IV. — CONDITIONS GÉOGRAPHIQUES
11 est de ces conditions qui conféreront à telle localité des chances toutes spéciales de pénétration d'une maladie épidémique.
Certains pays doivent leur immunité à leur éloignement des grandes voies de communication qui attirent sur les régions voisines les chances d'expansion des épidémies.
(1) Fonssagrives, Traité d'Hygiène navale, 2' édition. Paris, 1877.
(2) Le Roy de Méricourt, Did. encycl. des se. me'd. Art. Navigation.
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES. ^35 L'absence, parfois durant des siècles, de toule épidémie de variole parmi certaines peuplades d'Afrique isolées du reste du monde, la disparition de la fièvre jaune sur le littoral atlantique des États-Unis pendant les périodes de blocus, témoignent d'autant mieux de la valeur prophylactique de cet isolement, que ces maladies y ont pénétré souvent quand de semblables barrières ont été enfreintes par la guerre ou le commerce. Les localités insulaires peu habitées sont le type, par excellence, de ces conditions de protection purement topographique. Les populations des prisons, si gravement atteintes quand y pénètre un germe morbide, ne sontelles pas relativement préservées par leur séquestration ?
Quelques pays sont trop éloignés des foyers pestilentiels, ou jouissent de conditions climatériques et saisonnières trop différentes pour que ces affections puissent s'y transmettre facilement.
Prenons comme exemple l'Angleterre; depuis deux siècles, c'est-à-dire depuis que la peste a cessé d'être endémique en Europe, et qu'elle n'y a plus apparu que par importation d'Egypte, les ports de ce pays offrent, relativement aux autres ports de l'Europe, une immunité, remarquable vu la fréquence de leurs relations commerciales, contre certaines aflections pestilentielles, spécialement contre la peste et contre la lièvre jaune; immunité due aux conditions de topographie. Si l'Angleterre depuis deux siècles n'a pas eu la peste, c'est que .depuis deux siècles le point de départ des épidémies de peste a toujours été l'Egypte ou le Levant, c'est-à-dire une région trop éloignée de l'Angleterre pour permettre la transmissibilité de cette maladie par la navigation; un bâtiment à voiles n'a jamais franchi en moins de quinze jours la dislance d'Alexandrie à Gibraltar; et, comme la peste éclate toujours dans les huit premiers jours de traversée si elle doit éclater, les bâtiments, à destination de l'Angleterre, étaient atteints, en cas d'épidémie, pendant leur marche à travers la Méditerranée où naturellement ils cherchaient à purger aussitôt que possible leur quarantaine. Ces navires arrivaient donc en Angleterre après l'extinction des germes de la maladie.
Quant à l'immunité presque absolue de l'Angleterre à l'égard de la fièvre jaune, elle est plus remarquable encore, car aucun pays nesl en relations plus incessantes avec les foyers originels de cette maladie ; mais cette immunité n'est-elle pas aussi la conséquence toute naturelle des conditions lopographiques de ce pays ? Seulement^ celte fois, la protection lopographique est un fait de climat tTOirptn^ae d'éloignement du foyer originel de la maladie.
Nous voyons les épidémies de vomito, si graves en Espagne et en Portugal, ne se développer que bien plus faiblement dans nos ports de l'Atlantique ; l'Angleterre toucbe plus encore, par sa position géographique, aux latitudes où le vomito perd la puissance de se manifester ; et il n'existe chaque année, en ce pays, qu'un petit nombre de jours présentantla température voulue pour y rendre possible une épidémie de ce genre.
Il en existerait moins encore sur les côtes de Danemark, sur celles de l'Allemagne du Nord où tant de ports sont en communication incessante avec les foyers américains de fièvre jaune, mais sont protégés par leur latitude.
Du peu de réceptivité de l'Angleterre et des pays de même latitude pour la fièvre jaune, nous ne saurions donc conclure au peu de réceptivité pour cette affection des régions méridionales du continent européen ; pas plus que de l'innocuité d'un marais sous le 60^ degré de latitude nord, nous ne conclurions à l'innocuité du même foyer palustre sous le 23° degré.
Si donc nous reconnaissons que les notables améliorations introduites dans l'état sanitaire de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne du Nord, du Danemark, ont contribué à préserver ces pays contre les atteintes du choléra, il existe certainement d'autres motifs purement topographiques de leur immunité presque absolue relativement à la fièvre jaune ; et jamais l'on n'aurait dû avoir l'idée d'assimiler ces pays aux régions du bassin méditerranéen au point de vue de leurs imminences morbides à l'égard de cette dernière affection.