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ART. V. — RÔLE DES LOCALITÉS DANS LA CONSTITUTION DU MILIEU

§ I. — IMPORTANCE DE CE RÔLE SUR LA MARCHE ET LA RAPIDITÉ DES ÉPIDÉMIES.

Plus haut déjà nous avons fait pressentir l'importance des conditions de localité, en leur rapportant le point de départ habituel des constitutions médicales (pages 209 et suiv.).

(1) « L'on a remarqué chez les habitants temporaires des régions boréales le développement d'une profonde mélancolie, quelquefois môme suivie de folie, sous l'innucnce des nuits prolongées et de l'obscurité qui n'est diminuée pendant de longs mois que par la lune et par de brillantes aurores boréales. » Lombard, Traité de climalolor/ie médicale, t. 1, p. 217.

(2) Voy. A. Hirsch, llandb. der /lisl. gcogr. Pathologie, passim.

Quant h la marche môme des épidémies, on ne se rend pas assez souvent compte de l'influence, sur sa régularité et sa rapidité, des facilités ou des obstacles que lui offrent des circonstances toutes locales.

Si certaines maladies virulentes, alimentaires, ou même saisonnières, peuvent se développer avec une intensité à peu près égale dans des localités pourtant fort différentes, il n'en est pas de même de la plupart des affections infectieuses et infectio-contagieuses ; c'est dans l'apparition et le développement de ces épidémies qu'intervient surtout l'influence de la localité.

Celte influence est indéfinie, pour ainsi dire, tant les moindres détails y concourent; elle ne se borne pas à l'action des circonstances qui rendront telle ville ou tel village spécialement apte au développement d'une épidémie; elle pénètre plus avant, et résume toutes les différences de détail qui séparent les groupes en apparence les plus homogènes, et qui modifient leurs prédispositions morbides.

Une même ville, si elle est considérable, peut être subdivisée en plusieurs milieux différents entre eux par leur population, leur hygiène, les conditions du sol ; et le mal respectera certains quartiers d'une manière absolue, comme on le voit pour la fièvre jaune, tandis qu'il sévira cruellement sur les quartiers voisins. Nous verrons les épidémies de fièvre typhoïde dans la plupart de nos villes se limiter parfois absolument à telle ou telle zone de ces villes.

N'est-ce pas celte différence des milieux d'une grande cité qui explique l'inégale répartition et souvent la ténacité des épidémies de choléra dans les centres considérables de population? La réceptivité des divers quartiers n'est pas la même ; la maladie y pénétrera successivement, en raison de la difficulté qu'elle éprouvera à dominer la résistance de ceux qui sont le moins prédisposés.

Dans une agglomération, au contraire, où tout est identique, dans une armée en campagne, par exemple, où il n'existe souvent aucune diflérence appréciable entre les conditions hygiéniques des divers groupes de cette agglomération, le choléra, comme la peste, trouvera un milieu tellement uniforme qu'il sévira simultanément sur tous, et accomplira son cycle épidémique en douze ou quinze jours, cycle aussi rapide que celui d'une épidémie de maisons; dans 'ces deux circonstances, en effet, le mal a eu affaire à un groupe d'unités similaires au point de vue des prédispositions (1).

Si les caravanes n'importent pas plus fréquemment le choléra qui les a frappées à leur point de départ ou durant leur route, cela ne

(1) Voy. ai t. IX, De l'abmke au point de vue des épidémies.

MILIEUX ÉPIDÉMIQUES

tient-il pas à l'effrayante rapidité de l'évolution épidémique dans ce milieu uniforme? quand la caravane arrive, le cycle est accompli parfois depuis longtemps; il n'y a plus de malades parce que les atteintes ont été presque simultanées ; on trouverait difficilement ailleurs une pareille communauté de danger; ainsi, môme dans un navire, malgré l'identité apparente des conditions imposées à tous le mal pourra évoluer plus lentement, frapper successivement l'équipage, les divers groupes de passagers séparés par leur installation à bord ; la réclusion de bien des compartiments permettra parfois de transporter intacts et inoffensifs, pendant la traversée, lès germes morbides embarqués au lieu de départ.

Cette importance de l'homogénéité locale apparaît même souvent dans des expéditions où les divers groupes d'une armée sont soumis à des conditions de localité différentes. Durant la campagne du Mexique (1860-1863), alors que les troupes de terre échappaient presque entièrement au vomito, grâce à leur résidence à 1 inteneur des terres, notre flotte ancrée dans le golfe subissait les plus cruelles atteintes; les hasards d'une campagne diversifient ainsi, par le fait seul de leur répartition, les chances de mortalité des régiments appelés à y concourir.

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