GOITRE ÉPIDÉMIQUE
reconnaître qne le goitre est endémique à Clermont et à Riom, et qne généralement le goitre épidémique ne se montre qne sur des individus qui ont séjourné pendant queCpie temps dans un pays ou le goitre est endémique. « Il est probable, écrit-il, que 'cette babitation modifie leur constitution et les rend plus sensibles à l’action des causes déterminantes de cette alToction; mallieureusemerit cette prédisposition n’est annoncée par aucun symptôme, par aucun caractère évident (1). » Cette prédisposition occasionnée par l’iiabitation des localités goîtrigènes joue un rôle si important dans l’étiologie du goitre que sans elle les autres causes sont impuissantes à le produire, au moins sous forme épidémique; il nous paraît donc logifjue, quoi qu’en dise M. le docteur Nivet, de mettre la cause principale avant l’accessoire.
iM. Baillarger, dans son remarquable rapport sur le goitre, rapprocbe avec raison le goitre épidémique du goitre endémique. « Le goitre épidémique iie doit pas être distingué, dit-il, du goitre endérni- ([ue ordinaire. Le goitre épidémique n’a été observé que dans les villes atteintes par l’endémie goitreuse ou très-voisines de localités où cette endémie existait déjà. Il se manifeste en général cliez de jeunes sujets venant d’une contrée saine et qui vivent plus ou moins agglomérés dans les casernes ou les pensionnats ('2). »
C’est très-probablement dans la composition particulière des eaux potables qu’il faut chereber la cause du goitre épidémicpie comme celle du goitre endémique; des faits nombreux prouvent que certaines eaux jouissent de la propriété de développer le goitre.
« Dans la Tarentaise et dans la iMaurienne, dit Grange, j ai vu des sources auxquelles on attribue la propriété de développer le goitre en peu de temps; je connais des hommes qui, aimant mieux porter une difformité que l’habit militaire, ont pris en quelques mois un goitre assez volumineux pour se faire réformer. »
(( A la Nouvelle-Grenade, dit Boussingault, on attribue généralement le goitre à l’usage de certaines eaux; un changement de localité suffit pour guérir le goitre, et, même sans changer de localité, il suffit de changer l’eau servant à la boisson. »
Les habitants de Montmeillan s’abreuvaient d’eau fournie par des puits creusés dans les alluvions, le goitre était épidémique parmi eux, l’eau des puits fut remplacée par de l’eau provenant d un terrain calcaire, le goitre disparut.
(1) Goitre endémique et épidémique. Lettre de M. le docteur Nivet. (Gazette hebdom., janvier 1874-.)
(2) Enquête sur le goitre et le crétinisme. (Rec. des travaux du comité consultatif d’Iiygiéne de France, t. U, 1873.)
f)Oi
Au village du Puisel sur dix-luiil familles, runc est pourvue d’uiie citerne, les autres boivent des eanx tufeuses, et sont sujettes au goitre, tandis (]ue la première est épargnée.
M. Duclos cite un village dans le(|uel le goitre se généralise et augmente de volume en été, tandis qu’il diminue en hiver. Pendant , celte dernière saison on boit de l’eau qui descend de la montagne; en été, le ruisseau se trouvant à sec, les habitants s’approvisionnent à la source voisine.
Mac Clelland au Bengale a observé des faits analogues aux précédents; il a visité quarante villages habités par trois classes d’indiens qui se nourrissent exactement de la même manière ; les Brabmines, les Haipools et les Bornes; « leurs croyances, dont ils sont rigoureux observateurs, leur imposent l’usage de boire de l’eau de sources et de fontaines déterminées. Dans le village de Deota on n’a que des eaux incrustantes de mauvaise qualité; les Bornes qui s’en abreuvent ont tous le goitre. Les Braliinines, qui font usage de l’eau fournie par un aqueduc, ne présentent pas un seul cas de cette alfeclion. Les Baipoots partageaient cette immunité, mais pendant la guerre l’aqueduc se détériora à ce point qu’il ne suffit plus pour alimenter à la fois les Brabmines et les Baipoots, etdepuis ([ue ceux-ci ont été obligés de recourir aux eaux des villages, le goitre a fait parmi eux de nombreuses victimes (1). »
Les circonstances capables de changer la nature du sol ou des eaux d’un pays à goitre peuvent du môme coup faire disparaitre l’endémie ; autrefois le goitre était très-fréquent dans le pays de Marcignv, la rupture des digues du lac de Constance dans la vallée de la Bagne en amena momentanément l’inondation et y entraîna un mètre de terre végétale qui devint l’origine de la régénération entière de la contrée, le goitre disparut (^).
L’inlluence des eaux potables est si manifeste que presque tous les auteurs sont d’accord pour y voir la cause du goitre endémique, mais ils se divisent quand il s’agit de déterminer quelle est la qualité physique ou chimique des eaux qui peut les rendre goilrigènes. M. Crange accuse les eaux magnésiennes; M. le prolesseur Bouchardat, les eaux séléniteuses ; Boussingault, les eaux non oxygénées; M. Chatin, l absence d’iode, etc., etc.
H est prouvé aujourd’hui que les sels de chaux ou de magnésie existent souvent en forte proportion dans les eaux de localités épargnées 'par le goitre, tandis que le goitre endémique ou épidémiipie se •'
(1) Voir pour ce fait et les précédents ; Uicou, De l’étiologie du goitre. (Loe. cit.).
(■2) Art. Goitre, lYour. Divtionn. de med. et decliir. pratiques.