V. — POINTS DE CONTACT ENTRE LES CLIMATS EXTRÊMES
Un fait bien intéressant et contraire, en apparence, aux faits précédents, c'»esl l'action dans le même sens, pour la création de certains types morbides, de diverses conditions climatériques absolument opposées.
C'est ainsi qu'au point de vue de l'expansion et de la naissance de plusieurs maladies épidémiques, les climats extrêmes offrent entre eux quelques analogies très-remarquables.
Les climats chauds et froids présentent, en effet, comme milieux pathogéniques, divers caractères communs, résultant surtout de similitudes bien lointaines, mais réelles cependant, entre les conditions sociales de leurs habitants.
1° Maladies alimentaires. — De part et d'autre, la rareté des
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES
communicalions, la négligence de la culture ou l'aridité du sni nous expliquent d'abord pourquoi ces deux régions extrêmes dû globe seront, plus fréquemment que les pays civilisés, atteintes de maladies ahmenlaires. ^ciuics ub
Les grandes épidémies faméliques y sont bien plus communes que dansées damiers, et ce n'est guère que dans re.lréme Nord d pan. surtout en Norvège, dans la zone intertropicale de
a s de'ï: r TZ" "y^'^ encore'cons dé!
«ables de la lèpre des Hrecs, autrefois si commune en Europe et chassée par les progrès de la ci.ilifalion. '
Ces épidémies d'alimentation se développent d'autant plus aisé m nt, qu'en plusieurs de ces pays, la masse de la popula i'n ne fl u âge que d'une sorte d'aliments, de corps gras dans le No^d de ri dans es Indes, et que la disette de l'un de ces aliraenls les seul,
-io Mnin 1 "^^^ ^^^^ ''^s pays froids.
à Maladies contagieuses. — Autre nnpf/p. . climats extrêmes -n.P^^-f a , ^^^actère commun entre les
cations humare le n oaL ' ''''''' ^omm^-'-
"n certain pL de î' ^0
lentes; de part et d'an ?f ? «^^'^^i^^ telle p;up.a'de qu i.ml ;'! eu h ""T' '^'^'^ —
en revanche cet'eCm niu " ''^Seo\e. Mais,
doutables i:.:: conséquences les plus re-
de ces aifect: atr plktn'^'ét" ^ T'^' ^'""^ antérieure l'éDidémrrr , . . P^-émunipar une atteinte
cette prédl pos iorde oT ' ''''' ^^-^ de
produire les Cm. ' ^" épidémies de variole
anéan . peuXdrrnrr".'";!'" '''''''''' ^^^c habit
quable.c'lsU'anTnlTj' circonstance remar-
Po.int de vue le la ^rf "r'^' '^'"^"'^ ^'^^^'^ f^°ids au
vue de la fréquence des maladies nerveuses.
En Islande , la maladie la plus redoutable aux nouveau-nés est le tétanos (/rtsmus neonatonm) qui constitue également le fléau de l'enfance dans la zone intertropicale, aussi bien en Afrique qu'en Amérique et en Océanie.
L'hystérie, et la plupart des affections nerveuses analogues chez l'homme, se rencontrent également avec leur maximum de fréquence soit dans les régions circumpolaires, soit dans les climats équato- ; riaux de l'ancien et du nouveau monde. Elles sont endémiques en ■ Sibérie et en Islande comme au centre de l'Afrique, chez les Hottentots comme à Buenos-Ayres et à Mexico.
Parry a constaté la fréquence des accidents nerveux chez les Esquimaux qui tombent en convulsions aux sons de la musique ; dans les îles Shetland règne depuis un siècle la chorée épidémique. Môme fréquence des convulsions sous la zone lorride, spécialement parmi les individus de race noire chez lesquels la moindre excitation externe (piqûres, blessures) ou interne (ascarides) peut développer des accès épileptiformes ou tétaniques.
n en est de môme des affections mentales : à la démonomanie des Samoyèdes, à la manie endémique parmi quelques peuplades du nord de la Norvège, on peut comparer d'autres formes d'aberration intellectuelle, notamment la théomanie des Néo-Calédomens (Rochas et Le Roy de Méricourt), les superstitions et les hallucinations si communes parmi les tribus nègres de F Afrique centrale.
Devant cette égale susceptibilité du système nerveux sous des latitudes complètement opposées, il est difficile de proclamer comme causes morbiflques exclusives les influences des météores. Peut-on comparer, à cet égard, les régions où la périodicité diurne s'efface par la prolongation des jours et des nuits, aux climats qm doivent à leur situation intertropicale une régularité à peu près constante delà révolution nyclhémérale ? comparer l'absence de stimulus des habitants des pôles pendant des mois entiers aux brusques oscillations subies chaque jour dans les régions équatoriales /
Oui, jusqu'à un certain point : nous acceptons aussi bien i action énervante de la chaleur invoquée par les observateurs de la zone torride, que l'épuisement du système nerveux par de longuesiournées sans nuit ni repos, allégué par Mayer-Ahrens comme raison principale de l'endémicité des affections nerveuses dans les climats polaires. Des conséquences pathologiques analogues seron ainsi en partie le résultat d'influences extérieures entièrement opposées. Dans les climats froids, de longues périodes d obscurité suppriment toute excitation extérieure et entraînent une profonde
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES. 229
apathie. La nuit si favorable aux hallucinations, soit de la vue, soit de l'ouïe, se prolonge en ces régions durant des mois entiers, et l'on comprend l'aptitude spéciale de l'habitant des climats polaires au développement des formes dépressives de l'aliénation mentale (1).
Dans les régions intertropicales la susceptibilité spéciale du système nerveux dépendra au contraire de l'épuisement entraîné par une série trop rapide de stimulations intenses d'ordre météorique, parmi lesquelles on doit placer en première ligne les brusques oscillations thermiques du nycthémère.
Mais nous ne pouvons rapporter à l'action météorique seule cette fréquence des affections nerveuses dans les climats extrêmes. Il nous semble plus sage d'en chercher simultanément la raison dans des conditions communes aux populations de ces régions, si différentes, il est vrai, par leurs météores, mais si analogues au point de vue de la misère, de l'ignorance de leurs habitants (2). La déchéance morale et l'anémie que l'on constate parmi tant de peuplades arriérées des climats froids et des climats chauds, constituent certainement une des raisons de la fréquence des affections nerveuses, et notamment de l'hystérie, qui se montrent aussi communes chez les unes que dans les autres.
Parmi ces maladies nerveuses, il n'en est qu'une peut-être, le trismus du nouveau-né, qui nous semble indépendante de ces influences sociales, et dont l'origine nous paraisse plus exclusivement en rapport avec l'intensité des phénomènes atmosphériques; que cette affection dépende du brusque abaissement quotidien de la température pendant les nuits des tropiques, ou des rigueurs persistantes du froid dans les régions polaires.