‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 93 sur 195 · MORTS · texte numérisé non relu

MORTS

Gaultier deClaubry.

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En résumé, morbidité variant du cinquième au tiers des populations, avec une mortalité qui atteint la proportion de 30 à 40 sur 100 malades. Ces observations qui nous permettront d'établir un trait d'union entre le pronostic de la dysenterie des climats tempérés et celui de la dysenterie des pays chauds, ont leurs analogues dans les épidémies de nos garnisons de l'intérieur; si les statistiques officielles démontrent que le rôle nosologique et mortuaire de la dysenterie est en général secondaire pour l'ensemble de ces garnisons, les graves épidémies de caserne observées à Strasbourg, à Metz, à Versailles, ont représenté elles aussi, à plusieurs reprises, l'image de la dysenterie des climats chauds.

3° Choléra. — Pour le choléra des faits également nombreux démontrent l'excès de mortalité et de morbidité de certaines épidémies circonscrites comparativement à celle des épidémies générales.

Les documents officiels établissent par exemple que la mortalité moyenne causée par cette affectioa a été pour toute la France, dans chacune des quatre principales épidémies (1832, 1848, 1854, 1863), de 2,72 pour 1,000 habitants; que cette mortalité dans une agglomération plus spécialement atteinte, celle du déparlement de la Seine a varié de 8 à 23 sur 1,000 habitants (1).

Or, si nous descendons à des épidémies relativement circonscrites, nous voyons singulièrement changer ces proportions. Nous avons rappelé plus haut (p. 18i)), les épidémies de la Dobrulscha (185i), du Maroc (185'J), tuant chacune environ 3,000 hommes sur une colonne expéditionnaire de 15,000 (mortalité 200 pour 1,000) ; nous pouvons de ces faits rapprocher : les épidémies régionales obser-

(1) Voy. L. Laverai), art. CiiOLÉnA, in Dict. encycl, des se. tncd., 1" .série, I. XV, p. Vù(i.

vées en 1854 dans 22 communes de la Haute-Marne, épidémies qui frappèrent 1 habitant sur 4 (1) ; celles de la Salpêtrière perdant, en 1849, 952 personnes sur 4,000; de la maison centrale d'Aniane (1834) ou sur 7^0 personnes il y a 293 atteints et 129 décès; du pénitencier de Tours où, en 1849, sur 113 détenus, il y a 83 malades, et 63 morts ou 56 pour 100 de tout le personnel.

Ici encore si nous pénétrons plus avant dans les détails, que d'épidémies de maisons où la moitié, les deux tiers des habitants ont été -victimes de la maladie!

Il faut néanmoins observer que cet attribut spécial de fréquence et de gravité, le choléra l'acquiert souvent à l'égard de groupes plus considérables que la fièvre typhoïde et la dysenterie ; certaines populations urbaines ont été cruellement éprouvées dans leur ensemble. La statistique des épidémies cholériques (2) le démontre par nombre de faits dont nous nous bornons à citer les suivants :

Épidémie de MiUau en 1848, 125 malades et 61 décès.

— Riga 1840,140 — 40 —

— Copenhague 1853, 55 — ' 3G —

— Prenz'aii... 1855, 65 — 33 —

4° Fièvres éruptives. — N'en est-il pas de môme des fièvres éruptives? Pour la variole d'abord, dont la mortalité et la morbidité moyenne, dans les épidémies de France postérieures à 1871 , sont réduites à un minimum qu'on n'avait point observé depuis longtemps, à tel point que son rôle est presque nul en 1873, et qui cependant entraînait, en cette même année, dans le village de Valcaborella (Pyrénées-Orientales) 40 atteintes et 10 décès sur 310 habitants (3).

La rougeole qui dans la majorité des épidémies observées en France, ne frappej)as ljiabitant sur 30 des localités atteintes, et dont la mortalité se limite à~7~oîr8"nw 400 malades (4), occasionne quelquefois de graves épidémies locales.

Telles les épidémies signalées dans la Nièvre et le Pas-de-Calais ^ en 1835, épidémies atteignant la presque totalité des enfants et en-

( I) Barth, Rapport sur les épidémies de choléra qui ont réyné en Francs pendayit les années 1854 et 18(J5.

(2) L. Laveran, Art. cité, p. 797 et 798.

(3) Woillez, Rapport sur les épidémies de 1873 (Mém. de l'Acad. de méd., t. XXVU).

