‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 86 sur 195 · III. — LA MORBIDITÉ DOIT ÈTHE ÉTUDIÉE PAR GROUPES ET PAR LOCAUX · texte numérisé non relu

III. — LA MORBIDITÉ DOIT ÈTHE ÉTUDIÉE PAR GROUPES ET PAR LOCAUX

Dans nombre de relations et notamment dans plusieurs rapports sur les épidémies lus à l'Académie de médecine (1), se trouvent indiqués les chiffres de population des villages atteints et le nombre des malades; cette mention si importante permet d'apprécier en partie déjà la densité de l'épidémie en ces localités.

Un progrès considérable à réaliser en ce sens, progrès réalisable, comme le démontrent les statistiques sanitaires de certains pays,' notamment de la Belgique, et comme l'indiquent quelques-unes des relations adressées à l'Académie de médecine de Paris, c'est la détermination numérique, en cas d'épidémie, des groupes plus spécialement prédisposés; il est intéressant de savoir en quelle proportion la rougeole, la scarlatine, auront frappé les habitants de tel village; il le sera bien plus de connaître le chiffre de ceux que leur âge, leur immunité antérieure, désignaient plus spécialement à ces atteintes.

11 importe tout aussi bien que les observateurs locaux ne se bornent pas à l'indication générale des chiffres des malades et des habitants des centres atteints, dont la population renferme elle-même SI souvent des groupes divers par leurs conditions individuelles et hygiéniques.

(I) Voy. notamment Briquet, Rapports sur les épidémies de I8G7 et 18G8 (Mém. ^ lAcud. de méd., f. XXIX).

Il faut pénéLrei- plus avant, déterminer la morbidité spéciale à tel quartier, à telle maison, à telle partie d'un établissement. Cette indication sera précieuse surtout quand, dans un môme local, caserne ou lycée, se trouveront réunis des individus identiques ou très-comparables entre eux.

Les rapports des médecins militaires peuvent fournir et fournissent souvent à cet égard des renseignements d'une rigueur et d'une précision absolue (1).

Cette recommandation n'a pas seulement pour raison le désir d'arriver à des résultats statistiques exacts : son but principal est la circonscription des limites de certains foyers infectieux; si, * dans la relation d'une épidémie de variole, de rougeole, il importe de savoir quelles sont les casernes, et, dans ces casernes, quels sont les locaux plus spécialement atteints, cette connaissance est bien autrement utile encore quand il s'agit d'une affection comme la fièvre typhoïde, où l'atteinte d'un local signifle habituellement non pas que le mal y a été importé et s'y maintient par le fait seulement de la réceptivité de ceux qui l'habitent; mais signifie pu bien qu'il y est né, trouvant dans ce local lui-même et dans les alentours immédiats, ses conditions, non pas simplement de propagation, mais de génération directe : ou bien que, né ailleurs, il a rencontré en ce milieu des conditions toutes spéciales d'entretien et de reproduction; indications qui imprimeront une direction et une précision plus complètes aux moyens prophylactiques.

Ce n'est donc pas pour la satisfaction d'avoir des chiffres que nous engageons depuis longtemps nos collègues de l'armée à indiquer dans leurs rapports étage par étage, chambre par chambre, la proportion des maladies au nombre des hommes qui les habitent. Ici encore Yépidcmiologie comparée entraînera souvent des résultats immédiatement pratiques.

g IV. — ÉPIDÉMIES DE MAISON.

Ces considérations prouvent quelle valeur nous attachons à l'étude des épidémies de maison, qui constituent si souvent le point de départ des épidémies générales ou leurs foyers de recrudescence. Les maisons de village, à famille unique, à infection commune, imposent à leurs habitants plus de solidarité que les maisons de ville, dont les divers étages constituent parfois des milieux différents.

(1) Léon Colin, De la fièvre typhoïde dans l'armée. Paris, 1878, p. 24.

MORBIDITÉ DES ÉPIDÉMIES. 3gg

La diplith&cie est une des affections qui offre^ avec le plus de constance, le caractère d'épidémie de maison. Ce caractère, elle le présente, en effet, non-seulement dans les habitations rurales éloignées les unes des autres, mais encore dans les villes, malgré la densité des populations avoisinant les maisons atteintes; Trousseau a fort bien dit que, pour la propagation de cette maladie, la contagion ne suffisait pas; il faut la cohabitation; on pourrait même ajouter que c'est plutôt une épidémie de famille qu'une épidémie de maison.

Parmi les autres maladies transmissibles acclimatées en nos pays, la fièvre typhoïde, malgré son expansion bien autrement considérable que celle de la diphthérie, constitue fréquemment des épidémies de maison ; on peut en dire autant de la scarlatine, des oreillons qui, même dans une ville populeuse, limiteront parfois leurs atteintes à quelques familles, dont elles frapperont plusieurs membres. Les autres maladies éruptives, la variole et la rougeole, ont une tendance plus marquée à la dissémination.

On comprend que les épidémies de maison seront d'autant plus denses que la maladie qui les constitue reconnaîtra moins de conditions d'immunité individuelle et sera due à une cause plus diffusible ; c'est sans doute ce qui donne un caractère si redoutable à ces explosions locales du choléra, qui a parfois frappé 40, 50 habitants et plus dans une seule habitation.

Nous verrons plus loin (chapitre vi. Durée des épidémies) que la ténacité de ces épidémies domestiques varie suivant' leur nature.

L'épidémie de maison est loin d'être l'attribut exclusif de telle ou telle maladie ; il y a des affections, habituellement limitées à certains groupes et aux locaux qu'ils habitent, qui parfois se disséminent sur une masse de demeures, comme la méningite cérébrospinale qui, à New-York, en 1872, atteint 990 malades, dont 930 habitaient des maisons différentes.

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