CHAPITRE
§ I. — VALEUR DE L\ MOUBIDITÉ DANS L'APPRÉCIATION DES INFLUENCES ÉPIDÉMIQUES.
Ce n'est pas seulement le nombre des décès qui peut donner une idée réelle el suffisante de l'influence des maladies épidémiques sur les populations. Il faut tenir compte en outre du chiffre des maladies, de la morbidité. J'ai introduit ce terme dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, et depuis longtemps il a cours dans mon enseignement. Si la mortalité indique l'intensité du mal, la morbidité en démontre l'extension et la fréquence. Le chiffre des cas de maladie dépend, en effet, de la surface territoriale atteinte (morbidité générale) et de la densité des cas sur ceLte surface (morbidité spécifique) ; il est d'aulantplus important de tenir compte de ce facteur qu'il révèle toute l'étendue de l'influence épidémique, qu'il en montre le point de départ et que parfois même il entre seul en ligne de compte dans l'appréciation de sa puissance morbifique; car il y a des épidémies dont la mortalité est nulle ou à peu près. Loin de nous la pensée d'exagérer l'importance de ces dernières maladies; les épidémies d'oreillons, d'acrodynie, de stomatite, oîi l'on ne rencontre en général que des maladies, et pas de décès, ne peuvent être comparées aux autres affections qui pèsent parfois si lourdement sur la mortahté. Mais il est des circonstances oîi des épidémies bénignes en elles-mêmes, n'entraînant même aucun décès, ont de plus graves conséquences.
Dans certains groupes de la population, où la santé est une condition absolue de l'exécution des devoirs imposés à chacun, le malade, durant sa maladie, devient aussi inu tile que le mort ; et, comme type extrême de cette assertion, nous avons vu des armées arrêtées ou compromises dans leurs marches par des affections qui, sans entraîner aucun décès (diarrhée, ophlhalmie, héméralopie) avaient inutilisé un nombre de soldats assez considérable pour compromettre les opérations militaires, et transformé ces soldats en zéros, contribuant, par les soins qu'ils exigent, à diminuer la valeur même de ceux dont la santé n'a pas été aiteinte (Voy. p. 316).