(4) Sur 316,320 hab. des comm. atteiratcs en 1867, il y a 10,827 cas, 844 décès. Sur 325,036 — — en 1808, il y a 9,:03 cas, 9i9 —

Briquet, Rapport sur les épidémies qui ont régné en 1867 et 1868, in Mém. de l'Acad. de méd., t. XXIX.

sur 1,000 habilanls.

traînant une mortalité de 1 malade sur /i ou 5 atteints ; à Ghâteau-

GLinon en particulier, 36 enfants succombèrent sur 161 (i).

Telles les épidémies tuant à Huelle en 1861, 139 enfants sur 502 atteints (2), à Arras en 1864, 13 enfants sur 45 (3).

De ces faits, nous pouvons rapprocher deux graves épidémies observées dans l'armée : l'une, au Val-de-Grâce en 1860 et dont la mortalité s'éleva au chiffre de 40 sur 123 malades ou 1 sur 3 (4), l'autre à l'hôpital militaire installé à Bicêtre pendant le siège de Paris (1870-71) pour les fièvres éruptives, et où il y eut 168 décès sur 437 malades atteints de rougeole, soit plus du tiers (36,76 sur 100) (3). ^ '

La scarlatine, dans ses manifestations en France, n'entraîne en général que de faibles proportions de morbidité et de mortalité. Dans les communes atteintes, on signale en moyenne une atteinte sur 20 ou 30 habitants, 1 décès sur 13 malades (6).

Quelle différence entre ces résultats généraux et ceux de quelques épidémies circonscrites de scarlatine, comme celles de Saint- Malo (417 malades et 64 décès), de Vannes (392 malades et 39 décès), de Gray (525 malades et 74 décès) en 1833 (7).

En 1837, une épidémie de scarlatine, au Forest (Nord), tue 21 individus sur 29 malades (8).

Mais, l'une des plus remarquables, au moins comme expansion, de ces épidémies locales de scarlatine, est celle qui, en 1865, atteignait à Gastelnau (près Perpignan), 43 habitants sur 200 (près du quart de la population), frappant 11 individus dans la même maî-

(1) Barth, Rapport sur les épidémies qui ont régné en 1854, in Mém. de FAcad. de méd., t. XX.

(2) Jolly, Rapport sur les épidémies qui ont régné en 1861, in Mém. de l'Acad de méd., t. XX VIL

(3) Kergaradec, Rapport sur les épidémies qui ont régné en 1864, in Mém. de l'Acad. de méd., t. XXVIL

(4) L. Laveran, Des influences nosocomiales sur la marche et la gravité de la Rougeole, in Gaz. hebdomadaii^e de méd. et de dur., t. VIII, ÏSGl.

(5) Léon Colin, La variole et la rougeole à l'hôpital militaire de Bicêtre, in Union méd., 1873.

(6) En 1867 sur 316,320 habit, des communes atteintes 10,827 cas, 844 décès En 1868 sur 14,020 - 743 malades.

Briquet, lac. cit., in Mém. de l'Acad. de méd., t. XXIX.

(7) Gaultier de Claubry, Rapport sur les épidémies gui ont régné en 1853, in Mém. de l'Acad. de méd., t. XIX.

(8) Trousseau, Rapport sur les épidémies qui 07it régné en 1857, in Mém. de l'Acad. de méd., t. XXIII.

son (1), et nous rappelant par cette pandémicité locale, les allures habituelles de la maladie, non pas en France, mais en Angleterre.

S' Suette. — La suelte miliaire habituellement si restreinte et si bénigne (2), rappelle parfois, sur des théâtres heureusement limités, toute la gravité de la suette anglaise des quinzième et seizième siècles.

Telle l'épidémie qui, en 1832, frappait 2 communes de l'arrondissement de Bernay, n'atteignant, il est vrai, que 26 individus, mais en tuant 16 (3).

En un couvent est atteint à Viriville (Isère) ; sur 7 malades, il y a 3 décès en moins de 36 heures.

6° Coqueluche. — Il n'est pas jusqu'à la coqueluche qui ne nous fournisse de semblables exemples. Témoin le rapport de Briquet sur les épidémies de 1867, rapport mentionnant l'atteinte de 32 communes du Morbihan, oîi la maladie fut assez grave pour tuer 48 malades sur 192.

§ m. — CAUSES DE LA GRAVITÉ DES ÉPIDÉMIES PARTICBLIÈBES.

