différences générales du cadre pathologique aux diverses latitudes.

A l'équateur comme aux pôles, on constate une stabilité des formes pathologiques inconnue en nos pays.

De part et d'autre, en elfet, dans les climats froids comme dans les climats chauds, les conditions pathogéniques, créées par le milieu ambiant, persistent, avec de simples différences de degré, durant l'année entière; elles changent peu de nature, bien moins que dans la zone tempérée où les saisons différent quelquefois tellement entre

(1) Voy. p. 97.

(2) Voy. p. 49 et 192.

(3) Rocliard, Étude synthétique sur, les maladies endémiques. Paris, 1871, iii-8.

MILIEUX ÉPIDÉMIQUES

elles qu'on a pu en comparer l'été à un climat chaud, l'hiver i\ un climat froid.

Au contraire, malgré l'atténuation des maladies après la saison qui leur a donné principalement lieu, les conditions météoriques ne subissent pas dans les climats chauds et dans les climats froids une modification assez profonde pour abolir ou transformer leur action pathogénique. Dans les zones inter- et juxtatropicale, bien que la dysenterie apparaisse surtout à l'époque du maximum des chaleurs elle n'a encore que trop de raison d'être aux autres périodes de 1 année.

Dans les climats froids, les affections thoraciques, qui se prononcent avec une fréquence épidémique pendant la période de l'année ou k température atteint ses limites inférieures, persistent néanmouis en dehors de cette période, «'atténuant simplement, comme nombre, durant la saison moins rigoureuse.

\''Bôle respectif du sol et de V atmosphère dans la pathogénie des climats extrêmes. - Dans un travail plein d'intérêt (1) un de nos collègues de la flotte, le professeur Félix Thomas, a fait ressortir récemment la différence des principales maladies populaires suivant qu on observe dans les climats froids ou dans les climats chauds

Dans le premier cas, ce sont les affections d'ordre météorique qm dommen ; dans le second les affections telluriques. Nous-même

« Dans les pays chauds, l'homme est plus complètement soumis aux émanations du sol dont la température augmente l'énero e

« La terre, se fendillant sous l'influence de la haute température centuple la surface de ses exhalaisons. Aussi est-ce le »nW te u ' i-ique qui,de tous, décroît le plus régulièrement d'inten" é e de nocuité à mesure que l'on s'éloigne de l'équateur

nlnlf r','T '^'T^" température ne suffit

plus à 1 élaboration et à l'activité morbifique des miasmes nrove nant du sol. Ce qui dominera, comme affections épidémiqu c'e sont" c lies de la saison froide : les bronchites, les rhumatismes qui vuîa permanence de la cause, y deviennent permanents et chr'oniqu

liorp '. T "^^°«^^-^-^^-n plus restreintes, les ongé L: lions et asphyxies par le froid. » i^u^oCia

p/38.'pa;C';8-r8"' "''^'^"^'^ t. XXIX,

(2) Voy. Dict. encycl. des se. méJ., 2« série, t. VII, p. 538.

224 ORIGIINE DES ÉPIDÉMIES.

Ainsi d'une part, dans les climats chauds, fréquence plus considérable des maladies d'origine lellurique ; d'autre part, dans les climats froids, prépondérance de certaines maladies relevant surtout des météores.

Mais l'opposition de ces deux groupes d'affections ne me semble pas suffisante pour déterminer, à elle seule, la différence des conditions pathogéniques des climats froids et des climats chauds c'est sur celte opposition cependant qu'on s'est basé surtout pour formuler des conclusions d'un caractère trop général, à notre sens, et déclarer l'innocuité des météores dans les pays chauds, celle des miasmes dans les climats froids. Or nous allons voir que cette affirmation ne doit être admise qu'avec réserve; que les météores jouent un rôle important dans la pathologie des pays chauds, et les miasmesdans celles des autres climats,

2° Rôle morhifique des météores dans les climats chauds. — On a dit que les pays chauds étaient rebelles à l'acclimatement des Européens, non par le fait de leur température, mais par l'insalubrité de leur sol. Cette opinion, émise par les savants les plus autorisés,, notamment par Jules Rochard, s'appuie sur un grand nombre de faits.

L'analyse étiologique des affections de la zone intertropicale ne nous permet pas cependant de l'accepter sous une formule aussi absolue : nous avons dit (p. 60) que l'influence atmosphérique jouait directement en cette zone un rôle considérable; il est des affections qui résultent à peu près exclusivement de la chaleur, comme l'insolation; il en est qui doivent aux météores des pays chauds, spécialement à la haute température du jour et aux brusques refroidissements nocturnes, une part de leur développement bien plus grande qu'aux influences du sol ; telle la dysenterie dont la rareté, dans le Nord, tient surtout, suivant nous, à l'insuffisance des conditions atmosphériques nécessaires à son développement.

