XVII. — CONDITIONS TELLURIQUES
Ces influences pèsent d'une manière bien autrement grave sur la santé des armées en campagne; depuis l'anéantissement, parles fièvres, de l'armée gauloise de Brennus campée sur le sol fébrioène du Forum romain et du Velabre, l'histoire nous fournit une s°érie mmterrompue de preuves de ces influences; c'est par l'insalubrité de leur sol que la Hollande et la Hongrie ont été tant de fois si funestes aux armées européennes (guerres de Trente ans, de Sept ans) • en ce siècle, une expédition anglaise, celle de Valcheren, était changée en désastre par le fait de l'impaludisme. C'est surtout contre ces dangers que les armées ont à lutter lors des expéditions dans les chmats chauds; dans les premiers temps de notre conquête de 1 Algérie, nous avions chaque année plus de malades que de soldats, chaque homme entrant, de ce fait, plusieurs fois à l'hôpital; actuellement la proportion des malades par fièvre intermit tente est encore de plus de 400 sur iOOO malades; en Italie durant seize ans (1850-1866), elle était de SOO sur 1000. Et ces chiffres sont singulièrement dépassés dans l'armée française du Sénégal, dans armée anglaise des Indes orientales, dans l'armée hollandaise de 1 archipel Indien.
Dans les pays fébrigènes, on constate chaque jour de notables daférences entre les maladies de ces armées et celles de la populauon de ces pays; alors que, protégés contre la malaria par leur résidence dans les villes, par leur installation dans des maisons
par le pavage du sol qui oblitère la source des émanations fébrigènes, ces habitants continueront à jouir de leur santé habituelle, le soldat, en campagne, sans protection suffisante contre le sol et contre l'atmosphère, subira les formes les plus graves de l'impaludisme.
C'est alors que des observateurs inattentifs ont pu croire que l'agglomération des troupes créait, cette fois encore, une maladie nouvelle, tandis qu'il y avait simple intoxication par les miasmes telluriques auxquels'le soldat était exposé, et exposé d'une manière d'autant plus dangereuse que, venant souvent d'un pays sain, il n'était pas protégé contre l'infection par l'accoutumance qui est un des bénéfices de l'indigène des foyers fébrifères. Pendant les deux derniers siècles, la Hongrie a mérité le nom de tombeau des Allemands, en raison des perles immenses subies par les armées des pays voisins, chaque fois qu'elles se hasardaient sur un sol bien plus fatal pour elles que pour les habitants du pays (p. 298-299).
Le danger est grand surtout quand, du milieu salubre par excellence au point de vue des fièvres, du milieu maritime, le soldat est brusquement livré aux exhalaisons d'un sol "meurtrier. Que de fois ont été confirmés les préceptes de Lind qui s'oppose avec la plus grande énergie aux débarquements de nuit sur les côtes insalubres^ et cite à l'appui de sa thèse l'histoire d'équipages entiers perdus pour être descendus à terre dans de semblables conditions !