Quelles sont les causes de cette gravité des épidémies particulières? nous ne prétendons pas les expliquer dans tous les cas, et certainement il est des circonstances où elles sont fort obscures. Mais nous croyons que cette gravité du mal indique surtout l'existence, dans les localités, atteintes, de conditions anormales de réceptivité,, d'où appel et ex~àgération de rinfluence pathogénique. L'épidémie évolue alors, pour ainsi dire, dans son lieu d'élection.

Nous avons rappelé (p. 249) les conditions spéciales d'insalubrité de certaines localités rurales, et rapporté à cette circonstance la gravité et la ténacité des épidémies de fièvre typhoïde dans quelques villages et dans quelques petites villes de garnison. Si les hôpitaux d'enfants subissent des épidémies si graves de rougeole, de scarlatine, de diphthérie, si les casernes sont le théâtre d'épidémies de fièvre typhoïde beaucoup plus denses proportionnellement que celles de l'ensemble de la population civile, c'est en raison du

(1) Bergeron, Rapport sur les épidémies qui ont régné en 1865, in Mém. de lAcad. de méd., t. XXVIII.

Jl) En 1867, sur 16,771 habitants des communes atteintes de suette, il y a 00 malades et 20 décès; soit environ 25 malades et 1 décès sur 1,000 personnes ^ Briquet, Rapport sur les épidémies de 1867, in Méin. de l'Acad. de méd., t. XXIX), (3) Gaultier de Claubry, Rapport sur les épidémies qui ord régné en 1852, in mm. de VAcad. de méd., t. XVIII.

nombre considérable des sujets aptes en chacun de ces milieux.

Il importe surtout de ne pas considérer « jviori'commQ un axiome le surcroît de gravité des épidémies limitées comparativement au pronostic des épidémies diffuse:.

Si des épidémies très-restreintes ont attiré l'attention par leur extrême gravité, c'est souvent en raison de l'immunité du voisinage; la cause morbide n'a pas rayonné en s'atténuant, ou en trouvant moins de réceptivité sur les alentours de la localité atteinte; d'où absence de cas bénins à côté des cas graves.

La plupart des épidémies générales, si on y regarde bien, sont composées elles-mêmes de plusieurs épidémies locales entièrement distinctes par leur gravité. Dans telle expansion du choléra, de la fièvre typhoïde, on observera des foyers locaux d'une intensité exceptionnelle, à côté de centres moins sévèrement atteints, dilTérences dont ne tiendront pas compte ceux qui ne s'occuperont que de l'aspect général de l'épidémie. Si des maladies sont d'une gravité constante, quelle que soit leur extension, comme les épidémies de diphthérie, c'est qu'elles sont plus essentiellement que d'autres des épidémies de maison, c'est-à-dire dçs épidémies à foyer toujours intense. Il y aurait donc exagération à considérer les épidémies restreintes comme indiquant l'intervention d'un principe morbifique autre que celui des épidémies générales.

Il y a de plus une circonstance factice dont il faut tenir compte dans l'appréciation réelle de la gravité de la cause et avant de considérer cette cause comme plus énergique dans les petits centres que dans les grands. Quand une maladie épidémique limite ses atteintes à la population d'un hameau, d'une ferme, tous les membres de cette population doivent à la communauté de leur existence des chances à peu près égales de contamination ; tous vivent au contact du foyer morbide ; tous, si l'affection est transmissible, sont placés, par leur rapprochement réciproque, dans des conditions spécialement favorables à la contagion. De même quand une épidémie de ce genre éclate sur la garnison d'une petite ville, elle trouve cette garnison habituellement réunie dans une même caserne, en sorte que toute la population militaire locale vil dans le même foyer morbide et que chacun est menacé au même degré, d'où un nombre d'atteintes considérable, relativement au chiffre de l'effectif.

Ces chances sont bien moins uniformes quand l'épidémie atteint un centre de population plus considérable, où les individus vivent moins rapprochés .entre eux, et à des distances très-variables des

principaux foyers morbides. Ainsi, quand la fièvre lyphoïdo sévit sur la garnison d'une grande ville, c'est telle ou telle caserne qui est plus spécialement frappée ; le danger est grand pour ceux qui habitent cette caserne, relativement minime pour les autres. Mais comme, une fois l'épidémie éteinte, on en apprécie la gravité en comparant le nombre des atteints et des morts au total soit de la population civile, soit de la population militaire, cette gravité paraîtra moindre dans les villes que dans les petits centres, à cause du plus grand nombre d'individus appartenant aux populations urbaines et qui ont vécu en dehors du milieu épidémique.

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