Quant aux hépatites, aux fièvres bilieuses, si certaines circonstances locales en favorisent l'apparition, c'est, nous le verrons, à la condition expresse que ces localités subissent l'influence d'une température élevée.

Morehead affirme cependant qu'on s'est exagéré la fréquence de la suractivité du foie chez les individus qui arrivent dans les climats chauds ; mais nous pensons que cet auteur a voulu surtout réagir contre la tendance de ses prédécesseurs, notamment Annesley et Reynald Martin, à faire de cet organe le véritable pivot de la plupart des affections des Indes orientales.

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La fréquence des fièvres rémittentes avec endolorissement et hypertrophie du foie, des fièvres hilieuses, des ictères et, plus tard celle des suppurations hépatiques nous semhlent suffire à démontrer combien est réelle la lendance:de celte glande à une excitation nonseulement physiologique, mais morbide.

L'action hyperthermique des climats chauds intervient même lirofondément dans la pathogénie des affections primordialement cnti-amées par les influences du sol, comme les fièvres intermittentes; non-seulement en donnant une suractivité aux foyers fébnfères, mais en imprimant aux manifestations fébriles un surcroît d intensité, et en prenant ainsi plus directement leur part dans I évolution morbide.

. 3° Influences miasmatiques en dehors des climats chauds. — La pureté de l'air, considéré comme véhicule des miasmes, n'est pas toujours en raison inverse de l'élévation de la température ambiante. Certains foyers d'infection ne sont pas plus intenses dans la zone torride qu'à des latitudes plus élevées. Les longues sécheresses d'une partie de cette zone, l'intensité de l'irradiation solaire abrègent et circonscrivent les phénomènes de putréfaction des matières animales qm se momifient rapidement sans infecter l'atmosphère autant que dans les chmats tempérés. ^

Diverses conditions artificielles concourent à produire plus fréquemment aussi d'autres miasmes si l'on s'éloigne de l'équateur Ainsi les mzasmes humains, vu l'abaissement de la température qui, dans les régions froides, oblige l'homme à s'enfermer dans des demeures p us étroites et plus complètement closes, augmentent de nocuité à mesure qu'on se rapproche de ces régions ou des altitudes météonquement correspondantes.

^ D'où la fréquence et même l'endémicité du typhus dans les régions septentrionales de l'Europe, sur les hauts plateaux du Mexique, et de l'Himalaya. pidieaux au

Nous avons vu enfin (page 219) la tendance des épidémies les plus graves à franchir les hmites des climats chauds

4» Conclusions. -L'excès de la mortalité dans les climats chauds, lient donc à plusieurs raisons d'ordre différent •

"vf "'''^"^^"^^^^ Pa^'l^ progression, à mesure qu'on s'appro he de 1 équateur, de certaines affections observées également! outes régions et dont les deux prédominantes sont : la ( èvre in tormittente et la dysenterie ;

20 Les autres dépendant de l'endémicité,~ èn ces climats, de maladies relativement plus limitées, dont les principaux types sont: le

LÉON CoUN, MALAD. ÉPIDKM. ^,g

choléra, qui ne naît qu'en une certaine région de celte zone; la fièvre jaune, originaire aussi d'un point voisin de l'équaleur, mais plus spéciale à la zone interlropicale, puisque, môme dans ses expansions exotiques, il lui faut retrouver des conditions de température analogues à celles de son berceau.

Ce sont surtout les aCfeclions du premier groupe, qui parleur diffusion et leur permanence pèsent sur la mortalité de ces climats, et qui en affirment les deux influences principales : 1° influence atmosphérique directe dont la résultante pathologique est la dysenterie; 2° influence tellurique qui, à mesure qu'on descend vers des climats plus chauds, trouve des foyers originels plus considérables, car les marais proprement dits sont de moins en moins nécessaires à sa production. Ces deux influences décroissent, d'une façon généralement progressive, si de l'équaleur on se rapproche des pôles. Tandis que, dans les climats interlropicaux, la dysenterie et les fièvres intermittentes représentent plus de la moitié des causes de la mortahlé annuelle (53 p. 100 décès aux Indes orientales, d'après Ailken ; 68 p. 100 décès au Sénégal, d'après J. Rochard), cette proportion s'atténue de plus en plus à mesure qu'on remonté vers les climats tempérés, à la limite méridionale desquels elle ne serait plus, suivant Aitken, que le 1/14 de la mortahlé totale. A noire latitude, la mortalité par ces deux aHeclions est aujourd'hui presque minime, dominée par celle des maladies spécifiques, notamment des fièvres éruptives et de la fièvre typhoïde.

Tout au nord de l'Europe enfin elles disparaissent, remplacées par les affections thoraciques et par le typhus.

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