DES GERMES SPÉCIFIQUES
1" Inertie. — Nous venons de mentionner l'influence des vents qui paraissent détruire par oxydation certains germes spécifiques. Nous avons signalé également, en plusieurs passages déjà, notamment dans l'étude du rôle des climats (p. 219) l'influence de la température dont l'élévation annihile les germes de la peste ; tandis que son abaissement anéantit ceux de la fièvre jaune. Nous avons cité des faits analogues pour des maladies plus nettement virulentes : variole, vaccine, rage (p. 96). La chaleur agit-elle ici en tuant des germes parasitaires, comme dans ces expériences toutes récentes (mars 1878) de Pasteur démontrant l'influence de la température sur la virulence des liquides charbonneux, et la vitalité des bactéridies?
Malgré la séduction de ce rapprochement, il nous semble sage de demeurer encore dans la réserve que nous nous sommes imposée plus haut (p. 77) et de ne pas oublier surtout combien l'atmosphère, indépendamment des matières organiques, animées ou non qu'elle renferme, -possède en elle-même d'action sur l'organisme (2).
2° Activité. — Cette action météorique va-t-elle plus loin ? Ne renferme-t-elle point le secret du réveil des prétendus germes taorbides, et ne pouvons-nous espérer y trouver un jour la raison ide la modification des constitutions médicales, et des influences rapportées au génie épidémique ? La découverte de l'ozone n'a pas encore fourni toutes ses conséquences. Un célèbre médecin anglais, i. Simon, admet que certaines variations du milieu atmosphérique
(1) Cazo.\as, Examen théorique et pratique de la question relative à la contagion ou à ta 7ton-cûntagion du cfiotéra. {Utiion médicale, 186G, t. XXXI.)
(2) Si, dans les pays chauds, certaines plaies exposées à l'air guérissent ainsi mieux qu'en nos climats, le fait peut tenir non pas à l'absence en ces pays de germes morbides renfermées dans l'air, mais à l'action moins excilante d'une atmosphère plus chaude (Voy. d'Abbadie, communication à l'Académie des sciences, m mars 1878).
peuvent entraîner une décomposition spécifique des excréments, décomposition communicable aux autres substances organiques, et entraînant ainsi l'infection pathogénique de l'air.
L'atmosphère intervient pour la fécondation, la formation des germes morbides les plus diflerents : la malaria n'émane que delà surface du sol, et nous avons indiqué l'immunité relative des gens qui vivent à l'intérieur de ce sol (habitants des catacombes, mineurs, puisatiers) (1); le miasme septique naît des plaies exposées. Murchison considère le contage des typhus comme plus actif s'il est transmis par l'air que s'il est transmis par contact.
L'atmosphère ne recèle-t-elle point en partie l'influence qualifiée de génie épidérnique?
Nous sommes d'autant plus disposé à accepter la réalité de cette proposition que nous voyons l'atmosphère modifier notablement, dans leur action pathogénique et sans doute par conséquent dans leur nature intime, les principes morbifiques les plus nets, les virus.
En effet, tandis que les virus fixes, ceux que ne renferme pas l'air ambiant, sont en état d'activité relativement permanente; qu'ils sont, à certaines exceptions près, indépendants des conditions de lieux et de saisons; que le pus du chancre, celui de la pustule vaccinale ou variolique sont à ;>eM près toujours inoculables, nous voyons les virus répandus dans l'atmosphère êtresubordonnésétroitement aux circonstances de ce milieu. On peut préjuger soit l'explosion, soit l'atténuation ou même la terminaison de la plupart des épidémies de maladies virulentes ou* infectio-contagieuses sous la simple influence des changements de saison. Nous en donnerons maintes preuves en décrivant l'évolution des maladies saisonnières (2). On ne peut donc refuser aux influences météorologiques une part considérable dans les alternatives d'expansion ou de retrait des maladies contagieuses.
Par conséquent, si l'atmosphère n'en est pas le facteur capital, elle joue un rôle immense dans leur généralisation et leur durée.
Mais la raison principale de notre opinion, c'est l'argument suivant basé sur les variations épidémiques d'une maladie qui, elle, n'est pas communicable seulement par l'atmosphère, mais par contagion immédiate : nous voulons parler de la variole.
Cette maladie est à peu près en tout temps transmissible par l'i-
(l) Voy. p. 130.
(î) Voy. liV. m, ÉVOLCTION GÉNÉRALE DES ÉPIDÉMIES.
MILIEUX ÉPIDÉMIQUES
noculalion; d'une manière générale, les inoculateurs du siècle dernier réussissaient avec desimpies différences de degré, soit pendant les périodes épidémiques, soit durant les intervalles de ces périodes. Ainsi presque en tout temps, qu'il y ait ou non épidémie, l'organisme n'est guère plus réfractaire à l'inoculation du virus varioleux qu'à celle du virus rabique, syphilitique, etc. En un mot, la réceptivité au contage -par voie hypodermique est presque certaine ; et, par cette voie, le virus est tellement Iransmissible qu'on pourrait à peu près affirmer que la maladie se développerait ainsi chez un grand nombre des personnes qui vivent sans être atteintes au voisinage des varioleux.
