‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 73 sur 195 · EX CAMPAGNE · texte numérisé non relu

EX CAMPAGNE

Néanmoins, aujourd'hui encore, les maladies constituent pour les armées en campagne un danger souvent plus considérable que les faits de guerre proprement dits. D'wie manière générale on peut considérer comme heureusement accomplie, au point de vue sanitaire, toute guerre ou la proportion de la mortalité par affections internes est faible relativement à la mortalité par le feu ennemi.

Les causes pathologiques peuvent, à elles seules, constituer le seul obstacle à la réussite d'une expédition (1).

Sans remonter à l'histoire des fléaux qui détruisirent les armées carthaginoises à Syracuse, l'armée de Brennus sous les murs du Capitoie, celle des croisés du roi saint Louis, on sait l'anéantissement de l'armée française au siège deNaples, en 1527, par suite de l'explosion du typhus, son anéantissement, en 1813, lors de la retraite de Russie, sous l'influence encore cette fois de la môme affection ; n'avons-nous pas, tout près de nous, le souvenir des épidémies cholériques de la Dobrutscha (1834), du Maroc (1839), arrêtant b rusque-

(I) Voy. L. Laveran, Delà mortalité des armées en campagne (Ann. d'hygiène. Paris, 18'63).

33i OaiGINIi: DES ÉPIDÉMIES.

ment deux expéditions après quelques jours seulement de marche?

Sir Gilbert Bane attribue, avec une certaine raison, à cette môme cause, les revers des Anglais pendant la guerre de Sept ans, et môme pendant la guerre d'indépendance d'Amérique.

Nous étudierons d'abord la nature des principales influences morbifiques qui, d'une manière générale, pèsent sur le soldat en temps de guerre ; puis nous examinerons les conditions pathogéniques engendrées par les différentes guerres suivant les conditions de climat, de localité, de durée, etc.

§ XV. — INFLUENCES MORBIFIQUES SUBIES EN GÉNÉRAI, PAR LE SOLDAT EN CAMPAGNE.

Pendant la guerre, ce ne sont pas non plus les excès de fatigue et de service qui deviendront les causes spéciales de la morbidité du soldat; les périodes les plus dangereuses seront parfois celles oii l'immobilité lui sera imposée, et durant lesquelles, il lui faudra subir, inactif, l'influence des foyers infectieux engendrés par l'agglomération militaire. Si le soldat en campagne est soustrait aux imminences morbides habituelles de la vie de garnison, il est en revanche plus complètement exposé aux influences pathogéniques annihilées ou singulièrement réduites par l'état de société, et dépendant de quatre conditions : 1» conditions météoriques ; 2» conditions telluriques; 3° conditions infectieuses ; 4° conditions alimentaires.

§ XVI. — CONDITIONS MÉTÉORIQDES.

Notre étude des influences des saisons prouve combien l'armée est spécialement sujette à leur action morbifique. Sans les soldats, certaines affections d'origine météorique n'apparaîtraient jamais qu'à l'état sporadique ; l'armée fournit les conditions voulues pour leur épidémicité. Où a-t-on lu des récits d'épidémies de congélations, sinon dans l'histoire des armées, parfois atteintes en des pays, en Algérie, par exemple, oij l'on n'eût point soupçonné la possibilité de ces affections? Des armées romaines ont été, en nos climats, détruites par le froid ; et à plus de deux mille ans d'intervalle, Xénophon (1), D.-J.Larrey (2), nous racontent les mêmes malheurs sous l'influence de la même cause (3).

Où a-t-on noté des épidémies d'affections rhumatismales? Divers

(1) Xénoplion, Retraite des dix mille.

(ï) Larrey, Mémoires de chirurgie militaire et campagnes : Campagne de Russie. Paris, 1812-1817.

(3) Voy. L. Lavei-an, Delà mortalité des armées en campagne {Ânn. d'/iygièue. Paris, 18C3).

MILIEUX ÉPIDÉMIQUES

auteurs ont constaté la fréquence de ces affections en quelques régions limitées des climats froids et des climats tempérés. Les atteintes des armées, à toute latitude, en ont prouvé l'ubiquité sous l'in- .fluence sans doute des oscillations thermiques du nyclémère.

N'en est-il pas de même des insolations qui, dans notre armée d'Algérie, dans l'armée anglaise des Indes, ont pris également un caractère épidémique inconnu même dans les climats chauds? C'est , à l'armée que nous avons emprunté (p. 4o) la preuve de ces influences morbides des météores ; il en est de même de la dyssenterie qui, de toutes les affections d'origine atmosphérique, occupe la première place par sa fréquence et sa gravité dans les armées en campagne.

Ce sont, enfin, les relations des médecins militaires qui ont le plus nettement démontré le danger spécial des moindres variations atmosphériques quand l'organisme a subi une longue série de fatigues et de privations (Voy. p. 61).

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