‹ Traité des maladies épidémiquesChapitre 96 sur 195 · IV. — ÉPIDÉMIES A DUBÉE HABITUELLEMENT UNIFORME · texte numérisé non relu

IV. — ÉPIDÉMIES A DUBÉE HABITUELLEMENT UNIFORME

Les maladies qui viennent naturellement en première ligne sont celles qui dépendent ou paraissent dépendre d'influences atmosphériques. Qu'il s'agisse des influences à évolution régulière, comme les saisons,.ou de modifications plus éventuelles, et bien moins connues, comme dans les circonstances oii naît l'influenza.

L'épidémie est alors limitée strictement à la période d'activité de lacause morbide, et cesse en même temps que celle-ci. Dans aucune de ces afi"ections, n'intervient la contagion pour en prolonger la durée. Dans aucune, ne surgit d'obstacle pour en empêcher la dissémination sur des surfaces territoriales étendues. Devant toutes, les prédispositions individuelles sont à peu près semblables. Ces maladies, contrairement aux affections contagieuses, sont identiques, dans leur durée épidémique, qu'elles s'attaquent à de grands centres de population ou à de petites locaUtés. Le nombre des cas de maladies sera proportionnel à celui des habitants, mais ils sont indépendants les uns des autres ; que ces cas soient peu nombreux ou qu'ils se comptent par milliers, l'épidémie atteindra son acmé dans les mêmes limites de temps, et la durée d'évolution épidémique n'en sera guère modifiée.

Mais encore y a-t-il bien à distinguer, au point de vue de la régularité de leur durée, entre l'influenza et les maladies saisonnières. Ces dernières affections ne sont astreintes qu'à une régularité de latilude, et nous verrons tout à l'heure des maladies, transitoires en nos climats comme les saisons elles-mêmes, devenir ailleurs le type

des affections permanentes. En outre, d'année en année, les variations d'intensité des saisons, dans une môme localité, entraînent des modifications fréquentes dans la durée des épidémies qui leur correspondent. Il n'en est point de môme des expansions de la grippe dont l'évolution s'accomplit fréquemment dans les mêmes limites de temps aux latitudes les plus diverses.

D'autres affections, d'une étiologie plus spécifique, ont été remarquables, à diverses époques, par l'uniformité de leur durée dans les pays atteints. Les contemporains de la peste de Juslinien (542), ceux de la peste noire (1348), insistent en particulier sur cette circonstance remarquable que, quel que fût le lieu d'apparition de ces fléaux, quelle qu'en fût la saison, leur durée en ce lieu n'excédait pas cinq ou six mois. Envahissant l'une et l'autre des localités toutes également prédisposées par leur immunité antérieure, ne reconnaissant ni l'une ni l'autre de piivilége d'immunité individuelle (Voy. p. 373), ces deux affections créaient à leur pénétration en chaque pays une atmosphère virulente dont le danger était simultanément commun à tous ceux qui devaient être atteints; de là, sans doute, l'uniformité de leur durée.

De ces deux maladies nous pouvons rapprocher : 1" d'une part la sueïte, non-seulement la suette anglaise dont les expansions épidémiques des quinzième et seizième siècles furent d'une rapidité exceptionnelle, mais encore la suette endémique moderne qui, entre toutes les affections de nos climats, est celle peut-être dont les manifestations épidémiques se ressemblent le plus en général, comme limites de temps; 2° d'autre part, la dengue, atteignant régulièrement son acmé en quelques jours, comme l'influenza, dans les diverses localités où elle pénètre.

g V. — ÉPIDÉMIES A DURÉE VARIABLE.

C'est en cette classe que rentrent le plus grand nombre des maladies populaires. Nous y trouverons la plupart des affections alimentaires, infectieuses, contagieuses, dont les conditions génératrices, au lieu de s'imposer brusques et complètes, comme une intempérie, ou comme une atmosphère virulente très-diffuse, à l'ensemble delà population, se constituent lentement elles-mêmes, grandissent peu à peu, n'atteignant que successivement soit les divers habitants d'une localité, soit les diverses localités d'une région.

Nous avons vu ainsi se développer progressivement la plupart des maladies d'origine infectieuse et alimentaire (p. 359-360).

Mais ce mode de progression est spécialement l'apanage des maladies conlagieiises, à virus peu dilTusible, qui se communiquant d'organisme à organisme nous offriront, dans leur durée, des attributs absolument inverses de ceux des affections rapidement et simultanément Iransmissibles à des collectivités nombreuses, comme la pesle noire et la dengue.

II y a plus : en ces circonslances, le terme durée de Vépidêmie ne signifie plus limitation de temps d'un fait unique, mais limitation d'une série de faits surajoutés les uns aux autres, et dont le nombre plus ou moins grand fera dès lors singulièrement varier les dimensions de cette période.

Tandis que la grippe, la dengue, la peste noire, accomplissent leur évolution parallèlement, simultanément sur une surface territoriale étendue, la plupart des maladies contagieuses présentent au même moment, dans le même pays, dans la même ville, des évolutions absolument discordantes, parce qu'elles n'ont point pénétré à la même heure en chaque localité de ces pays, parce qu'en chacune de ces localités, elles n'ont atteint que successivement les quartiers ou les maisons qui les composent ; telle rue, telle maison telle caserne, seront prises successivement (Voy. p 361) Que l i fièvre typhoïde s'appesantisse sur un de nos départements, nom'bre de villages seront atteints durant deux ou trois mois, et à des époques différentes, en sorte que la durée de l'épidémie départementale pourra être de deux ou trois ans.

Ce qu'il importe de noter encore ici, c'est que la même affection est susceptible d'offrir des conditions de durl entièrement dTé"

u " derthT.."" "-^''^"^ épidémiques sur un même théâtre ou sur des théâtres voisms.

La méningite cérébro-spinale, par exemple, qui n'a fait oue passer en tant de localités de l'Europe occidénta'le! en France sur! out, parait trouver, en Amérique et en Allemagne, des chances de ténacité bien plus considérable. cnances de

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Le choléra si rapide habituellement dans sa marche à travers les campagnes, où souvent il dure moins qu'une épidémie saisonnière, devient parfois inhérent, durant de longues années, à certaines localités, comme on l'a vu en diverses régions du centre de l'Europe, sur les confins de l'Allemagne et de la Russie (1). Il s'y est maintenu avec une ténacité qui rappelle la persistance offerte autrefois par la peste d'Égypte en diverses localités de l'Europe. On a invoqué, en effet, de nos jours, en ces localités, le maintien d'une institution cholérigène, analogue à celle de la constitution pestilentielle qui du treizième au seizième siècle semblait affirmer l'acclimatement définitif, en nos pays, des germes de la peste inguinale (Voy. p. 202). N'en fut-il pas de même, au début de ce siècle, de cette série d'épidémies de vomito dans les grands ports de l'Espagne, semblant indiquer aussi que la fièvre jaune s'inféodait au littoral européen, à tel point que Chervin affirma sa spontanéité en Europe?

La même épidémie de choléra fournit souvent elle-même le type des explosions les plus rapides et des évolutions les plus prolongées. D'une part, le mal couvrira un pays, un continent en un délai très-court, en quelques mois ; puis, après cette période à'ictus, il se prolongera en traînées épidémiques multiannuelles qui pourront à leur tour amener de nouvelles explosions générales ; en sorte que la durée totale de la période cholérique sera fort longue mais composée en réalité de plusieurs phases aiguës ou chroniques, les premières offrant une rapidité voisine parfois de celle des épidémies grippales, les autres lentes comme les manifestations de la diphthérie.

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