La puissance de l'atmosphère virulente des varioleux est bien moins uniforme ; en dehors des périodes où cette affection règne épidémiquement, le danger de contracter ainsi le mal est infiniment moms grand que pendant une recrudescence épidémique. Voilà, sans doute, pourquoi les épidémies de variole sont intermittentes ' pourquoi un varioleux, introduit dans une salle d'hôpital, sera plus redoutable pour ses voisins, pendant une recrudescence de la maladie, que durant l'intervalle des épidémies.
Ces oscillations de la transmissibilité atmosphérique de la variole ne tiennent pas aux conditions du virus produit par les malades ni aux variations de réceptivité de l'organisme, puisque celui-ci ne semble jamais absolument réfractaire à l'inoculation. Ne faut-il pas demander compte aux influences météorologiques .des modihcations subies, en diverses périodes de l'année, par le contage diffusible, modifications pouvant rendre celui-ci plus ou moins actii, et qm constitueraient peut-être, au fond, l'épidémicité de la variole, c est-à-dire sa tendance plus ou moins grande à la généralisation? Je suppose, pour mon compte, qu'il se produit dans 1 atmosphère certains changements, soit physiques, soit chimiques qui, agissant sur le contage aérien, en étendent ou en restreignent la diffusion et l'activité. Ces changements seraient la cause principale des oscillations épidémiques de la variole, et c'est leur mfluence qui constituerait l'épidémicité de cette affection bi 1 on se rappelle, en outre, que les épidémies de variole sont fré-
: ^«r- ,r'°'"^'f °" immédiatement suivies de certaines : aut e, épidémies, spécialement de rougeole, de diphthérie, d'éry- • ypèle nous pouvons supposer que les conditions météoriques lavorables à la diflusion et à l'activité des germes atmosphériques' ae la variole le sont aussi à la diffusion et à l'activité de ceux ues diverses maladies qui se manifestent principalement sur la
peau et sur les muqueuses ; et les constitutions exanthématiques, caractérisées par la fréquence simultanée de ces diverses affections, y trouveraient peut-être leur origine. Nous espérons que des études en ce sens contribueront à donner, pour leur part, la raison de la modification des constitutions médicales, et des influences rapportées au génie épidémiqiie.
On remarque parfois, dans les -services d'accouchements, des faits analogues à celui que citait Paul Lorain : absence de tout accident chez des femmes admises dans un service d'accouchement qu'on avait tenu fermé pendant dix jours, en raison de la gravité de l'épidémie puerpérale qui y régnait, et dans lequel durant cette courte période de fermeture, on n'avait appliqué aucune mesure de désinfection ; comment s'expliquer celte suspension des épidémies puerpérales, sans aucune modification essentielle, apparente au moins, du miUeu oîi régnait le mal? Ne faut- il pas l'attribuer à une modification des qualités de l'atmosphère?
Quand on voit renaîlre sur place, après des séries d'années d'immunité presque absolue, les affections pestilentielles, choléra, fièvre jaune, peste, on ne peut s'empêcher d'admettre l'influence de conditions transitoires venant s'adjoindre éventuellement aux conditions locales des foyers de ces affections.
Mêmes remarques pour leurs expansions épidémiques. Il est des périodes où elles couvrent une surface considérable du monde habité; puis, malgré la quantité de germes qu'elles ont semés autour d'elles, elles disparaissent d'une façon absolue pendant des séries d'années. — Tout cependant, à quelques nuances près, est resté identique dans ces pays auparavant envahis, aujourd'hui en apparence réfractaires : mêmes conditions de climat, de localité, même population, mêmes relations sociales, môme alimentation; ne faut- il pas qu'il y ait eu une modification dans le milieu ambiant?
11 y a des époques où l'atmosphère semble posséder à son maximum la puissance de réveiller les germes virulents. Dans certaines épidémies considérées, vu leur contagiosité, comme devant toujours provenir d'un point déterminé pour, de là, se propager autour de ce point, on voit parfois l'apparition du mal se faire sur de vastes surfaces disséminées : ainsi au mois de décembre 187o, je constatais l'explosion simultanée de la variole dans cinq quartiers différents de Paris (1). H en est parfois de même des autres
(I) Léon Colin, Bull, delà Soc. méd. des Hôpitaux de Paru, 2« série, t. XIII, p. 21.
fièvres éruptives. Il faut alors admettre que les germes créés na!
les épidémies antérieures et qui ont persisté à l'état inerte, trouvent subitement des conditions extérieures (atmosphériques sans doute! de réviviscence ou plutôt d'activité; ils concourent au début soudam de l'épidémie (voy. p. 69), comme les germes nouveaux créés par celte nouvelle épidémie contribueront à sa continuation.